‹ Le peuple algérienChapitre 87 sur 104 · RÉPARTITION PAR NATIONALITÉ · texte numérisé non relu

RÉPARTITION PAR NATIONALITÉ

des élèves des lycées et collèges de l'Algérie (1904)

DÉPARTEMENTS

Français

Israélites

Musulra.

Etrangers

Total

en

Alger

Oran

Constantin e

Alger (1)

Oran

Constantine

Alger

' Oran. . .

Constantine

(t) A Alger, il n"y a ni lycée ni collège de jeunes tilles. L'enseignement secondaire y est donné aux jeunes tilles par une école de la Ligue qui compte près de 450 élèves.

Vraiment les fils et les filles d'étrangers sont en si petite quantité qu'ils dépassent à peine les Musulmans, 114 contre 102 ; n'étaient les jeunes filles, qui, tant à Oran qu'àConstantine, n'atteignent que le chiffre dérisoire de 26, les étrangers seraient même en état d'infériorité sur les Musulmans, 88 contre 101. Et cela ferait croire à une sorte d'hostilité contre l'enseignement public et laïque si l'on ne savait que la somme des élèves d'origine étrangère ne dépasse pas 6 dans les institutions secondaires libres. La pauvreté des familles étrangères n'explique pas plus à elle seule ce peu d'empressement ; car il en est quelques-unes de riches et beaucoup de fort aisées; celles-là du moins seraient à môme de faire donner à leurs enfants une instruction plus complète et plus relevée. De cette abstention les causes paraissent tout autres ; notez que toutes les fonctions publiques et les fonctions libérales, c'est-àdire celles qui exigent des grades auxquels on n'arrive qu'après plusieurs années d'études secondaires, sont réservées aux Français ; les étrangers se vouent donc de bonne heure au commerce et à l'agriculture, et ils ne croient pas fort utile en cette occurrence d'obliger leurs enfants à continuer leurs études, d'autant que cela représente pour eux une dépense de temps et d'argent. De quelle utilité serait d'ailleurs pour la France l'existence d'une élite intellectuelle étrangère, si elle n'était pas imbue de notre esprit, attachée à nos mœurs et disposée à seconder nos efforts pour franciser ses compatriotes ! Les éléments dont est composé le groupe national suffisent à cette tâche : ce sont eux qui forment les cadres de la société coloniale algérienne et comme l'aristocratie sociale, intellectuelle et morale de cette société,

Pour mémoire seulement, il est besoin de parler de renseignement supérieur. En 1904 seulement, on a donné quelques statistiques intéressantes qui répartissent les élèves d'après leur nationalité d'origine, en rappelant les diplômes décernés depuis la création des Ecoles. L'Ecole de Droit aurait délivré à six étrangers un certificat de capacité, deux diplômes de bachelier, trois diplômes de licencié. A l'Ecole de Médecine et de Pharmacie, toujours depuis la fondation des facultés, auraient été reçus douze officiers de santé, deux sages-femmes, cinq pharmaciens de seconde classe, un herboriste. L'Ecole des Sciences et des Lettres devraient être beaucoup mieux partagées, puisque leurs professeurs comptent, paraît-il, parmi leurs travaux, les divers examens du baccalauréat ; or, je ne relève clans les Sciences que douze bacheliers étrangers sur 1.491 élèves reçus et dans les Lettres 10 seulement sur 2.001. Et les Ecoles sont fondées depuis vingt-cinq ans !

Les fils d'étrangers ne fréquentent donc ni nos lycées et collèges, ni nos écoles supérieures. Leurs préoccupations, comme celles de leurs pères, sont encore d'ordre exclusivement économique. S'ils travaillent et s'ils luttent, c'est pour la possession des biens matériels, pour la satisfaction des besoins physiques. Leurs aspirations pour le moment se bornent à amasser une .fortune. Dans ces conditions, la tâche éducatrice de la France nous paraît être facilitée. Elle ne s'exercera pas en effet sur une société complète, disciplinée, guidée par une élite ; elle s'exerce sur une masse confuse, divisée, sons chef, pâte amorphe que l'on peut façonner à sa guise. L'Espagnol, l'Italien, le Maltais, venu en Algérie, sortait du peuple ; il était généralement

