‹ Le peuple algérienChapitre 79 sur 104 · EXPORTATIONS · texte numérisé non relu

EXPORTATIONS

et EXPORTATIONS

réunies

MOYENNES

D'après ce tableau, le commerce algérien est soumis à des fluctuations très accusées : les exportations notamment varient d'une année à l'autre de 100 millions ; en 1898, elles atteignent 346.415.000 fr. ; l'année suivante, elles tombent à 242.317.000. Cette amplitude dans les oscillations tient à ce que ce commerce est sous la double dépendance de l'agriculture algérienne et de l'agriculture métropolitaine.

La colonie étant presque exclusivement agricole, ce sont des produits agricoles que le commerce exportera. Or on a vu qu'à cause de sa climatologie toute spéciale, l'Afrique du Nord ne bénéficie pas toutes les années de récoltes régulières, qu'il y a des périodes d'extrême abondance et des périodes de grande disette. Les exportations varieront donc suivant l'abondance ou l'indigence des marchandises à exporter.

En outre, le commerce ne pourra être très actif qu'à la condition que le marché français ne soit pas encombré de produits semblables à ceux que peut lui vendre la colonie. La France s'est réservée la meilleure part dans les relations commerciales de l'Algérie ; elle absorbe pour plus de 80 0 0 des exportations algériennes, et lui fournit 70 à 75 0/0 de ses importations. Or la France et l'Algérie ont des productions agricoles semblables. Que l'année soit bonne dans la Métropole, que les céréales rendent beaucoup, que la campagne viticole soit excellente, il y a pléthore sur le marché français et partant fléchissement des prix d'achat, et difficulté insurmontable pour les x\lgériens d'écoulement de leurs blés. ou de leurs vins.

Malgré ces fluctuations, le commerce algérien progresse constamment ; à ne retenir que les moyennes, il était pour la période quinquennale (1891-95) de

508 542.501; il s'élevait à 583.245.570 pour celle qui a suivi (1895-1900) ; enfin il a dépassé 600 millions au vingtième siècle et atteint 619.579.700. L'augmentation apparaîtrait beaucoup plus sensible si récemment on n'avait apporté de sérieuses réformes dans les méthodes d'évaluation des marchandises exportées. Au lieu de prendre comme prix de base des produits algériens ceux qui se pratiquaient en France, on a chargé une Commission administrative locale de rechercher et de fixer ceux que ces marchandises avaient dans la colonie. Plusieurs articles, et non des moindres, ont été taxés à leur valeur réelle, très inférieure à l'estimation antérieure. Or, malgré cela, ce commerce suit une marche ascendante évidente.

Y a-t-il parallélisme entre ce mouvement et celui de la population européenne en général ? Pour s'en convaincre, on n'a qu'à jeter les yeux sur le graphique comparatif ci- contre. Les deux lignes du commerce et de la population, sans avoir la même régularité s'élèvent cependant toutes deux et ne s'éloignent point à des distances sensibles l'une de l'autre. La ligne de la population, après s'être maintenue un peu au-dessus de celle du commerce de 1880 à 1885, la coupe et s'élève au-dessus d'elle : elle demeure supérieure en 1890 et 1896 pour aboutir au même point que l'autre en 1900. N'est-ce point là une preuve visible du parallélisme de ces deux mouvements ! (1)

Vous comparez, nous dira-t-on peut-être, des choses absolument dissemblables ; le commerce de l'Algérie n'est pas le monopole exclusif des Européens et la

(1) Nous avons pris comme point de départ, pour le commerce, la moyenne de la période 1875-1880.

population que vous devriez considérer devrait être la population entière. A cela nous répondrons que sans doute les autres groupes de la population algérienne participent à ces transactions commerciales, mais que directement ou indirectement la meilleure part revient aux Européens.

