TION
(1) Pour calculer la mortalité, il faut avoir le chiffre exact de la population générale européenne. Or les statistiques ne nous la
3me Période de 1876 à 1904. — Cet espoir fut peutêtre déçu dans les années qui suivirent immédiatement, mais, aussitôt la tourmente passée, il se réalisa. En
donnent pas : force nous est donc de la calculer. Voici les procédés que nous avons employés :
1* En 1876, le chiffre de 318,607 a été obtenu en additionnant : 1° la population française municipale; 2* la population étrangère (diminuée de 20,000 Marocains et Tunisiens) ; 39 l'armée et la population en bloc évaluée à 49,370 (55,480 -f- 8,890 — 15,000 = 49,370) ;
2* En 1881, 397,252 = 195,418 population française, 4- population étrangère (114,320 Espagnols + 33,693 Italiens 4- 13,341 autres*, 4- armée (55,480 — 15,000).
En 1886, 472,494 = 219,071 population française, -f population étrangère (144,530 Espagnols -h 44,315 Italiens -f 14,309 autres -f- armée (65,269 - 15,000).
En 1891, 536,021 = 267,672 population française, -+- population étrangère (151,859 Espagnols -t- 39,161 Italiens -f 24,773 autres), 4- armée (67,556 — 15,000).
L'armée n'ayant pas été recensée en 1896, on a pris la moyenne entre le chiffre de 1891 et celui de 1901.
En 1896, 584,560 = 318,137 population française,, -f- population étrangère (157,560 Espagnols 4- 35,539 Italiens 4- 18,481 autres) 4- armée (69,843 — 15,000).
En 1901, 622,356 = 364,257 population française 4- 219,587 population étrangère 4 armée (69,843 — 16,331 — 15,000).
En cette année, l'armée n'a pas été recensée. Nous avons donc pris le chiffre de 1896. Mais nous en avons retranché la population à part qui avait été répartie dans la population municipale, et le contingent indigène évalué à 15,000.
Ce contingent indigène évalué à 15,000 a été retranché à tous les dénombrements.
1876, lorsque les plaies occasionnées par la guerre, les vides amenés par les épidémies furent cicatrisés et comblés, commença l'histoire normale, régulière de la population algérienne.
Non pas que toutes les causes qui ont exagéré celte mortalité aient complètement disparu : elles ne pouvaient cesser subitement. Sans doute la conquête de l'Algérie proprement dite est terminée, mais les progrès continuent lentement dans le Sud et la marche en avant reprend subitement vers l'Est en 1881. Est-il possible que ces deux mouvements n'aient pas eu quelque action sur les décès algériens ? Et puis, si l'on admet que la conquête militaire est terminée en Algérie, à qui persuadera-t-on que la sécurité a été obtenue ? Que de crimes, que d'attentats sont dus à cette hostilité sourde, latente des indigènes ? La mortalité européenne en est augmentée d'autant.
Le paludisme a disparu, il est bien vrai, de certaines régions, il s'est très atténué dans d'autres. La fertile, la plantureuse Mitidja, si tristement célèbre, n'a plus une mortalité exagérée du fait de la fièvre paludéenne. Boufarik est une ville prospère. Qu'il arrive cependant une année où les dernières pluies du printemps, exceptionnellement abondantes, remplissent les dépressions où dorment sous les rayons déjà chauds du soleil les eaux stagnantes, et les fièvres réapparaissent avec les moustiques \ et les décès augmentent. Aujourd'hui que le remède souverain est connu — la destruction des moustiques, — que le palliatif est trouvé — l'absorption de quantités modérées de quinine, — le fléau est moins dangereux, mais il persiste néanmoins, et la lutte continue opiniâtre et heureuse.
La colonisation, elle aussi, continue à gagner du ter-
rain sur les landes algériennes. Chaque année de nouvelles terres sont défrichées et ensemencées. Chaque année, ces défonçages développent des fièvres telluropaludiques. Assurément on sait aujourd'hui que ces défrichages ne doivent pas se faire au printemps et la plupart ont lieu par la main-d'œuvre indigène ou par des moyens mécaniques. N'empêche que le colon nouveau paie son tribut à la terre, sa pourvoyeuse !
Enfin la thérapeutique des maladies des pays chauds auxquels l'Algérie appartient par certains côtés, n'a pas été, quoiqu'on en dise, sans faire de très grands progrès ; elle a empêché l'invasion des grandes épidémies de l'Orient et modéré la virulence des maladies locales. Plus d'épidémies cholériques depuis 1876 ; des petites véroles, des fièvres paludéennes, des typhus, des scarlatines, des typhoïdes moins dangereuses et plus vite enrayées. La science a été le principal auxiliaire de l'homme contre la mort. Les découvertes de Pasteur et les progrès de l'hygiène publique nous permettent d'entrevoir sinon la disparition complète, du moins l'atténuation des épidémies de tout genre et d'un certain nombre de maladies.
Des progrès inespérés ont été réalisés dans ces quinze dernières années. Alors qu'avant 1890, la mortalité algérienne se maintenait à une moyenne de 28 à 30 0/0, elle a subi depuis cette époque une régression continue et semble s'être fixée aux environs de 20. Cette nouvelle diminution doit avoir évidemment sa raison d'être comme le maintien assez régulier durant quinze années du taux antérieur.
