LES CONSCIENCES
La disposition niala(ii\e dune époque affecte un type précis, quelles que soient la direction dans laquelle le mal évolue et la forme des accidents (ju'on observe, type en connexion plus ou moins étroite avec la modalité des crises antérieures et la nature des causes originaires. Ce fait est des plus nettement marcjué dans le domaine des choses intellectuelles et spirituelles.
Les agglomérations armées constituaient des foyers engendrant chez les uns, aggravant chez les autres un état d'agitation, de fièvre, de subites dépressions et d'excitations aiguës. Cet état s'exaltait des liantises d'une vie de dangers, de fatigues, ou, brusquement, de basses jouissances et d'oisiveté. En passant par toutes les phases de linstabiUté matérielle, par tous les assombrissements du caractère et par tous les degrés de 1 inconsistance morale, il se transformait en un déséquilibrement qui s'accentua an fur et à mesure (jue se prolongèrent et ces conditions jnalsaines et linlluence pernicieuse du contact de pareilles collectivités sur les individus. Les processus mentaux finirent par s'altérer dans ce flottement. Aux conceptions (U aux représentations faussées, aux associations
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d'itléos (|iic ne (((iiiui'icnl plus ni r.iisoii, ni morale. sCiichanuTciil des acics illicilcs cl iiiiiiioiaiix ; la (Icslniclioii (les crovuiifcs succéda ù 1 ('braillement des principes. L'indiscipline n'est qu'un })hénomène externe tf'inoignant (le la di'sorganisalion de la conscience; cela est aussi \rai pour les collecli\ itt's (pie pour les iu(li\idus.
A l'instar d uue jach('re prolongée où la terre est eii- ^alne et bienl(M recou\ (mIc de })lanles parasites et \ éiu'-neuses, il se produisit dans les esprits une germination, une poussée de superstitions (|ui, en se répandanl. étoufl('rent les (b'Itris dune culture ludimenlaire ou supei"li- (•i(dle. délruisirenl le r(di(jual dune spiri(ualil('' allaihiie ou (jui n'était qu'apparente : un retour à l'état hailiare. La caractéristi(|ue de cette époque et de ces milieux est uim sorte de fétichisme noyé dans les superstitions de la peur, lille elle-même de la désorieutation morale.
Parmi ces superstitions, les unes plongent par leurs racines dans l'antiquité païenne; d'autres sont tissées des légendes ou contes magiques de l'Orient; d'autres, enlin, naissent sur place et se per[)(''tueront jus(jue bien au (bdà de la g-uerre, puisque aujourd'hui telles d'entre elles n'ont pas encore disparu. L instinct de la conservation, la frayeur de la mort suggèrent des pratiques qui, aux temps héro'ïques, conféraient liin uliu-rabilitt'. Les (( Sagas » germaniques du dieu Bahlur, de Ilagen, de Siegfried, revivent; elles incitent à graver sur la poignée ou la lame des épées des signes qui opéreront (( le charme », à faire lorgner les armes par des nains, afin (ju'elles puissent « jeter ou lixer le sort ».
L'homme se sentant petit en face des manifestations de la nature, en l'absence de notions exactes, il s'était créé des mythes. De même, ne possédant (|ue des notions très \'agues sur rinxention de la poudre à c;mon.
sur la genèse de l'explosion et le secret de la trajectoire, le peuple imagina des mystères. Il lui importait, à l'instar des génies mythologiques, de se rendre linexpliqué propice ou de l'asservir aux doubles fins d'être préservé soimême et d'atteindre l'ennemi. De plus, l'effet inégal des engins à feu, l'imperfection du tir, c'est-à-dire la constatation que, suivant les cas, les projectiles éclataient, n'éclataient pas ou frappaient à côté du but, confirmaient l'idée d'un mvstère inhérent au boulet, à la fumée, à la fulguration, et paraissaient justifier l'emploi de pratiques cachées ou de conjurations donl l'aclion protectrice ou miraculeuse semblait évidente.
