‹ Le peuple algérienChapitre 16 sur 104 · PROVINCES · texte numérisé non relu

PROVINCES

Piémont

Ligurie.

Lombardie ....

Vénétie

Emilie

Ombrie

Marche

Toscane

Latinne

Abruzzes

Campanie

Pouille

Calabre

Sicile

Sardaigne

Basihcate

Ces statistiques, ajoutions-nous, confirment certaines hypothèses et en infirment d'autres. Les provinces du Centre et de l'Est de l'Italie, qui, par leur situation géographique sur la mer Adriatique, regardent l'Orient ont participé moins que les provinces du Nord, de l'Ouest et du Sud à cette émigration. L'Ombrie, la Marche et la Pouille n'ont envoyé pour ainsi dire aucun colon, ou si peu que leur apport est négligeable. Or ces constatations n'ont pas cessé de demeurer vraies depuis cette époque, excepté peut-être pour la Pouille. Nous en avons pour preuve — preuve relative, il est vrai, — la statistique dressée à Alger pour les Italiens qui depuis 1894 y ont fait leur déclaration de résidence. Il

n'en est aucun qui soit originaire de ces provinces du centre ; quelques-uns se déclarent au contraire natifs de Bari, mais ils restent au demeurant en fort petit nombre.

Elles en infirment d'autres ; jusqu'ici on avait prétendu que les Piémontais, les Sardes, les Napolitains et les Siciliens seuls s'expatriaient en Algérie. Gela serait vrai pour les Piémontais si l'on entend par ce nom désigner non seulement les habitants du Piémont, mais tous les Italiens originaires de la grande plaine du Nord ; car toutes ces provinces à population très dense ont régulièrement à chaque période, envoyé un effectif d'émigrants, la Lombardie comme le Piémont, la Vénétie comme l'Emilie. Nous ne contestons pas, ainsi que le fait remarquer M. Loth, que ces provinces réunies n'ont plus fourni en 1898-99 que 75 émigrants après en avoir en 1877-78 envoyé 335, en 1884-85 668, en 1890-91 168 seulement ; nous sommes d'accord avec lui sur la cause de cette diminution qui est effectivement l'arrêt des grands travaux publics, et sur le caractère temporaire de cette émigration piémontaise. Cependant, en passant en Algérie, ces masses de prolétaires italiens laissent s'égrener sur leur route bien des individus qui s'établissent à demeure dans les villes ou dans les campagnes. Telle petite ville du Piémont, celle de Coni, possède des colonies prospères dans la colonie ; telle aussi de la Vénétie, Trévizo, ne nous envoie pas non plus que de simples immigrants de passage.

Au lieu de l'armée qu'on nous signalait venant de Sardaigne, nous ne voyons plus qu'une troupe assez faible. Mais celle-là du moins est presque exclusivement composée de petits agriculteurs ; et la continuité de l'émigration de cette île vers l'Algérie témoigne, elle

aussi, de l'existence de liens anciens, noués par les familles qui sont établies depuis longtemps dans notre colonie, et resserrés chaque jour par l'arrivée de quelque nouveau coion. A notre avis, les Sardes qui s'expatrient pourtant fort peu (la Sardaigne étant avec le Latium la province qui contribue le moins à l'exode annuel des Italiens vers des terres étrangères) viendraient en quantités plus grandes en Afrique si des lignes de paquebot mettaient en communication régulière et directe cette île avec la terre africaine.

Le groupe le plus compact provient de la populeuse Gampanie et de la pauvre Calabre ; pécheurs napolitains ou campaniens (car les deux mots peuvent être confondus) continuent à envahir nos côtes, mais il ne faut pas les compter tous pour définitivement acquis à l'Algérie. Quand ils ont fini leur campagne de pèche, ils retournent avec l'argent gagné ou le poisson salé dans leurs anses napolitaines, pour revenir Tannée suivante. Plus sédentaires seraient les Calabrais, mais d'une année à l'autre leur nombre varie énormément.

