‹ Le peuple algérienChapitre 50 sur 104 · NAISSANCES D'ESPAGNOLS DE SANG · texte numérisé non relu

NAISSANCES D'ESPAGNOLS DE SANG

II (2) i ENSEMBLE

Kl)

(1) Naissances de naturalisés individuels.

(2) Naissances de naturalisés automatiques.

TOTAL

L'exagération du taux de la natalité pendant la première période, ses chutes successives durant la seconde, sont imputables aux mêmes causes qu'à celles qui ont agi pour faire varier la natalité française. Faut-il le répéter une fois encore et rectifier en même temps bien des jugements erronés ?

Est-il admissible qu'un peuple, qui dans son pays d'origine a déjà une natalité voisine de 36 à 37, voie s'accroître sa vertu prolifique du fait même de sa transplantation en Afrique? Notons que pour les Espagnols le climat africain n'est guère différent du climat ibérique, que la nature du sol est aussi à peu près la même. Ajoutons que l'indigence de ces immigrants dans leur pays d'originç ne devait pas leur faire paraître trop dures les privations qu'ils eurent à supporter aux premiers jours de leur établissement sur ces côtes babaresques. Leurs conditions d'existence ne changeant pas sensiblement, c'est à une autre raison qu'à une différence d'habitat qu'ij importait d'attribuer cette recrudescence de natalité. Or, nous le savons, une population coloniale est le plus souvent composée anormalement d'éléments jeunes, Il en était ainsi, croyez-le bien, pour les Espagnols, débarqués en Algérie vers le milieu du siècle dernier, et cette seule circonstance est suffisante pour rendre compte du taux considérable obtenu. Les variations même qu'éprouve ce taux, la tendance très nettement marquée a une régression à peu près régulière et continue n'ont pas aussi d'autres causes que la composition de plus en plus normale de ce groupe.

Et cette régression a continué dans la seconde période, pour d'autres raisons, il est vrai. Notons d'abord en 1881, un relèvement de cette natalité : elle était tombée à 37 en 1876; en 1881, elle atteint 41 0 0. Or, cette

plus grande natalité correspond à l'époque qui a suivi celle de la plus grande immigration espagnole en Algérie de 1876 à 1880. Les grands travaux publics, inaugurés après la guerre, appelèrent les travailleurs, et ils vinrent en foule de l'indigente Espagne. En 1886, le taux est encore de 37 0/0, et il se fut maintenu à ce chiffre, selon toute vraisemblance, si la colonie espagnole n'avait depuis 1889 subi des pertes annuelles importantes, pertes d'autant plus effectives qu'elles lui enlevaient ses éléments vigoureux et féconds.

La loi de 1889 sur la naturalisation a agi sur les groupes étrangers en les décimant, mieux encore en les épuisant. Mais, ainsi que nous l'avons prouvé pour nos nationaux, elle a été imparfaitement appliquée aux Etrangers comme aux Français. En 1891, celte natalité espagnole s'abaissait à 33 ; elle se relevait bien en 1896 à 36, mais nouvelle chute en 1901 à 33 0/0.

Entre ces deux chiffres, l'un 37 obtenu deux fois avant 1889 et l'autre 33 obtenu deux fois aussi après cette date, quel est celui qui représente le mieux la fécondité espagnole? En toute franchise, nous estimons que c'est le dernier. Non pas que nous considérions les 155,265 Espagnols, dénombrés sous ce titre en 1901, comme un groupe à composition normale, la loi de 1889 lui ayant enlevé depuis 12 ans une partie de leurs enfants, mais notre conviction absolue est que les erreurs ou l'ignorance de fonctionnaires lui ont restitué sous forme d'enregistrement d'enfants de naturalisés une partie de ces pertes. Et la preuve, c'est que du jour où la loi plus exactement interprétée fut mieux appliquée à cause des demandes de statistiques plus précises, on vit fléchir la somme des naissances vraiment espagnoles :

au lieu de 5, 155 en 1901, on n'a plus que 4,934 en 1902, 4,755 en 1903, et 3,862 en 1904.

Mais la quantité des naissances des naturalisés augmente et compense cette diminution dans les naissances d'Espagnols véritables. Naturalisés sous le régime du Sénatus-consulte de 1865, naturalisés sous l'empire de la loi de 1889, mais Espagnols de sang, ont eu 1,936 enfants en 1903 et 1,929 en 1904. En somme les naissances de sang espagnol ont atteint 6,691 et 5,791, égalant presque celles de sang français 6,822 et 7,694, quoique nos nationaux fussent plus nombreux. Ce simple rapprochement n'est-il pas plus que suggestif? 11 peut tenir lieu de conclusion.

Natalité italienne. — Pas plus que celle des Espagnols, la natalité des Italiens ne s'est exagérée ni ralentie. L'apparence seule a pu faire croire à l'un ou à l'autre phénomène. Ce que nous avons démontré pour les Espagnols, nous pourrions le prouver pour les Italiens, mais la répétition est inutile et monotone. Cependant l'histoire de cette natalité italienne présente quelques caractères particuliers sur lesquels il est nécessaire d'insister.

Rappelons les calculs du docteur Ricoux :

Période de 1853 à 1876

Nous-même avons dressé le tableau suivant pour la période 1876-1902 :

Naissances italiennes (1876-1902)

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