A côté des prières usuelles et machinales adressées à Dieu et à ses saints, aux(|uelles laïques et clergé avaient recours avant le combat, prières dont on attendait un double exaucement ou une double action : d'heur pour soi et de malheur pour l'ennemi, surgissent des conjurations avec leurs formules d'exorcisme, des procédés de magie et de sortilège, des incantation!^ à l'adresse du diable dont le pouvoir discrétionnaire et le patronage pouvaient être avantageux pour l'invocateur et néfastes pour l'ennemi. On arriva à se persuader que les conjurations octroyaient l'invulnérabilité'. Prononcer, au moment voulu, une sentence, une maxime, tel passage de l'Ecriture ou telle oraison passa pour dégager comme un fluide bienfaisant. Il en était qui croyaient que dans le son d'un mot, dans la vibration d'une sonorilé ou le mode d'ondulation pergue par l'oreille, réside une puissance invisible, insaisissable, mais effecli\e. T^cs superstitions variaient suivant les milieux, mais (dles étaient r(q)andues dans les armées protestantes comme dans les catlioliques; les annales de la Réforme en témoignent. Luther lui-même s'en était occupé, les avait discutées et avait parlé de roux qui, par l'invocation, par
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un ^(vsl»" r(>|H(Hliiisaiit un sij^iic coiincmu, coiniiic de Iraccr sur tiTio ceiiainos figures ou rcrlaiiis symboles fatidiques, savaient se garei- d un coui» de t'en ou se [)r«''ser\ cr d inie l)lessure. Cliez les protestants eoninie chez les eatiioli([ues, les uns |)()i-laient les anuilettes ou talismans, les autres se li\rai('iit à des procédés cabalistiques deslinrs à les rendre rétVaclaires « au sori » (pic pouxail leur a\(»ir jch' Tcnnemi, et à dégager leurs arnu^s du sortilège qui en neutralisait l'action. Les uns portaient sur eux soit un « billet » contenant tels noms de saints ou l'écriture de telles personiH's, soit un feuillet de rEvangile de saint Jean; les antres « se vouaient » à saint Georges ou à saint Christophe, ou à une personne dont on disait (piClle avait le « mauvais œil » mais, en même temps, la puissance de rendre invulnérable; les autres encore contractaient un ])acte avec Satan. Ces jtraliipies constituaient un héritage (lu passé, entre autres des Italiens et des Espagnols qui, entrés dans les Pays-Bas en 1568, avaient emporté dans leurs bagages des ballots de livres de cabale (I. Dodimus. De magorum iJemonomama, t. III); d'autre part, sur prescpie tous les morts et prisonniers des troupes brandebourgeoises qui, en 1587, sous la conduite de von Dohna, étaient venues au secours des Huguenots, les Frajiçais avaient recueilli des talismans ou billets de magie que les soldats portaient autour du cou (Mart. Delrio. Disquisit. magie. VI. I. UrselHs 1606, p. 129).
Chez les catholicpies connue chez les prolestants enfin, les esprits sages et é(dairés continuaient à réagir contre ces aberrations. Luther s'était refusé' à « consacrer » en faveur de Bernard ^(»n Milo. bailli de Wittenberg. un billet que ce dernier lui avait envoyé alin de le porter ensuite sur soi à titre d'anuilette; plus tard, le jésuite Georges Scheerer,, prêchant dans la chapcdie de la cour, à Vienne,
ne s'était pas fait faute de condamner l'emploi des objets de magie en tant (pie moyens préservatifs ou protecteurs.
Jusque chez les lettrés et les clu'ouiqueurs qui blâmaient les pratiques d'occultisme ou de mag'ie, nous constatons, à côté d'un certain jugement raisonné et objectif, la tendance à voir dans les faits dont l'explication leur échappait une intervention surnaturelle, selon les cas, divine ou diabohque. On mettait, par ailleurs, le diable plus souvent en scène, ou en cause, que le bon Dieu, et partout on croyait découvrir l'empreinte de sa griffe. Luther, plus psychologue cependant que la plupart de ses contemporains, revient fréquemment dans ses commentaires sur une influence diabolique, et relate, entre autres, des histoires de jonglerie vulgaire comme preuve à l'appui de cette activité satanique. Zimmermann l'aîné. d'Augsbourg, dans son Bezaar icider aile strich, straich iind schuss, voiler grossen Geheimnûssen, reflète ces mêmes appréciations; ainsi, il voit le dial)le dans ce s})adassin qu'aucune lance ne pouvait entamer, mais qui plus tard fut assommé par un coup de massue; — dans ce soldat de Lichtenstein qui, après chaque bataille, secouait son manteau d'où tombaient les balles : celle.s-ci, bien (ju'avant effectivement troué ce vêtement, n'avaient pu atteindre le corps ; — enfin, dans cet individu (jui appuyait la pointe d'une épée sur sa poitrine, supportant, sans qu'il se ])roduisît la moinch'e (''gratignui'e, une pression sur ]'ép('e telle (pie celle-ci ployait à la façon d'un arc de cercle. Les annales (h' l'époque sont remplies d'épisodes analogues et de conchisioiis semblables. Dans la lichitioii du siège et- de la prise « à main armée » (textuel) de la rille de Pilsen en Bohème, écrite en 1619 (et en allemand, bien entendu), on peut lire :
