NATIONALITE DES ENFANTS
FRANÇAIS
ETRANGERS
Garçons
Filles
Ensemble! Garions
Filles Ensemble
Fr. 58 Etr. 42 92-203
Fr. 58
Etr. 42
Fr. 58 Etr. 42 97- 040
Fr. 59 Etr. 41 97.680
Fr. 59 Etr. 41 100. 605
Fr. 60 Etr. 40 101263
Fr. 59 Etr. 41 103. 081
Fr. 60 Etr. 40 104- 250
(1) P. indique les écoles primaires.
(2) M. indique les écoles maternelles.
La population scolaire des écoles primaires et maternelles a augmenté dans les huit dernières années de 12,000 unités environ ; mais, tandis que les Français se seraient accrus de 9,129, les étrangers n'auraient gagné que 1,918. La proportion des enfants étrangers ne représenterait plus que 40 0/n, en 1904, alors qu'elle était en 1897 de 42 0/q. Y a-t-il eu réellement fléchissement du contingent étranger dans cette population ? Ce n'est là encore qu'une apparence, les enfants des naturalisés étant mêlés avec ceux des Français d'origine ; à eux seuls ils doivent représenter déjà une partie considérable de la scolarité française.
Il n'est pas sans intérêt de connaître comment se répartissent ces enfants entre les écoles publiques et les écoles privées. Ces dernières sont presque toutes tenues par des congréganistes. L'instinct religieux des familles espagnoles et italiennes les a-t-il poussées à confier leurs fils ou leurs filles à des religieux plutôt qu'à des laïques ? Ou bien la gratuité a-t-elle été plus forte que tout mobile religieux \ Nous puisons dans le rapport officiel sur la situation de l'enseignement en Algérie pendant l'année scolaire 1902-1903 le renseignement suivant :
Français
Israélites
Etrangers . . .
ÉCOLES PURLIQUKS
ÉCOLES PIUVÉES TOTAL
Total
C'est clone clans les écoles publiques que va la grande majorité des enfants étrangers ; 1/5 seulement fréquentent les écoles privées. Même proportion pour les Français.
Toutes les nationalités se montrent-elles aussi bien disposées les unes que les autres à accepter cette éducation française ? Nous ne possédons sur cette matière aucun renseignement précis ; cependant une statistique qui remonte à 1899 classe les enfants d'après les départements :
DÉPARTEMENTS
FRANÇAIS
ETRANGERS
Garçons
Filles
Total
Garçons
Filles
Alger. .
Totaux
Ce tableau ne signifierait rien si on ne le rapprochait de l'habitat particulier des deux grandes colonies étrangères en Algérie, et de l'effectif de chacune d'elles. Mettons à part, si l'on veut, le département d'Alger où les Espagnols et les Italiens se trouvent mêlés. Prenons simplement l'Oranie et la province de Gonstantine ; en Oranie, presque tous les étrangers sont des Espagnols ;
à Gonstantine, la plupart sont des Italiens. En Oranie, le. nombre des enfants étrangers fréquentant les écoles françaises représente 1(3 ° 0 delà population étrangère; à Gonstantine, il dépasse 18 %• Tout semble donc prouver que les enfants des familles italiennes y sont proportionnellement plus nombreux que ceux des familles espagnoles. Cependant le rapport 16 % est déjà un rapport assez élevé, satisfaisant.
Cette alïiuence des fils et tilles d'étrangers est si réelle qu'elle a même soulevé quelques récriminations de la part des Français qui se plaignaient, il y a quelques années, qui se plaignent encore de l'encombrement des classes. Faute de locaux assez spacieux et de maîtres assez nombreux, nos écoles primaires sont dans l'impossibilité d'accueillir tous les entants sollicitant leur inscription scolaire, et grandes sont les doléances des parents français qui estiment avec quelque raison que nos écoles sont faites d'abord pour nos fils, puis pour ceux des étrangers. Quelle singulière imprudence n'y aurait-il pas pourtant à décourager les bonnes volontés de ces Européens désireux de faire apprendre notre langue à leurs enfants ! Mieux vaudrait la favoriser par tous les moyens en nctre pouvoir, y attacher même quelques privilèges matériels et moraux. Là est le moyen de prévenir tout antagonisme de race. Non pas que nous nous fassions illusion sur les mobiles qui dirigent les familles étrangères dans cette préférence donnée à nos écoles ! Quel moyen de lutter contre la gratuité ! Comment ne pas jouir de la faculté de se débarrasser de ses enfants pendant la plus grande partie de la journée quand on n'a que son travail pour vivre et qu'au demeurant on sait qu'ils sont en de bonnes mains ! Non pas que
nous nous exagérions la valeur éducative de l'école *, elle ne suffit pas à transformer complètement, définitivement l'esprit, si malléable qu'il soit, de jeunes êtres qui chaque jour, dans leur famille, et par les conversations intimes et par la contagion de l'exemple, puisent souvent des idées et des sentiments contraires à ceux qu'on leur apprend.
