‹ Le peuple algérienChapitre 81 sur 104 · SORTIES · texte numérisé non relu

SORTIES

Commerce extérieur

Cabotage algérien

Commerce extérieur

Cabotage algérien

TOTAL

tonnes.

tonnes.

tonnes.

tonnes.

tonnes.

tonnes.

Au total, les entrées et les sorties ont été en 1903 de 1,891,403 tonnes et en 1904 de 1,748,628. La diminution constatée en 1904 est due à des causes accidentelles et passagères, telle qu'une hausse des prix pratiqués à Alger sur les houilles étrangères et l'interruption des relations commerciales avec la Métropole pendant la durée des grèves de Marseille.

Un port qui débarque ou qui embarque près de deux millions de tonnes de marchandises est un grand port.

Ce trafic a été alimenté surtout par les produits agricoles de la région algéroise — vins, céréales, légumes frais, fruits, huiles, bestiaux, laines — et par les produits manufacturés de la Métropole qui trouvent dans les services rapides et presque quotidiens des grandes compagnies maritimes des facilités d'expédition inconnues des autres ports. Les exploitations minières dirigent aussi sur Alger depuis quelques années des quantités croissantes de minerai. Citons simplement les mines de zinc de l'Ouarsenis, de Sakamody et de Guerrouma, dont le rendement est régulier et constant. La mine de fer d'Aïn-Oudrer, près Ménerville, livre journellement à TEst-Algérien environ 100 tonnes de minerai qui sont

transportées à Alger. Celle du Zaccar, actuellement la plus importante, occupe 200 ouvriers et l'extraction atteint 225 tonnes par jour, de quoi charger un train quotidien à destination d'Alger. Demain peut-être seront exploités les gisements du Fondouck. très riches en cuivre et en calamine. La manipulation de ces marchandises sur les quais d'Alger exige une main-d'œuvre considérable.

La population ouvrière s'emploie aussi dans quelques établissements industriels qui se sont ouverts à Alger ou dans les environs ; ce sont des fonderies et ateliers de réparations, des tonnelleries, des minoteries, une fabrique d'allumettes, des tanneries, des huileries, et des briqueteries, des fabriques de pâtes alimentaires, des usines \ our la préparation des lièges, des scieries mécaniques, des manufactures de tapis et de tabacs et une usine électrique. Nous avons vu aussi combien active était l'industrie du bâtiment.

A toutes ces causes de prospérité pour le port d'Alger, d'accroissement pour la population algéroise, il faut ajouter qu'Alger est devenu port de relâche et escale de tourisme. Situé en un point central sur la grande route méditerranéenne et au débouché d'une région agricole riche, Alger réunissait pour le ravitaillement des navires des avantages que ne possédaient pas les ports rivaux de Malte et de Gibraltar, en ce qui concernait la facilité et la rapidité des opérations. Aussi les relâcheurs s'arrètent-ils maintenant de préférence dins son port : en 1904, 1,129 navires d'une jauge totale de 2,195,783 tonneaux sont venus renouveler leurs provisions de route.

Enfin le port d'Alger a été visité, au cours de 1904, par 16 bateaux touristes sous pavillon anglais et allemand. Par la douceur de son climat, par le pittoresque

de ses sites, par l'exotisme de ses monuments, par le mélange enfin de sa population, Alger se prête merveilleusement, autant et plus que les stations de la côte d'azur, à l'hivernage et au tourisme.

Ville d'hiverneurs et ville de fonctionnaires, port de commerce et port de relâche, centre des relations commerciales avec la Métropole et capitale politique de l'Algérie, Alger (1) a devant elle le plus brillant avenir. Elle est et restera la grande et belle ville française, le joyau de notre œuvre civilisatrice dans cette Afrique du Nord, le foyer esthétique, intellectuel et moral d'où rayonnera le génie de notre race.

La population industrielle. Répartition par nationalité. — Peut-on savoir la part qui revient à chaque nationalité dans ce commerce et cette industrie de la colonie ? Jusqu'à ces derniers temps les auteurs qui ont écrit sur l'Algérie, faute de documents, se sont contentés d'appréciations assez vagues. Aujourd'hui, même avec ceux que nous possédons, il est encore prudent de se tenir dans les généralités.

Une première statistique nous est fournie dès 1899 par l'administration des contributions directes : c'est un état présentant pour les territoires civils et de commandement le nombre des patentés d'après leur nationalité:

(1) Alger est une des plus belles villes que nous connaissions. Située dans la partie ouest de la baie demi-circulaire que forment les promontoires du cap Caxine et du cap Matifou, en face de l'ancienne Rusgunire, elle se prolonge le long de la côte et sur le versant des collines par de gros villages, le Ruisseau, Hussein-Dey, Kouba, Maison-Carrée, Fort-de-1'Eau. Elle possède encore le charme des villes exotiques et elle a déjà tout le confortable des cités européennes.

DÉPARTEMENTS

Français

Israélites

Etrangers

TOTAL

Alger (civil)

— (territoire militaire).

Oran (civil)

— (territoire militaire).