pauvre, illettré, il n'avait que des instincts sociaux et des besoins matériels. La première instruction que l'école primaire donne à ses enfants les dégrossit, les prépare à une vie plus relevée. Ce n'est que dans les générations futures que naîtront chez ces étrangers naturalisés des besoins nouveaux d'ordre esthétique, social ou intellectuel ; mais l'action de la France se sera fait sentir deux fois sur ces âmes ; deux fois, elle y aura gravé son empreinte ineffaçable. Ne doutons donc point que l'étranger, après s'être élevé jusqu'à la fortune, recherchera d'autres satisfactions, d'autres jouissances, mais ce désir qui ne s'est pas encore manifesté viendra à son heure et à une heure favorable à la France.

La Criminalité en Algérie. — « Quand deux peuples, dit M. La visse, dont l'un est plus civilisé que l'autre, entrent en contact, ils commencent par échanger leurs vices ». Et leurs crimes, ajouterons-nous. La contagion du vice et du crime est toujours plus rapide que celle de la vertu et de l'honnêteté. L'étude de la criminalité nous serait donc d'un précieux secours pour apprécier cette pénétration mutuelle des races européennes en Afrique, si l'on disposait pour l'entreprendre de matériaux plus complets que ceux que nous donnent les statistiques judiciaires. Il est cependant sur ce sujet un discours prononcé par l'avocat général, M. Bussière, à l'audience solennelle du 1er Octobre 1895 ; il avait pour titre : « Observations sur les tendances cnminelles des races existant en Algérie », mais il date déjà de dix ans. M. Bussière, par les fonctions qu'il occupait, était plus à même que tout.

autre d'ordonner une enquête sur la nature des crimes et délits commis, et sur la nationalité de leurs auteurs : et ce sont les résultats de cette enquête qui lui ont servi. Ajoutons qu'il a traité de préférence de la criminalité indigène, la plus importante et la plus curieuse, et qu'il s'est peu étendu sur celle des Européens. Tel qu'il est. ce discours est une source précieuse de renseignements.

« L'Européen, dit M. Bussière, transporte en Algérie sa criminalité propre qui ne s'y modifie pas très sensiblement. On peut dire cependant qu'il y commet un peu plus de crimes et beaucoup plus de délits que dans son pays d'origine. 47 Français, pendant l'année 1894, ont été condamnés par les cours d'assises de l'Algérie. La moyenne des crimes que dans la métropole commet une population de même importance n'est pas sensiblement inférieure. Le crime dont les Français se rendent le plus fréquemment coupables, c'est le vol qualifié (21). Viennent ensuite le meurtre (5); l'attentat à la pudeur (5) ; le faux (4) ; les coups volontaires ayant déterminé la mort (3). Les Etrangers d'origine européenne, dont la masse est inférieure par le nombre à celle des Français, ont à leur passif 63 crimes, 1(3 déplus que nos nationaux ».

Les chiffres cités par M. Bussière n'ont évidemment que la valeur de simples indications, car ce serait une bien sotte prétention de vouloir augurer de la criminalité d'un peuple par le relevé des crimes et délits d'une seule année. Gomme indications cependant, ils ont leur intérêt. S'il est vrai que les crimes commis par les Européens en général ne sont pas plus fréquents en Algérie que dans leur propre patrie, cela prouverait que l'influence du climat sur la criminalité

d'une race n'est point sensible dans les premières années de sa transplantation, qu'elle ne se révèle qu'à la longue. De môme que cette action climatérique a été singulièrement exagérée en ce qui concerne les grands mouvements démographiques, natalité et mortalité, de môme elle se réduirait en somme à fort peu de chose lorsqu'il s'agit des phénomènes sociaux et moraux. Ici encore ce sont plutôt les forces morales, les instincts ataviques, les habitudes sociales qui l'emportent.

