FEMMES HOMMES DE SANG
françaises. Espagnol. Italien. Maltais. Autre.
Que Ton rapproche ces proportions des chiffres du dénombrement de 1901, il ressortira qu'étant donné la grande supériorité numérique de la colonie espagnole sur l'italienne, la Française accepte plus volontiers un époux Italien qu'un époux Espagnol. Est-ce affaire de sentiment? Ou ne faut-il y voir qu'une conséquence du peu de goût de la Française pour la vie agricole, loin des villes et de ses attractions, les Espagnols se livrant en majeure partie aux travaux des champs, les Italiens restant plutôt dans les villes f La question est controversée.
A noter surtout le petit nombre des unions des Françaises avec les Etrangers qui ont conservé leur nationalité d'origine. Sur 38 époux de sang espagnol, 8 seulement sont encore Espagnols, 30 sont devenus Français par naturalisation ; sur 34 Italiens, on obtient respectivement, 12 pour les premiers et 22 pour les seconds ; sur 12 Maltais, 5 et 7 ; sur les 1G autres étrangers, 6 et 10. Ainsi, parmi les conjoints auxquels s'unissent nos compatriotes, plus des 3 4 dans le groupe espagnol sont déjà Français par- la loi, les 2 3 dans le groupe italien, plus de la moitié dans le groupe maltais.
En conséquence la Française aime peu à perdre sa nationalité et le sentiment est naturel. Tandis que l'Es-
pagnole, l'Italienne, la Maltaise et les autres étrangères se rehaussent à leurs propres yeux en épousant un de nos concitoyens qui représente la nation souveraine en Algérie, au contraire, la Française se considère moralement comme diminuée et déchue : de là sa répugnance.
Comment se traduisent ces sentiments opposés des Etrangères et des Françaises au point de vue des bénéfices que réalise la nationalité française du fait de ces croisements ^11 est une manière assez simple de calculer ces gains : il s'agit de comparer le nombre des mariages de Français avec des Etrangères avec celui des unions de Françaises avec des Etrangers. Ainsi pour 1903, les gains seraient de 252 puisqu'il y a eu 392 mariages des premiers et 140 des secondes. A rappeler, ce que nous avions dit précédemment, que lorsqu'un Etranger se mai'ie avec une Française, souvent une des conditions du mariage est la naturalisation prochaine. Mais le calcul mathématique ne saurait fournir une réponse suffisante à la question posée ; vouloir la considérer simplement au point de vue de la nationalité, qu'elle confère ou enlève à la femme, serait une forme trop simpliste de la résoudre.
Le mélange du sang français et du sang étranger se traduit d'abord pxir les Français par une immunité physiologique plus grande contre les épreuves de l'acclimatement. Bien qu'on ne puisse pas prétendre que le Français résiste mal au climat algérien, il est hors de doute qu'il résiste, moins bien que l'Espagnol, l'Italien et le Maltais dont les pays d'origine se rapprochaient davantage de l'Afrique du Nord par leur climatologie. Quoiqu'on ne puisse pas prouver non plus que le sang français s'anémie et se perd à la longue sous les brûlu-
res du soleil africain, il est bien certain pourtant que les familles françaises conserveront d'autant mieux leur fécondité que, par l'infusion d'un sang nouveau, elles auront pu compenser l'action déprimante des conditions physiques nouvelles, au milieu desquelles elles se sont trouvées placées.
Qu'importe, pensent quelques esprits, que politiquement et physiologiquement le Français gagne à cette fusion, si moralement et mentalement il y perd ! Qu'estce qu'un Français sans les idées qui l'animent, sans les sentiments qui l'inspirent ? L'introduction de la femme étrangère au foyer national lui apportera peut-être une flamme plus vive mais elle y fera luire une lumière moins pure. Nul doute que les enfants de cette étrangère auront puisé dans ses bras, tout jeunes encore, les sentiments d'Espagnole ou d'Italienne auxquels son âme e^t ouverte. Nul doute aussi que dans la demeure commune l'épouse sache imposer certaines habitudes de vie quotidienne et donner à la maison un cachet qui lui est propre. Cet aspect frappe les yeux du visiteur ; et il nous est arrivé souvent dans la plaine de la Mitidja, en entrant dans une maison de colon, d'être surpris par l'aspect espagnol qu'avait su donner à laïerme la ménagère espagnole. Mais, dans la vie commune, il y a évolution mutuelle, réciproque. Cette Espagnole se transforme elle aussi sous l'influence de son mari ; voyez- la après plusieurs années de mariage, elle n'est plus la même. Et puis, ses enfants, après avoir subi son influence, subissent celle du mari, celle de l'école, celle du milieu social, et, suivant que ce milieu social et cette école lui inculqueront des principes opposés à ceux qu'il a sucés avec le sang, son caractère se modi-
fiera ; il se rapprochera plus ou moins du Français d'origine.
KPOUX
Espagnols.
Espagnol.
Eludions maintenant la répartition des mariages croisés chez les étrangers. Voici celle concernant les Espagnols :
FEMMES DE SANG Italien. Maltais. Français. Autre.
Nous savons déjà que l'Espagnol s'allie rarement avec des femmes qui ne sont pas de sa nationalité. Et lorsqu'il se croise, il recherche plutôt celles qui, tout en ayant perdu leur nationalité espagnole d'origine, sont cependant des filles d'Espagnols. Il se mariera toutefois assez facilement avec des Italiennes et fort peu avec les Françaises, parce que, selon toute vraisemblance, le milieu social où il vit le rapproche plutôt des premières que des secondes.
M. de Soliers dit à propos des mariages mixtes entre étrangers de nationalité différente qu'ils sont forcément des mariages à influence française, parce que notre langue devient le lien commun qui unit les membres de la même famille. Remarque en somme juste, qu'il ne faudrait point trop généraliser : car l'union de deux étrangers ne peut donner que des produits étrangers.
Voici maintenant la répartition du mariage des Italiens :