CHAPITRE II
Abstraction faite des \ illcs iiniM'rialcs fortifiées selon les règles du génie militaire, la plupart des cités ou des gros bourgs étaient entourés de fossés plus ou moins larges et ceinturés de remparts ou de murs. Ace système de défense verticale ou « dominante », ainsi qu'on l'appelait, nous voyons se substituer gi-aduellement, au cours du dix-septième siècle, le système inventé ])ar Vauban, soit celui de la défense de côté ou de fïanqueinent, cpii prévoit des angles rentrants et saillants destinés à croiser les feux. Certaines places fortes présentai<Mit différentes enceintes correspondant à autant de phases d'agrandissement de la cité, et d'autre part, aux progrès réalisés successivement dans les méthodes de cond)at ou dans la technique de la défense. Il avait fallu, depuis l'introduction de Tartillerie, abaisser les murs, élever des contrescarpes et remplacer les créneaux et les anciens remparts par des parapets en macoimerie et en terre. Au tir dominant du liant des mâchicoulis et des crénelures avait succédé un tir l'asant, les pièces d'arlillerie étant placées, sans leur affilt, sur h^ mur d'escarpe ou le talus en terre Kn dehors des murs d'enceinte, on édexait des fortilications
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passagères, redans ou limettes, redoutes ou bastions reliés entre eux par des tranchées le long desquelles couraient des palissades; des abatis, des cbausse-trapes. des contremines venaient renforcer les œuvres qu'on défendait par échelons, ainsi que cela se pratiquait, d'après les règles du génie lioUandais, dans les combats autour des forteresses.
Les gravures du dix-septième siècle nous montrent, ici, un bourg dont les remparts forment un carré parfait ou un rectangle; là, une cité dont les hauts pignons émergent au-dessus de la ligne polygonale de courtines aux pans obliques, et, à quelque distance de l'enceinte, un bastion fermé ou une tour carrée faisant office de fort détaché.
Certaines villes, ainsi Nuremberg, sont encore à peu près ce qu'elles étaient il y a trois siècles. L'aspect de Rottenbourg sur la Tauberest, depuis cinq cents ans, toujours le même. Vous y verrez, seules ouvertures dans l'enceinte continue, des portes étroites, surmontées d'écliauguettes. faciles à protéger et à défendre; ici, une massive tour ronde, un donjon qui se dresse sur un monticule et qui profile sur l'horizon ses crénelures et ses mâchicoulis; là, une citadelle, la « Burg ». En dedans du chemin de ronde vous suivrez des ruelles sinueuses que l'enfilade des fenêtres en lanterne, des toits pointus où s'étagent plusieurs rangées de lucarnes, fait paraître plus étroites encore. Ailleurs, vous Irouvci'ez un donjon central sur les tours de la maison de commune, les greniers du bailli, des édifices sans alignement régulier. Parfois le système de dé'fense est comph'-li'' par la construction d'une redoute ou bien on aiMa Iraiisformc'', en vw d un siège, le casiel, la maison de n ille ou quehjue demeure seigneuriale ou bourgeoise bien assise et monumentale. Ces divers ou-
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vragos riaient garnis dv caiioiis; on hissai! des j»ir<'('s (rarlillciiojusqiio sur le sonuiiel îles lours. Cet enstMuhle lU' constiliiait pas une forteresse dans le sens que nous donnons h ce lei'uie, mais il ini|)li(|(iail la |)Ossil)ilit<'' dune i"t''sistanc(^ [trolongt'e. uièineeneasd alla(|U(' par nue arnK'e nond)reuse, à condition (jue les remparts fussent solides et suflisanuiient armés, et (pie la population fût assez valeureuse et discij)linée pour tenii- tète au danger. Noj'dlingen se défendit ainsi dix-lmit jours contre les armées ic'unies de Ferdinand. deGallaset de Piccolomini, un effectif de soixante mille assaillants, les bourgeois, soutenus par ime troupe de cinq cents Suédois, réussissant à repousser successi^emcnt et victorieusement sej)t assauts.
Outi-e les \illes libres et les jilaces b)rtes,les cit('s ainsi relrancbées formaient sur létendue des pays autant de centres de défense, et })Our les mouvements stratég^iques autant de points d'appui.
Même dans les bourgs, les rues, sur toute leur longueur, ('taient pavées et j)Ourvues de rigolons. Les places, la place du marché particulièrement, étaient encadrées de grandes bornes taillées, reliées l'une à l'autre par des chaînes. Au milieu des rues principales se dressaient d'élégantes fontaines siu'montées d'un entabl(Mnent (»u dune niche dans le stvle gotbicpie, dune statuette ou dun motif liéraldicjue. L'édilité veillait à mie large distribution d'eau; aussi celle-ci ruisselait à Ilots dans de vastes bassins de pierre, pour s'écouler dans une canalisation souteriaine ou à ciel oincrt. L'éclairage public faisait défaut. Pour sortir de nuit on s'armait diin falot ou dune torche d(» résine. Aux carrefours, les maisons d'angle }»rés(Mitaient, à la hauteur du premier étage, des supports, (juehjue chose conuiie une bassine oîi, en cas d'incendie ou de troubles, on brûlait de la poix. Contre les fat;ades
des maisons désignées à cet effet, au coin do chaque rue, pendaient d'épaisses planches exactement aussi longues que la rue était large. Un incendie éclatait-il dans le quartier, on plaçait les planches en travers de la rue afin d'endiguer l'eau (pii affluait d'amont: les interstices étaient bouchés avec du fumier. Cet espace formait ainsi un réservoir où l'on pouvait puiser à mémo. Cette besogne incombait à l'une ou à l'autre des corporations; à Leipzig, par exemple, à la confrérie des aubergistes (règlement du feu de Leipzig de 159G). Le règlement de Brunswick de 1647 édicta des prescriptions analogues à l'exécution desquelles l'autorité veillait sévèrement.
Depuis un demi-siècle la }»olice des rues et la surveillance des auberges avaient fait de sensibles progrès. En Saxe, l'électeur Auguste avait très judicieusement réorganisé l'administi'ation dans un sens pratique; ses ordonnances et édits avaient été copiés par une grande partie des villes et des souverainetés et adaptés aux besoins locaux; si bien que, à côté des différentes coutumes, des anciens règlements qui restaient en vigueur dans les territoires respectifs, un code administratif presque uniforme était appliqué dans plusieurs pays à la fois. Une garde urbaine avait l'œil ouvert sur les étrangers que leurs affaires amenaient dans la cité. De l'étroit chemin de ronde qui couronnait le faîte de la tour maîtresse, un veilleur à gages scrutait les environs, prêt à donner l'alarme. Le matin, vers midi, et le soir, un groupe de musiciens faisaient retentir leurs cuivres sur la plate-forme ou la galerie de l'église paroissiale ou du clocher; ils y instrumentaient, aux jours de solemiilé, soit un air po})ulaire, soit un « choral », en guise d'aubade ou de couvre-feu. Le contrôle des autorités, toujours tatillonnes et souvent tracassières, s'étendait sur les bouchons, estaminets, auberges,
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ri'ilisst'i'ics, \ ciKliit^cs de boissons et «le dcurées, dont le noinlu'i' anyincnlail cIijkiuc annrc; — snr los pharmacies, soumises à des inspections régulières et qui, en dehors des j)hiltres, (h'Ogues, panacées, débitaient les épices d\)utre-mer et les fruits du Midi; — sur les bains publics, très courus, on, pour une somme modique, la ville fournissait l'eau cbau(b' et l'eau froide, établissements très nombreux à celle épo(pie dans toutes les parties de l'Allemagne, juscpie dans les plus petits bourgs même du plat pays; — sur les cercles ou « chambres » où les guildes, corporations, jurandes, se réunissaient à jours fixes, festoyaient, ban(juetaient. étalant souvent un luxe inconsidéré que proscrivaient les lois somptuaires; — sur les caves et taveriK^s des bourgeois où le commun peuple n'avait pas accès; — enfin, sur les tourelles « particulières » desdonzelles soumises ou non. Dans la plupart de ces locaux, des pancartes et des affiches indiquaient, par le menu, les prix par nature ou catégorie des choses et suivant la qualité, le volume ou le poids.
Les maisons, vers 1618, sont presque toutes construites en pierre; elles sont hautes, d'ordinaire à trois étages. Leurs toits, recouverts de tuiles, sont immenses, g^arnis d'une quanliH' de lucarnes. L'intérieur des demeures est boisé; les solives dn plafond avec leurs enjolivures polychromes tranchent sur l'austérité des lambris, très hauts mais sombres. On aime <à garnir les parois de tapis brodés ou de velours; les centres commenjants ont donné le ton ; les petits bourgeois imitent ou copient l'ornementation, l'ameublement, l'arrangement des pièces des classes bourgeoises. Les familles n'en conservent pas moins avec respect et (|uel(|ue orgueil les vieux meubles monumentaux, héi-ilagcs (b's ancélres dont c(\s choses évoipienl le souvenir et pciitélucnl les \énéral)[es traditions. Pour le
service courant de la table à manger on se sert de vaisselle d'étain; dans les grandes occasions les pièces d'argenterie sortent des dressoirs vitrés qu'ornent des théories de plats, de brocs, d'aiguières, trésor et sujet de légitime fierté pour la maîtresse de céans. Les petits bourgeois se contentent d'une vaisselle en terre, assez grossière, mais bariolée de couleurs voyantes, souvent peinturlurée d'une façon originale, si ce n'est artistique : guirlandes de fleurs encadrant une maxime versifiée, emblèmes héraldiques ou parlants. La verrerie est ouvragée à la fois et massive; on fait venir de l'étranger les pièces les plus fines imitant le genre de Venise. Contrairement aux campagnards, dont la condition ne s'harmonise pas avec les innovations récentes, les citadins sacrifient à la mode, déesse de tous les temps. C'est un sujet qui tenait donc, alors aussi, le monde en haleine. Chose curieuse! les questions de vêtement et de parure prenaient dans ces milieux éminemment conservateurs, et souvent rigides, une importance majeure. Toutes patriarcales que fussent, dans la plupart des milieux sociaux, les habitudes ou les coutumes, la mise en scène devenait, pour un grand nombre, le mobile et la raison d'être des plus vives, des plus constantes préoccupations. Dans toutes les couclies de la société, chacun visait àproduire « son effet », conjointement, à éclipser le voisin, à se distinguer des congénères. Ce besoin d'ostentation et cette démangeaison de vanité avaient eu pour conséquence une tendance progressive à exagérer les dépenses et à sortir du rang assigné par la naissance. Rien nincifait autant h satisfaire cette manie puérile que la réglementation par laquelle les autorités avaient cru j)Ouvoir endiguer l'envahissement d'un luxe réel ou factice, et qui, sous le nom de lois sompluaires, déterminait pour
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(•li;i(|ii(' classe d liahilaiils. on |Miiir cIukiiic caslc. ce (|u il ('•tait (N'iciidu (le [xnicr ou <l Cxliilx'r. Le graïul loii de CCS dispositions i-cstriclivos riait de iiiarciiicr piil)li(|uomciit la sii|)(''riorili'' ou linfôriorito dos iiidi\idus. dal'liclicr la coiidilioii sociale, dacceiiliier ainsi la diirérence iUi rany' [dus tMicore (|ue celle de la loilune. Dune [tait, [)lus (Ml lira\ait ces édits, |)ius ceux-ci se i'aisaient nonil)reu.\, inquisiteurs, gênants; d'autre [»art, les questions de costume et de toilelle. en raison de limportance outrée ([ue I aulorih' niellait h les codilier, acquéraient dans les esprits une prépondérance exagérée. Il en était résulté un cercle vicieux : les lois soinptuaires, au lieu de coudjattre efficacein(Mit, (Mitretenaient et excitaient l'envie de parait re. le désir de se parer et. \niv un retour des choses, les sautes de la mode; elles avaient laltrait du fruit défendu où la fatuité et l'orgueil mordaient à pleines dents. En outre, le rigorisme des édits, en opposition et incompatible avec le mouvement émancipateur réalisé dans le domaine des idées, t'hranlait le respect du public envers les ordonnances du souverain. En ces choses, le dernier mot ne restait jamais aux lois, bien que, jusqu'à la Rt'Nolution française, les gouvernants n'eussent cessé (l'en renouveler les prescriptions abusives.
Voilà h' cadre. Quant au peu[ile, il apparaît, néanmoins, et se montre généralement travailleur, vigoureux, conscient de sa valeur ct»lleclive. jouissant dune certaine aisance, fruit dun labeur accinnnlt'. lier des a^;ultages ([ne lui \aul sa position, résultai d un merile palient. Les bourgeois Ncillent jalousement siu' leurs dioils acquis, les défendent àprement. Ils ont à ciem- de maintenir la consiib'ration dont s'honore leui- ville, et font [»reu\e de \('rlus ci\i(|nes. Les arts manuels sont en [trogrès constant; k' négoce se d(''\ (do|i[M'. (|U(ii([ue. [lour le commerce
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en gros avec rétranger, la concurrence des pays voisins ait dcjà })orl('' un coup sensil)le à l'ancienne prospérité des centres d'exportation. Les grandes maisons de commerce conservent leur position et leur réputation de jadis, bien que le chiffre des affaires ne soit })lus ce qu'il était ant«'rieurement. Les villes hanséatiques sont en passe d'être éclipsées sur les marchés lointains })ar des ^■illes rivales. Les Italiens, les Français, surtout les Néerlandais et les Anglais deviennent des concurrents dangereux et, sur les mers du Nord et de la Balticjue, les pavillons de la Suède, du Danemark, de la Hollande flottent plus hardis que ceux des armateurs de Lûheck ou des ports occidentaux. L'exportation des harengs, notamment dans les pays slaves, ne fléchit pas; ces pays continuent à s'approvi sionner sur les marchés de second ordre des contrées frontières. Les produits du sol s'écoulent ahondanunent et valent ainsi aux populations agricoles un surcroît d'aisance. Dans toutes les parties de l'Empire, à peu près, de nouvelles industries se créent; le commerce intérieur s'étend au prorata de l'accroissement numérique des familles et des peuples; certains articles — laines, cuirs, toiles, harnais, armes, objets de fantaisie — se fabriquent et se vendent plus rapidement, surtout à l'étranger. Presque chaque cité possède sa s])écialité en produits industriels ou naturels; ces spécialitt'S s'y obtiennent ou s'y préparent sous la surveillance des corporations qui ont tout intérêt à garder, avec la réputation a<'(piise par ces produits, le monopole de vente, conditions favorables pour relever, aux yeux de l'étranger et des bourgeois, limportance de la ville et de la région.