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« Un tt'inéi'airt' |>;iiini ceux (l(> Maiislcld, il sapiiclail Mans Falu'l. s'en lui un broc à la main a ers le l'ossédc la Ni Ile. cl |)(>ita la saille (le ceux (|iii (N'Iciidaiciil les rein pari s. Les assiégés lui liiricnl dessus, ce (| ni ii ('Mi|i(M-lia pas ll()l^(^ audacieux de vider son pol de Iiièrc cl de l'aire une grande rt'Nt'rcncc à ces messieurs eimemis. Renirc au cam[). ou lron\a cin(| l»a Iles dans son pourpoint. (]el cidani de Salan, loni in\ uluérable cpi il lui. n'en moui'ut |>as moins, mais de maladie! avanl la pi'ise de la \ille. Il s'agit ici de l'arlilice magique qui, je lai conslalé, est iulinimeiit répandu. Un roc pouri'ait être enlamt' plus facilement (pi'uu do ces ensorc(dés. Je ci'ois (pie le diable est en eux. Bien plus! un de ces possédés peut inlluoncer un camarade, voire encoie à l'insu de celui-ci el malgré sa résistance. Preuve en soit ce que j'ai vu : un taud)ourde (jualorze ans venait di-tre rrap[»('' ]»ar mie ])alle pendant (pi'il battait la peau d";'ine: (pie l'ait la balle? elle i'ico(die du bras sur le ('(3té gau(die d'un gamin placé tout proche et tombe à terre. Tons ont |)u s'en assurer connue moi. Mais toutes ces choses tournent à mal; car un sortilège se dresse contre un sortil('ge: ces artifices s'('d('\-ent contre le premier des commandements de la Loi de Dieu et contre d'autres encore. Prier Dieu diligemment et s'en remettre à lui, voilà ce (pii prof('ge bi(Mi plus sûrement. Si l'un est tué, laiitre en r(''(diappe: Dieu le Ncnt ainsi. C(dni au(pud les i)alles prennent la vie. les anges le portent au ci(d; (juant au.x ensorcelés, c'est le Gaspard noir {dcr sclurarze Kaspar. le diable, terme usit(' au dix-septième sièci(>) (pii vient les ])reii(lre et les emmener. »
Nombreux (''taieiil les objets einplov(''s pour l'aire agir un sort ou un (duirnie. on (pii consliluaienl un talisman ou une amulette. Ijà aussi, la mode s'en nn'dait. Les « dessons » on cliemises magiijues. dites de Saiut-deorges.
jouissaient (l'iiiio réputation bien établie. Leur fabrication exigeait une méthode particulière : des vierges devaient — d'après la tradition — en prépai'eret en coudre la toile ])endant la nuit de Noël; sur le devant de la chemise on jjrodait deux tètes ou figures, l'une barbue pour le côté droit, l'autre devant ressembler à l'image qu'on se faisait de Belzél)uth, et être surmontée d'une couronne : réminiscences, peut-être, des tètes sacrées de Donar et Wuolan? Une règle plus moderne voulait que la chemise fût tissée })ar des jouvencelles âgées de moins de sept ans, qu'elle fût cousue à points entre-croisés, puis déposée, secrètement, sur l'autel où elle devait rester jns(|u'après la c('débration de trois messes. On portait une pareille chemise sous le vêtement pour le jour de la bataille. Mais si, en dépit de toute attente, le porteur était blessé, la faute en incoud)ait à du fil non c^onsacrt'' qui se serait glissé parmi la toile merveilleuse. Les formules et sentences variaient à l'infini quant à leurs substances, les talismans ou amulettes quant à leur nature ou à leur contenu. Nous trouvons « le billet du pape Léon », le (f billet du Chevalier des Flandres », ainsi nommé parce que le chevalier portant cette sorte damulelte avait échappé au supplice auquel il avait ('té condamné, le bourreau n'ayant })u lui « entamer le cou »; le « billet des Bénédictins », qui passait pour « nouer » l'arme de l'ennemi au moment du danger. Ces billets étaient couverts de signes indéchiffrables, parsemés de nombreuses croix, plies de façons différentes; onles dépliaitsouscerlainesconst(dlations et avec telles ou telles invocations. On nllrihu.iil aux hosties des \-ei'tus talismaniques; des inscriplions faites avec du sang de chauve-souris en accentuaient le pouvoir préservatif et l'effet miraculeux. I)"a|)rès Grimmelshausen, telles de ces inscriptions étaient ;dnsi conçues : « Satan! aide-moi.
