DE TERRE
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Mais ces chiffres ne représentent point toutes les expéditions de primeurs faites à destination de la France et de l'Etranger. 11 faut les compléter en indiquant dans le même laps de temps le nombre de colis postaux, partis d'Algérie; ils contiennent souvent des fruits ou des légumes frais :
Colis postaux 1899-1904
Nombre en kilogr. Valeur en francs
Cette progression dans les statistiques douanières et dans le nombre des colis postaux montrait bien que cette culture était une des plus actives et une des plus fructueuses de l'agriculture algérienne. Seule l'année 1904 a été déficitaire. Nul Algérien n'en ignore la cause :
les grèves de Marseille, qui ont interrompu pendant si longtemps les relations avec la Métropole, ont porté un préjudice énorme aux primeuristes; elles n'ont pas seulement entraîné des pertes très graves, elles ont jeté encore la démoralisation parmi les producteurs. Toutefois la diminution n'a pas été aussi sensible que le feraient croire les chiffres des douanes ; car, en cette même année 1904, on a fait subir à ces statistiques des retouches. Nous lisons en effet dans le volume qui concerne cette année-là : « En ce qui concerne l'exportation, les marchandises expédiées sous le régime des colis postaux, à destination de la Métropole, qui étaient antérieurement reprises aux différents articles de la nomenclature et confondues, au point de vue valeur, avec celles de leurs similaires ayant fait l'objet d'envois dans les conditions ordinaires, font maintenant l'objet d'une statistique spéciale, qui a donné les résultats suivants en 1904. »
Fruits frais 129.807 colis pesant 755.565 kil.
Légumes primeurs. 18.060 — 95.817 kil.
Echantillons : vins et liqueurs 12.023 — 63.402 kil.
Effets usagés et lingerie 8.731 - 46.295 kil.
Articles indigènes
et bimbelotterie. 7.975 43.845 kil.
Huiled'olive 1.843 — 9.243 kil.
Autres articles 55.567 — 236.336 kil.
Nous n'avons cité cette observation du service de statistique que pour bien montrer la part considérable qui revient aux fruits et aux légumes dans ces envois de colis postaux : 851,382 sur 1,250,503 kil.. soit les 2/3. Nous l'avons fait aussi, afin de ne point laisser s'accré-
diter une idée fausse : le fléchissement des chiffres, représentant la valeur des fruits et primeurs en 1904, n'a pas été aussi fort qu'il le paraîtrait sans cette correction nécessaire.
Ce sont les étrangers qui se livrent surtout à la culture maraîchère. Mettons à part cependant une culture qui n'est pas entièrement maraîchère et qui fournit à l'exportation des primeurs une matière abondante : c'est celle de la vigne. Elle n'est pas toute entre les mains des étrangers. A Guyotville, nous connaissons beaucoup de vignerons français. Mais, cette exception faite, tout !e monde reconnaîtra que les Espagnols et les Italiens ont été les premiers à cultiver les primeurs parce qu'ils connaissaient généralement bien cette culture pour l'avoir pratiquée dans leur pays d'origine, et qu'actuellement, soit comme propriétaires, soit comme fermiers, soit même comme simples ouvriers agricoles, ils sont restés les véritables primeuristes de l'Algérie tant à Oran qu'à Alger. Or, cette production se développant, n'a-t-elle pas eu pour conséquence d'attirer de nouveaux étrangers dans la colonie !
Accordons que les primeurs algériennes ne sont connues que depuis quelques années, qu'elles n'ont progressé réellement qu'en ces derniers temps. Dans ces conditions le dénombrement prochain permettra seul d'apprécier l'effet réel et complet exercé par ce nouveau fait économique sur l'accroissement de la population étrangère. On a cependant, dès maintenant, des indices de cette influence. Les résultats du dernier recensement accusaient déjà une nouvelle reprise de l'immigration italienne. De 35.539 en 1896, les Italiens passaient à 38.791.
Nous avons mieux et plus récent. De l'état que nous
avons fait dresser des sujets espagnols et italiens, ayant satisfait à la loi du 8 août 1893 dans la commune d'Alger, il ressort quelques données intéressantes. De 1894 à 1900 ce sont les immigrants espagnols qui l'emportent numériquement sur les Italiens et de quantités très appréciables.
Excédent des Espagnols Espagnols Italiens sur les Italiens
De 1900 à 1904 les rôles sont intervertis : les Italiens arrivent plus nombreux que les Espagnols.
Il y a dans ce changement brusque un phénomène curieux qui doit avoir sa raison d'être dans une condition nouvelle de l'agriculture ou de l'industrie de l'agglomération algéroise. Or, cette condition nouvelle, c'est à notre avis la culture des primeurs. Non pas que nous prétendions que toute l'immigration italienne de ces dernières années ait été amenée par l'extension de cette culture, et que délibérément nous refusions à l'industrie de la pêche et à l'industrie minière la part
aliens
Espagnols
Excédent des Italiens sur les Espagnols
qui leur revient dans cet attrait exercé sur l'élément italien. Mais nous savons, pour avoir fait une enquête personnelle à ce sujet, que l'Italie ne nous envoie plus uniquement des ouvriers terrassiers ou des pêcheurs, qu'elle nous fournit maintenant des ouvriers ou des métayers agricoles originaires de Naples, de Palerme ou de Caserte, ou encore des campagnes siciliennes ; cette immigration, à peine sensible autrefois, s'accroît au fur et à mesure que s'étendent sur le littoral les champs réservés aux primeurs.