Dans toutes les villes, sans en excepter les phis jt(q)uleuses et les plus industrielles, l'agriculture occupai!, dans la vie i)ubli(jue, une part essentiehe et si marqui'c,
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(jiic nous lit' pomoiis. a\oc nos notions modernes, nous en rendre compte aujourd'hui. Celte vie et cette activité agricoles n'étaient pas cantonnées, ainsi que nous pourritms le croire, dans les faubourgs; au contraire, elles réuiiaieiil immuables et iiicessaiiles dans l'intérieur même et jusque dans le centre des villes, qui, faut-il le remarcpuM", ne s'étaient })as, au cours des années, enrichies par l'industrie, mais bien, un «rand nombre d'entre elles du moins, jiar la cullurc de la terre. Une foule de bourgeois vivaient exclusivemeni du produit de leurs champs situés, soit sur le territoire appartenant à la ville, soit en dehors de ce périmètre. Aussi trouvait-on jouxte les maisons citadines, des étables, des dépendances, un train rural en un mot, avec un effectif plus ou moins considérable d'animaux de ferme et d'attelage. On rencontrait parfois, précédant nos cultivateurs urbains, des vaches, des moutons, des chèvres déambulant par troupeaux dans les rues et ruelles quombrag^eaient, à défaut de plus idylliques ramures, les pittoresques et hauts pignons datant des siècles passés. La plupart des ménages avaient leur four à cuire, leur atelier de corroyage ou de taillanderie. Chacun mangeait sa farine et son pain, buvait son cidre ou son vin; la ménagère (ilait le chanvre ou le lin de son clos; on tissait même chez soi. Quelques maisons jouissaient du droit de brassage, c'est-à-dire de la faculté de brasser, prérogative foi't prisée, (jui restait liée à l'immeuble el (pii se transmettait avec celui-ci. Au reste, cluKjue ville ou commune brassait à sa fa(;on; les modes ou les recettes de fabrication variaient à rinfini, de même que les noms qu'on donnait aux dillértMils breu\"ages, lesquels, suivant le procédé mis en (euvre et la locahté d'où ils provenaient, s'ex[)oilaieiit au loin.
Parmi le peu[de. un liait de bonhomie, chacun se laisse
vivre. Tout est prétexte pour se réunir et festoyer, toute occasion bonne pour longuement banqueter. Là encore, surveillance et contrôle de l'autorité. Pour les repas, on s'en tient au service « à l'anglaise », c'est-à-dire que les plats constituant un service apparaissent ensemble sur la table. Partout on se montre friand d'huîtres, que les marmitons fourrent jusque dans les sauces et ragoûts. Le caviar devient à la mode. Certaines villes ont leurs spécialités culinaires, telles les alouettes farcies à Leipzig. Le nec plus ultra consiste à cuisiner à la française. Réussit-on? Les chroniqueurs mentionnant le fait n'élucident pas la question. Le populaire rafl'ole des épices; on assaisonne tout au safran. Sur les tables opulentes se dressent d'invraisemblables plats montés. La suprême élégance veut qu'on dore les viandes et les desserts.
Cette esquisse se rapporte à l'époque qui correspond à la fin du seizième et au commencement du dix-septième siècle.
Les citadins tenaient aux divertissements traditionnels. Même dans le nord de l'Allemagne et les contrées protestantes, l'époque du carnaval ramenait avec elle les amusements les plus bruyants. On entendait, (huant ces jours de liesse, des musiques dans tous les carrefours; la population s'affublait de costumes de Turcs, de Maures, dTndiens. Jusqu'en pleine période de la guerre la folie du travestissement fit rage en certains endroits; la chose parut si déplacée que les Conseils défendirent désormais toutes
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mascarades ou ,sar.ih;iii(l('S. Mal leur en |tril. cai'. [tarfois, ce fiii'ciil (les lialailles où les ser^cnls de la garde eurent le dessous. On j»ass;iil oulre, })ris dune l'rrnésic d'éttjurdissenicnls. Les villes les plus iniporlanles ])0ssédaient un champ do courses et des stands pour le tir à Tare, au fusil, à larhalète.
Ces tirs ont leur histoire. Ils constituèrent les fêtes urbaines principales et revêtirent, dès leur origine, un cachet de solennité nationale qu'ils acquerront de plus en plus jusqu'à ce que les événenienis du dix-septième siècle les aient dépouillés de leur caractère et de leur éclat.
Depuis la lin du seizième siècle les tournois n'existent plus. Les princes eux-mêmes ne rompent plus inutilement des lances. On les voit participer aux joutes pacifiques organisées par les villes ouïes corporations, qui, avec leur apparat militaire, visent un but pratique et perpétuent, aux yeux du peuple, les anciennes fêtes germaniques du mois de mai. Fêtes classiques, notamment dans certaines villes où, en vertu de franchises jadis conquises, ceux qui figuraient comme acteurs dans ces solennités avaient été déclarés hommes libres, même avaient été créés bourgeois. Le fait d'y participer constituait un privilège.
Les premiers tirs dont il soit fait mention remontent à 1285; il s'agit plutôt d'un concours de tir à l'arc à Magdebourg, le jour de la Pentecôte, et en mai 1387, derechef à Magdebourg-, où, comme prix, figure une jeune lille (jue le vainqueur épousera. A ce dernier concours, les villes alliées de Brunswick, Halberstadt, Quedlinbourg', Aschersleben, Blanckenburg-, Kalbe, Salza, Halle avaient été conviées. Un bourgeois de Halberstadt fut l'heureux triomphateur. Dès 1300, s'organisent dans les grandes villes des corporations de tireurs à l'arc qui ont leur chapelle, ou du moins leur autel dans l'église paroissiale; le fait
(rciitcliJre la messe le jour du tir vaut une indulgence plénière. Les corporations des différentes cités se groupent, parla suite, pour des concours d'ensemble et, vers 1400, ces fêtes, d'après les chroniqueurs, affectent déjà une certaine périodicité, surtout dans le midi de l'Allemagne; tel est le cas à Municli, où elles reviennent tous les deux ans. Dès cette époque,, des règlements spéciaux délerminent les conditions dans lesquelles les exercices et les festivilés qui s'y radaclient (évolueront. En même temps ces institutions se multij)lienl, attirent un nombre toujotiis plus considérable de })ai'ticipants, relèguent graduellement plus à larrière-plan les tournois et les carrousels, et atteignent vers l'an l'iOO l'apogée de leur renommée et do leur magnificence,
Depuis lors, les joules (pii, sur ces entrefaites, se sont transformées en tirs aux armes de guerre, preiment une importance sérieuse dans la vie civique, tiennent une place majeure dans les habitudes nationales : le faste qu'on y déploie, l'entrain qui y règne, leur fréquentation par un public qui accourt de près et de loin en témoignent . Ces fêtes sont organisées, ici, par les villes; ailleurs, par le souverain lui-même; enfin par quelque mécène noble ou bourgeois lorsqu'elles ne le sont pas par les corporations. La masse des tireurs est formée par l'élément bourgeois et, jusqu'à l'épocpie de la guerre des Paysans, par des hommes libres des campagnes. La couLunie, les usages, l'installalion de ces tirs varient suivant les milieux; il n'en règne pas moins pour tous les })ays de l'Enq)ire ime seule et même organisation fondamentale (jni s'adaptera, quoique uniforme, aux circonstances du moment et du lieu et qui, dans ses grandes lignes, subsistera jusqu'à la guerre de Trente ans. Alors, l'institution nationale s'écroulera pour n'être instaurée à nouveau
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(lu'au cours dos siôclos suivants : ollcMUMM^ssusciicra vraiment que \ ors le milieu de noire siècle.
Un tir était-il décidé, on envoyait dans les \ illes amies e( les pays voisins dos lit-rauls ou messa{i^ers diaroés de transmettre les invitations de la corporation ou des édiles. Le ncnnbre des invités et celui des acceptants ('tait ])arfois très grand. Halle, en IGOl. convie 15(i endroits dillV'ronls à son tir à l'oiseau; V)0 villes r(''])()ndonl à cet appel. A Strasbourg, en ir)76, les bannières do 70 villes et bourgs ; à Zwickau, en 1573, celles de ,38 corporations, avec 187 arbalétriers, ligurent au tir que célèbrent ces cités. En 1R86, 35 villes, avec 216 arbalétriers, acceptent l'invitation <lo Regensburg. Au tir de Dresde de 1614, on comptait des délégations de 21 villes. Les tireurs arrivant de très loin étaient honorés d'une façon spéciale; ainsi à Augsbourg, en 1508, im tireur allemand habitant Paris et un autre amateur an'i\ ant de Sicile reçurent chacun un anneau d'or pour récompenser leur zèle. A loiigine il était loisible à chaque tireur de concourir pour tous les prix. Par la suite, au concours des prix majeurs, tels ceux offerts par le souverain et les organisateurs, certaines catégories de tireurs seulement eurent accès. Cette mesure, au tir de Cobourg, en 1614, provoqua déjà nue scission parmi les participants. Le règlement déterminait pour le mousquet le j)oids dos balles: ])our rarbalète. la longueur et le volume do la tlèch(>: sui^ant larme et la cibl(\ les distances : ])iods. aunes ou pas: oulin, l(Miond)re de coups ou de passes au(|uel chaqm^ tireur avait droit. Ainsi, pour les tirs ordinaires, on pouvait tirer 12 à 15 coups; plus tard, et dans les tirs importants, 30, 40 coups et plus. La première arme qui figura dans ces lirs l'ut l'arc, avec sa longue flèclie Vers 1400 aj>parul l'arbalète à arc métalli{|ue. (pii se modernisera dans le modèle i\uc
chacun connaît. L'arbalète se maintint jusqu'à la guerre de Trente ans comme arme à la mode, bien qu'elle eût été abandonnée comme arme de guerre ou de chasse; elle demeura l'arme patricienne.
D'ordinaire, le tir a lieu en deux séries : on connnence par le concours à l'arbalète; le tir au mousquet clôt la fête. Les meilleurs prix sont, en général, réservés pour la première de ces séries, les moindres sont destinés à la seconde, bien que les tireurs au fusil forment le gros des différents contingents. Le mousquet, — à proprement parler, l'arquebuse, — puis le fusil de guerre font leur apparition au tir de 1400, de 1429, de 1446. Vers 1600 le canon de l'arme est encore lisse, les canons rayés sont prohibés. Les balles pèsent deux onces l'une. La crosse de larme est droite ou courbée. Pour tirer il est défendu d'appuyer le bras contre le corps. Dès 1600, à certaines fêtes (Breslau, Nuremberg, Leipzig), on admet les canons rayés. La cible est représentée par un oiseau tantôt en bois, tantôt en métal doré, voire en argent, et orné de rubans ou d'emblèmes; l'ensemble se fixe au haut d'un màt. Le nombre de ces oiseaux varie. A Breslau, en 1560, on en compte trois, à Lôwenberg, en 1615, cinq. Les morceaux que les balles réussissent à enlever ou à détacher de ces masses métalliques sont soigneusement relevés et pesés; aux plus lourds on attribue les premiers prix ; pour être admis à compter, le morceau doit peser au moins une once. Plus tard, le but consistera simplement en une cible. Les arbalétriers tirent sur de petites cibles circulaires enguirlandées de feuillage ou entourées de couronnes argentt'cs qu'on cliangera pour chaque tireur ou pour une autre corporation. La distance du stand à la cible mesure pour l'arbalète 300, pour le mousquet de 600 à 700 pieds. L'usage veut qu'on diminue de
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iiKiili»' CCS (lislanccs |»(mr les [«l'iiiccs cl, les dignitaires (l(^ la siiilc Les clir(>iii(|ucurs l'ajunnieiil que ces pci-sonnages ne liraient guère mieux pour cela.
Ces leslivilcsuéccssilaicnl de longs préparatifs auxquels la |)()|>ulalioii ciilici'c se li\rail duranl les mois (pii prc'ccdaicnl le lir. On donnail à la cilt' un aspect pro[)rel : les orfèvres et hijouliers fondaieni, foigeaient, façonnaient leurs métaux précieux. La ville frappait parfois une médaille conmiémoralive. On nivelait le champ de tir, sur lecpiel allaienl s"élev(n' des baraques, des vcndages, des canlines où se réuniraient, broc et canette en main, la foule des tireurs (^t leurs procdies. Les vêtements de g-ala sortaient des babuls: chacun séparait de son mieux. Tout autour de rem})lacement de fête nous auriims vu. comme de nos jours, un assemblage de boutiques et d'exhibitions hétéroclites. En 1C30, à Leipzig, en fait d'attractions on signalait un père de famille présentant ses six enfants, qui tous jouaient du violon; une femme cousant, écrivant, mangeant avec ses pieds ; — un enfant d'un an barbu et velu comme un singe; — un cochon d'Inde — grande rareté — et un pélican. Connue aujourd'hui, c'étaicMit, hissés au bout dim màt, des tableaux gigantesques représentant une scène de crime ou (juelque monstre à deux têtes, et sur les tréteaux, débitant leurs boniments, des hercules, des vendeurs dorviétan, des crieiu's de chansons, des mangeurs de feu.