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<'(H'|»s (M àiiic scroiil à loi! «.(les aimilcllcs rlaiciil ccnsj'os rcarlci- les l)allos; les ((oilait-oinlaiis le creux de raisselle naiiclu'. elles a\aieiil la l'aeiilh' « (reiicliaiiler », ('"esl-à-dire, «le « hoiu'lier » le eaiioii du iii«)iis(|uel ennemi. On allait même jusqu'à a\aler ces objets. Un autre pi'OC«Ml«'' consistaità copier en lellr(\s très lin<'s (^t sur du papier pelui-e tel ])assagc de I Fj\'anuile. iiolanuueiil de TEvang'ile de saint Jean, à cacher le billet sous la nappe (]c l'autcd d une cliapelle catbolicjue. (M. trois messes ayant ét«'' dites, de renfermer dans un tuyau de plume ou dans une coquille de noisette <lont on bou(diaitles interstices avec de la cire ou de la kupie; ou bien on sc(dlait l'objet dans une petite capsule d'or ou d'argent; enlin. l'on se suspendait l'amulette au cou. Il en était qui, au moment de la communion, invo(juaient le diable, sortaient l'hostie de la bouche et se la gretl'aient sur une plaie préalablement pratiquée en un endroit (pielconque du cor[)s.
Les moins scrupuleux se vouaient sans restriction à Satan; ceux-là avaient la réputation d'être absolument invulnérables, invincibles, irrésistibles, et plus « forts » ou « cong<dés » (en allemand : fest, gefroreii) ((ue ceux ipii avaient été sim[)lement roi)jet d'un charme, dune conjuration ou d'un sortilège. On leur alti'ibuait le pouvoir de jeter un sort, non seulement sur autrui, mais aussi sur les (dioses aninKM's ou inanimées, connue les aliments, les fruits, (pie dès ce moment on n'arrivait pas à « entamer ». Parmi h'S choses censées posséder une vertu surnaluridle on trouvait enti't» autres : un morceau de la corde ou un anneau de la «diaîne d'un pendu, des poils de la baibe d'un bouc, les yen.x d'un lou|). la tête d une chau\«'-souris. objets (pi il fallait inclure dans une bourse faite ascc la peau d'un maton noir; de même encore, un brin dv verveine, d'herbe à Saint-Jean, du
romarin, du fenouil, du persil, etc. Comme plante « maléfique » et « enchanteresse » à la fois, les cabalistes prônaient une fleur pourprée qu'ils ap}»elaient/'e/i/rt mcmila; elle écartait les balles et « nouait » l'engin ennemi pour un mois lorsqu'on la suspendait au mur dune ville assiégée au moment où partait le premier coup de feu d'une pièce ennemie.
De très bonne heure, les médailles servirent d'amulettes. Les « sidéristes », sorte de secte de g-ens versés dans les secrets chimériques de l'astrologie, frappèrent, « divinement inspirés », des médailles d'arg'ent et d'or qu'on se suspendait au cou. Thurneisser les répandit dans l'Allemagne du Nord. Ces pièces sont représentées dans Moehsen : « Beitrikje zur Geschichte der Wissenschaft in der mark Brandeuburg, Berlin, 1783. » Nous ne parlons pas ici des médailles bénites des lieux de pèlerinag;e, des médailles commémoratives, etc. Une curieuse médaille était celle dite de Saint-Benoît; elle portait l'image du saint et de sa croix et était destinée à mettre celui (ou celle) qui la g'ardait par devers lui à l'abri de la peste (en allemand : ])estmedaille) . En ce qui concerne les monnaies reclierchées, au cours de la g-uerre, comme objets talismaniques, il convient de mentionner les écus de Saint- Georges, notamment ceux frappés en 1611 et 1613, et qui portaient la légende : BeiGott ist Ratliund That; ils étaient particulièrement estimés .
