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Les ressources des bureaux de bienfaisance vont donc à tous les Européens sans distinction de nationalité. Quelques-uns d'entre eux paraîtront-ils favorisés? Ce ne sont certes pas les Français, ce sont les Etrangers. Proportionnellement en effet à l'importance numérique d.3 leurs colonies, les Espagnols et les Italiens ont un plus grand nombre de secourus que nos compatriotes. La chose n'est plus aussi marquée de nos jours à cause des naturalisés.
Dans le département d'Alger où les éléments étrangers sont bien inférieurs en nombre à l'élément national, la somme des indigents secourus de nationalité étrangère était invariablement autrefois supérieure à celle des indigents de nationalité française ; depuis quelques années, elle reste au dessous, sans toutefois lui être bien inférieure. En Oranie, ce chiffre des étrangers est toujours du double, quelquefois du triple. Dans celui de Gonstantine enfin, près d'un dixième de la population italienne ne vit qu'en faisant appel aux secours des bureaux de bienfaisance.
Cet énorme contingent de familles nécessiteuses chez les étrangers se comprend facilement si l'on songe à leur dénuement au moment de leur arrivée en Algérie. Supposez que les hommes ne trouvent point immédiatement du travail, que les enfants soient nombreux, que la maladie les frappe aussitôt ; les voilà à la charge de leurs compatriotes, puis bientôt à celle des communes. N'y a-t-il pas là aussi l'effet d'habitudes prises ? En Espagne, la mendicité n'est point une action dégradante ; vivre à ne rien faire sur des secours de quelque confrérie religieuse n'a jamais répugné à de fiers hidalgos. N'a-t-on pas dit que dans ce pays la religion avait fait de la population deux parts, l'une qui recevait.
l'aumône, l'autre qui la distribuait, que cette même religion pressurait le peuple, lui enlevait par les dîmes ou les redevances le plus clair de son revenu, et lui en restituait une faible partie sous forme de secours ! La mendicité dans la péninsule a toujours été une nécessité d'existence pour les couvents et une situation pour leur clientèle. Il ne faut pas qu'en Algérie où le climat, en déprimant la volonté, conduit au fatalisme, et en anémiant les corps mène à la paresse, de pareilles mœurs puissent se généraliser, ou même se conserver. Que la mendicité, même déguisée, même lorsqu'elle s'adresse à la charité publique, ne soit plus considérée comme un honorable gagne-pain! Que les étrangers apprennent à notre exemple la pudeur de la pauvreté. A en croire M. Périé, le Français n'aurait rien à apprendre à l'Espagnol ; chez nous comme chez eux, il existe des professionnels de la mendicité ; mieux encore, car nous sommes en Algérie, des touristes de la mendicité : « On aurait toujours vu débarquer ces touristes d'un genre particulier commençant par le Refucje de Nuit et la Bouchée de Pain, continuant par la Trappe de Staouéli, les communes hospitalières semées le long de la voie du P.-L.-M., se faisant rapatrier par Oran, et reprenant bientôt aux frais de la colonie, un cercle d'explorations que Ton peut, sans exagération, qualifier de vicieux. Nous ne prétendons pas que les choses se passent toujours dans cet ordre rigoureux, mais les exemples existent nombreux. Il doit en être évidemment de même du côté de l'Est sous une autre forme peut-être. Sauf exception, ces hiverneurs spéciaux ne passent pas l'été en Algérie, pas si bêtes ! Ce sont du reste des Français de race soi-disant pure, qui ont presque résolu, en ce qui les concerne, la
question sociale ; ils ont toujours dix francs pour s'embarquer à Marseille, et la colonie en dépense régulièrement sept pour leur permettre d'y retourner. » Qu'il y ait eu des touristes mendiants, même des explorateurs mendiants, la chose est possible, mais l'espèce en devient de plus en plus rare. Les indigènes gardent, je crois, le monopole de cette mendicité vagabonde ; les indigents européens se fixent dans une ville, et, s'y trouvant bien, y demeurent comme des parasites de la société. C'est ce parasitisme qu'il est urgent de combattre î (1)
L'Epargne. — Gomment atteindre ce but sinon en développant le goût de l'épargne et en favorisant la mutualité l L'épargne est une vertu bien française ; l'apprendre aux étrangers ce sera non seulement les prémunir contre les mauvais jours, toujours possibles dans un pays à climat si variable et à récoltes si aléatoires, ce sera aussi les rapprocher de nous. Double profit dont bénéficiera la colonie. Malheureusement ni les Espagnols, ni les Italiens n'usent largement des facilités que leur offrent nos caisses d'épargne.
(1) M. Périé ajoute : « C'est encore dans cette catégorie qu'il faut classer des ouvriers chômant toujours et ne quittant une localité qu'après avoir épuisé tous les moyens de l'Assistance. De vrais malades — tout arrive — sont, après avoir reçu un dernier subside, poliment priés de se constituer un nouveau domicile de secours dans une commune voisine qui. à son tour, tâchera d'écarter les gêneurs, lesquels viendront, en fin de compte, échouer à l'hôpital de Mustapha où ils seront remis sur pied aux frais de la capitale, qui sait trop ce que lui coûte le chapitre Hospitalisatio m »