Il s'agissait, avant tout, de satisfaire son monde, les in\ liés, en premiiM' lieu. On collectait donc le plus grand nombre possible de prix. Les tireurs devaient, d'autre part, s'inscrire ou arrivant, et payer une cotisation, minime à l'origine des tirs, le « doppel », soit 2 florins. Au fur et à mesure (pie les l'êtes perdirent leur cachet |>remier de siuq»licit('' [>our dcNcnir fastueuses, cette cotisa-
tion monta à 6. à 8 florins d'empire. En i614, à l'occasion du tir de Dresde organisé par l'électeur Jean- Georges, la cotisation atteignit même lâthalers d'empire, somme qui, relativement à la valeur de l'argent et à la valeur du boisseau de blé à ce moment, représentait à peu près 30 thalers modernes, soit 112 fr. 25 centimes. Cette finance servait à acheter ou à payer les prix de seconde ou de troisième classe, ceux de première catégorie étant constitués précisément par les dons d'honneur. En général, ces prix consistaient en pièces d'orfèvrerie, en drapeaux d'honneur aux couleurs de la ville ou du pays, ou en espèces sonnantes. Remporter un de ces drapeaux constituait le mérite suprême, résumait la distinction par excellence. Parfois, en guise de premier prix, on octroyait au « roi du tir » un cheval, un bœuf, un bélier; l'animal était alors caparaçonné ou recouvert d'une housse rouge frangée d'or. Les prix secondaires étaient représentés par une ceinture, une arbalète, une épée, une coupe, une pièce d'étoffe ou une bourse garnie. En 1440 déjà, à Augsbourg, le premier prix consistait en une pareille bourse de 40 florins. Les prix en nature passaient alors au rang de récompenses accessoires. A Leipzig, en 1550, le premier prix d'arbalète était une somme de 300 florins; on le voit de 210 florins d'empire à Strasbourg en 1576. En dehors de ces prix on instituait des « prix de consolation » : cochon de lait, petit drapeau, ustensiles de ménage, ou vin.
Le nombre des tireurs était forcément restreint lors des premières joutes. On en comptait aux tirs d' Augsbourg : en 1 i2o, rvwl trente; en 1444, trois cents; en 1470, plus de (|Liatre cent soixante. L'emploi des armes à feu se généralisant, la fré(|uentation du tir augmenta : ainsi àAugsboui'g en 1508 on compta 544 arbalétriers et 019 tireurs
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nu mousquet. Dès cotte rpoque, pour endiguer, d'une part, rencondjrenieiil (pii se produit dans ces réunions, d'autre part, afin de niainlenir plus de discipline parmi les «'déments douteux (jui profitent de ces immigrations pour s'intioduire dans la cité, on tend à augmenter le coût des conlril)Utions. Les tirs en deviennent moins peuplés; par contre, ils se font [)lus IVécjuents dans les différentes circons<'rip(ions de lEinpire. revêtent le caractère de lirs régionaux où l'élément étranger prend une part de moins en moins active.
Après la guerre, les festivités cessent; les tirs sont très espacés; ceux qu'on arrive à organiser sont peu brillants et mal suivis. Nous les voyons disparaître presque complètement dans les pays du nord; ceux du midi végètent. C'est à peine si le peuple participe à des réunions que certains cercles bourgeois ou de l'aristocratie font revivre à leur usage presque exclusif et où, d'ailleurs, on n'est admis qu'après avoir sollicité et obtenu l'autorisation d'y paraître. Dans les villes impériales, les anciennes corporations de tir subsistent encore, mais elles ont perdu leur prestige d'antan, comme elles ont été dépouillées de leur avoir, de leurs précieux souvenirs liistoriques : coupes, présents d'honneur, prix jusqu'alors soigneusement conservés. La confrérie des tireurs de Leipzig- n'a pas réussi à sauNcr le joyau auquel elle tenait le plus, une statuette en argent massif représentant son patron, saint Sél)astien : tout a été pillé, saccagé, détruit })endant la guerre. Le tir à l'arc ou à l'arbalète se maintiendra encore comme un vestige du passé, mais partout le fusil rayé s'implantera, pour les concours, comme arme réglementaire. Les réunions perdront leur caractère national et patrioti(jue ; elb^s se r«'ss(Mitir(»Mt. jus(pie dans les nu)indres détails, des conditions précaires du tcnqis. C'est à peine si les cbro-
niques en feront mention avant 1738, année du tir de Breslau.
La ville aménageait des locaux qualifiés pour le jeu de paume, très en honneur dans les milieux nobles et bourgeois; un maître officiel y professait; l'usage voulait qu'on V introduisît les étrangers de distinction auxquels il s'agissait de témoigner une attention.
Lors des grandes foires annuelles, la loterie, organisée le plus fréquemment par la ville elle-même ou affermée à un entrepreneur, constituait l'attraction la plus courue. Tout le monde jouait. Le billet coûtait à la foire de la Saint-Michel, en 1624, à Leipzig, 18 pfennigs; Tensemble des lots atteignit la somme de 17,000 florins; le plus gros lot étant de 350 florins.
Mentionnons enfin comme divertissements habituels les parties de traîneau, auxquelles il était de bon ton, dans toutes les classes, de participer dans un travestissement, et les fêtes corporatives. De celles-ci le peuple proprement dit était exclu, ce qui ne l'empêchait pas de s'en délecter les yeux. « Cela ne lui suffisait pas, remarque un chroniqueur, mais il s'en contentait, riiomme étant, de sa nature, badaud, et sa badauderie se nourrissant de peu. »
Quant à la danse,» même à l'occasion d'un mariage, d'un baptême, ou d'une solennité corporative, elle n'existait pour ainsi dire plus en tant que réjouissance populaire. Le théocratisme de l'époque s'en méfiait comme d'une licence. Les ecclésiastiques tonnaient contre la démoralisante promiscuité des sexes. La réglementation s'en fit draconienne, tellement qu'on arriva à interdire aux domestiques et au public non dansant, c'est-à-dire à ceux qui n'avaient pas été dûment autorisés à danser, de regarder danser. On n'eût, en aucune circonstance, toléré de piolonger les rondes au delà de la nuit tombi'c.
[-2-2 LK PKIIPLK AI.LKMAM) A L'KI'OOUK
L'ol)ligalion accoptoc et voulue de la subordination aux exigences (jue pouvait lui imposer la défense do sa ville nahile a\ait d(''vel()p})é cluv, le bourgeois la maîtrise de soi. eulreteiui le scnlimcnl de la valeur personnelle. Chacun. \('rs 1618, connaissait le maniement des armes. Cha(jue ville possédait son arsenal. Les grosses pièces de rempart étaient servies exclusivement i)ar les bourgeois. Ceux-ci, à la condition de maintenir leurs aptitudes, et tant quïls seraient prêts à bien défendre la cité, représentaient une force offrant pins de garanties de sécurité, éventuellement plus de chance de succès, que le peuple des compagnies mercenaires. A côté de cette milice de choix on avait réorganisé, dans la plupart des g-randes villes, une sorte de landwehr ou de garde nationale nommée les « defensioners ». Ces corps, recrutés au hasard en ce sens que sur dix hommes de population on en retenait un, quel ([u"il fût, étaient soldés pour le temps de leur service actif; la ville ou le territoire les équipait à ses frais. Levée pour la défense locale seulement, cette garde ne faisait pas campagne. Sa création première remontait au seizième siècle. Les liiéoriciens en avaient recommandé l'emploi, tout en prévoyant les transformations ([uil y aurait lieu de Ini l'aire subir et cpie dicteraient les circonstances. Les étals provinciaux introdnisir«'nt ce système en Saxe en ltil2. La situation de ces miliciens lut amt'liorée en 1618, relFectif fut angmenté ; le soldat tonchait i, le sergt'iil 10 1/2 gros, ('.clic dt'pcMsc ('"lait it'pailic entre
les propriétaires d'immeiil)les, ceux-ci la supportant à raison dune part par pignon sur rue. On fut vite dégoût»' de ce send)lant d'arniée où l'instruction et Ja discipline militaires faisaient complètement défaut. Les quelques bons sujets delà troupe vaquaient à leurs affaires personnelles une fois le moment du danger ou de l'action passé, les flâneurs seuls restant au corps, paradant sans rien faire ; on les retrouvait partout où se produisaient des beuveries ou des rixes. Les envoyait-on protéger les attelages des paysans riverains contre les l)andes pillardes, ils mettaient le marclié à la main, réclamaient une aug'mentation de solde ou se sauvaient. Le salut de la ville dépendait exclusivement de la bravoure et de reiidurance de ses bourgeois. L'essentiel était qu'ils fussent disciplinés et unis; la zizanie pouvait susciter les pires dang-ers, devenir la cause de tous les malheurs; preuve en est le sort de Magde])Ourg-, dont les lragi(jues péripéties et la prise désastreuse peuvent être imputées, en première ligne, aux discussions intestines sans lesquelles la ville aurait été à même de résister encore long'temps. Tout dépendait donc de l'esprit et du bon vouloir des citoyens.
Malheureusement certaines fâcheuses circonstances suscitèrent, déjà avant le début des hostilités en Allemagne, un profond mécontentement parmi les populations et un découragement anticipé d'autant plus justifié (jue ni les gouvernements ni les édilités n'étaient plus capables de les apaiser et à plus forte raison de les dissiper. Comme nous le verrons, les aptitudes guerrières des citadins avaient baissé parallèlemeid à l'anioindi-issement du civisme. Le courage sul)sisl;iit n('annioiiis : les l)Ourgeois sa\aient encore en(hjsser]e baudrier, s armer (hi nious(piet pour mettre à la raison (|uel(pie boberean insolent et pillard, pour ré'ponihc à la lettre de ddi d une \ille ii\ale, ce <|ui
124 L\: l'Kri'M-: ALIJ.MAMt A I.K l'OO U K
so NON.iil ciicdic. (tii [tour irsislrr, lorsiiuils se sentaient en tori'c, aux exigences outrées (l'un suzerain, tels l(^s ficns (le Brunswick se levant, peu avant la guerre, |)oiir ri'xendiijucr les droits et faire valoir les iiiuichiscs de leur cité. Mais le seiilimciit dc^ la confiance en soi et de la s«''culilc disparaissait parce (|ue les eonditions générales de la vie sociale équixalaicnt à un désarroi, dont, à la vérit»'. les gouvernenienls et les princes étaient les premiers tautcnrs.
L'eiicliaiiiciiKMit successif et progressivement intense des causes de la démoralisation des masses était le suivant : dahord, la situation dé[)lorable du marché financier, la rareté croissante du ninnéraire de bon aloi, le cours forcé d'espèces sonnantes altérées; puis, le désordre dans les rouages administratifs, les impositions plus lourdes, les suspicions; ensuite, un état de méfiance, de discorde, de haine incompatible, même en dehors des transactions devenues de plus en plus difficiles, avec la vie d'une collectivité dont, à cette heure, toutes les énergies eussent dû se g-rouper dans un seul et même effort, tendre vers un seul et même but; enfin, les disputes oiseuses et acrimonieuses entre les partis, entre les fractions de parti, entre les pavs. Il faut encore faire intervenir les premières mauvaises nouvelles du théâtre de la guerre (en Bohème) et le contre-coup de ces événements militaires en un moment de subit renchérissement, suivi lui-même d'une difficulté grandissante de s'approvisionner.
Le peuple en était arrivé au sentiment doublement néfaste et angoissant, cpii dès lors ne le quittera plus, de l'insécurité et de l'impuissance. Au fur et à mesure (puces conditions s'aggravent, les peuples témt)ignent d une j)rogressive désaffection de la chose pnblicpie. se désint»'ressent égoïsteuieul (hi bien [)ublic. Chacun pressent le
malheur, mais au lieu de se préparer à lui tenir tête, pris de l'aberration qui procède du manque de confiance, on se lig-ure retarder le malheur, ou en atténuer l'épouvante, en s'étourdissant, en chercliant à oublier dans la tranquillité relative de l'instant pr('sent. Ainsi, des iiKhvidus se livrent à mille excentricités, aux plaisirs les plus grossiers contre lesquels le clergé s'élève, mais en vain, car déjà son autorité fléchit. Les modes exotiques font rage, on se costume « à la soldat », on joue, on s'enivre, on vit dans la fainéantise. Dans une foule de petites villes, une espèce locale de freluquets éclôt, tient le haut du pavé; on les appelle les « alamodemessieurs »; ils portent la barbe en pointe, de longs cheveux bouclés, parfois une moitié de la chevelure est rasée et les boucles de l'autre moitié retombent sur l'épaule; ils se coiffent d'immenses feutres mous, s'éperonnent , s'accoutrent de vêtements burlesques, parlentun jargon stupide. Les femmes s'affublent, se masquent, jouent de l'éventail, enguirlandent leurs jupes de cerceaux, s'attifent de zibeline (qu'il est défendu de porter), d'étoffes bariolées, de dentelles.
Apprenait-on qu'une armée se rapprochait d'une ville, les communications avec le plat pays cessaient presque aussitôt. On fermait les portes de l'enceinte; la surveillance s'exerçait rigoureuse sur chaque entrant et sortant. La famille vivait dès lors sur le fonds des provisions qu'elle avait pu se procurer, chose malaisée! les vivres s'étant faits rares, les arrivages s'opérant de plus en plus irrégulièrement, le gros des subsistances ayant été déjà accaparé. Avec le passage des armées alliées commençaient les contributions, les réquisitions, les fournitures: avec elles les déboires, les vols, les inquiétudes. Les chroniques disent comment était traitée ime \ illc (pu (tnvrait ses portes à l'ennemi, ou qui subissait l'assaut et le sac. La
12fi LK l'KlI'Li; ALIJi.MANl» A I, KI'OOIIK
iiioiiidic conrcssioii. le plus It'-gcr adoucisscnioiit, à plus IVnlc laisoii rpxont'ralioii de cliaroos ou do prestations, dcNaiciil t'Iic arlicU'S. L rniiciiii posait ri\ prini'ijtc (|U(' tout ce (piil daignait accorder, ou loni ce doni il \nulail liicn s'ahstcnir. consliluail vnic fa\'cur (pii devail èli'c rcnnint''r('0. CT'tail l'cflcl de son bon plaisir s'il ne mettait pas le l'eu à voire demeure, s'il ne démolissait pas l'autel de voire église paroissiale, s'il ne chargeait pas sur ses chariots les livres de la bibliothèque dont votre ville était fièro. 11 fallait qu'une cité payât pour qu'elle pût conserver ses orgues, ses tableaux, voire les arbres ornant les places publiques: il lallail paver pour qu'on n'emportât pas les cloches du belTroi, car, selon l'usage de la guerre, tout métal revenait de droit à l'artillerie: payer pour tout ce qui était susceptible d'être enlevé, i)ris, transporté; payer pour les personnes, pour sauvegarder leur honneur et leur \ ie. Quand une \ille n'était })as en mesure de satisfaire aux réclamations des chefs, elle avait à livrer des otages que l'ennemi retenait jusqu'à paiement des sommes imposées. Le sort réservé à toute ville prise d'assaut est en tout point pareil à celui de Magdebourg, de sinistre et légendaire mémoire. C'est alors la tuerie, le viol, les supplices, les mutilations, la torture. A ces abominations s'ajoutent les horreurs causées par les ravages de la peste. Les épidémies dévorent souvent plus de la moitié des habitants; })arl'ois elles s'éteignent sur place laule d'aliment, conmie en 1G2(). Elles réapparaissent plus terribles — de 1631 à Ib'U, — fauchent entièrement certains territoires, s'éloignent pour revenir encore, connue en 1636, transformant les cités en aulanl de charniers.
