VILLAGES
Europ.
Indig.
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Indig.
Aïn-Arnat
Bouïra
(Coligny)
Messaoud
Mahouan
El-Ouricia
Totaux
Mil
Partout d'ailleurs en Algérie, la constitution d'immenses latifundia a abouti aux mêmes résultats négatifs pour le peuplement. Une compagnie financière n'a en vue que des bénéfices à réaliser ; et si l'emploi de la main-d'œuvre indigène lui parait plus avantageuse, elle n'hésitera pas à y recourir malgré les obligations qu'elle a contractées.
Puis il faut tenir compte de ce fait sur lequel nous n'insisterons pas puisque nous en avons déjà parlé plus haut. On se trouve ici en présence d'une population indigène kabyle, opiniâtrement attachée à la terre. Cette population est déjà fort dense par elle-même : (die Cultivait depuis un temps immémorial ce sol et se
nourrissait de ses produits. N'était-il pas à craindre, pour peu que la Société financière y trouvât son avantage, qu'elle revint sur ces domaines et qu'elle consentit à les louer ou à les cultiver au profit des propriétaires actuels moyennant une redevance. Actuellement, toutes les terres qui se vendent trouvent acquéreurs parmi les Kabyles et la colonisation européenne y recule devant la propriété indigène.
D'ailleurs, de quels éléments se compose le peuplement européen dans ce département de Constantine ? L'élément national est formé en majeure partie de Corses et d'Alsaciens. Excellent militaire et fonctionnaire méritant dans tous les emplois où il faut faire acte d'autorité ou d'habileté, le Corse n'est peut-être pas le colon idéal ; il est beaucoup plus fait pour vivre des métiers des villes que des labeurs de la campagne. Pour l'Alsacien, il s'est trouvé singulièrement dépaysé en Algérie, et, dans sa subite transplantation au milieu des landes algériennes, il s'est ressenti nécessairement et des changements climatériques et des modifications profondes de son existence. Quant à la population étrangère, elle était presque exclusivement originaire de l'Italie et de Malte. Or, tandis qu'à Oran, les Espagnols étaient des auxiliaires dévoués et utiles des propriétaires français, à Constantine, les Italiens et les Maltais éprouvaient une certaine répugnance à s'engager comme ouvriers agricoles. Ils préféraient les salaires fixes et assurés des grandes entreprises publiques ou les bénéfices moins aléatoires du commerce. Au lieu d'aider cette colonisation française, ils l'entravèrent souvent et parfois la ruinèrent. L'usure et la spéculation ne sont point inconnues des Maltais.
Jette-t-on un simple coup d'œil sur la construction orographique de cette province de l'Est ? Plus de ces plaines, largement étalées entre deux plissements montagneux ; plus de ces terres d'élection, faciles à cultiver et souvent irriguantes. Des régions déprimées et marécageuses du littoral on s'élève à travers des massifs forestiers jusqu'aux vastes plateaux de Sétif ou de Gonstantine. Il n'y avait pas de place pour de nombreuses colonies d'Européens.
Enfin, les causes économiques n'ont-elles pas aussi agi puissamment ? Le phylloxéra a envahi le vignoble de Philippe ville, il progresse dans celui de Bône, si bien qu'on a été obligé d'autoriser la culture des plants américains. L'exode des habitants français de cet arrondissement est-il donc plus inexplicable que celui des Français de la Métropole, quittant leurs champs dévastés par le terrible insecte ? Ruinés, les colons ont abandonné leurs concessions et sont venus se louer dans les villes. Mais ce mouvement, qui paraissait si général en 1890, s'est arrêté, et le dénombrement de 1901 a marqué au contraire une progression. Le vignoble détruit se reconstitue ; et puis les richesses forestières qu'on avait si négligées jusqu'alors sont mises en valeur et occupent un nombreux personnel d'ouvriers.
De toutes les raisons qui ont ralenti le peuplement du département de Gonstantine et diminué sur certains points la densité de sa population européenne, quelques-unes sont durables, mais d'autres ne sont que passagères. Sitôt que ces dernières auront cessé d'exercer leur action, notre province de l'Est se relèvera* Il est d'ailleurs pour elle un gage de prospérité pour l'avenir ; c'est sa richesse en minerais de toutes
sortes ; les minerais de fer ont été utilisés les premiers, hier ce furent les phosphates, demain ce seront les minerais de cuivre. Et l'activité industrielle est de tous les facteurs de peuplement d'une colonie celui qui est le plus puissant et le plus rapide. Bien téméraire serait donc le démographe qui ne tiendrait aucun compte de ces faits nouveaux et voudrait juger de l'avenir de ce département par ce que fut son passé. Il risquerait fort de se tromper.
Densité comparée de ces mêmes Européens en 1901. — Le grave problème de l'augmentation trop lente de la population européenne dans le département de Gonstantine se pose d'une manière plus vive et plus pressante quand on compare la densité des populations de races diverses qui habitent l'Algérie.
Sur l'aire géographique de dispersion des Européens en Algérie, statisticiens et géographes s'étaient arrêtés à des idées générales qu'on répétait à satiété sans les contrôler. Les Espagnols avaient la majorité numérique dans l'Ouest, les Français au centre, les Italiens et les Maltais étaient nombreux à l'Est. Les causes de cette répartition, on les devinait. Les côtes oranaises font face aux côtes espagnoles, celles d'Alger aux côtes de France, enfin le littoral de Bône ou de Philippeville au rivage de l'Italie et de la Sardaigne. La facilité des communications avait attiré les Espagnols dans les parages d'Oran, les Italiens dans ceux de Bône et les Français dans ceux d'Alger. En thèse générale, cette opinion, sur laquelle on vit depuis des
années, est exacte : mais, si l'on pénètre dans les détails, ne doit-on pas apporter certaines atténuations au tranchant de ces affirmations ?