Le chiffre de G3 crimes, commis par les Etrangers, quoique plus fort que celui des Français, ne nous semble pas représenter exactement la tendance fâcheuse qu'ont les Espagnols ou les Italiens à jouer du couteau dans toutes leurs disputes. Les condamnations pour homicide qui, en 1893, étaient de 0,50 pour 1.000 en Angleterre, de 1,06 en Allemagne, de 1,72 en France, s'élevaient en Espagne à 4,74 et en Italie à 8,14. Il est infiniment vraisemblable que cette criminalité italienne et espagnole s'est maintenue en Algérie, bien que la police y soit peut-être mieux faite. A quelles classes d'ailleurs appartiennent les immigrants étrangers ? Nous l'avons vu, aux classes pauvres, ignorantes et brutales. Chez elles aucune délicatesse de sentiments. Les discussions, engagées souvent sous les prétextes les plus futiles, tournent à la dispute violente et aboutissent aux coups de couteau. En Italie surtout, l'habitude de la vengeance est telle que l'on a pu dire de ce pays qu'il « était rongé par la terrible infirmité du crime »,et que l'on a calculé que le meurtre lui avait fait perdre en 40 ans, 80,000 individus, presque autant qu'une guerre. De plus, les immigrants espagnols et italiens proviennent surtout des provinces

méridionales de ces deux nations, c'est-à-dire de celles où sévit cette fureur homicide. Notre' conviction est que, si les recherches étaient mieux faites, si Ton distinguait dans le groupe des François les Français d'origine et les naturalisés, si enfin on connaissait les provinces dont sont originaires les criminels, elles confirmeraient l'écrasante supériorité des attentats commis sur les personnes parles étrangers originaires du midi de l'Espagne ou du sud de l'Italie.

« Le chiffre des délits qui ont motivé contre des Français des condamnations correctionnelles est très élevé, poursuit M. Bussière, et il serait inavouahle s'il n'était encore fort inférieur au nomhre des délits imputables à l'ensemble des autres Européens. Les tribunaux correctionnels (je néglige les justices de paix à compétence étendue) ont condamné, pendant la dernière année, 2,093 Français et 3,683 Européens appartenant à d'autres nationalités. Dans la Métropole une population de 271,000 habitants ne subit pas en moyenne, plus de 900 condamnations correctionnelles, si ce n'est peut-être dans les grandes villes. »

Cette aggravation de la criminalité, marquée par les condamnations correctionnelles, ne prouve pas, selon M. Bussière, que la population algérienne soit profondément pervertie et deux fois plus immorale que celle de la Métropole. « La plupart des prévenus qui comparaissent devant les tribunaux algériens ne sont pas nés en Algérie. Ce sont des passants qui appartiennent à l'armée roulante du crime et qui, partout, ont mai que leur sillage par une traînée de méfaits. Ils affluent dans ce pays parce qu'ils espèrent s'y refaire une virginité et y trouver une surveillance moins gênante, des gens moins curieux de connaître leur passé. »

Dans les grandes villes algériennes, à Alger notamment, des bandits étrangers sont restés célèbres par leurs crimes et ont jeté un discrédit sur cette cité. Aussi avec quelle déplorable facilité accueillait-on naguère tous les immigrants venus d'Espagne ou d'Italie ! Tous ceux qui avaient eu quelques démêlés avec la justice de Valence ou d'Alicante, avec celle de Naples ou de Païenne, avaient des chances de trouver un asile hospitalier dans nos cités algériennes et, avec la complicité de leurs compatriotes, d'échapper aux recherches de notre police. Il a fallu prendre des mesures (1). Des arrêtés d'expulsion furent délivrés contre ceux qui s'étaient signalés par de multiples délits ou par une agitation dangereuse. Cependant le nombre de ces arrêtés n'a jamais été excessif.

(1) En même temps que l'administration algérienne prenait des arrêtés d'expulsion contre certains étrangers, elle organisait un contrôle très sévère en vue de surveiller étroitement tous les éléments qu'amène chaque jour dans la colonie l'immigration étrangère : « Ce rouage administratif, était-il dit dans Y Exposé de 1903, permet de veiller à la stricte application dans la colonie du décret du 21 Juin 1890 et de la loi du 8 Août 1893. relatifs au séjour des étrangers en France et à la protection du travail national. Les résultats qu'il a produits à ce point de vue sont très satisfaisants... A signaler enfin que le contrôle des étrangers aide à la recherche des individus placés sous le coup des mesures de haute police et qu'à cet égard, également, il y a lieu de le féliciter de son fonctionnement. »

De plus, depuis 1895, fonctionne en. Algérie un service anthropométrique qui rend d'inappréciables services pour la recherche des repris de justice et des criminels.

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