Sa>ait-on une ville assez forte pour arrêter l'inNasion ou r«''sister à une atta(pi(\ une mn''e de fugitifs venant d(>s régions circonvoisines s'y jetaient à l'ajiproche de l'armée
ennemie. Il en résullail. suivant les cas, un eneouilu-e-ment elFi-oyable, d'autant qu'il n'était pas possible de caser les immigrants dans les maisons et les édifices publics. A Dresde, après la prise de Torgau, du 7 au 9 mai 1(337, douze mille chariots entrèrent bondés de campagnards désertant leurs foyers. Les fugitifs valides furent requis pour le service des remparts. Pendant l'investissement et le siège qui suivit, les maladies et la disette firent dinnombrables victimes et dans des conditions toujours plus atroces. Là aussi de sordides spéculations de fournisseurs et d'usuriers se produisirent. Ailleurs c'étaient les mêmes scènes, les mêmes souffrances. Lorsque les défenseurs dcNordingen eurent mis le feu aux casemates d'un bastion qui allait tomber aux mains des assiégeants, les femmes se précipitèrent sur les corps à moiti('' carbonisés des ennemis et les dépecèrent pour en eniporler des morceaux à leurs enfants affamés.
Au cours des événements, certaines villes passaient par des phases de paix relative. Les intervalles d'accalmie étaient plus courts [)0ur les unes, plus longs pour les autres. Heureuses celles qui n'eurent à subir qu'une fois les horreurs d'une mise à sac! on les compte. Il est impossible de rendre ce que représentait une seconde, une troisième, une quatrième répétition des scènes de carnage et d'exactions. Leipzig fut assiégée cinq fois; Magdebourg dix fois ; une quantité de villes de moindre importance furent prises et reprises plus souvent encore. Les plus grandes cités, comme les })lus petits bourgs, étaient vouées, dans ces circonstances, à une ruine complète. Les calamités ne s'arrêtaient pas là. A la mort par le feu ou par les épidémies, à toutes les déprédations s'ajoutaient des persécutions religieuses qui s'exerçaient d'une manière implacable sur l'étendue de pays entiers.
128 LK l'Kl'l'LK ALLIiMANl) A L'K l'OQU K
Los arnu''os impériales ('taioiil suivies dune cohorte non ])as (recclrsiasli(|ues réguliers, uiais de moines, de jt'suites (|ui, a\(M- r;i|i[Mii de la soldalescjue, forçaient la conversion (les populations réiorniées, s'acliarnant sur les p(n'sonnes de (pialih'. uotannuent sur les pasteurs prolestants. Les soldais (raquaient vers les confessionnaux les paysans ou l(^s bourgeois d'une ville ou d'une contrée envahie. Le hillet (le coidessiou écpiivalait à un passeport grâce auquel les convertis récupéraient leur avoir, ou du moins obtenaient de notables adoucissements. A ceux ou à celles (pii se regindîaient, il ne restait qu'à prendre le chemin de l'e-xil, si toutefois l'autorité y acquiesçait, car souvent on les releiiail de force; dans ce cas, c'était la prison, les fers, le su|)[)lice et. de la part de la soldatesque, à la({uelle on laissait coudées franches, les violences et les outrages. Beaucoup se soumettaient, dans l'impossibilité de fuir. On comjde par milliers ceux qui émigrèrent, dépouillés des choses les plus indispensables. Obtenir un court délai qui permît de réaliser un avoir mobilier passait pour une faveur insigne et inespérée. D'autre part, les armées suédoises, même envers leurs coreligionnaires allemands, se montraient tout aussi cruelles, tout aussi fanatiques à l'égard des peuples ennemis.
Ce qui advint à la petite ville dont nous allons retracer quelques tribulations s'est produit pour un grand nondjre d'autres cités. Il s'agit d'un extrait de l'histoire de L()wenberg-, co})ié sur l'original d'une chronique de 1G31, é(htée en 1782 par Sutorius.
Lmvenberg, adossé au Riesengebirg-, situé au milieu d'une plaine fertile où les espaces boisés alternent avec des étendues de champs et de prairies, comptait en lt)17 7S8 maisons et 6,500 habitants. La ville était protégée par des renqiarts, des fosst'-s. de hautes tours. Ses marchés
étaient importants, achalandés par les contrées avoisinantes, car l'industrie de la laine et des draps qui s'exportaient, surtout en Pologne, prospérait. Par le fait de la proximité de la Bohème e( des (''\ (Miements militaires en Silésie, la ville avait eu déjà à soufTrir en 1629; dès lors ses liahitants paraissaient à hout de t'orces et d'espoir. Peu iiprès, les dragons impériaux du rég^iment de Lichteiislcin caiitomit's dans la i'('gion battent la campagne, soulciiaiil ])ar leurs ^i(»lell(•(^s \c zèle des j('\snites. La iKHirgeoisie de Lifweidterg. avei'tie t\c 1 arri\(''e de reiinemi. avait, dans la pensée de modérer la fureur des soldats, engagé les ecclésiastiques protestants à se retirer; ceux-ci })artirent au milieu des démonstrations touchantes de leurs ouailles.
Avec les dragons, les jésuites prirent possession de la ville. Dans leurs prêches quotidiens, les Pères promirent à ceux et à celles qui se converl iraient la libération de toutes cliarges et la bienveillance particulière de l'Enqjereur. Ces procédés de captation eurent un plein succès, du moins en ap[)arence,le peuple déclarant vouloir accepter des conditions auxquelles personne n'était plus à même de s'opposer. La plupart des hommes communièrent selon le rite catholique; ceux qui refusèrent furent ou torturés ou chassés. Cependant, à peine les jésuites, qui croyaient avoir ville gagnée, eurent-ils quitté les lieux, qu«'le peuple se ressaisit, laissa là son curé fraîchement installé et les offices, et courut dans les villages des contrées voisines où se trouvaient encore des pasteurs, afin de reprendre les cérémonies usuelles, ici pour un baptême, là pour un mariage. A quelque temps de là, les Impériaux occupent la ville pour la seconde fois; les persécutions reprennent. Le bourgmestre est mis aux fers; le conseil communal, décidé sur ces entrefaites à résister, déclare
i:io Li; l'iici'r.i; ai^lkmand a L'Ki'ooin-:
(jue la ville oiilcud rester fidèle à l'Eglise réformée. Le eonimanilant appelle la cavalerie croate à la rescousse; ces hommes — les « convertisseurs » — se melleiil à Idnivre. ramcnaiil de force les liahitanls (jui se sauvaient, torturant, violentant, juscju à ce que leui'S victimes ])ro(lui sissent un billet de confession libérateur. Ceux des babilaiits qui axaient pu fuii" an d(dà du territoire occupé* Inicnt refoulés en Pologne et en Saxe. Un nouveau conseil est institué; les g^ens interlopes tpii le composent conlisquenl lavoir des émigrés et des bannis, la soldatesque saccage et pille le peu qui restait.
En 1631, deux cent cinquante bourgeois, dénués de tout, errent comme des parias dans les forêts, n'osant pas réintégrer leurs demeures, du reste pour la plupart incendiées. Des rues entières sont désertes; l'herbe pousse sur la place du marché où les derniers bestiaux pâturent. Comme chef spirituel une espèce de moine aventurier avait été installé qui, au grand scandale des Lôwenbergeois, portait des bracelets, et pour augmenter ses revenus tenait un vendage de bière. Un curé, Exelmann, fils d'un ancien pasteur, dont la conduite et les violences lassent jusqu'à ses commettants, lui succède. 11 en fait tant, que la résistance des uns, l'impatience des autres provoquent son départ. Dès 1632, l'église reste fermée. La ville s'efl'ondre toujours plus. Par la suite. Lowenberg- est pris par les Suédois; alors, en dépit d(\s souffrances passées et au ris([ue de représailles ultérieures, la population retourne aux j)ratiques de la Réforme. On croit la tourmente apaisée, mais la guerre recommence. La ville retombe au |»onvoird(>s Impt'riaux; avec eux l'œuvre des convertisseurs reprend. Bref, en 1639, on ne compte plus que quarante bourgeois. Les dettes de la ville se montent à une tonne d'or. En 1641
les habitants arrachent de leurs mains les tuiles qui couvrent les quelques toits ayant résisté, afin de n'avoir pas, de ce chef, des impôts à payer; ils vivent dans des huttes. La misère s'accroît, et lorsque la paix, enfin, aura été signée, presque toutes les constructions se seront efï'ondrées. Il faut aller jusqu'en 1656 pour trouver un efiectif de 850 âmes, dont 121 bourgeois. La guerre a dévoré les 87 pour 100 de la population. En 1770 Lôwenberg s'est un peu relevé; on y compte 2,126 âmes, mais de longtemps la ville ne reverra pas des jours qui puissent rappeler sa prospérité première, puisque, même en 1845, elle ne possède que 4,500 habitants, deux mille de moins qu'en l'an 1617.
Quelle que fût la direction dans laquelle il se mouvait, l'homme se sentait bridé. Le pouvoir, doublé du clergé, équivalait, dans les Étals protestants, à une autocratie ])icéphale. Le régime issu de cette contingence politique et théocratique pesait lourdement, en toutes choses tatillon, policier et gênant. Les conseils émettaient sans cesse de nouveaux érUts, l'administration de nouvelles ordonnances qu'on portait à la connaissance du public par des afficlies ou des feuilles imprimées, ou qu'on distribuait dans les maisons. Ce zèle avait eu ceci de bon qu'il avait réorganisé les écoles, imposant aux collèges, notamment, un programme méthodique et une discipline sévère; — réglementé au profit du public les transactions du marché, le cours «lu numéraire; — (arifé vivres et (lenr(''es, gages
l'd'2 Li; l'Kll'LK ALLKMANIJ A L'Kl'UQUK
et salaires, services des sages-l'ciiiiiies et drofiiics des apolliicaires. Laulorilc veillait au iiiaiiilieii de Tordre, lies bonnes mœurs et de la sécurité dans la cité. Le revers de la luédaille était ({ue cluuiue dicastère ciilretenait des agents surveillants, int'urniateurs qui, Foreille tendue, s eu- (|uéraientdc tout et de chacun, se faufilaient partout, l'œil ouvert: rien ne leur échap|)ait : déploiement d'un luxe jiroscrit, propos frondeurs, suspectes allures; système d'espionnage vexatoire et obsédant qui s'étendait sur la t'rétpientation des services religieux et sur la tenue que les bourgeois y gardaient.
Le citadin avait appris à se tenir au courant de ce qui se passait hors de chez lui. Une littérature populaire narrait li's faits courants, exposait les conjonctures ; les feuilles péliodiques qui, sous peu, se transformeront en gazettes; des |)amphlets dialectiques et violents, en attendant qu'ils revêtent le mode satirique, entretenaient l'intérêt, cultivaient le goût du public pour la controverse, la discussion, la polémique. Le dimanche, parfois même pendant la semaine, les assemblées entendaient, souvent à des reprises différentes, un sermon en dix points au cours duquel l'officiant parlait catéchèse, morale, exégèse en détails pénétrants, et déplorait la perversité des temps. Les notions généndes se précisaient, la moyenne des connaissances acquises s'élevait, le stock des termes usuels s'enrichissait; le style nous apparaît plus concis, les iilées sont plus nettes. Si le ])remier régime issu de la Réforme avait eu pour résultat un mouvement expansif de l'inlelligence et de la conscience, le régime rigide, iudiscrel, pt^laiil ipii lui la coiisé'tjuence et la coiiliiuialion du llieocralisme régnant, s il assouplit le caractère toujours un peu frondeur du citadin, abaissa le sentiment de la valeur proj)re de rin(U\idu. Celui-ci s'était senti {grandi jadis, aujoni"d"hui il se sent
DE I>A GUERRE DE TRENTE ANS d33
amoindri. Le sentiment de la dignité individuelle v perdit. Constatant qu'une vie matérielle mieux assise et plus larg-e offrait des avantages, que des spéculations abstraites ne valent pas les douceurs concrètes i)rocurées par l'aisance, le bourgeois dirigea la plus grande partie de son activité sur les questions d'affaires et. plus qu'il ne l'avait fait jusqu'alors, il se voua à son travail, soigna ses intérêts en tirant profit du travail de ses semblables. Graduellement il se désintéressera de ce qui ne le toucbera pas immédiatement; il ergotera sur tout sans prendre parti pour rien; il assistera en critique aux disputes des villes et des factions; il laissera faire, se retranchant dans son égoïsme, étranger à la chose publique. Les aptitudes du citoven péricliteront comme baisseront ses qualités.