Quant aux Siciliens, les statistiques ne semblent pas indiquer leur nombre réel ; les facilités qu'ils ont de passer en Afrique sans se soumettre aux formalités du passeport n'ont probablement pas permis de les dénombrer exactement. Nous sommes convaincus qu'ils sont en Algérie beaucoup plus nombreux qu'on ne le croit ; depuis quelques années d'ailleurs, ce ne sont plus seulement des pêcheurs et des terrassiers qui forment la majorité de ces Italiens, ce sont aussi des ouvriers agricoles et des maraîchers, et ceux-là viennent de la Campanie et de la Sicile. Les environs d'Alger, où s'étend et progresse si rapidement la culture des primeurs, reçoit depuis trois ou quatre ans des convois

complets de ces ouvriers agricoles, et tous ou presque tous trouvent immédiatement à louer leurs bras clans les fermes des environs. A propos de Guyotville, nous avions déjà signalé l'augmentation inespérée de la colonie italienne de ce petit centre ; l'invasion de la région algéroise a continué et s'est même précipitée. Les Siciliens y font actuellement concurrence aux Espagnols d'Alicante ou de Valence. Ils viennent de tous les points de l'île, de Messine, de Palerme, de Trapani et aussi de Galtanisetta.

Pas plus qu'en 1900, nous ne pouvons présenter ces conclusions que comme des indications d'attente. Toutes les objections qu'a soulevées M. Loth, nous les avions prévues ; nous connaissions cette déclaration du vice-consul italien de Bône, répondant à la demande de son Ministère, « qu'il lui est impossible de communiquer des chiffres et des dates exacts et qu'il est obligé de se borner à des renseignements généraux et à des considérations qu'une étude attentive du sujet et un séjour de quatre années peuvent lui suggérer. » Nous savions que le plus grand nombre des émigrants italiens, venant à Bône, à Philippeville et aussi à Alger, y débarquaient des grands vapeurs en provenance de Marseille. N'est-il point possible de sortir aujourd'hui de ce provisoire ? Il nous semble qu'avec la déclaration exigée depuis 1894 des étrangers domiciliés en Algérie, l'administration peut connaître exactement cette origine, et que, si elle le veut, ce provisoire cessera bientôt. -

Sur les étrangers, appartenant à d'autres nationalités de semblables recherches sont rendues superflues, soit par la faible étendue de leur patrie d'origine (île de

Malte), soit par le nombre infime de leurs nationaux algériens. Si donc l'on jette un regard d'ensemble sur les conclusions particulières auxquelles nous a conduit l'étude de cliaque nationalité, se dégagent quelques idées générales qu'il n'est point superflu de souligner. Les immigrants qui se sont fixés en Algérie, qu'ils soient Français, Espagnols ou Italiens, sont en grande majorité originaires de provinces méditerranéennes. Inutile de répéter que la proximité plus grande, la facilité des communications, les analogies entre les conditions d'existence et les cultures ont été pour beaucoup dans ces déplacements : ce sont là des banalités ressassées par tous. Mais — chose moins souvent observée, — ce n'est point à notre avis des côtes ou des plaines littorales de l'Italie ou de l'Espagne, et malgré certaines apparences, que viennent tous ces immigrants. Derrière les huertas espagnoles s'élèvent les premiers contreforts des plateaux castillans ; à coté des riches plaines de la Campanie et de la Sicile, s'étendent des régions plus rocailleuses et plus accidentées. Là, dans ces deux pays, vivait une population indigente, trop nombreuse pour la terre avare qui la nourrissait, et c'est sur elle que s'est particulièrement exercé l'attrait des riches campagnes ou des cités populeuses de la colonie. Même en France, grâce, sans doute, aux sollicitations de la colonisation officielle, les versants méridionaux du Massif Central, ceux des Pyrénées ou des Alpes, ont vu essaimer vers la colonie leur population laborieuse et pauvre. Tant il est vrai que, lorsqu'il s'agit de colonisation, et du déplacement de groupes d'individus, les causes les plus agissantes sont avant tout des raisons d'ordre économique.

DIMTÉ DES POPDLMOÏS MOPÉIIS

Densité générale ; densité par département ; densité par arrondissement. — Densité par communes : tableaux. — Causes de cette densité : la conquête. Densité en 1856. — Relations entre la densité européenne et la densité indigène. — La colonisation officielle de 1856 à 1906 : peuplement des plaines de l'intérieur, peuplement des hauts plateaux. — Causes économiques ; l'eau utilisable, les routes et les chemins de fer.

La densité des Européens en 1901.

Densité comparée de ces mêmes Européens en 1901.

Densité actuelle et densité possible et probable.

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