En 1901. dans le département d'Oran, le nombre exact des Espagnols s'élevait à 102.689 contre 121.341 Français, 3.883 Italiens et 6.940 étrangers de nationalités diverses. En 189(3. les résultats étaient tout différents : les Espagnols étaient 105.538 contre 92.260 Français, 3.774 Italiens et 4.412 étrangers. Ils auraient donc perdu, en l'espace de cinq ans, la supériorité numérique : mieux encore, tandis que les autres colonies augmentaient, eux seuls auraient diminué. C'est que sur eux surtout s'exerce l'action décimatrice des lois de naturalisation ; les naturalisés, presque tous de nationalité espagnole, passent au chiffre de 27.754 et forment plus d'un tiers des Français. Aussi, dans quelques années, une carte de densité comparée qui ne tiendra pas compte de ce nouvel élément, ne pourra que propager des idées erronées. En 1896, la supériorité numérique de ces Espagnols était très marquée dans deux arrondissements : Oran et Sidibel-Âbbès. En 1901, elle s'est maintenue seulement dans celui de Sidi-bel-Abbès (Espagnols 15.264 contre 10.887 Français sur lesquels 1.842 naturalisés). La colonie étrangère de cette ville remonte à une époque déjà ancienne et a provoqué un mouvement d'immigration intense vers cette région : plusieurs propriétaires espagnols y ont réalisé de grosses fortunes dans la culture des céréales. À noter que l'avantage numérique acquis à ces étrangers sur nos nationaux est très grand à Sidi-bel-Abbès même ou dans cette commune, et qu'il diminue au fur et à mesure qu'un s'éloigne de ce gros centre vers Mercier-Lacombe
ou Bou-Khanefis. La présence de groupes compacts de Français dans les villages agricoles est le résultat des efforts de la colonisation officielle : et ce fait, que l'on observe déjà dans un arrondissement, si peuplé d'Espagnols, apparaîtra beaucoup plus clairement dans ceux où cet élément étranger sera moins représenté. A Oran il est très manifeste encore ; c'est au chef-lieu du département que l'élément espagnol ou naturalisé, d'origine espagnole, l'emporte : rien que dans cette ville, le dénombrement de 1901 a recensé 20,674 Espagnols et 21,019 naturalisés contre 21,238 Français. Toutes les communes voisines de cette grande agglomération oranaise sont clans le même cas : telles la Senia, Arcole, Mers-el-Kebir. Il faut s'éloigner de ce centre commercial ou des autres villes importantes de la circonscription comme Saint-Denis-du-Sig, Perrégaux et Aïn- Temouchent pour retrouver une forte proportion de nos compatriotes, à Tafaraoui ou à Tiaret.
Dans tous les autres arrondissements oranais, le nombre des Français est supérieur à celui des Etrangers, sans que cependant la distance qui sépare les deux groupes soit considérable et que les rangs ne puissent être renversés si Ton rattache les naturalisés aux Etrangers et non aux Français. A Tlemcen, les Espagnols atteignent 6,870, les Français 6,868 et les naturalisés 5,626. Ici les Français auraient le pas sur les Espagnols à la ville et le leur céderaient dans les communes agricoles ou industrielles. La cause en est que nous sommes dans un arrondissement où les défrichages de terres sont fort importants chaque année et que ce labeur pénible est réservé presque exclusivement aux ouvriers espagnols ; là aussi se trouvent les mines de Beni-Saf qui occupent de forts
bataillons de travailleurs étrangers. Mais à Mascara et à Mostaganem, nous nous éloignons de ce centre d'attraction espagnole et l'élément national y possède une avance sensible. Dans le premier de ces arrondissements, la culture de la vigne, qui a rencontré dans la nature du terrain un sol approprié, a favorisé l'immigration française ; malheureusement, l'invasion du phylloxéra est un danger de plus en plus menaçant, et la lutte n'est plus guère possible dans certaines communes. En 1901, les Français étaient 11,904 dont 703 naturalisés et les Espagnols 8,002. La même année, à Mostaganem, les premiers étaient 10,919 dont 1,092 naturalisés et les seconds 7,193. C'est donc dans cet arrondissement que l'invasion espagnole a été la moins considérable ; cependant elle l'attaque de plusieurs cotés ; elle est maîtresse de Relizane et menace Mostaganem.
Dans notre brochure de 1900, nous disions : « Ainsi les trois arrondissements de l'Ouest, en Oranie, sont acquis à une majorité d'Espagnols, les deux de l'Est sont habités par des Français. » Cela ne serait plus exact si l'on s'en tenait aux résultats du recensement de 1901 et à leur interprétation littérale ; Oran et Tlemcen auraient échappé aux Espagnols. Mais il n'y a là qu'une apparence et leur main-mise sur ces régions de l'Oranie, surtout sur les grandes agglomérations urbaines, reste incontestable et incontestée.
La répartition des étrangers entre leurs nationalités respectives, presque inutile à Oran, tant la supériorité des Espagnols y est écrasante, s'impose à Alger où la disproportion n'est plus la môme entre ces derniers, les Italiens et les Maltais. C'est dans cette partie centrale de l'Algérie aussi que se montrera le mieux
l'habitat particulier de chaque peuple, notamment i'occupation effective des campagnes de l'intérieur par les Français. Voici d'ailleurs pour les cinq arrondissements, les données du dernier recensement de 1901 :