La tyrannie du pouvoir paraissait au bourgeois cliose utile lorsqu'elle favorisait ses intérêts. Presque toutes les professions, groupées corporativement, a^'ec leurs règlements, mais surtout avec leurs privilèges, constituaient des oligarchies toujours disposées, par un déploiement de prétentions excessives, à mettre le gros public en coupe réglée. Autant de corporations professionnelles, nutaiil de monopoles. Les jours démarché, par exemple, quelquesuns de leurs membres se répandaient parmi la foule, parcouraient places et ruelles pour surprendre des professionnels libres, concurrents intrus qu'on traitait de lire-laine ou de chenapans et sur lesquels on se vengeait comme sur des ennemis. On envoyait dans les villages voisins des espèces de sbires faire la chasse aux gagne-petit, aux ambulants qui, sans attache avec les jurandes, vivaient de leur métier précaire en traînant leurs menues marchandises d'une ferme à l'autre. On saisissait l'éventaire ou la voiture h bras, les colporteurs étaient rossés. Pareilles injustices ameutaient le petit peuple, plus que })orté, et pour
134 M-: PEl'PLK ALLEMAND A L'ÉPOQUE
jihisd iiiuMiiisoir, àiiiaudirc le despotisme des corporations, qu'il considérait comme des ploutocraties, d'autant (jue les corps de métiers n'arrivaient pas, comme tels, à suffire aux besoins croissants i\o la consommation générale. Car, en eiret, malgré leur nombre et la multiplicité de leurs . ateliers, usines et installations, la })roduct.ion ne corres- })ondait jdus à re.xtension des conunandes, même malgré Vauginentation du travail fourni par les industriels, artisans et connnerçants étrangers, écossais, pour la plupart, qui rayonnaient dans l'Allemagne du Nord, et malgré la concurrence des juifs, très répandus, en dépit des ordonnances restrictives, notamment dans le Midi, où ils prenaient toujours plus solidement pied. Les prétentions des corporations exaspéraient l'ensemble des consonmiateurs et. aux yeux de ceux qui n'en faisaient pas partie, elles apparaissaient connue des anachronismes : elles avaient provoqué des conflits, sans cesse renaissants, entre les cités et les oligarchies ; aux jours de troubles, celles-ci auront à en souffrir.
Cloîtrées, mais toujours actives, les corporations les plus riches avaient servi de souche à Téclosion d'un patriciat bourgeois et commerçant, lequel, sous l'action d'une sélection persistante, avait grandi, prospéré et acquis, surtout dej)uis la guerre de Smalkade, une influence croissante. Dans les villes impériales principalement, ces familles étaient devenues puissantes, formaient une véritable aristocratie. Aristocratie d'argent favorisée par l'EmjxM-eur, (jui, en échange des honneurs et des privilèges dont il la comblait, trouvait chez elle des ressources pécuniaires et en elle un point d'ap})ui; elle déployait un faste })onn)eux ; les (diefs de famille se j»osaient en mécènes. De ces fiunilles. les unes se coniplaironl. a\'ec le temps, dans une \ie dOpidents rentiers cl de mondains friNoles. les
autres, particulièrement à Aug'sbourg-, Ulm, Fraiicfort-surle-Mein, Mayence, Cologne, continueront, tout en restant les bourgeois les plus influents de la cité, à brasser des affaires dont bénéficieront les villes et les pays. Autour de ces familles gravitaient celles des négociants ou des industriels arrivés et celles des propriétaires fonci(M-s. Dans ces groupes se recrutaient les représentants officiels des cités et, fréquemment, les conseillers des souverains. Alliées entre elles, se soutenant mutuellement au double point de vue de leurs affaires et de leur andiition, ces familles maintenaient à la fois leur prépondérance et leur puissance financière liors pair en Allemagne; elles exin'cèrent graduellement un monopole non seulement sur les effets et valeurs, mais aussi sur les articles de consommation. Ces maisons détenaient le grand commerce allemand aux Indes, aciietaient des récoltes entières au roi de Portugal, se mettaient de compte à demi avec le gouvernement espagnol pour exploiter les nou^eaux continents, armaient des vaisseaux pour Calcutta, fixant, sans redouter la concurrence ou sans ci-ainte de la baisse, les prix des céréales, des denrées coloniales, des métaux. Les princes sollicitaient auprès d'elles des emprunts, tandis qu'affluaient dans leurs caisses l'or et les traites que leurs correspondants y drainaient des pavs d'outre-mer et du Levant. En vertu de leur situation, ces familles déterminaient dans les villes impériales la politique à laquelle on devait donner la préférence, et arrivaient sans effort il faire prévaloir leurs sympathies ou leurs opinions. Leur influence aurait pu s'exercer d'une façon heureuse et, dans le sens national, décisive si, conservatrices par calcul, ces familles n'avaient pas été hosliles à une renaissance politique qui semblait devoir aller (h' front avec une renaissance religieuse. D'autre pari. celt<> puissance du
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(Mpital (»ll'iiS(|Uiiil les |iiiii(M's et le |)('ii|»l(' : les pul)li('i,st('S toiiiiaifiit ((tiitrc les accaj)ai'('iiHMils. l<'s Dii'tes s'élevaient contre le iiioiiopolt'.
Sur ces enlrclailcs. cciicmlanl. Icjiiaiiil liansil cuninicrcial se fraye (\o noiiNcllcs \(»ics : les Anglais, les Néerlandais, les Scandinaves doniiiicnl j<'s incis: eu Italie, un négoce nouveau \ienl approN isionner les niarcliés allemands. Les anciennes maisons de Nuremberg', d'Augshourg, de Francforl-sur-le-Mein ne })euvent résister à ce détournenieni des affaires (|ue d'autres centres canalisent à leur prolil. Anvers et Londres éclipsent tous les ports. Les Bourses de ces villes dictent les cours du marché. L'Allemagne, n ayant pas de Hotte à opposer aux marines des nations rivales, voit son rayonnement baisser. Son connnerce se restreint : il devient essentiellement intérieur : même, ici, la bigarrure des souverainetés, la multiplicité des douanes tei-riloriales constituent pour lui des entraves funestes. Les puissaïUes maisons de jadis transforment le (diamp de leur activité, s'occupent presque exclusivement d'opérations de bancjue. La grande exportation échappe aux villes qui ne sont pas ports de mer. Le négoce ne s'appauvrit pas encore, car les occasions ne manquent pas pour maintenir son ancienne réputation d'esprit d'initiative et d'Iionnèlch'. mais il subira le contre-coup du déplacement des grandes affaires et ne reIrouA cra pas de longtemps le prestige dont il avait joui.
Les u sacs à j)oivre », ou les « nez de harengs » {Pfeffersiicke, Haringsnasen), ainsi que les hoi)ereaux nommaient lanoblesse de ville, se conq)Osaient de paivenus (jui. par un moven quelcon(|ue, étaient arrivés à posséder des leltrt's jtatentes impériales. Ces lettres avaient de tout tenqis constitut- [lonr les cmperems une source de rcNcnus.
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Wcnzol et Sigismond s'en étaient montrés prodigues même envers des boutiquiers ou des gens douteux dont le seul mérite avait été de ne pas regarder au coût du parchemin que la cour de Vienne leur tendait. Princes et nobles de vieille marque avaient protesté — mais en vain — contre ces pratiques jugées attentatoires à la renommée dune noblesse plus authentique. De guerre lasse, ils avaient, proprio motu, revisé les registres nobiliaires et, à titre de représailles sonnnaires, y avaient biffé les anoblis de pareil acabit. Les empereurs, à court d'argent, n'en continuaient pas moins; voire même ils trouvaient, à agir ainsi, outre lavantage, un plaisir malin à vexer la noblesse alleman(h> dont, à Vienne, on tournait volontiers en ridicule les prétentions et les susceptibilités. Sous Ferdinand II et son successeur, le trafic avait pris encore plus d'extension. Ainsi, au début de la guerre, on ne se contentait plus d'anoblir les vivants, on octroyait rétroactivement des parchemins aux mânes d'ancêtres qu'on décrétait « avoir été nobles » ! Après 1648 la cour de Vienne v alla si libéralement que les princes et les états provinciaux élevèrent la voix, à la Diète de 1654, par exemple, et plus tard, lors de l'élection de Charles Vil, en formulant itérativement toutes réserves quant au dommage qui en résultait pour leur considération personnelle et pour leurs droits seigneuriaux, les anoblis se targuant de leur nouvelle qualité pour refuser toute redevance à ceux sous la dépendance desquels ils avaient jusqu'alors vécu. A Vienne, on ne se laissa pas intimider; l'Empereur riposta par des menaces à l'adresse de quicon(|ue ne reconnaîtrait j)as les lettres, les privilèges, les titres de ses nouveaux protégés. L'effet de cette impériale colère fut nul. Les anciens nobles persistèrent à exclure des ordres de chevalerie, des assemblées et inslihilions de la noblesse, ceux
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(ju on leur iiiiposail : aiitaiil d iiilriis, si ce ii Csl (riiidi^ncs. Dans les \\\\vs oh ne irsidait pas un souverain, la situation de cotte noblesse de fraîche date était plus ou moins enviaRle et \ ariait suivant les pays. Sans inlluence ap[)r«''cial)le dans les villes libres, la noblesses se cloîtrait inabordable à Nurein])erg', Francfort-sur-le-Mein, Auysbourii. rini. elc. : là elle ne toh-rait aucun conlacl a\'ec r(''l<''inenl l'olurier et bourgeois : un noble ne pouvait s'y livrer an connnerci' sans dérober, et par ccda môme sans être mis à l'index. Des deux clans no])les de Franclortsur-le-Mein. lun, celui des « Altcn-Lympurg' », exigeait de celui (|ui postulait rentr»''e dans la compagnie de prouver une « noblesse à huit ancêtres ». ainsi que rengagement de ne pas se vouer au négoce; lautre, celui du « Frauenstein ». se composait de nouveaux anoblis, soit de commerçants « distingués et bien nés ». AAugsbourg, le patriciat était plus coulant : un lionmie de qualité qui épousait « une noble inscrite dans la cbambre des familles » pouvait être admis dans rassemblée de la noblesse. Les gros contingents des parvenus anoblis se trouvaient à Prague et à Breslau. On n'y comptait [)lus les bouti- (|uiers qui, pourvus de lettres patentes, vendaient de; la mélasse ou détaillaient le hareng. De là les é|)ithèles éponvmi(|ues sous les(juels on les rubriquait.
Un « sac à poivre » ne faisait pas liguicr la particule devant son nom patronymicpie dans luu' raison sociale; mais, dans le monde, il re\ (Midiipuiit jalousement présé'ance et pri\'ilèges inhérents à son ascension nobiliaire. On scidptait des armes sur le cintre de la porte cochère. ou les faisait [x'indre sur les linleau.x de ses aj)parleineuts ; ce (pii ne préserxait pas d'une occasionnelle di'coiditure Les som[)lueux hôtels passaient alors en d'autres mains; on en était (piitti' [»our tailler de nouvelles couronnes sur
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les frontons. Dans l'intérieur des demeures s'étalait un luxe de parade : tapis eoûteux, glaces démesurées, soieries qui retombaient du plafond. Les femmes portaient des pantoufles bro<lées et surcliarg-ées de diamants, n'achetaient que des dentelles de Venise ou de France; certains objets indispensables étaient en argent. Partout se prélassaient deslaquais chamarrés; les carrosses étaient dorés; on attelait à quatre et de front, ce quin'empéchait pas les gavroclies de glapir à l'entour (h'S é'quipages : « Le pot sent toujours la première soupe. » Recevait-on, c'était un assaut de courbettes, de compliments hyperboliques; ne fallait-il pas faire montre de « son éducation »! Pour accepter ou offrir une place d'honneur, c'étaient des cérémonies, cent minauderies oir l'invité, du coin de l'œil, vérifiait la disposition des couverts, le grand souci étant de ne pas se voir relégué au-dessous du rang auquel on prétendait. La manie d'exhiber faisait ouvrir à deux battants dressoirs, placards, armoires, oii brillaient cristaux et pièces d'orfèvrerie. Les plats n'en finissaient pas : énormes pâtés où l'on fourrait de la salade française, des gelinottes, des faisans, des foies de saumon, pêle-mêle; perdreaux chaponés — à un ducat la pièce, apprenait-on; — Imîtres — à Sthalers le cent; — primeurs, entremets; des séries de vins : tokay, frontignan, muscat, vin du Liban, vin de Grèce; la mode voulait (|u'au dessert on servît de la citronnade. Les femmes, parées comme des châsses, ne causaient guère; il était amusant d'ol)server leurs manœuvres pour se caser sans danger « d'être amoindries » i)ai' la préséance d'une rivale. En prenant mari, leur préoccupation majeure n'avait-elle pas été celle « d'avoir le pas » en tell(NS ou telles circonstances? En c(da ehes ne supportaient aucun mancpiement : la moindre infraction d'éli(piette provociuait (rinnuf'diates récriminations; on ne s'en (ciiail [»as an.\ ap(>slr()[)lies.
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aux inloi'jt'ctions vôhrincnfes : ces danios avaiont la main leste et lourde. La vaivilé nobiiiaii-e allait si loin qu'un anobli dont les lellrcs icnioiilaicnt de dix ;ins en arrière le prenait de très liaul axcc un .uudtli Irais ('uioulu: à ces cadets, les plus anciens, qui se faisaient (pialilier « nolde seigneurie », n'accordaient (jue le pr(di\e de « bien né ». Les charges de la cour i'e\ cnaienl (b- droit à lanoblesse ancienne dans les rangs de bupielle (b'\aient être pris chambellans, dames d'atours, veneurs, pages. Tous les nobles de race, ou de parage, avaient accès aux cours. Dès le milieu du dix-septième siècle on s'en tint slrictenient à ce principe : que le souverain ne fût enlourt' (pie par la noblesse couronnée et par celle de parage. Des cours allemandes, les unes se modelèrent sur la cour de Vienne, les autres imitèrent ou copièrent le cérémonial français : presque toutes, quant au personnel, étaient montées .sur le même pied et de la façon suivante : au sommet, un grand-maître de la cour, secondé })ar un maréchal de la cour, ce dernier dirigeant le train du palais; aux jours de gala on le vovait arpenter les salles ayant à la main une canne dorée, insigne de ses fonctions, et ])réçéder le service destiné à la table |trincière: [teuibint le i-epas il se tenait debout derrière 1(> siège (bi maître. Le ])renner chambellan surveillait la garde-robe, les vétemenis dt'uiodés passant à des gentilsbonmies pauvres ou aux gens de serAic(\ L'enqdoi ne constituait pas une sini'cure. mais nécessitait un g-énie inventif, souvent payé dingralitude, pour peu (jue le monarcpn* eût un naturel ii-ascible, fantasque et bronibon. Outre les cbandtcdlans de deuxième et troisième or(h*e. la bié-rartdiie jirt'xovait : le grand écnyer et le grand xciienr. llaïujués de subalternes dont le nond)re était au ])rorata de la fortune du prince. Le protocole s'atlacpianl déj.à aux memis (b'tails (piotidiens et
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princiers, nécessitant une mise en scène ininterrompue, un grand maître de cérémonies n'était pas de trop pour surveiller toutes les formalités.