L'école primaire reste néanmoins le premier et le plus puissant moyen dont nous disposions pour franciser cette masse confuse d'étrangers. C'est donc à développer cet enseignement, à le mettre à la portée de tous que doivent tendre les efforts des pouvoirs publics ; et c'est en même temps à le perfectionner, à l'adapter à la mission spéciale qu'il doit remplir. Nul n'ignore que, depuis quelques années, la colonie est entrée résolument dans la voie du développement de ses services d'instruction publique, qu'elle a consenti de lourds sacrifices financiers pour la construction de vastes bâtiments scolaires et la création de nouvelles classes. Le besoin s'en faisait sentir d'une façon urgente ; car la situation était déplorable. D'après une enquête faite par l'Académie d'Alger, en 1902, plus de 18.000 enfants de 6 à 13 ans se trouvaient forcément privés de toute instruction à cause de l'impossibilité où l'on était de les recevoir dans les écoles existantes. Un autre rapport de 1904 évalue à près de 21.000 ceux qui n'avaient pu fréquenter aucune classe pendant l'année qui avait précédé. Nous sommes persuadé, quoique nous n'ayons que des indices de ce fait, que la plupart des enfants restés ainsi sans éducation appartenaient à des familles étrangères, pauvres et illettrées, chez lesquelles persiste sinon une répugnance, du moins quelque indifférence pour les bienfaits de l'instruction. En
présence de cette insuffisance constatée, les Délégations financières et le Conseil supérieur ont voté d'importants crédits pour permettre à l'Administration d'édifier des bâtiments scolaires plus spacieux et de créer dans le délai de cinq ans 379 classes nouvelles ; le programme est en bonne voie d'exécution, et ce sera l'honneur du Gouvernement et celui des Assemblées algériennes d'avoir compris l'intérêt national qui s'attachait à cette diffusion de l'instruction primaire et d'en avoir assuré la réalisation par des mesures décisives.
Il y aurait aussi quelque utilité à orienter cet enseignement vers des fins plus pratiques, vers des résultats plus directement utiles à la France. La mission de l'éducateur en Algérie consiste non seulement à former des hommes, mais encore à faire des Français. Et pour cela il doit faire aimer et respecter la France par un enseignement, s'adressant autant au cœur qu'à l'intelligence de ses jeunes élèves. Ne leur montrerat-il pas incessamment le rôle civilisateur qu'elle a joué dans le monde l Ne leur enseignera-t-il pas les grandes et nobles idées qu'elle a semées et pour lesquelles elle a si généreusement combattu ! Par le récit des luttes tragiques et grandioses de la Révolution, comme par l'histoire de la folle chevauchée napoléonienne, ne leur apprendra-t-il pas à admirer autant le courage civil que le courage militaire ? Toutes ses leçons tendront à forcer l'amour et à emporter l'admiration de ces enfants pour la France, la nation bonne et hospitalière s'il en fut jamais au monde. L'admiration précède l'amour : qui admire la France est bien près de l'aimer. Dans une colonie où la moitié des Européens sont d'origine étrangère, où les Indigènes, séparés de nous par leur religion, leurs sentiments, leur manière
de vivre, ne se sont point encore franchement ralliés à notre cause, le patriotisme est plus qu'un devoir, c'est une nécessité, une condition d'existence nationale. C'est une singulière erreur, pour ne pas dire davantage, que d'essayer de propager dans le milieu cosmopolite algérien les théories d'un décevant internationalisme, dont les Français seraient les premiers à souffrir et dont la conséquence immédiate se traduirait par une diminution du prestige national (1).
L'œuvre d'assimilation intellectuelle, commencée, ébauchée par l'enseignement primaire, s'arrête pour la plupart à ce premier degré de l'instruction ; elle ne se poursuit que pour une élite et pour une élite bien rare par l'enseignement secondaire. Autant les enfants d'étrangers se pressent sur les bancs de l'école primaire, autant, quand ils sont plus âgés, ils s'asseoient en petit nombre sur ceux des lycées et des collèges. Voici la répartition de la population scolaire des établissements d'enseignement secondaire d'après la nationalité des élèves en 1904:
(1) M. Joly. qui a été souvent le rapporteur des Services de l'Instruction Publique aux Délégations Financières, émettait le vœu que renseignement, donné aux jeunes Algériens, ne fût pas absolument calqué sur celui de la Métropole et qu'il fût dirigé vers des fins plus pratiques. Il est bien certain que. dans une colonie, ce sont les besoins économiques qui priment tout et que l'on cherchera d'abord à satisfaire : l'instruction, donnée aux enfants, les armera donc pour cette lutte purement économique. D'autre part, l'enseignement primaire supérieur avec apprentissage professionnel n'est pas assez répandu : il rendrait de très grands services aux jeunes Algériens,