• — (territoire militaire).

Pour 100

Mettons de côté les Israélites : qui ignore qu'en Algérie ils sont avant tout commerçants ou industriels et qu'ils sont les courtiers naturels et souvent obligés entre les Européens et les Indigènes musulmans ! De là, si l'on compare le chiffre de leurs patentés 5,385 à celui de la population Israélite, la très forte proportion que l'on obtient; de là aussi le nombre relativement considérable des commerçants juifs dans les territoires militaires au milieu des masses indigènes.

Les patentés européens se répartissent à peu près au prorata des populations française et étrangère. A Alger et à Constantine où l'élément français l'emporte sur l'élément étranger, les commerçants et industriels d'origine française sont plus nombreux que ceux d'origine étrangère. C'est le contraire qui se produit pour Oran.

Ce tableau prouve déjà clairement que la France n'a pas gardé jalousement pour ses nationaux le monopole des transactions commerciales, qu'elle a permis au contraire aux Espagnols, aux Italiens, aux Maltais de concurrencer ses propres enfants sur les marchés algériens. D'ailleurs, par la convention consulaire de 1862 avec

l'Espagne, elle accordait aux Espagnols en matière civile et commerciale les mêmes droits qu'aux Français; les sujets des deux pays pouvaient acquérir ou posséder toute espèce de biens, meubles ou immeubles ; exercer n'importe quelle industrie ; faire le commerce tant en gros qu'en détail, etc., en observant dans tous les cas les conditions établies par les lois et les règlements en vigueur. Etait seulement exigé d'eux un certificat d'immatriculation, constatant leur qualité et délivré par les agents diplomatiques ou consulaires de leur pays sur la présentation de pièces d'identité. Et les Espagnols ont profité largement de cette tolérance. Ils ouvrent des tavernes, des épiceries, des boucheries ; ils sont selliers, carrossiers, forgerons. Ils exploitent la pêche, le cabotage, se font à l'occasion contrebandiers. Que d'enseignes de boutiques et de magasins sont en langue espagnole ! Tels quartiers d'Alger, par la profusion de leurs noms empruntés à la langue du Cid, ressemblent aux calles de Madrid ou de Séville. Bien que l'activité espagnole s'exerce dans toutes les industries et se plaise à tous les commerces, il était naturel qu'elle recherchât de préférence les entreprises auxquelles elle était habituée dans son pays d'origine. C'est ainsi que de puissantes maisons espagnoles ont accaparé en partie l'industrie du tabac, que des milliers de Carmen leur fournissent une main-d'œuvre habile et peu coûteuse pour la fabrication de cigares et de cigarettes. C'est ainsi encore que des sociétés à personnel et à capitaux espagnols ont été constituées pour la distillation et la vente des liqueurs comme l'anisette, la boison favorite de ce peuple. Enfin, l'industrie des transports doit aux Espagnols ces charretiers infatigables qui, par les routes presque désertes des Hauts-Plateaux, assuraient les

communications avec les villes et les postes de l'Extrême-Sud.

« La colonie italienne, dit M. Billiard, est loin d^jà de présenter la même importance économique. Son champ d'action est infiniment plus restreint; à n'envisager que les grandes lignes, on peut même dire que son labeur n'affecte que trois formes. La première est l'exploitation des ressources de la mer, poisson, corail, cabotage ; c'est ce qui explique la concentration particulière de l'élément italien sur la côte, principalement à La Calle, Bône et Philippeville ; encore, dans cette industrie, ne fournit-il guère que la main-d'œuvre matérielle, celle du matelot, tout au plus du patron de barque, travaillant à prix tixe pour le compte de capitalistes appartenant à d'autres nationalités. La seconde forme d'activité des étrangers italiens s'applique aux travaux de terrassements : ce sont des bras siciliens et calabrais qui ont élevé les plates-formes de la plupart de nos routes et voies ferrées, qui aujourd'hui encore exploitent les minerais de Mokta-el-Hadid, de Guerrouma, de Sakamody, de l'Ouarsenis, les phosphates de Tébessa, de Tixter et de vingt autres gisements, dont chaque jour amène la découverte. L'afflux de cette catégorie de travailleurs crée, sur les grands chantiers de travaux publics ou privés, des villes improvisées, qui naissent, se déplacent et s'évanouissent avec les causes transitoires de leur éclosion. Enfin la troisième grande industrie exercée par ce même élément d'immigration est la maçonnerie ; ce sont des truelles piémontaises qui ont construit la plupart de nos tunnels, viaducs, ponts, barrages, conduites d'eau, édifices publics et bâtiments particuliers. Leur industrie s'exerce partout, tantôt collective et tantôt individuelle, dans les entreprises les

plus modestes comme dans les plus grandioses. Jusqu'au fond des tribus les plus reculées on trouve des maçons italiens occupés à construire, pour le compte de notables indigènes, de vagues et rudimentaires imitations d'habitations européennes. La part de collaboration, apportée à notre œuvre civilisatrice par l'élément étranger d'origine italienne, est donc encore considérable. » Elle est même plus grande que ne le suppose M. Billiard ; à ces trois formes d'activité anciennes, il est nécessaire d'en ajouter une nouvelle qui est déjà notable ; c'est la culture des primeurs par des maraîchers italiens originaires de Palerme ou de Caltanisetta. Les primeurisles campaniens ou siciliens formeront demain avec les mineurs et les ouvriers forestiers la grosse armée d'immigration italienne.