Au reste , personne ne veillait plus rigoureusement à l'exécution des prescriptions que les souverains euxmêmes. Entre eux, surtout, c'était à qui se montrerait le plus prétentieux, le plus exigeant, le plus inexorable. En fait d'étiquette et de rang, les plus petits se montraient les plus arrogants et tout à la fois les plus servîtes. Les femmes se rebiffaient parfois, âpres et toujours vindicatives; pour un oubli, pour une méprise, elles ne décoléraient plus ; l'Empereur lui-même avait les oreilles rompues de doléances de rivales se croyant lésées.
En englobant dans ce chiffre la cour impériale et les maisonnées des principicules allemands, on comptait environ 600 cours souveraines, plus de 5,000 fonctionnaires de cour, près de 15,000 terres d'apanage impériales. Pour occuper ces places ou ces charges honorifiques, courtisans et quémandeurs se pressaient autour de la personne du souverain. Le caractère du noble s'y désagrégeait : dans ces milieux constituant parfois la pire des écoles de corruption, les qualités qu'il eût été si nécessaire de développer dans le sens d'une virile culture s'atrophiaient. Supporter les boutades ou les emportements d'un tyranneau, se courber toujours souriant devant les caprices de plus puissant que soi, toujours chercher à plaire au maître dont les violences lassent et dont les vices écœurent, ne constituait pas ce (pi'il y avait de moins édifiant dans ces petites cours où, après avoir fait preuve de platitude, l'homme témoignait de sa bassesse. C'était le temps, et ce furent les lieux, oii la mère de très haut lignage s'entremettait })0ur livrer sa fille au plus abject des princes, où le chambellan troquait sa femme rontre un titre ou rie
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1 urgcnl, où les pi-iiices oux-mènics l'aisuicnl commerce de leurs enfanis. où tout étant à aclieler, chacun se vendait. Le iioMc inslitiil ou de (|ii('l(|ii(' wilciir [)ers()nnelle, |)i('iiail ser\ icc ou enirail dans ladminislralion. La nol)lcssc d ollice ou de robe était représiMitée d";d»or<l par (les Mis de l'aniille qui, après avoir étudié le droit, se casaiciil. pour peu (|u"ils fussent protégés, dans un cons«'il. et (jui, s'ils a\aieiil du lidciil. arrivaient assez rapidement aux emplois majeurs de conseiller intime, de ministre plénipotentiaire, d'ambassadeur. On trouvait aussi dans cette noblesse des iiommes qui par leur propre UK-rilc, leurs solides qualités d'ordr(> et de travail, plutôt (pie p;u- faveur, avaient réussi à occuper une situation dans la bureaucratie ou la magistrature. Ce groupe constitua ainsi une réelle aristocratie ilans le sein de laquelle il devint, i)ar la suite, de plus en plus de règle de recruter le [)ersonnel (b^s missions diplomatiques, fonctions qui, sur ces entrefaites, se transforment, de temporaires quelles avaient été, en mission de durée. L'usage s'établit alors de n'admettre dans ces carrières, à l'instar de ce qui se pratiquait pour les grades de l'armée, que des jeunes gens nobles.
Tandis (pie les armées impériales conserveront jus- (piaprès la réorganisation que leur aura fait traverser le prince Eugène le caractère des anciens régiments mercenaires, les ITobenzollern constitueront leur puissance militaire pr(Mni('i-e sur une base toute diiféreide et déjà moderne. Leur armée, en retour, deviendra la pépinière d'où sortira une nouvelle noblesse militaire, laquelle, on le sait, conhibuera plus lard elTicacement au relèvement de la nation.
Uieii n'entra\e la maicbe du temps. Les destinées
s'accomplissent. Même sur la route la plus effondrée, la civilisation progresse.
Cette vérité, nous la voyons s'affirmer pour l'Allemagne, en dépit de lincommensurable bouleversement de la guerre. Mais,àrinversede ce qui s'était produit au commencement du siècle, les progrès ne profitent jdus à l'ensemble de la nation ou à toutes les collectivités ; certaines catégories restreintes seulement les ont réalisés. Le sentiment de la personnalité qui avait germé au cours du siècle })récédentet qui, à tous les échelons sociaux, était allé en se développant, nous le voyons disparaître chez le plus grand nombre. 11 ne saffermit que dans une fraction relativement très minime du peuple, chez ceux-là seuls qui. à un titre oul'autre, — conditions d'éducation particulières, prédispositions, talents ou ressources individuelles ou familiales, milieu spécial, circonstances moins défavorables, — se trouvaient avoir été privilégiés. La distance, la différence même, entre groupes s'effaçait; sous Faction d'une culture plus générale, les contrastes s'émoussaient. Après la guerre, il ne subsiste pour ainsi dire plus rien du travail ascensioimel et moralisateur de près d'un siècle.
Jamais peut-être, entre les personnes cultivées et celles qui ne l'étaient pas, les antitlièses et les antagonismes ne furent aussi absolus, aussi affligeants. La ligne de démarcation entre les classes s'accentuera })lus que jamais, désastreuse et profonde. Jamais l'esprit de caste ne s'affichera avec autant de désinvolture, d'obstination, de morgue et d'inintelligence; cela, non seulement dans les rapports de la vie. par l'éloignement dans lequel on tient l'inférieur, mais encore dans les cboses les plus inhérentes à la vie : les habitudes, le langage, la coupe des vêtements, la nature du costume ou de la parure, sans l»arler du rang lui-même ou de r(''ti(juelte de plus en plus
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ritliciilc. \jv sciitiiiiciil dr salciir iiMli\ idiii'llc une lois jiHiiiltli on (lis[>;iiii. celui de ladiiiiiih' huinaiiM' s'alh'-rcia, du moins (juaiit aux oljligalions uiutuelles el aux rappuiis des iiidi\idus ciitro eux ot avoc les ('(dl(M-ti\ ilt'S. (|uanl à la juste considt'ralioii due aux soinl)Ial)les. (|U(dles que soieiil leur posilion. leui- naissance, leurs opinions, leurs idées. Lii personi\alil«'' amoindrie ne fut plus eu mesure de \ ixilierles ipialih's posilives et agissantes cpii consliluent uncaraetère; Ihomme redeviut un èlre passif et par cela même servile. Le servilisme, })roe»'(lant de la peur, enlicndi'a la petitesse, robséquiosilé, la fausse honte et la fausse aud)ition.
Dans ces conditions il ne pourra plus se })roduiied"élans ou d'enthousiasines partagés ni d'aspirations collectives, ce sera la négation de toute solidarité. Dans les groupes, chacun cherchera à s'isoler, à s'écarter de la niasse, à répudier ses congénères. Le noble ne songera qu'à se distinguer du patricien, celui-ci du bourgeois; le bourgeois affectera de se différencier du petit bourgeois, ce dernier de l'artisan; les citadins rougiront de leurs attaches avec les ruraux. Chacun se cloîtrera, se verrouillera contre l'intrusion de plus humble que soi : le letlré afin de ne pas se commettre avec les illettrés, le commerçjant avec les petits jnarchands, le riche avec le pauvre. Moins ils seront justifiés à se claquemurer ainsi, plus les individus s'v obstineront.
L Allemagne avait été en ]»asse de se transformer o\\ une vraie famille, mais la guerre avait de nouveau tout i-ennié, tout dissocié, tout détruit; aussi, ses citoyens c(nitinueront-ils à donner le spectacle de frères ennemis nullement près de s'entendre ni disposés à s'unir.
DE LA GUERRE DE TRENTE ANS 14o
Les Germains entouraient la femme dun respect presque superstitieux; elle était pour eux un être sacré. Le culte primitif lui avait attribué le don de la divination. La loi déclarait intangibles son avoir et sa personne. Ce caractère d'inviolabilité et de supériorité lui valait dans la tribu une complète sécurité et une considération pleine d'égards. Celui qui avait attenté à sa vie ou à son honneur subissait les châtiments les plus rigoureux. De lantiquité gernianique, la protection dont la ftMiime jouissait avait passé dans le droit coutumier et local (droit saxon). Le respect ne s'adressait pas seulement à la femme comme telle, mais encore à la vierge et à létat de virginité, tenu en haute estime, dont émanait une dignité sacro-sainte.
Ces sentiments avaient frappé les Romains et leur en avaient imposé. Ils y voyaient la vertu essentielle des Germains. Ils n'avaient pas été peu étonnés de constater, lors de l'incursion des Goths, comment Totila avait oidonné à ses guerriers de sauvegarder la vie et l'honneur des populations vaincues. Par la suite, même aux plus mauvais jours de l'iiistoire, et jusqu'au début du dixseptième siècle, une partie de ces traditions de respect s'étaient maintenues parmi les (hfférents peuples allemands : c'était le devoir (lu soldatde ménageries femmes. Aussi, lorsque au cours des guerres des Hussites, et plus tard, en 1611, en Alsace, les mercenaires de l'archiduc Léopold se hvrèrent à d'odieuses brutalités, ce fut en Allemagne un cri d'unanime réprobation. Ces violences,
UG LK PEUPLE ALLEMAND A L'ÉI'OQUE
malheureusement, se renouvelèrent pendant la guerre de Trente ans.
Le christianisme, en passant de l'Empire latin en (iermanie, n'ajouta rien à la situation privilégiée de la femme et de l'épouse, ni h la considération dont on entouiait le mariage et le loyer. Il consacra l'iiulissolnhilité du mariage en l'élevant à la dignité d'un sacrement; il présenta la virginité comme l'état le plus parfait, parce qu'il est le plus en rapport avec la spiritualité du Sauveur; il affranchit la femme, « esclave divinisée », du culte qu'on lui vouait et suhstitua à l'auréole païenne dont on l'envelo})pait une auréole faite de dignité et de grâce morale ; bref, il idéalisa la femme dans la personne de la Vierge Marie, mère et vierge tout à la fois. Les masses, peu préparées à recevoir cet enseignement, subirent peu à peu son influence, mais en passant par des phases d'hésitation et de trouble très compréhensibles, les notions chrétiennes se substituant avec peine aux anciennes représentations rehgicuses. Le christianisme prêchait un ascétisme qui, malinterprété et incompris par un grand nombre, provocpia une confusion et donna lieu à des erreurs (jui [tarurent porter atteinte à l'ancien prestige du mariage. Dans les conceptions vagues d'alors on crut (jue l'amour dû avant tout au Créateur devait exclure l'amour terrestre comme un empiétement sur le culte à rendre à Dieu. Sous prétexte d'idéali&ation on en vint jusqu'à condamner les satisfactions permises de l'amour dans le mariage. Un mélange de mvsticisme, une sorte de sensualité maladive vint amoindrir la considération traditionnelle de la fennne et de l'épouse. Cette tendance arriva à son apogée à l'époque des empereurs saxons.
Sous l'influence de la chevalerie, dont les origines plongent leurs racines dans les coutumes germaniques.
mais dont le développement rec^oit l'empreinte de la civilisation latine, la vénération primitivement idéale de la femme se transforme en une adoration moins platonique. Chacun sait ce que fut l'institution à la fois militaire et religieuse, sa période d'éclat, sa phase d'excentrique galanterie, son déclin. En Allemagne, les rapports d'homme à femme en furent modifiés en ce sens surtout que les coutumes latines envahirent les mœurs locales. Les images dont on tleurissait ses discours, le tour du flirt, si nous osons employer ce mot, étaient copiés sur l'exemple roman et n'étaient pas adéquats au passé germani(jue, La dignitédelafemme etl'honnéleté du mariage se ternissent au contact d'un donquichottisme graduellement outré, puis licencieux, qui prévalut et qui autorisait toutes les entreprises comme il excusait toutes les complaisances.
Le- culte de la chevalerie ne \ isait guère que la femme mariée; c'était elle })resque exclusivement que les trouhadours avaient chantée; la jeune fdle ne tenait place dans l'institution qu'à titre d'être sans défense au service duquel les chevaliers mettaient leur dévouement et leur épée. Autre était l'hommage que la femme mariée s'était hahituée à accepter : le chevalier, à l'imitation d'un vassal envers son suzerain, lui jurait amour, fidélité et protection; comme pour la prestation d'un serment féodal, il s'agenouillait devant sa dame, qui plaçait sa main entre les mains de son honunc lige et coniirmait son droit de suzeraine par un baiser. Dès ce moment, le galant portaitles couleurs de sa dulcinée ; celle-ci, à son tour, lui avait juré fidélité. Le chevalier l'accompagnait jusque dans ses appartements, où dès alors il pouvait se prévaloir des prérogatives d'un époux. Le clergé, parfois, avait consacré de semblables unions. La femme d'un chevalier «'engageant ainsi dans de nouveaux
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liens coiilraclail iiiic union iiarcillc, {\\ni nn (h'-ir^lcnicnl (jiil ii'a\ail pas laidt' à se iii'opa^ci' cl an(|n('l \v clcriié nopposail ancnn cndi^ucnicnL sc'ricnx. Oiiclinn's piM'Iics sortis (les rani^s du pcnplc cxliorlaicnl à la (Irccncc cl ;i la rclcnuc. mais, vi' (pii cnt mieux \aln, re\em[)le du respecl du à la l'ennne de son pro(diain faisait totalement d(''laut : lien ne Ncnail. d(> mdle part, coiroborer les sollicitations de la morale, d'ailleurs ignorée de tous : ui le prclic (pii Nivait dans une uuiou non ('anoni(pie, ni k; seigneur (pii abusait des ser\"es. nélaieut plus (|ualiliés pour rclcNcr dans le peuple les notions du <le\()ir, I id(''e des l)iens(''ances. la dignité du mariage et du loyer. C'était le grand mal dont soullVaient la soeiétt' en général et surtout les campagnes.
