ANNUELS
Ce tableau est malheureusement incomplet. Manquent les résultats du territoire militaire du département de Gonstantine, ce qui ne peut modifier sensiblement les totaux annuels. Manquent aussi les résultats pour Oran et Gonstantine en cette année 1889, ce qui est beaucoup plus regrettable ; car il reste matériellement impossible dans ces conditions de savoir si les étrangers nés en Algérie et saisis par le recrutement ont bien atteint le chiffre de 1,441. Faute de documents, la question ne peut être résolue scientifiquement; mais, selon toute vraisemblance et eu égard au chiffre que l'on possède pour
Alger, 587, s'il n'a pas été aussi élevé, il a dû en approcher de très près.
Dans les années suivantes, il n'a plus dépassé que faiblement un millier d'inscrits. On ne peut expliquer ce recul probable que par l'inscription, en cette première année de l'application de la loi, de jeunes gens appartenant à des classes précédentes, qui ont voulu faire leur service militaire pour devenir Français. Cette partie du contingent militaire grossit plus tard, elle grossira de plus en plus ; car la grande immigration étrangère s'est produite de de 1875 à 1885; or, en supposant que les nouveaux immigrants se soient mariés dans les cinq premières années de leur séjour en Algérie, leurs enfants atteindraient à peine leur majorité. Actuellement l'ascension annuelle est très rapide et confirme ces observations. Un autre témoignage qui vient les corroborer nous est fourni par la considération des résultats par département, en particulier par ceux du département d'Oran. Dans l'Ouest, l'invasion espagnole remonte à 1875 et elle se poursuit très activement depuis cette époque ; aussi le nombre des jeunes gens, atteints par le recrutement, assez faible à l'origine, s'accroît chaque année en suivant la progression que vingt ans auparavant et toutes proportions gardées avait suivie cette colonie européenne. A Alger, où les étrangers ont toujours été moins nombreux et n'ont pas augmenté avec la même régularité, on n'observe plus cet accroissement continu ; tantôt les résultats dépassent la moyenne décennale, tantôt ils restent en deçà. Enfin, à Gonstantine, où les groupes étrangers
fléchissent, on note une tendance peu marquée encore à la régression.
En dix ans, par le simple effet de la loi de 1889, les nationalités étrangères dans la Colonie ont perdu 11,772 jeunes gens ou 1177,2 annuellement. Encore pour avoir la somme de leurs pertes et celles des gains correspondants des Français, faut-il doubler ce chiffre ; car, en même temps que les jeunes gens, les jeunes filles, nées en Algérie de parents étrangers, sont déclarées Françaises. Parmi elles bien peu sans doute répudient notre nationalité ; si quelques-uns de leurs frères ou de leurs concitoyens sont effrayés et arrêtés par la période d'instruction militaire à accomplir, elles n'ont aucune raison de ce genre et n'ont souvent même l'occasion d'affirmer leur nationalité que lors de leur mariage, c'està-dire à une époque qui est dans plusieurs cas postérieure à ces unions ou à la limite déterminée par la loi pour l'option.
En est-il d'ailleurs beaucoup, parmi les jeunes gens étrangers qui déclinent la qualité de Français au moment de la conscription ? Nous nous sommes procuré les résultats du département d'AJger pendant les années 1894, 1895, 1896.
Pendant trois années consécutives, à Alger, le nombre des conscrits, fils d'étrangers, qui ont décliné la qualité de Français a donc été de : 1, en 1894, pour un contingent de 631, dont un tiers au moins était formé par eux; de 1, en 1895, pour un contingent de 567, et de 2, en 1896, pour un contingent de 498. La proportion est en réalité si minime qu'autant vaut dire que tous les fils d'Espa-
Recrutement à Alger.
Naissances, relevées sur les registres de l'état civil, des jeunes gens en 1874, 1875, 1876 . . .