Autre objection : ce n'est point le commmerce dans son . ensemble (importations et exportations) qu'il eût fallu rapprocher de la population. Vous n'ubtenez ainsi aucun indice sérieux de l'augmentation de la richesse dans la colonie. Restreignez votre examen à l'étude des exportations : alors, au lieu d'un enrichissement général, vous observerez un appauvrissement de cette population. Ainsi parlent tous ceux qui estiment d'après la théorie de la balance du commerce qu'un pays s'enrichit lorsque ses exportations sont supérieures comme valeur marchande à ses importations et qu'il s'appauvrit dans le cas contraire. Cette théorie, qui a une apparence spécieuse de vérité, n'est exacte ni dans les vieux pays d'Europe, ni chez les peuples jeunes des autres continents : ici, cette balance est rétablie par les créances, consenties par une nation riche au bénéfice d'une plus pauvre, et par l'intérêt de l'argent prêté, ou bien encore par les dépenses faites par les étrangers qui la visitent ou qui l'habitent ; là, elle est rétablie par l'entretien du corps d'occupation. Et puis dans une colonie en formation, les dépenses de première installation l'emportent toujours sur les premiers revenus agricoles ou industriels. On oublie généralement que les frais de construction des fermes et l'achat d'un outillage agricole sont toujours très onéreux lorsque les Européens s'établissent à demeure, se fixent définitivement dans le pays. Une colonie d'exploitation peut rapporter de suite de

beaux bénéfices ; une colonie de peuplement n'en donne généralement que beaucoup plus tard; voyez-y un placement pour l'avenir. C'est parce que cette période d'installation n'est point terminée pour l'Algérie, qu'il est juste de ne point mesurer à ses seules exportations le progrès de la richesse dans cette colonie, qu'il faut faire entrer en ligne de compte l'accroissement de ses importations, consacrées souvent à améliorer et à compléter l'outillage du pays.

Population et commerce cTOran. — Puisqu'il n'est pas possible de distinguer sérieusement la population urbaine de la population rurale, prenons deux ou trois villes parmi les plus importantes de la colonie et rapprochons leurs progrès matériels de ceux des habitants qui les peuplent.

La population urbaine est concentrée dans les grandes villes du littoral, surtout à Alger et à Oran qui sont les deux grands ports de la colonie, ceux par lesquels se fait principalement le commerce de la colonie avec la France et l'Etranger.

La capitale de l'Oranie est actuellement un des centres les plus populeux en même temps qu'un des plus commerçants de la colonie. Le 17 août 1831, les Français s'étaient définitivement installés à Oran. Ruinée par les occupations et les retraites successives des troupes françaises et par les pillages qui en étaient l'occasion, cette ville ne se composait que d'une partie restreinte des bas quartiers actuels; en 1832, sa population n'était encore que de 3,856 habitants, dont 730 Européens. Quatre ans plus tard en 1836, son commerce ne s'élevait qu'à 657,000 fr. Cependant la ville se trouvait dans une

situation économique privilégiée au débouché d'une région fertile en céréales et en bestiaux. Les bevs d'Oran tiraient de gros revenus des autorisations qu'ils accordaient, contre beaux deniers comptants, d'exporter des grains à destination de Gibraltar et de l'Europe.

Oran se releva rapidement de ses ruines sous l'administration du général Bugeaud ; l'Oranie fut conquise et pacifiée et le commerce put reprendre la route de cette ville. En 1844, on commença à construire un bassin de 4 hectares, aujourd'hui le Vieux-Port ; en 1858, le développement rapide et constant du trafic obligea l'administration à étudier plusieurs projets d'amélioration et à préparer l'exécution des travaux pour la création d'un nouveau bassin de 25 hectares. De cette époque datent aussi les premiers documents sérieux sur la population et le commerce de cette ville. Ils sont consignés dans les deux tableaux qui suivent. Pour le commerce des dernières années, nous avons substitué à la valeur en argent le tonnage général :

Développement de la population à Oran

AWÉES

POPULATION MUNICIPALE

Français

Etrangers

TOTAL

Israélites

Musulmans

TOTAL

POPULA- TION

TOTALE

En cinquante ans, Oran s'est donc accru de plus de soixante mille habitants. D'une pareille rapidité dans la progression, seules quelques villes industrielles d'Europe nous offrent des exemples. Cet accroissement a été régulier pour toutes les parties de cette population, car je ne compte pas comme des chutes brusques ce qui n'est dû qu'à des anomalies ou à des erreurs de la statistique. En voici quelques-unes : en 1872, le groupe français qui, cinq ans auparavant, ne comptait que 8.789 unités en aurait compté 17.665 et serait retombé à 11.045 cinq ans après. Cette erreur manifeste est due à la haute fantaisie de quelque statisticien qui a cru bien faire en confondant les chiffres des Israéliles et des Français, au lendemain du jour où le décret Crémieux avait naturalisé en bloc les Juifs algériens. S'étonnerat-on aussi de la très forte augmentation des Français en 1900 ? Elle est en somme toute naturelle ; car, à Oran, nous sommes en présence de vieilles familles espagnoles dont les enfants sont naturalisés Français lorsqu'ils atteignent leur majorité ; en 1896 on n'avait pas dénombré à part les naturalisés, et selon toute probabilité, bien des Espagnols devenus légalement Français avaient été recensés avec les étrangers. En 1900, les naturalisés ont été comptés à part ; ils forment un groupe compact de 21.019 individus, groupe qui égale presque celui des Français d'origine 21.238.