M. Billiard, avec sa connaissance très sûre des questions algériennes, caractérise fort bien aussi l'action de l'élément anglo-maltais ou plutôt son évolution. « (Elle) n'est, en général, ni agricole, ni maritime, ni industrielle. Emanation d'une race installée aux confins de deux civilisations (chrétienne et musulmane), de trois races et de trois langues (italienne, arabe et anglaise), cette catégorie d'immigrants a puisé dans ces conditions de vie particulières de remarquables facultés d'adaptation, qui la prédisposent admirablement au rôle d'intermédiaire ; c'est pourquoi son effort, en Algérie, est surtout d'ordre commercial. L'Anglo-Maltais, à peine débarqué, s'improvise cabaretier, épicier, laitier dans nos villes et leurs banlieues. A un degré un peu plus élevé, il devient marchand de bestiaux, cocher, maquignon; sportsman inélégant mais retors, il ne tarde pas à écumer fructueusement nos hippodromes. Au sommet de la hiérarchie, il ne craint pas d'aborder les grandes

affaires, s'élève à la dignité d'entrepreneur de cabotage, accapare sur certains points le commerce des grains, figues, huiles et carroubes. A toutes ces affaires, il adjoint souvent, sur une échelle proportionnée à ses moyens, le commerce d'argent, et, dégagé de tous préjugés sur le taux de l'intérêt, fait sur ce terrain une concurrence redoutable à ses rivaux israélites, kabyles et mozabites. Actif, intelligent et sobre, il réussit généralement dans ses entreprises, parvient fréquemment à l'aisance, s'élève assez souvent jusqu'à la richesse ; mais alors aucun signe extérieur ne révèle l'ampleur de sa situation : millionnaire, il conserve, avec son âpreté au gain, toutes ses habitudes de vie étroite et parcimonieuse, sans concevoir d'ambitiqn d'ordre plus élevé, et cette ladrerie nuit à sa considération sociale. » Ajoutons que la colonie maltaise, dont on vient de décrire le rôle parasitaire en Algérie, se fond peu à peu avec les autres groupes européens et que si, au début de la conquête, son action pouvait être nettement caractérisée, elle ne peut plus guère l'être actuellement.

En dehors des places de fonctionnaires et des fonctions libérales le Français se livre lui aussi au commerce et à l'industrie. On le rencontre à peu près partout. Toutefois, s'il sait rivaliser avec les autres étrangers dans les petites industries qui exigent peu de capitaux, s'il ouvre comme eux boutique de mercerie ou échoppe de marchand de vin, il ne peut guère avoir de rivai dans les grandes entreprises industrielles ou dans les grandes maisons de commerce, qui doivent disposer de ressources financières considérables. Aussi possède-t-il les grands magasins de nouveautés, de draperies, d'habillement, les maisons sérieuses et renommées d'alimentation, les dépôts de matériaux de construc-

tion ; il est à la tête des industries métallurgiques, de la carrosserie, de la céramique, de l'imprimerie. Les produits français sont recherchés de tous les Européens dont le goût s'affine et les besoins augmentent à notre contact, et qui deviennent ainsi en peu de temps des clients de notre commerce. Là où les industriels français sont sans concurrent sérieux, c'est dans tous les travaux qui demandent de la délicatesse, du goût, un certain sens de l'élégance et de la distinction. Tailleurs, modistes, coupeurs dans les grandes maisons d'habillement, employés de rayons, voyageurs de commerce sont en majorité d'origine française.

Ce ne sont là évidemment que de simples indications qui. ne reposant sur aucune évaluation exacte, n'ont que le mérite de marquer le rôle joué par chaque nationalité dans cette vie économique de l'Algérie. Est-il prudent de préciser davantage ? Faut-il faire état des essais de statistiques industrielles que publie le gouvernement général depuis trois ans I Elles ne pourront avoir de valeur réelle que du jour où le recensement aura rectifié leurs données, et lorsque des monographies (1) sur le commerce et l'industrie d'une ville ou d'une l'égion auront été publiées. Telles qu'elles sont, voici quels renseignements elles fournissent.

Elles distinguent d'abord les patrons et les ouvriers et elles répartissent ensuite chacun de ces groupes d'après les industries auxquels ils se livrent et suivant leur nationalité. Voici le tableau concernant les patrons:

(1) On a souvent répété que, pour connaître l'Algérie physique ou les races qui l'habitent, il était indispensable d'établir de nombreuses monographies de chaque région naturelle ; même nécessité s'impose pour l'Algéiie économique et ses divers produits. Ce n'est que par des études détaillées sur le commerce et l'industrie de chaque ville qu'on aboutira à des résultats exacts et sincères.

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