Le mouvement (jui sui\il la Ucl'orme dégagea lindividualile. par cehi mèuu' lit ('clore le sentiment de la Aaleui" j)ropre de 1 individu, du groupe, de la lamille. Dès celte épo(|ue on reconnut la vérité etrimportance de ce fait (|ue Ja réserve de force nationale, c Cst-à-dire l'avenir d(* la société, repose dans ragriculture. et (jue les éléments populaires, notaunuent les éh'menls lurau.x. nourriciers de la famille humaine entière, constituent la piei're daiigle de tout édilice social. Le grand mérite des réformateurs fut de faire comprendre que lorsque le rural \ it asservi, amoindri, ignorant. mé'pi'is('\ les indi\ idus. lesclasses. les rac(^s s'étiolent. (h'-gcMièrenl et s (dl'oiidi'cnt ; (pie plus ou donne de lui.nière. <le soins. iTespaci^ à la sève du tronc aborigène, phis saine et plus \ igoureusc ost l'expansion de vie des rameaux isob'-s ou collectifs; et eidin de l'aii'c reconnaître (pie la source des énergies, des acti\ites. des talents [)our accomplir les destint'es, se trou\(> dans les conciles hundiles et paysannes. Leur plus belle (euvre fut de mettre à la portée de tous la possibilité de s'instruire,
(le se développer, de s'élever, et d'employer les aptitudes jusqu'alors ignorées et les forces jeunes encore (pii se trouvaient latentes dans le vrai peuple. Ce fut le premier pas dans le chemin du progrès social en germe dans la renaissance religieuse, r(''Voluti()n avant la lettre. Révolution, pnrce qu'elle avait rompu avec la tradition de l'unité théocrati(jue j)our lui substituer la notion de la pluralité des familles religieuses, en attendant qu'elle rompît avec le dogme de la pluralité des castes pour faire revivre la notion de l'unité de la famille humaine.
Les résultats de cette transformation ne tardèrent pas à se faire sentir. A côté de familles qui pendant des siècles resteront paysannes, on voit, sous la pression d'énergies accumulées, sous l'action ]»eut-étre d'une loi d'évolution alternante, se produire une poussée de dispositions, d'intelligence, de talents, cela à la seconde ou troisième génération d'une famille arrivée à l'indépendance par la mise en œuvre de qualités d'ordre, d'épargne, de persévérance, toutes choses inliérentes à l'esprit de sacrifice et se résumant en celui-ci. La phase de la prospérité se maintiendra durant cincj ou six g(''n(''rations, puis viendra le déclin : cycle comprenant un laps de temps d environ deux cents ans, de la naissance de l'ancêtre qui aura inauguré le mouvement d'ascension à la mort du descendant qui périclite. D'autres fois, grâce à certaines causes, la période d'état de la prospérité se prolonge, la considération et la situation de la famille se maintiennent, automatiquement send»l('-l-il, cl non plus sous l'aclioii d une nouxelle (m-Iosion de forces, de façon à retarder la régression dans la masse popidaire ou l'extinction de la famille.
I)(q)uis les conciles de Latran et de Trente, une grande partie de la force nationale s'alfaihiissait, n"arri\ant j)as à se répandre normalemenl : le célil)at im|)Osé aux préIres
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UN «'(ail |)iis t'tiaiij^cr. L accroissciiM'iil jmiiicii(jiir <lii ])('ii|tl«'. souclic (lu clergé, en riait entrciv»' d'autant. A la vt'iité, les mariages, ou })lut()t les unions contractées par (les e('elésiasti(|ues, n'avaient pas eesst^ de se produii-e ]>endant tout le moyen âge. Ces ménages ecclésiasti(|ues élaient même nombreux; cependant la tolérance des autolités épiscopales ou de la curie romaine, outre quCllc devait être achetée, ne profitait ni aux intéressés ni à leur descendance. Beaucoup de prêtres scrupuleux se rendaient compte de lirrégularilé de l«'in' ])Osilion, et tels d'entre eu.\ ne se croyaient plus dignes, dans ces circonstances, de célébrer les saints mystères. S'il nosait flétrir ou\ ertement ces unions illicites, le })euple, })ar dev<'rs lui. les méprisait et se vengeait d(^ la tyrannie des pères en excluant les fils de curt' des corporations d'artisans ou de bourgeois. Traités en parias, ces enfants de\enaient, le plus souvent, des ouvriers ou des vagabonds ou s'enrôlaient comme soldats de fortune. Toutefois, et bien qu'elles leur parussent offenser la morale, ces unions constituaient pour certaines paroisses, notamment celles des campagnes, comme une sécurité par ra[)port à l'honneur des familles. Le mariage du clergé protestant constitua donc, au point de vue social, un avantage et un progrès. Il faudrait dire la réintroduction du mariage ecclésiastique, puisque au cours des ])remiers siècles de l'ère chrétienne on ordonnait prêtres des hommes mariés, bien qu'il ne fut plus loisible au prêtre de se marier après son ordination.
Le prcniici' t'Iaii aiiit'iioi atcur iiail d une habitude première de cIhmtIkt, de sciulci-, île companM-, ipii, d'instinctive, se transfoi-me en habitude héréditaire, et qui s'accentue sous l'inlhn^nce de l'éducation et de l'exemple. Les milieux sociaux en état de progression
seront daulaut mieux préparés pour un développement ultérieur, que les hommes cultivés, aptes aux travaux intellectuels, y seront plus nombreux. On peut affirmer — nous écartons simultanément toute considération do2:matique et toute question de discipline ecclésiastique — quil n'estpas indifférent, aupointde vue de l'économie politique et sociale, que le clergé soit ou non astreint au célibat. Le résultat n'en est pas le même, ni par rapport à la culture générale, ni en ce qui concerne la progression numérique des collectivités. A cet égard la présence d'ecclésiastiques mariés, partageant la vie matérielle de leurs ouailles et s'associant à leurs aspirations, devait, surtout dans les campagnes, exercer une heureuse influence. Les classes instruites et les couches ignorantes se pénétraient ainsi réciproquement; ces dernières bénéficiaient, dans ce contact, du mélange d'éléments différents et profitaient d'avantages et de ressources (pii, sans cela, neleur eussentpasété accessibl(»s : les premières préparaient des recrues qui devaient les rajeunir et les remplacer par la suite. iJn grand nombre d'hommes éminents sont sortis de ces familles d ecclésiastiques ou de familles élevées dans la fréquentation de l'élément pastoral. Les sciences, les lettres, les arts, le commerce, l'industrie, auraient, au cours des siècles suivants, incontestablement moins progressé si le célil)at avait été imposé au clergé protestant. L'accroissement numérique dune nation se faisant essentiellement par la classe pauvre et surtout })ar la classe rurale, il était important, pour l'avenir de l'Allemagne, d'avoir en ces milieux correspondants des influences susceptibles d'exercer un exemple, conséquemment de constituer une hérédité de facultés, soit un nombre suffisant de pères de famille qualifiés pour élever dans la voie d'un sain progrès intellectuel el moral les générations cpii vicndraiml. Ce
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((UiiNalcnl compris les réforma lours, de; très nomhiTiix ecclésiasti()ii('s lOnt n'-ulisé on icliaiit le peuple dnii ils sortaient à la société où ils étaient entrés.
Dès ce moment, l'inslitulion <lu mariage prend, comme fadeur social, une importance nouvelle et plus générale, fait revivre, au point de \ ne moral, des représentations j)lus pures de ce que cette union doit être, et réconcilie en (die la foi religieuse avec l'idée de l'amour tel que Tàme germani(jue lavait compris.
Dans les villes, où tous vivaient porte à porte, où l'on travaillait, va(iuait à ses affaires, se prélassait sous les yeux les uns des autres, il en avait été différemment jjour ce qui nous occupe. La vie s'y était agencée d'une façon plus réglée: elle offrait dans la distribution sage de la besogne, dans les traditions dordre et de ponctualité, jusque dans l'aménagement prévoyant des demeures, de meilleures garanties pour la protection des femmes. L'existence, par la force des choses, se cloîtrait. Entre le riche et le pauvre, le patriciat et la bourgeoisie, les petits bourgeois et les artisans, les jurandes et les corporations, des préjugés incurables tendaient le fd rouge d'une réglementation immuable. Le moindre préciput, un semblant de privilège, une minime priorité au-dessus de l'étiage commun, autant de prérogatives, de revendications, de barrières. Le train de la vie s'y était fait utihtaire. Le costume était devenu bourgeois. La dame de céans y régnait non plus en suzeraine d'un goibdureau bardé de fer, mais comme une matrone très ménagère, et très certaine aussi .de sa donunation (lu laijordait a\ec moins de mots lleuris, peut-être avec une réserve prudente, mais on lui souriait néamuoins aNcc plaisir; elle répondait avec grâce, et la retenue même (ju'on s'imposait était, sans doute, un hommag'e de plus icndii à rcsiimc (piCllc savait inqxisci-.
Les appréciations quant à la l)ienséanco étaient autres (juaujourdhui. Dans certains milieux, qui. malgré cela, n'en étaient pas moins parfaitement honorables, on se permettait, (riiomme à femme, des libertés qui, depuis, auraient choqué. Se rencontrait-on, l'usage permettait qu'on s'embrassât. Dans une réunion, on se tenait les mains; }tersoiuie ne se serait scandalisé de voir un jeune homme boire dans le verre d'une jouvencelle, un homme fait tenir une dame par la taille. Tout au plus trouvait-on ces manières familières: elles ne paraissaient pas inconvenantes. La ])ruderie était moindre, mais on ne songeait pas à offenser la pudeur, car en lui-même l'homme la prisait toujours comme une qualité essentielle de la femme. Au reste, le code de la civilité non puérile mais honnête prescrivait moins ce qu il était permis que ce qu'il était défendu à la femme de tolérer ou de faire. D'autre part, grande élait l'indulgence à l'égard des femmes galantes, dont les allures en public eussent froissé nos idées de décence, bien qu'une réglementation administrative et des mesures poHcières les eussent reléguées dans des maisons particulières soumises à des inspections régulières. Détail caractéristique : Tédilité logeait là, et parfois y gardait à demeure, les étrangers de distinction à qui elle désirait accorder une hospitalité vraiment gracieuse, ce qu'on avait, d'ailleurs, fait en maini endroit pour l'Empereur et sa suite.
Le mariage impli(p mil. outre l'union légale et sacramentelle procédant d'une alliraiice mutuelle, lin état d'association, en quelque sorte « corporative », tellement l'idée delà c()r|)oralion passait des notions dans le domaine des faits; association oii les de\oirs tiendront une aussi grande place que les droits. Devoirs personnels, réciproques et intimes en premier lien sans (hjutc. mais aussi obligations envers
loi Ll'] PKUI'LK AI.I.KMANI) A L'KI'OOLJK
lt's|t;ii'('iils cl les |ir(»cli('S(l('s conjoiiils. Lclini coiijiiiial ciiilii'assail le iir(ui|»(' laiiiilial. la liil)ii: la (•oiiiiniiiianh' devait i-('ss('i'it'i- les rapports, s identifier les iiiléièls des « a])pareiilés », ceux-ei devenant, dans le sens sli'ict de ce terme, les amis de Icpoux ou de l'épouse. Le choix d'un mari, lorsqu'on envisage sous cet aspect les ent;agements inliéi-eiils au Jiiai-iau'e. ne coiisliUiail [)as une affaire de mince importance. On mettail en œuvre toutes les ressources dune adroite diplomatie pour a[)})areiller le rang, la fortune, la considi'ialion. Cela trappe lors(jue nous parcourons les papiers de famill(>, et masque, en même temps, le coté poétique que nous espérions y trou\er aussi. Le fait, cependant, de négocier avec habileté et prudence prouve cond)ien l'on envisageait, matériellement du moins, le mariag'e connue un acte g"rave.
Les formalités et les cérémonies préparatoires revêtaient }>resque autant de solennité que le mariage lui-même. Le j)ère. ou généralemeni un ami de la famille, notable de la cité ou du voisinage, })résentait la demande. Cette première demande favorablement accueillie, on fixait le jour (h^s pourparlers relatifs à la dot, des ouvertures quant aux espérances ; après (pioi on procédait à l'échange des cadeaux, enfin à la proclamation des fiançailles solennelles, qui, suivant les pays, se lil)ellaient par écrit et, d'ores et déjà, enl rainaient des obligations bilatérales que les fiancés corroboraient en se passant au doigt l'anneau symbolique. Le concile de Trente avait réglé le cérémonial et la fornmle d'engagement nmtuel des fiançailles. La loi spéciliait le laps de temps qui devait s'écouler jusqu'à la célébration du mariage. Pour celui-ci, le même cortège se rendait à la maison de la future où, derechef, une demande officielle était fornmlée devant la famille assendîlée; chacun des époux portait une couronne de fieurs, usage d'origine
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romaine qvio l'Eglise avait conservé; ces couronnes étaient tressées différemment et portées autrement aussi par chacun des conjoints. Pour les protestants et, chez les catholiques, pour les familles nohles, patriciennes ou bourgeoises, la Ijénédiction avait lieu dans une église. Le bas peuple catholique, bien que l'Ég-lise eût fait du mariage un sacrement, ne se soumettait (pi'exceptionnellement avant la consommation du mariag'e à cette cérémonie. Le fait des abus dont souffraient les serfs — ou plutôt les serves — au profit du seigneur, servitude corporelle révoltante à laquelle l'Eglise n'avait pas suies soustraire, avait enlevé aux serfs et manants le respect de cet acte religieux qui, graduellement, avait perdu à leurs yeux sa signification et sa haute valeur. Les fêtes nuptiales, dans le bas peuple, étaient brutales. Toutes sortes de licences se commettaient jusque sous le porche de l'église, car c'était sous le })orche que le prêtre miissait le serf et la serve, le couple n'ayant pas accès à l'autel; dès (jue les violoneux du cortège approchaient, comme aussi lorsque les travestis ou les joueurs (h* vielle faisaient leur entrée dans la salle du banquet, le prêtre devait se retirer; les invités à la noce d'un serf ne pouvaient consommer que de l'eau-de-vie. Du reste, les intéressés — protestants et catholiques, — même lorsqu'elle se ])ratiquait dans une église, ce qui était loin d'être toujours le cas, ne s'astreignaient à la bénédiction religieuse (pi"a|)rès un certain nombre de jours de vie commune. Un festin nuptial, dans les classes bourgeoises, avait lieu au domicile de l'époux. Partout se manifestait hi tendance à faire les choses largement et au delà des ressources dont on disposait. Les lois somptuaires étaient donc assez sévères et, périodiquement, de nouvelles ordonnances rap[)elaient d'avoir à se restreindre tant pour la table que pour les accès-
ia(j i.i: i'i:iii'i,i; aujimani) a i/ki'Oouk
snii-('s. le iioiiilnf il(>s iii\ ilt's cl ccliii des imisiciciis. L ;issislaiicc s»' ^r(iM|i;iil |i;ir douze iicisoiiiics en g«''ii(''ral. On (laiisail a|)irs le i('|ias: la iélc se Iciiniiiail |»aruii soujkm'.