Or la période qui s'étend de 1876 à 1890 est caractérisée par une immigration étrangère très active. Jamais l'Algérie n'a bénéficié d'une arrivée aussi considérable de
colons espagnols et italiens. Jamais aussi les travaux publics n'ont occupé un si grand nombre de bras. Les grands remuements de terre ont entraîné une mortalité générale assez forte, suivant une règle générale. Quelques épidémies ont aussi décimé la population, le paludisme et la rougeole en 1888 et 1889.
De 1890 à 1904, la mortalité baisse, baisse toujours. 11 est vrai que ce mouvement de recul coïncide avec une régression correspondante de la natalité, que, ces deux faits démographiques étant partout intimement liés l'un à l'autre, il n'est pas étonnant d'observer en Algérie une relation identique. Et puis la situation économique de la colonie est devenue plus favorable durant la même période4à cause de la production viticole. On commença vers 1881 à planter le vignoble algérien ; chaque année des milliers d'hectares furent défrichés et des capitaux furent apportés dans la colonie. Mais l'influence heureuse de cette nouvelle culture sur l'aisance et le bienêtre du peuple algérien ne s'exerça que dix ou quinze ans plus tard quand la production devint abondante et rémunératrice. Enfin de 1890 à 1904 il n'y a plus eu d'épidémies meurtrières.
De 1896 à 1901, le taux de la mortalité algérienne a peu varié. Deux fois, il s'est maintenu à 20, deux fois à 21 ; une fois il est monté à 22, une fois il s'est abaissé à 19. En 1902 et en 1903, la régression s'est même poursuivie, puisque le nombre des décès a d;minué, maison ne peut plus calculer la moyenne de la mortalité attendu qu'on ne possède plus le chiffre exact ou approché de la population totale. Quant à 1904, l'année ayant été particulièrement pluvieuse au printemps, le paludisme a fait de nombreuses victimes dans les localités malsai-
nés, la somme des décès s'est accrue sensiblement et le taux a été relevé.
Quoi qu'il en soit de ces variations, tout laisse supposer que le taux réel de la mortalité algérienne actuelle est de 20 ou de 21.
Qui aurait osé espérer une telle atténuation de la mortalité, il y a cinquante ans, il y a même trente ans ! A jeter un regard en arrière, quel long chemin parcouru et avec quelle rapidité ! Aussi a-t-on peur d'être victime d'une illusion ou d'une simple erreur de calcul ! Nous avons comme pour la natalité repris tous les chiffres, refait tous nos calculs ! Il n'y avait de cause d'erreur possible que dans le chiffre de la population totale qui comprend l'armée et la population comptée à part. Mais nous ne pouvions l'éliminer; car, si elle n'intervient que peu dans la natalité, elle offre son contingent de décès. Nous sommes toujours arrivé au même résultat : le taux de la mortalité algérienne s'est fixé réellement en ces dernières années aux environs de 20 0/0.
D'ailleurs c'est un fait général que cette régression de la mortalité ; on l'observe chez presque tous les peuples. En France notamment, M. Levasseur avait calculé que, pour la période de 1866 à 1880, la moyenne était de 23,8 ; mais, depuis 1880, de nouveaux progrès ont été réalisés. Pour s'en tenir aux dernières années, le rapport du nombre des décès au chiffre de la population légale a été pour 1904 de 19,5 par 1,000 habitants, de 19,3 en 1903, de 19,5 en 1902 et de 20 en 1901. En Italie, les décès atteignent 29,1 de 1865 à 1883 (chiffre cité par M. Levasseur dans son livre de la Population française) ; en 1901 il s'abaisse à 23,52. En Espagne, le recul est moins accusé ; de 1865 à 1880, le taux moyen
de la mortalité était de 29,1» il est encore en 1901 de 27,81.
Voici d'ailleurs les chiffres comparés de la mortalité européenne en 1901 :
Russie d'Europe. . 32.49 France. 20
Autriche-Hongrie. 31 .83 Angleterre 19.56
Espagne 27.81 ! Belgique 18.73
Italie 23.52 Suisse 18.60
Allemagne 22 62 Suède . 15.62
Portugal 21.84 Norvège 15.40
;rv
La mortalité algérienne paraît donc s'éloigner de celles des populations espagnole et italienne, et elle se rapproche de plus en plus de la mortalité française.
Mortalité par sexe. — En Algérie, les sexes payent-ils à la mort une égale dîme mortuaire ? Les hommes ne sont-ils pas plus souvent frappés que les femmes et plus durement que dans n'importe quel pays d'Europe ? Cette supériorité numérique des décès masculins sur les décès féminins n'a-t-elle pas été considérée comme un symptôme peu favorable à l'acclimatement des peuples européens en Afrique ?
Le docteur Ricoux, le premier, avait insisté sur la mortalité incontestablement plus forte du sexe masculin en Algérie. « De 1830 à 1853, avait-il dit, pour 100 décès du sexe féminin, on en compte 160 du sexe masculin, c'est beaucoup plus qu'en Europe où., suivant les pays, les décès masculins sont de 104 à 108 contre 100 décès féminins ». Pour d'autres périodes sur lesquelles les statistiques fournissaient des renseignements plus
complets et distinguaient entre les hommes et les garçons, les femmes et les filles, il obtenait des résultats un peu différents :