La population rurale. — Qui possède la terre? — Qui la cultive? — Voilà donc deux cas, deux faits privilégiés où l'on peut saisir sur le vif et expérimenter les relations profondes qui lient intimement la démographie d'une colonie et son économie rurale. A cette étude générale, à l'observation de ces deux cas particuliers doivent s'ajouter, en Algérie, des considérations d'un autre ordre. Qu'on n'oublie pas que nous sommes ici en présence d'immigrants appartenant à plusieurs nationalités, que tous cherchent à se créer une situation matérielle meilleure, que tous luttent pour la vie. Quelle est la part qu'ils se sont acquise dans ce champ si vaste de l'agriculture algérienne 1 Qui cultive la terre ? Qui la possède ?
A ces questions si graves, peut-il être répondu ? D'aucuns prétendent — c'est toujours le même argument, le même reproche, — que, dans l'état des statistiques, il serait imprudent d'étayer sur elles la moindre hypothèse. Que de fois n'a-t-on pas relevé les erreurs, les incohérences, les invraisemblances de certains tableaux! Dernièrement encore un publiciste de talent raillait les con-
tradictions grossières qu'à quelques pages de distance ces tableaux contenaient. Faut-il cependant, pour des erreurs de détail, condamner complètement les efforts faits depuis trois ans par le service de statistique? Fautil les tenir pour stériles ? Ce n'est assurément qu'avec la plus grande prudence qu'on peut se servir de ces chiffres, et ceux même qui les ont établis reconnaissent l'imperfection relative de leur œuvre : « Malgré tout le soin apporté au cours des trois enquêtes qui viennent d'êtro faites sur la population agricole, — qui ne sauraient du j'este revêtir le caractère d'importance des dénombrements quinquennaux établis avec des moyens d'action considérables et au prix de dépenses très élevées, — il n'échappe pas que des erreurs aient pu se glisser antérieurement et puissent encore exister dans les chiffres, donnés ci-dessus seulement dans le but de permettre une appréciation approximative générale sur la population européenne de la colonie, et non dans le but d'établir une énumération exacte et absolue de diverses catégories d'agriculteurs par sexe et par nationalité. Plus spécialement, en ce qui concerne les territoires de commandement, les répartitions doivent être considérées comme tout à fait approximatives. » Il ne sera donc question que d'une appréciation approximative, et tous les chiffres cités ne seront considérés que comme provisoires. Nous les corroborerons à l'occasion ou nous les rectifierons au besoin par ceux que nous avons pu nous procurer au cours de plusieurs enquêtes sur quelques villages algériens que nous avons personnellement entreprises.
Qui possède la terre en Algérie ? II ne s'agit évidemment que de la terre européenne, non de celle détenue par les indigènes. Et d'abord quelle est sa superficie?
En 1902, elle était évaluée à 1,537,355 hectares ; en 1903, à 1,571,332 ; et en 1904, à 1,621,784. Mais toutes les propriétés achetées par les Européens ne sont pas cultivées, ni toutes cultivables. L'étendue des cultures varie chaque année, 762,666 en 1902, 740,043 en 1903, et 814,640 en 1904. La moitié environ de la surface estutilisée; le reste est en jachères ou n'est pas défriché.
Sur ces 1,621,784, vivait une population européenne de 199,434 individus, dont 64,121 pour le département d'Alger, 99,775 pour celui d'Oran et 35,538 pour Constantine. Dans cette répartition de la population agricole, on voit combien notre province de l'Est est mal partagée. Les Européens, vivant de l'agriculture, y seraient deux fois moins nombreux qu'au centre de la colonie et trois fois moins qu'à l'Ouest. On voit aussi que sur un ensemble de 600,000 Français ou étrangers, les agriculteurs ne forment qu'une minorité. Mais nous ne faisons pas grand cas de ces données générales et surtout de cette prétention de distribuer la population entre certaines catégories qui s'appliquent toujours mal aux groupes humains. Il suffît de donner à un mot une signification ou plus large ou plus étroite pour aboutira des résultats des plus différents que l'on ne peut comparer entre eux. En France, cette répartition varie suivant la thèse que tel économiste, partisan du travail de la terre, ou tel autre, acquis aux revendications ouvrières, veut soutenir. En tout cas, toute comparaison entre les statistiques de 1891 et celles de 1902, 1903 et 1904, qui ne tiendrait pas compte de la nécessité de corrections préalables, serait fausse et dangereuse.
Admettons, en le tenant pour un chiffre approximatif, celui de 199,434 : cette population agricole est divisée en quatre classes : propriétaires, fermiers, métayers et
ouvriers, et chacune de ces classes contiendrait d'après la statistique de 1904 :
Population européenne par catégories et par nationalité
(population agricole)
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