PROPORTION DES NAISSANCES
pour 100 habitants
d'après la population
du dénombrement de 1901
Alger
Médéa
Miliana
Orléansville
Tizi-Ouzou
Médéa
Laghouat.
Total du territoire civil
— du territoire de commandement, Total du Département.
de commandement
Sans les Juifs
Oran
Mascara. . . .
Mostaganem
Sidi-bel-Abbès
Tlemcen
Aïn-Sefra
Mascara
Tlemcen
Total du territoire civil
— du territoire de commandement.
Total du Département
de commandement
SI civil.
Constantine.
Batna
Bône
Bougie
Guelma
Philippeville Sétif
de commandement
Batna
Total du territoire civil
— du territoire de commandement, Total du Département
Total général pour l'Algérie
Avant de faire ressortir les enseignements intéressants que l'on peut puiser dans ce tableau, il nous paraît utile d'indiquer la méthode défectueuse qui a présidé à sa confection. Sous le nom de population européenne, l'office de statistique d'Alger englobe actuellement les Français d'origine ou naturalisés, et dans cette dernière catégorie confond les Israélites algériens et les Européens. Dans le même ordre d'idées, il compte les naissances juives parmi les naissances de la population européenne. C'est une cause de confusion qu'il n'est pas toujours possible de rectifier; car dans certaines communes, les officiers de l'état-civil portent comme français les nouveaux- nés israélites, ce qui est vrai au point de vue politique, ce qui ne Test pas au point de vue ethnique. Or la nation juive est très prolifique. Ses naissances relèveront donc dans des proportions considérables le taux de la natalité générale, partout où leurs coreligionnaires entreront pour une part importante dans l'ensemble de la population. Ne faisons donc point grand état des proportions relatives aux territoires de commandement, car les familles juives y composent près de la moitié de la population dite européenne. Partout ailleurs, les Israélites ne sont que des minorités, et, malgré toute leur prolificité, ils ne sauraient modifier sensiblement les moyennes obtenues. D'ailleurs nous avons pour Oran, Alger et Constantine donné la proportion réelle, défalcation faite des naissances juives, et il n'y a pas un écart très sensible.
Ces réserves faites y l'observation de ce tableau vérifie certaines hypothèses que l'on avait émises, mais qui ne reposaient encore sur aucune base solide. De nos trois départements algériens, celui qui arrive en tête pour le taux de la natalité est le département
d'Oran avec 3,59 en 1903, et 3,37 en 1904 ; puis vient le département de Constantine avec 3,09 en 1903 et 3,04 en 1904 ; enfin s'inscrit le dernier, et avec une infériorité marquée sur les deux autres, le département d'Alger avec 2,58 pour les deux années. Qui ne serait frappé de la correspondance exacte qui existe entre ces différents taux de la natalité de nos trois départements et la composition ethnique très inégale de leur population. Là où domine l'élément français, à Alger, la natalité s'abaisse à 2,58, légèrement supérieure à celle de la Métropole; là où domine l'élément espagnol à Oran, elle dépasse légèrement le taux de celle de l'Espagne, 3,59 ; là où enfin l'élément français se trouve en présence d'une forte proportion d'Italiens, elle se maintient à 3,09, à égale distance des natalités française et italienne. Encore ici les faits et le raisonnement sont d'accord.
Si, poussant plus loin l'analyse, on descend des départements aux arrondissements, on retrouve les mêmes effets produits parles mêmes causes. Avant toute chose, ce sont des différences dans la composition des populations qui ont pour conséquences des variations dans la natalité. Dans toute l'Oranie, les arrondissements présentent un taux de natalité supérieur à 30 pour 1,000 habitants ; ceux qui ont le plus de colons espagnols, comme Sidi-bel-Abbès, ont aussi, toutes proportions gardées, le plus grand nombre de naissances 4,19 0/0 en 1903, et 3,94 en 1904. Le contraire se produit, là où est fixé un groupe compact de Français : Mascara 3,24 en 1903, 3,37 en 1904. Dans le département de Constantine, mêmes constatations avec cette différence que les Italiens jouent ici le rôle rempli par les Espagnols à l'Ouest : nombreux sont les Français à Constantine : natalité 2,67 (1903), 2,98 (1904). Nombreux sont les
Italiens à Bône : natalité 3,18 (1903) ; 3,31 (1904). Enfin dans le département d'Alger, si l'on s'éloigne d'Alger où nos nationaux sont en majorité et où le taux de la natalité descend à 2,42 ou 2,51, tous les autres arrondissements agricoles ont des taux plus relevés, en particulier Orléansville où sont installés des groupes d'Espagnols (4 en 1903 et 3,02 en 1904).
Eu dehors de cette influence ethnique, il est d'autres raisons de ces variations de la natalité d'un arrondissement à un autre, mais leur influence reste assez difficile à déterminer d'une façon exacte. Partout, les villes ont moins de naissances que les campagnes; c'est bien le cas pour la colonie, puisque ce sont les arrondissements à la tête desquels se trouvent les grandes villes Alger, Oran, Constantine qui ont la moyenne des naissances la plus faible. Partout aussi, les régions montagneuses ont une natalité plus forte que les plaines; ici, dans l'Afrique du Nord, ces régions jouissent au surplus d'un climat plus sain, moins débilitant. Les Européens s'acclimatent plus facilement sur les Hauts-Plateaux de Sétif ou dans les parties montagneuses de l'Atlas que dans les plaines littorales. Peut-être est-ce à cette incidence climatérique sur la vigueur des individus et la fécondité des familles, que l'on doit les natalités assez fortes de Sétif, de Tizi-Ouzou, de Miliana, de Médéa.
Enfin, mais le fait ne peut être que signalé, la forte natalité des Espagnols en Oranie est un exemple, une leçon dont profitent les familles françaises; leurs naissances paraissent plus nombreuses que dans le département d'Alger.
Naissances légitimes et illégitimes. — Le total des naissances se compose des naissances légitimes et des naissances illégitimes. Tous les peuples en voie de formation ont présenté, à leur origine notamment, un contingent anormal de naissances illégitimes. La famille fortement organisée et respectée ne se rencontre que chez les nations qui sont déjà arrivées à un haut degré de civilisation morale.
Nombre de naissances illégitimes en France
et en Algérie