Il II csl pas facile de recoiisliliicr Ja \ic de sociclc de I (''|io(jiic. |»arcc (|iic nos nolions Ao hionséanco, d'égards iiiiiliicis cl (](' c(iii\('iiaiiccs diircrciil alisidumciil de celles (|iH aA aient cours; ensuite, que, pour rendre exactement l(\s mœurs, les habitudes, le sans-gène qui réonaient dans tous les milieux, il faudrait rej)roduire les gi-ossicrclt's. la rudesse, les licences nicines, acce|)l»''es par cliaciiii cl aii\(juelles tous, — on pumiail dire surloul les jiersonnes de qualité. — se laissaient aller. 11 n'est guère ])0ssible de raconter tout cela. La description de ces m(eurs, nous la trouvons détaillée, souvent exagérée, dans les écrits du lenips. Les auteurs, doiil jilusieiu-s, il est vrai, s'efforçaient de moraliser, ne se bornaient pas, en effet, à ])eindre les défauts, travers ou ridicules des contenqjorains, mais se laissaient aller à des charges ou à des caricatures donl le dt'l'aul majeur est. [)Our nous, de fausser notre jugemeni ou nos conclusions surl'époque si nous ne nous en tenions ipià ces données. D'autres fois, les auteurs nous montrent des tableaux trop réalistes oii, d'ailleurs, ils se complaisaient eux-mêmes, en ne raj)porlaiit (jiie des sujets vulg'aires ou ordinaires (pi'ils trouvaient, sans doute, et comme cela se praticpu' couramment aujourd hui. leur compte à exjdoiter.
Il faut le dire, les allures étaient étranges. Dans les cercles boui'g^cois, (ini. jioiir cela. iTcn \alaienl pas moins que tels de nos milieux très inodernes. on se permeltait des liberlt'S ipii, depuis, auraient semblé' cbocpianles. Les plaisanteries ('laient j)lus (pie risipièes; des expressions (jiie nous Irouveiions basses, même obscènes, circulaient,
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surtout à table, sans offusquer personne et sans que, pour cela, ces écarts eussent réagi fâcheusement sur la moralité elle-même, tellement ces choses étaient accej)tées par les deux sexes. Parmi les gens de qualité, tels propos, dont les fennnes aussi émaillaient la conversation, seraient révoltants pour nos oreilles; tels actes, pour nos idées, delà dernière vulgarité. Une maîtresse de maison fouettait ses domesliques. le noble battait sa femme; entre invitées, les dames se souffletaient, se décoilfaient, s'égratignaient. A la cour, c'était bien pis : le souverain s'amusait à verser du vin sur le sein dune dame très décolletée. D'autre part, l'aménagement des demeures ne correspondait en aucune fa(;on à ce que nous appelons un intérieur. Un centre pour la vie de société, un lieu de réunions habituelles, l'équivalent de notre salon, n'existait pas. Dans les maisons bourgeoises l'existence quotidienne évoluait dans ce qu'on nommait la Wohnstube (la chambre), [)ièce plus ou moins confortable où l'on se tenait, où l'on recevait, où l'on mangeait. Les maisons aristocratiques, en dehors des chambres à coucher, ne contenaient que des chambres d'apparat, souvent non meublées, destinées aux cérémonies de gala; on recevait les visiteurs dans n'importe (juelle pièce, on prenait ses repas lant(jt ici. tantôt là. suivant la saison et le nombre des convives. La vie de société, telle que nous la comprenons, n'existait pas et ne pouvait exister, par le fait qu'elle n'aurait pas su où se. produire, ni, pour ainsi parler, où se caser.
Peu de temps après la guerre, les cercles aristocratiques, d'une part, et de l'autre, les milieux piétistes donnent le ton et payent d'exemple : une réaction se ])rodnit dans différentes directions. On se fornialisc des termes expressifs et rudes de jadis; une foule de mots
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usuels s(»nl (MiN'isugt'scoiiiiuc Irixiaux ; ou trîiilc de nislres cl iiiiiiKUils eeiix «jui s'en servent . Le langage ne s'épure |)as, iiiiiis s'iillèi'e dans ra(l(»|tli(»u (Tiin genre |)i(''cieux copié (le l'étranger et (|iii, loin de la nias(|ner, relè\e encore rinsiguiliauce giMUMale ou lorigine très ordinaire des idées et du gonl : ini svniptonie, en somme, de pessimisme momentant'' [tlnli")! (|n im progrès eslliétique i\[\laltle. Le genre cérémonieux et le genre austère «jui, de la société mondaine et des milieux [)ié'tistes, ])assent dans les cercles bourgeois, contribuent à adoucir les liabiludes ullra-conununes, les manières de pandours transmises de procbe en piocbe au cours de la guerre. Une cause aussi, sans doute, de ces modifications est dans Fengouement dont fait preuve non seulement le monde lettré, mais encore le public, pour VAstrée. La traduction de YAstréc s'est répandue, sur ces entrefaites, dans toute l'Allemagne; l'œuvre d'Jlonoré d'Urfé y suscite plus que de l'entliousiasme, du délire. Modes, sentiments, jeux et plaisirs, dialogues et langage d'amour, tout, sous l'empire d'une contagion, on pourrait dire dune obsession croissante, est conformé à ce code nouveau. Les femmes de l'époque, zélées à leur façon à imiter le genre des Précieuses dont elles ne sont pas sans avoir entendu parler, ou à co[)ier l(\s eiforts des femmes piétistes pour réagir contre la rudesse de leur enlourage.ciierchaicntà s'approjtrier, puis à inq)Oser autour d'elles, la politesse et la décence dans les formes, si ce n'est dans le fond. La langue, du moins le tour <le ])brase cérémonieux, se ressentira longlein[is du genre [»récieux (pii fait irru|>lion. Le langage dexienl [)rolixe, fade. liy[)ei'boli(pu% tout en se parsemant de iermes exoticpM's, français notamment Ceci, joint à des règles d'éticpiette inqtortées, am|»liliées ou (h'uaturées (pion su[)porte dans les cercles de la cour
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OU (le l'aristocratie^ mais qui sont comiques ou bouffonnes dans les milieux bourgeois ou populaires, laisse l'impression d'une maladresse puérile ou d'im enfantillage risible et naïf.
C'estle moment d'une éclosion abondante de Manuels de civilité ou de conversation, de « livres de compliments ». etc. Ces ouvrages, nous les trouvons dans toutes les mains; on les consulte pour les moindres péripéties quotidiennes; ils sont, d'autre part, comme une clé qui permet de juger des idées et des notions. Ils ne nous renseignent pas quant h la nature des sentiments personnels, au sujet desquels nous ne savons pas davantage en parcourant les écrits du temps. Nous arrivons à les connaître grâce aux lettres de famille, dans lesquelles, au fur et à mesure qu'on s'éloigne de l'époque qui succéda à la guerre, les traits fondamentaux du caractère allemand réapparaissent après avoir repris leurs droits dans l'existence journalière. Toutefois, ce qui ressort aussi, le naturel a souffert du nouveau genre de fausse préciosité; de rudes, mais au demeurant simples et empreints de cordialité, les sentiments sont devenus compliqués; les manières sont moins grossières, mais elles sont guindées; les rapports, jadis sans fard, mais qui savaient rester honnêtes, sont entachés du faux, du superficiel, du maniérisme copié de l'étranger. Ainsi, les fiançailles bourgeoises, tout en continuant à revêtir le cérémonial que l'on connaît, ont été envahies par une étiquette codifiant les mots, les compliments, la demande, la réponse, nous allions ajouter les émotions, lellement tout est conforme, adi-quaf, au c guitle du parfait savoir-vivre ». La jeune fille, si elle a de « l'éducation », ne donne pas son consentement après une première demande; le bon ton exige, maintenant, qu'elle refuse d'abord. On arii\(' ainsi parfois à trois deni.indcs siicc('ssiv«'s ; alors seule-
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iiiciil la g-laco est rompuo; les ('"tapes [)rescrites [loiii- le « oui » sacraiiu'iilcl oui rt('' l'cspoctées; c'est ee qu'on appelle les « proeéih's do conduite », Pratiques ine[)les! mais on les veut telles, parce (ju'elles sout calcjuées sur « les règles de galanterie » faisant loi dans le « grand monde ». Il faut dire que le leiMue alors très resp(^ctal)le et très usuel de galanterie ne visait (pie la |)(jlitesse dans les manières et dans l'esprit. (]e sno])isni(\ |)our (Muplover un ni'ologisaie, passe dans lexpression des seulinienls du conu". Au d('i)ut du siècle, un prétendant, parlant de l'amour naissant, se serait écrié : (( Je commence à beaucoup l'aimer... » ; il dit maintenant : (( Des flots d'une pure tendresse inondent mon âme à la faire déborder ». Pareillement, il aurait traité sa fiancée de (( douce mie » ; maintenant ce sera : « ..Mademoiselle (sic) mon bel ange ». Alors que vers 1600 la fiancée écrivait : (( Messire de mon cœur... », elle mettra en tète de sa lettre en 1600 : « Monsieur (sic) mon très aimé ».
Les enfants, cependant, s'adonnaient toujours aux mêmes jeux; comme aujourd'hui, ils faisaient tourner la toupie, sauter les ballons; ils voyageaient à Jérusalem ou en Cliine; les filles babillaient des poupées, les garçons abattaient des quilles. La jeunesse pratiquait les jeux innocents et, })our la libération des gages, melîait. à ce que rapportent les cbroniques, plus d'entrain à s'embrasser que de zèle à faire du bel esjtrit. La mode était aux rébus, néamnoins, et aux charades; pendant le repas même on s'amusait aux bout s-i-i mes, qu'il s'agissait de dire à la i-oiide.
En prévision de la « conversation » — terme consacré, — il était d'usage de se « préparer » avant iuk* a isite à faire ou à recevoir, c(da en reuK'moi'ant des anecdotes, un événenieni (pielconciue. en relisant tels passages sur
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lesquels ou seutretieudrait. A celui ou à celle qui produisait alors uu quatraiu appUcabel (ou incitait ce qualificatif aiusi ortliograpliit' à toutes sauces) ou des vers préalablement appris par cœur, ou donnait la palme. Contrairement à l'espèce de proscription oii Ton tenait la danse avant la guerre, des sauteries s'organisaient dans les familles ou connue dernier acte des fêtes corporatives. Des danses, les unes étaient d'origine campagnarde et présentaient quelque ressemblance avec nos anciennes « branles» ou « bourrées «jles autres venaient de France uu dltalie : une sorte de gavotte ou de pavane (padouanne), d'autres encore, figuraient des quadrilles, imitation des ballets qui, introduits en France sous Louis XIV, passaient pour un divertissement très raffiné. Le danseur en engageant sa dame lui adi'essait un conqdiment galant et, si la personne était mariée, il conqtlimentait les aboutissants présents. Le code du parfait (hinseur posait comme régies premières : « ... de ne tenir la danseuse (jue par le bout des doigts, de ne pas s'accrocber à sa robe, de ne pas la faire sauter trop liant, les jupes n'étant point destinées à être relevées. » Le tour de danse achevé, nouveau compliment et courbette. On admettait qunn jeune liomme reconduisit une jeune personne chez elle; là, révérences, excuses du dérangement causé, protestatations de gratitude «... pour avoir eu le Ijonlieur insigne et riionneur infini. . . » .
Sur ces entrefaites, le foyer et la vie de famille s'étaient reconstitués. En reprenant l'habit u(b' (hi labeur, liiommi; avait retrouvé un peu de cette satisfaction (jue nous éprouvons après avoir dépensé notre force dans quelque activité et surmonté (piel(|ue difficulté. Tandis (pie le forgeron battait son fer, (|ue rt'bc'niste s'appliipiait aux in-
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l'iuslatioiis |)(il\(lii(mH's iloiil il uiiiail ses iiiciiMcs. (jiic la iui\('ll(' (lu lisscraiid couiail siif le iiK'licr. (|ii(' les «•riinoircs îles cliaiicclltMics s'(Mul)ellissai(Mi( de majuscules (MijJiiirlau(l«H's. les Icllrés séluiont mis à icmplif de \(»lumineux in-folio, produits dos spéculations vaincs de leur aride méta|»iiysi(pie. Le ])rogrès se dessine et se nianileste dans les choses tc(dmi(pics sui'Iout. Ce nCst pas (pi on ne témoignât d'aucun intérêt pour les cpiestions intellectuelles : les recherches, bien au coniraire, dans certains domaines, inspirent toute une énmlation et témoignent dune [)atience méritoire; mais, en dehors des sciences exactes, le zèle se déploie dans uni' direction fausse, se fatigue sans qu'il en résulte de réels avantages. On ne sait pas tirer parti des matériaux à portée de soi. Le travail intellectuel est moins une œuvre de production originale et individuelle, qu'un labeur de seconde main ou de compilation. L'esprit ne quête pas où il faudrait, il bat les buissons. Un tel disserte sur l'encrier de Luther; tel autre cherche à découvrir connnent était faite la lance de Goliath; un autre calcule les dimensions de l'arche de Noé. On refond la vie des saints, les discours théologiques, les codes, en volumes massifs. Mais des Sommes instructives, des vieux Digestes, des thèses pleines de saveur, personne ne sait extraire ni le sel, ni l'enseignement vrai. On ne sait pas comprendre et faire valoir les documents, les intéressantes chroniques, sources <le l'étude historicjue. Le travail est inutile, parce (|u'il est mal con(;u.