POUR 100 MARIAGES
Combien d hommes en France
Combien d'hommes en Algérie
Combien de femmes en France
Combien de femmes en Algérie
Au-dessous de 20 ans. . . .
De 20 à 25 ans
Année 1885
vu . ^
Période 1897-19U3
Année 1887 21.6
Période
De 25 à 30
De 30 à 35
De 35 à 40
De 40 à 50
Au-dessus de 50
Quoique le tableau ci-dessus rapproche des résultats obtenus pour des périodes différentes en France et en Algérie, il ne laisse pas cependant de faire ressortir des dissemblances qui seront admises avec d'autant plus de facilité qu'on s'attendait précisément à les y découvrir.
Nul n'ignore que dans les pays chauds les mariages sont plus précoces que dans les pays tempérés et froids parce que sont avancées la nubilité des filles et la puberté des garçons. L'Algérie ne fait point exception à cette règle. Je ne parle point des populations musulmanes chez lesquelles à l'influence climatérique viennent s'ajouter pour hâter l'époque des unions sexuelles des conditions sociales et des habitudes ethniques. A s'en tenir simplement aux races européennes, il est manifeste qu'elles subissent déjà les effets d'une transplantation sous un climat plus chaud.
Toutefois cette plus grande précocité des mariages ne se constate pour le moment que pour le sexe féminin. Tandis qu'en France, sur 100 femmes qui se marient, il en est 21 0/0 qui n'ont pas encore vingt ans révolus, en Algérie leur nombre s'élève à 29 0 0, soit 8/100 en plus. Encore cette proportion ne représente pas exactement ni ne mesure fidèlement les dispositions nouvelles de la société algérienne. Il importe en effet de se rappeler que l'établissement des Européens dans l'Afrique du Nord ne remonte pas pour la plupart d'entre eux au-delà de trente ou quarante ans, et que des modifications dans les conditions physiques de l'existence ne peuvent qu'à la longue se traduire par des changements dans les habitudes sociales. Il importe aussi de tenir compte de ce fait que les statistiques algériennes ne distinguent pas, parmi les jeunes filles qui se marient, celles qui sont
nées en Algérie et celles qui sont originaires de la métropole, Enfin, on n'a pas pu éliminer les veufs et les veuves qui contractent un second mariage, et, comme ils se remarient parfois nssez tard, leur maintien dans les différents groupes d'âges vicie tous les résultats.
Le docteur Ricoux avait essayé, en compulsant les registres de l'état-civil de Philippeville, de préciser les idées à ce sujet par la distinction des fiancées nées dans la Colonie, des fiancées nées dans la Métropole, et par l'élimination des veufs et des veuves. Il avait même poussé ses recherches jusqu'à tenir compte des nationalités, et il était arrivé à des conclusions fort curieuses. Les Françaises nées en Algérie se mariaient de très bonne heure : G3 0/0 au-dessous de 20 ans, 34 0/0 de 21 à 30, 3 0/0 de 30 à 40. Les Espagnoles offraient une proportion de mariages inférieure à celle des Françaises pour le premier groupe ; 52,6 0/0 au-dessous de 20 ans ; mais, en revanche, elles en présentaient une beaucoup plus forte pour le second groupe : 47,4 de 20 à 30, si bien qu'elles étaient toutes mariées à 30 ans. Mêmes constatations pour les Italiennes, pour les Maltaises, voire pour les Allemandes :
Italiennes. Maltaises. Allemandes.
Moins de 20 ans 71 ,43 82 100
De 21 à 30 ans 28,57 18 0
La simple considération de ces derniers chiffres montre leur évidente exagération, leur fausseté. L'auteur n'avait pas des données suffisantes pour en inférer des lois générales; il ne présentait d'ailleurs ses calculs que comme provisoires, et susceptibles d'être revisés. Cette revision n'est pas possible avec les statistiques actuelles.
Nul doute cependant que les Algériennes ne se marient plus tôt que les Européennes. Pareille constatation peut-elle être faite pour les Algériens? A première vue, les moyennes générales calculées pour chaque groupe d'âge ne laissent apercevoir aucune différence remarquable. Sans doute, on ne compte que 1 0/0 de mariés au-dessous de 20 ans dans la Colonie, tandis qu'on obtient 2 0/0 dans la Métropole; mais on a en Algérie 26 0/0 de mariages entre 20 et 25 ans et 25 0 0 seulement en France. Ici, s'il s'agit des unions entre 25 et 30 ans, les Français de France ont l'avantage : 41 0/0 au lieu de 38 ; là, pour celles de 30 à 35, ils le perdent : 15,5 au lieu de 18. Se pouvait-il d'ailleurs que les uns et les autres se comportassent différemment? Ils étaient astreints à la même obligation de faire leur service militaire, à la même nécessité de s'assurer d'une position avant de s'établir en ménage. Comment les mêmes causes n'auraient-elles pas produit les mêmes effets sur les deux rives de la Méditerranée?
Toutefois, à regarder les choses plus attentivement, on note quelques écarts entre les chiffres ; en particulier le groupe des fiancés entre 25 et 30 ans accuse pour l'Algérie une moyenne de 38 0/0 inférieure de 3 unités à celle de France 41. On serait dès lors en droit d'affirmer que les hommes se marient plus tard en Algérie qu'en France. Le climat agirait-il sur le sexe masculin pour retarder la date du mariage et sur le sexe féminin pour l'avancer? N'y a-t-il pas là, sinon une contradiction véritable, du moins une apparente anomalie qui doit avoir sa raison d'être? Il importe pour expliquer ce fait anormal de ne point oublier que nous sommes en présence d'une population coloniale, de formation toute récente. Dans une colonie qui est en voie d'établisse-
ment, les immigrants entrent pour une part considérable dans cette population ; or ces immigrants se marient généralement assez tard ; ils ont quitté la Métropole parce qu'ils n'y avaient pas une situation ou la situation qu'ils rêvaient ; ils sont venus dans la Colonie avec l'espoir de s'en créer une meilleure; encore leur faut-il le temps de la trouver; alors seulement ils songeront à la faire partager à une femme. Ajouterons-nous, sans vouloir insister, que chez un peuple jeune, où pendant longtemps l'équilibre numérique des sexes n'a pas été atteint, les mœurs sont toujours moins sévères que chez les peuples plus anciennement constitués et que les unions illégales, faciles et passagères, retardent d'autant l'heure du mariage légal.
Les mariages et l'état-civil des époux. — L'étude des mariages par état-civil n'offrirait point en Algérie un très grand intérêt s'il ne venait corroborer un des faits les plus curieux de la démographie de ce pays. Comme nous le verrons, lorsque nous traiterons de la mortalité, le sexe masculin résiste moins bien à l'acclimatation que le sexe féminin ; les hommes dans la force de l'âge de 20 à 40 ans meurent en beaucoup plus grand nombre que les femmes du même âge. Il y aura donc en Algérie moins de seconds mariages de veufs qu'en Europe.
Et c'est précisément ce que montre clairement le tableau suivant :
Mariages d'après l'état-civil. Période 1865-1883
CALCULS DE M. BODIO