Sans nous attarder à expliquer ou à rectifier ces chiffres, retenons de ce tableau que tous les groupes de la population urbaine d'Oran sont en progrès constants, progrès chez les Européens, tant français qu'étrangers, progrès chez les Indigènes, tant musulmans qu'israélites. Or ces accroissements seraient inexplicables si parallèlement on ne constatait une augmentation dans

les ressources économiques de cette population. Oran étant surtout une ville commerçante, c'est le commerce qui fournira l'indice le plus certain de ces progrès économiques.

Moyenne de l'exportation du port d'Oran

1836-40 , 657.000 francs

Nous ne possédons pas l'estimation du commerce d'Oran pour ces dernières années, mais nous avons quelques chiffres sur les tonneaux de jauge des navires fréquentant le port, ou sur le tonnage réel des marchandises passant par le port. Les uns et les autres témoignent de cette marche ascendante du commerce oranais.

Le port recevait ou expédiait :

En 1856 937 navires jaugeant 36.000 tonneaux

En 1881 4.227 — 1.281.351

En 1904 5.753 — 3.613.721 —

Le tonnage des marchandises passait en même temps

de 20.000 tonnes en 1833

à 64.160 tonnes en 1860

à 370.236 tonnes en 1883

à 793.246 tonnes en 1904

Ce commerce est alimenté surtout par les produits agricoles de l'intérieur: les céréales, les vins, les pri-

meurs, l'alfa, le crin végétal, les animaux de boucherie, tous produits qui sont concentrés à Oran et chargés sur les paquebots, et dont le transit et la manipulation fournissent du travail à la nombreuse population ouvrière de la ville. Quelques industries donnent lieu à des exploitations aujourd'hui prospères. L'industrie du tabac, par exemple, fait vivre à Oran plus de mille familles. La plus importante des fabriques, occupant à elle seule 800 ouvriers, a livré à la consommation, en 1904, 300 millions de cigarettes ; 3 millions de cigares et 1,800,000 paquets de tabac haché. La majeure partie de la production est consommée dans le pays ; le surplus est expédié aux colonies françaises et à l'étranger. Le crin végétal est peigné et mis en corde dans de nombreuses fabriques, et de là dirigé vers la Métropole, l'Allemagne, les Etats-Unis d'Amérique, l'Italie, la Belgique et l'Autriche. Les quantités exportées par Oran en 1904 ont atteint 15,538 tonnes. Des minoteries, des tuileries, des fabriques de pâtes alimentaires, des fabriques de ciment comprimé se sont élevées et emploient beaucoup d'ouvriers.

Ville de commerce, et déjà ville industrielle, Oran trouve dans sa situation géographique, au débouché d'une région agricole très riche et dans le voisinage d'une nation européenne qui est un réservoir presque inépuisable d'émigrants, le gage d'une prospérité économique toujours croissante et la promesse d'une population toujours multipliée.

Population et commerce d'Alger. — Alger n'a pas derrière elle des régions cultivables aussi étendues qu'Oran ; elle n'est pas non plus à quelques heures de

-côtes où se presse une population pauvre qui pourrait lui envoyer des théories d'immigrants ; mais par sa position centrale au milieu de la colonie, par le rôle historique qu'elle avait joué avant la conquête française et au cours de cette prise de possession, elle devait avoir la première place dans les préoccupations du gouvernement. Comme capitale de nos possessions africaines, elle devint le siège de l'administration algérienne, la ville des fonctionnaires. Mais ce titre pas plus que cette installation des services administratifs n'auraient suffi à faire d'elle la grande et populeuse ville qu'elle est maintenant, si le développement de son commerce et à certains degrés de son industrie n'avait puissamment contribué à attirer dans ses murs une forte population.

Population d'Alger

ANNÉES

POPULATION

MUNICIPALE

TOTAL

Français

:UROPÉENS

Etrangers total

Musulmans

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