Ceux qui s'adonnaient à ces pratiques, ou ceux qui passaient pour en bé'iH'dicier d'une façon ou de l'autre, ne se recrutaient ])as uniquement parmi le commun j»euphv L'Emperem', le tout premier, croyait à la })ossibihli'' d'acipK'rir rinvuhié'rabilité; l'essentiel étant, selon lui, de jjrocéder d'après les règles exactes de la magie. De juème aussi Wallenstein et son parent Terzka, Holk dont on dira (pie le diable en personne était venu le prendre,
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et Tillv. (|uo los tioupos toiiaiciit ou suspicion de sorcol- Icric. L"<''[i(''(' (le Giislax o-AdolpIic passait pour r[vo « ciicliaiilt'c ». On pi-c'-lcndail Willcngcr « cong^olf' ». un lioiilcl I a\ant pi(tjctt'' à nnc (listancc de so|)t ]»as sans le blesser (Belli Laurea Austriaca. 1020). Linvulnérabililé des princes de Savoie était légendaire dans tous les camps; le inaréclial de Scliauenbourg'. voulant en avoir le cd'ur nel. lit tirer à jihisicui's reprises sui' le prince Thomas sans (pie peisonne arri\àt à l'atteindre; les raisons en étaient attribuées, par les uns. à une grâce divine et spéciale immanente dans la famille; par les autres, à un artifice transmis béréditairement dans la maison de ces ])rinces (descendants, disait-on. du prophète Daniel) (Simjilicissimus, Continuatio. 13). Ajoutons (|u"à la fin du dernier siècle encore larmée prussienne croyait les Holienzollern invulnérables; Frédéric-Guillaume TI passait juiprès des vété-rans de la carnj)agrie de 1702 pour ne ])()U\oir être atteint (pie ])av une balle en argent. Les jilaintes })i"Ovoquées j)ar les abus quCntraînaient avec elles les pratiques talismaniques ou magiques devinrent si unanimes que. pendant le blocus de Magdebourg, en 1620. les généraux se xireiit contraints den délibérer. Gustave-Adolphe, pour sa part, édicté un sup[)lément au paragraphe premier des articles de guerre. « interdisant les œuvres de la sorcellerie, de l'idolâtrie et de la magie, comme constituant un péché contre Dieu. »
Les mystérieuses puissances au.\(pielles peuple et guerl'iers avaient rf'cours se dé\oilaient trop souvent comme des auxiliaires ]»en snrs. Pas de magie capable de tirer un malheureux d'entre les mains du liourreau! Il y avait de (juoi rendre p('rpl(>X(\ car là. en cU'et. les espérances les plus naïves échouaient piteusement devant les jdus cruelles n''alitt'S. Ces d(''ceptions. néanmoins, m^ (b'sillu-
sionnaient pas les esprits. Au contraire, loin de s'appesantir sur le doute quant à l'efficacité des pratiques surnaturelles, les pensées se portaient sur les moyens aptes à renforcer leur action, et sur la vengeance à exercer sur ceux-là qui, maléficieusenient, se faisaient les instruments de ces mécomptes, les grands fauteurs du mal : les prévôts et le bourreau, bètes noires de l'armée, qu'on englobait dans une même aversion et dans une haine commune. Aussi, lorsqu'une troupe en avait battu une autre, c'était un service à se rendre niulucllciuciil (|ue de siip[)rimer ces personnages. On n'y manquait pas pour peu que les circonstances s'y prétassent; cbacun s'v employait, empressé. Certaines parties du corps : la nu(jue, la place conqirise entre les épaules, le creux de l'aisselle, le défaut du genou, passaient pour être réfractaires à tout « encliautement ». Par contre, le reste du corps était susceptible d'acquéi'ir l'invulnérabilité ou l'insensibilité quant à l'action ou à l'effet de certains mcUaux : plomb, fer, cuivre. Inversement, une arme ou un objet en bois pouvait rompre un charme ou annihiler la vertu d'un talisman; c'est pourquoi l'on rencontrait si fréquemment, parmi les mercenaires, des individus portant, outre l'équipement militaire, qui un lléau, qui une massue, qui un simple bâton. Les balles en argent détenaient le record connue moyen de contre-sortilège ou d'antimaléfice; rien ne leur résistait, elles bravaient tout obstacle lorsque le métal dont on coulait le projectile était celui d'une pièce d'argent transmise de père en fils. Les narrations, h l'appui de ce dire, citaient comme authentiques et certains des faits relatifs, par exemple, à un Autricliien, gouverneur de Greifswald. Les Suédois avaient tiré sur lui, sans l'atteindre, phis de \ iiigl balles ordinaires, lorscpi'il fut touché et abattu par un coup de feu chargé avec un gros
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Itotiloii cil .irutMil (|ii'im soldai porlail sur lui et ([u'ilavail liériti^ iK'S siens. Ou liiou encore, une sorcière du Slcswig-, cliangée en loup cl errant dans la contrée, toujours invulnéral)le. lut tuée enlin par une balle eu argent. Ces histoires hantaieni les imaginations, chacun, à défaut d'argent, combinant, pour le remplacer, des alliages doués d'affinités analogues, se mettant, avec mille précautions, à couler des balles auxquelles on demanderait, suivant les cas, ou bien de tuer sans déchirer la peau, ou bien de ne léser que tel organe vilal, ou bien encore de simplement rompre un charme, etc. Au métal en fusion on ajoutait alors, de la farine, du mica pulvérisé, ou telle autre substance, en éteignant la coulée dans une décoction vénéneuse, etc. Quant aux armes blanches, on y incrustait, sur le fourreau aussi bien que sur la lame, des signes, cercles, lignes, croix ou lettres cabalistiques: surle tranchant de la lame il s'agissait de passer du pain de froment, pétri et cuit dans la nuit de Pâques, en trayant tout le long des séries de croix.
