‹ Le peuple algérienChapitre 15 sur 104 · PROPORTION POUR · texte numérisé non relu

PROPORTION POUR

Alicante

Valence

Baléares

Barcelone

Murcie

Tortosa

Huelva

Albacette

Malaga

Cadix

Almeria

Madrid

Il ressort très nettement de ce tableau que seules les provinces maritimes de l'Espagne prennent une part active à ce mouvement d'émigration vers l'Algérie ; toutes y participent plus ou moins, aussi bien celles du Sud que celles du Nord ; même les régions dont les rivages bordent l'Atlantique (Cadix et Huelva) ont envoyé quelques colons à Alger. L'intérieur s'abstient ; il n'y a guère qu'une province terrestre qui fasse exception à cette règle ; c'est Albacette, pays pauvre à forte natalité (36.4200%oo) et qui de plus est traversée par la grande ligne de chemin de fer de Madrid à Alicante. Les habitants trouvent toutes facilités pour leur expa-

triation et dans cette voie ferrée et dans les services de bateaux reliant ce port espagnol à la capitale algérienne. Le voyage est facile, rapide et peu coûteux.

Malgré la situation favorable où se trouve Albacette, il paraîtra étonnant que de l'intérieur de la péninsule ne viennent pas plus d'émigrants : il est d'autres provinces, non maritimes mais peu éloignées du littoral qui ont une population aussi indigente et aussi prolifique. Peutêtre, lorsque ces Espagnols débarquent à Alger, ne donnent-ils que le nom du port où ils se sont embarqués et n'indiquent-ils pas leur pays d'origine. L'hypothèse est plausible, et nous l'aurions certainement acceptée, si cependant nous n'avions l'exemple d'Albacette et celui de Madrid pour nous prouver que quelques-uns au moins de ces immigrants avaient bien déclaré leur lieu de naissance et non celui du port de départ.

Quant aux provinces maritimes qui se classent nettement aux premiers rangs dans cette immigration algéroise, l'une d'elles occupe une place spéciale. C'est Alicante : dans les onze années considérées, elle a envoyé 1819 colons, soit près de la moitié des nouveauvenus 49 %• La grande densité de sa population (Alicante est une des provinces les plus petites de l'Espagne et elle avait en 1930, 470.149 habitants) un sol très riche et très fertile dans les oasis du littoral. mais ar'de et rocailleux à l'intérieur, la proximité de la côte africaine, la continuité et la régularité des relations commerciales entre Alger et cette ville ont été pour beaucoup dans la formation du courant d'émigration qui s'est développé entre cette région espagnole d'Alicante et la région algéroise. Et ce mouvement est conti.iu, régulier : chaque année, il apporte un furt contingent d'immigrants :

C'est cette continuité plus que sa force qui prouve que ce courant est définitivement établi. Il y a aux environs d'Alger et à Alger même un groupe compact d'anciens habitants de la province d'Alicante, et plus il est fort, plus il est uni, plus il exerce sur ses compatriotes d'Espagne une attraction irrésistible. A peine descendent-ils du bateau qui les a amenés que ces Alicantais trouvent des parents et des amis pour les recevoir, une maison pour les abriter pendant quelque temps eux et leur famille. Toutes les difficultés des premiers jours de l'arrivée dans la colonie leur sont presque épargnées.

Après Alicante vient la province de Valence, beaucoup plus riche avec sa merveilleuse huerta, mais aussi beaucoup plus peuplée. C'est, après Barcelone, celle qui contient la population la plus nombreuse 806.556; c'est aussi une de celles qui ont des relations faciles et régulières avec la région algéroise. Toutefois les habitants de Valence n'entrent dans l'ensemble que pour une part assez faible 12 % ; et leur arrivée est irrégulière ; sur onze années, six seulement ont donné lieu à un enregistrement d'émigrants de cette province.

Au troisième et quatrième rang se placent les Baléares et Barcelone avec un quantum à peu près égal, 302 pour les premières et 291 pour la seconde. On savait depuis longtemps que les Mahonais et les Mayorquains avaient afflué dans la colonie dès les premières années de la conquête; le gouvernement

français avait même sollicité et favorisé leur établissement dans la colonie, puisqu'il avait construit pour ces étrangers des villages et les avaient traités avec la même faveur que les nationaux. Fort-de-1'Eau à quelques kilomètres d'Alger fut ainsi peuplé par des Mahonais. On savait aussi que ces Mahonais avaient réussi comme maraîchers, qu'ils se livraient à la culture des primeurs, et que leurs succès avaient maintenu entre les Baléares et l'Algérie cet attrait qu'un grand pays neuf, aux cotes tièdes et chaudes, aux cultures faciles fait toujours éprouver à une population, trop à l'étroit dans ses îles. Il existe nécessairement entre les Mahonais et les Mayorquains des Baléares et ceux d'Alger des liens d'intérêt et de parenté qui se resserrent parfois par l'établissement de nouveaux parents ou de simples alliés auprès des leurs dans cette hospitalière Algérie.

En égard à sa population qui atteignait en 1900 1:054.541, Barcelone n'envoie en Afrique qu'un contingent d'émigrants, proportionnellement beaucoup plus faible que celui des Baléares. Aussi bien, la Catalogne est industrielle, ses usines et ses fabriques assurent du travail à tous les bras ; Barcelone surtout se développe, mais en prospérant retient chez elle et pour elle ses habitants.

Les autres provinces méditerranéennes de l'Espagne sont plus voisines des côtes oranaises et elles y déversent de préférence le trop-plein de leur population. Nous sommes convaincus que, si une enquête semblable à celle que nous avons entreprise était menée pour les Espagnols de l'Ornnie, elle démontrerait la prépondérance numérique des habitants des provinces de Mur-

cie, d'Almeria, de Grenade, de Malaga et aussi de Cadix et de Huelva.

Origines des Italiens. — Sur l'origine des Italiens, nous possédons des renseignements plus nombreux, mais, s'il faut en croire M. Loth, bien peu concluants (1). Nous citions en 1900 ceux que nous avions pu nous .procurer sur trois périodes « assez éloignées les unes des autres, disions-nous, pour rendre la comparaison topique et correspondant de plus à trois phases de l'émigration italienne, modérée en 1877-78, intense en 1884-85. faible en 1890-91 ». Il parait que les documents, publiés chaque année par le gouvernement italien, sont beaucoup plus complets; nous regrettons que M. Loth n'ait pas cru devoir les publier. Il n'a ajouté aux chiffres cités par nous que ceux qui se rapportent aux années 1898 et 1899. Nous compléterons donc notre tableau.

(1) « Le degré de confiance, dit M. Loth, que nous devons accorder aux chiffres donnés plus haut (chiffres de notre tableau), nous est indiqué par les rapports officiels établissant que les immigrants manquent généralement de passeports pour l'étranger, que la majeure partie d'entre eux sont munis de simples passeports pour l'intérieur et que les autres n'ont aucun document qui constate leur identité. M. Bottesini, en constatant ces faits, en trouve l'explication dans l'abolition des passeports entre la France et l'Italie, mais regrette amèrement qu'il en soit ainsi ». Un consul italien regrette que les passeports n'existent plus, un député espagnol se plaint qu'on les ait rétablis. Bizarre contradiction.

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