Les plus timorés se reprochaient bien de tomber, ce faisant, sous le coup dune accusation possible de sorcellerie; aussi, pour cahuer leurs scrupules, se mettaient-ils en quête de moyens moins illicites, offrant cependant les mêmes garanties de succès. L'alclùmiste consulté recommandait, dans ces cas, « une poudre sans bruit et sans fumée » qu'on obtenait en ajoutant à de la })oudre ordinaire })artie égale dos calcinés cpii devaient provenir d un chien à noii" pelage. Les plus difficiles à satisfaire rechercliaiciil des substances capables de « doulder » la force des umscles ou d'augmenter l'adresse au tir. Lnlin, si. d'une part, le grand nombre entourait d'une crainte respectueuse ceux (|u'on croyait en possession d'un pouvoir occulte et clieichait à se les concilier, de l'autre, beaucoup de soldais Iciiaicnl ces iiidi\ idus en piètre estime et peu-
saient comme le troupier : « Si ces gens n'avaient pas la frousse, ils ne donneraient pas dans ces farces. » Un poltron s'adresse, pour obtenir un billet-amulette, à un camarade entaché de magie; celui-ci lui fait remettre et coudre dans un pan d'habit un petit papier où se trouvaient ces mots, reproduits trois fois : « Défends-toi, c ! ». L'autre, ignorant de quoi il s'agit, se persuade être, dès lors, invulnérable et fait, réellement, preuve d'intrépidité. Le chroniqueur qui nous rapporte cette anecdote ajoute : « sans jamais être blessé ! »
Vers les dernières années de la guerre, des histoires de fantasmagorie et d'apparitions courent les camps et les bivouacs. On raconte comment, à un moment donné, il est possible de se rendre invisible ou d'immobiliser une escouade ennemie en faisant surgir devant ses yeux une patrouille prête à la surprendi-e, un marécage où elle ne manquera pas de senlizer, d'illusionner en un mot par la création voulue de tels ou tels tableaux de fata morgana. A l'appui de ces élucubrations, on cite, soi-disant d'après Grégoire de Tours, l'exemple des Avares qui. grâce à des procédés semblables, avaient jadis battu Sigebert, le roi des Francs; puis l'aventure plus récente du duc Hans- Adolphe von Pion qui, pressé par un jiarti de Turcs, aurait réussi non seulement à se rendre invisible, mais encore à se transformer et à transformer sa troupe en autant d'arbres; et cela si parfaitement que les Turcs, complètement abusés, s'étaient mis à souiller ces prétendus arbres. A ces insanités s'ajoutent des pratiques d'astrolog-ie ; or, comme de prédire par l'inspection des astres l'issue d'une bataille ou le cours des évi-nemenls n est pas (hi ressort de chacun, on court chez les faiseurs de pronostics (pii, sans vergogne, battent monnaie de leur science chimérique et de leurs grossiers mensonges. Conjointement il se
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inodiiil une [ioiiss/t de spiiilisinc : d aiiciiiis |ti()|)li(''lis('iit, d'ciulres s'adoiiiit'iil ;i la carloinaiicic. à la chironiaiicic. Il (Ml est (|ui passeiil [k»ui' a\ oir le don de seconde \ue ; on se i-épète (|ne daulres appai'aissent ii dislance, (|ue daulres se dt'donhlenl . (chacun se l'ail dire la honne aNcnlm'C.
Au canip des Ini|)t''riau.\ el Saxons de\ant Madgebourg'^ en IGM(i, un pauvre niatluMualicien se trouvait alité. Il avait annoncé à ses camarades (pie la journée du 26 juin lui serait falale. Au jour <lil, un lieulenanl enli-e dans la luille occu[)ée |)ar le malade el le prie de lui pr(''dii'e sa destinée. Après (juelques hésitations, uotre sireanuonce à l'oflicier : « Daus uioins d'une heure vous serez pondu. » Furieux, c«' dernier dégaine et occit le j)auvre diable. Un tunmlte s'ensuit; le meurtrier saule en selle et >a s'échapper, (juand un rassemblement lui l)arre le chemin, ('/était le grand électeur de Saxe, accompagné du généi'al Halzfeld et d'un nombreux cortège, (jui inspectait le camp. Mis au courant de l'événement, l'électeur s'écrie : « Que voilà un bel exemple! Comment! un pauvre hère ne serait plus en sûreté dans son lit! » Sans larder, l'oflicier fut pendu.
D'autre part, les colonels ne tergiversaient guère avec les devins ou diseurs de bonne aventure, et faisaient ar- (pud)user ou [XMidre les prisonniers sur lescjiuds on Irou- \ait des balles ornementées de signes falidiipies.
De l'excès des soullVanccs naissail un mortel aballemeul Les âmes religieuses, dans leur dt'-solation, aspiraient à la purilication d'ime rt'-noN alion calmante Un retour à la sim-
plicité évangélique, une réaction contre un exclusivisme desséchant, la tolérance dans les questions confessionnelles s'imposaient. La situation politique était telle, que la trêve entre les individus devenait aussi nécessaire à réaliser que la paix conclue entre les partis ; il y allait du salut commun et de l'intérêt même de chacune des confession s.
Chez le plus grand nombre, il est vrai, l'indifférence à l'égard des questions religieuses grandissait. AcemomenI, cc])endant, il se produisit dans l'élite des esprits une renaissance très manifeste qui se traduisit dans la recherche d'un idéal, et plus spécialement dans la conscience religieuse, par une évolution, chez les uns, dans le sens de la libération des formules, et chez les autres, dans la direction d'un épurement mystique. Et tous, dans la voie de la tolérance et du support mutuel, catholiques pieux et hérétiques de l'une ou de l'autre dénomination, se trouvèrent d'accord sur ce point.
Ces aspirations idéales qui s'expriment dans le besoin de croire, de savoir, ou d'agir, recrutent des adhérents parmi tous les groupes épris de sanctification, ou de justice, ou de vérité; elles constituent un mouvement qui fera de catholiques comme Spee et Scheffer des mystiques, d'un protestant comme Spener un piétiste; enfin, de savants, arrivés à professer de nouvelles conceptions relatives à la création et à la divinité, des philosophes.
L'orthodoxie protestante avait déçu ceux qui attendaient du })rotestantisme autre chose qu'une institution fermée aux aspirations libérales, figée dans un doctrinarisme officiel et immobile, reniant les principes qui lui avaient valu et son existence et sa raison d'être. Après avoir revendiqué pour lui-même le droit d'interprétation et de liberté de conscience, le protestantisme se révélait
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— toujours plus iu('oiis(''(juenL um'c lui-uièiue — iutransio^eant, autoritaire, iuquisik'ur. Ces illogismes choquaient. Beaucoup ne pratiquaient déjà plus. On arrive au moment où les idées d'indépendance en matière de foi recommencent à prévaloir. On revient à lune des thèses favorites de Luther «pie s'attacher ou non à une Eglise, reconnaître et acce})ter ou non ce (pu* celle-ci pourrait imposer, est affaire d'appréciation individuelle, de la conscience en un mot. Il s'ensuit qu'on admet comme légitimes les inspirations personnelles, et comme logique la latitude laissée à l'individu de se détacher d'une communauté religieuse pour s'unir, en groupements nouveaux et autonomes, à ceux qui professent des sentiments ou des opinions en harmonie avec les siens. C'est ainsi que se fondent les conventicules des piétistes avec un Bôhme très convaincu, avec un Kullmann assez déséquilibré, et, plus tard, cette maison-mère des frères moravcs qui essaimera au loin.
Un mouvement analog'ue ne pouvait évidemment pas se produire dans le sein du catholicisme; rares étaient ceux qui restaient croyants tout en condamnant ce que la discipline spirituelle avait d'excessif. L'Église elle-même se fit tolérante plus tardivement et suivant les conditions du milieu ; elle n'accepta les acquisitions de la science (jue .sous la pression de l'évidence des faits. Ne venait-elle pas, cédant au Saiiit-Ofllce, de déclarer héréticpie le système de Copernic, de mettre à l'index le nu'morahle livre de Galilée, et de forcer l'abjuration de l'illustre mathématicien (1633) qui seule le sauva du bficher? Chez les plus éclairés, c'est la soumission ou le renoncement; vertus passives peut-être, vertus sublhnes néanmoins en regard du pessimisme subtil et de l'obscurantisme étouffant de (•crtaiucs séries dont reiilliousi;isuie est acc(.>Mq>agiM'' de
défaillances, l'altruisme de caprices, et où l'orgueil confine à la déraison. Dans la catholicité aussi, des voix s'élèvent, prêchant le devoii' austère, une pure sainteté, l'évangélique abstinence ; elles savent reconnaître que si tant d'àmes se sont détachées de l'Église, c'est qu'en de nombreux points l'Église avait failli à sa mission. Pour ne revêtir qu'une forme vague et ténue, pour n'être simplement que généreux, le mysticisme de l'époque n'en est pas moins pénétrant, les idées répandues çà et là par des hommes convaincus n'en germent pas moins sans bruit dans les consciences. En prêchant le sacrifice de la personne et les vérités fondamentales de l'Église, les mystiques relèvent chez plusieurs la force affaiblie et leur font entrevoir des espérances nouvelles. Le clergé séculier, presque dans sa totalité, renonce à son ancienne intransigeance, car il souffre lui-même de l'asservissement à l'Inquisition romaine et de l'ingérence des congrégations étrangères, de leur empiétement même sur ses droits, sur ses fonctions et ses attributions pastorales, toutes choses qui, en outre, froissent son sentiment national.
A côté du clergé, bien que leur prestige eût baissé, les jésuites continuaient leur œuvre. Le champ d'activité de l'ordre s'était trouvé limité par le traité de Westphalie. Les Pères n'en déployai(Mit ({ue plus de zèle là où il leur avait été concédé de se fixer et de se répandre; ils recherchaient, certainement, moins la grâce des prosélytes et la renommée de l'Eglise, (jue la domination et la gloire de l'ordre. L'effort combatif et conquérant de l'ordre, nous le voyons dès lors se porter sur des ennemis très vivaces, très résolus à défendre leurs institutions, sur les juifs.
Depuis les croisades, lÉgiise. le peuple, les sou\Trains n'avaient cessé d'en vouloir à ces g-ens de trafic et de négoce, (jui, dè.s les plus lointains âges, surmontant les
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(laiigors, Iciiaiil \v\c aux riirciivos, a\ai('iil su consci'vcr. m (lr|>il <l(' tous les ostracismes, leurs Iradilions, leurs rites, leur loi. Quelles qu'eussent été les Irihulations pur l('S([iielles ils avaient dû jiasser, ils avaient amassé des richesses (|u'onjugeaitplus considérables (ju'elles nélaient réellement. L'Église s"attn(|uail à leurs croyances, les joules — el coud)ieu de princes! — convoitaient leur or. S'il eùl été possible de s'entendre et, jdus encore, de se passer d'eux, on eût été prêt à supprimer la race. L'histoire des juifs est connue. A l'époque cpii nous occupe, ce fut, dans l'état d'ébullition des esprits causé j)ar l'acuité des ])assions ])olitiques et religieuses, un retour aux légendes les plus absurdes, une fermentation nouvelle de fanatisme haineu.x: de secrètes et basses cupidités contribuèrent à ameuter les masses contre les juifs. On les accusa d'em- ]»oisountn' les puits, de susciter la peste, d'entrer dans les églises afin d'y souiller les hosties, de se saisir d'enfants dont, au cours des rites, ils dévoraient le cceur. Les persécutions reprirent, atfectant toutes les formes : s[)oliations, violences, emprisonnement. En 1614, le populaire se rua sur le Ghetto de Francfort-sur-le-Mein, saccageant et tuant, ('cependant, à cette époque, de nombreux savants juifs avaient acquis une réputation méritée, <>t. malgré l'animadversion (pie leur race inspirait, une considération personnelle incontestée. En outre, les juifs étaient plus riches, et, pour une grande quantité de transactions qu'ils paraissaient seuls qualifiés pour mener à bien, plus indis- ]ieusables (ju'ils ne le furent d<q)uis. P;u' cela même, ils jouissaient, par moments, d'une certaine protection oflicielle : de la part de la cour inqiériale, auprès du sultan, et jusque dans l'entourage du Saint-Père Néanmoins, en dépit des recommandations dont ils pouvai(>nt se prévaloir, et malgré les efforts incessants d'une aristocratie juive
intrigante et prête à payer tous les ménagements, les fils d'Israël demem'aient des parias. La loi les forrait à porter la marque distinct ive et injurieuse qui di' li»iii devait les l'aire recoiuiaître : dans l'Enijinc. un brassard jaiuio ou une bande d'étoile jaune cousue sur le vêtement; en Boliême, un col ou une ruelie de toile bleue; en d'autres contrées, comme au moyen àgc, un chapeau de haule forme jaune; dans les provinces italiennes, le manteau rouge.
Pour le juif tout était instable. Sa vie était faite de contrastes; sa condition exposée à toutes les fluctuations : tantôt protégé par l'Empereur ou livré au bon plaisir de tyrannies locales, tantôt flatté par des souverains recourant à ses capitaux ou forclos du droit comnuin: — à la fois nécessaire, puis(pron le recherchait, liaï pour ses talents en affaires; — toujours sur le qui-vive lorsqu'il se mêlait à la foule ou lorsqu'il se tenait dans sa solitude; -frayant avec chacun et séparé de tous; — riclie de son gain et misérable malgré son or; — fier, habile, tenace, ■fidèle aux traditions de ses pères; — craintif, sordide, rampant, servile; — épris de la gloire de son lointain passé et ployant lécliine sous le joug qui l'opprime «lepuis seize siècles.
Pendant la guerre, toujours à l'affût, sans rehudie à la peine, déniclieur émérite, trafiquant infatigable, il avait, avec ses congénères, creusé à travers cet espace toujoui"s plus désert et ruim'' qu'était le Saint-Empire, (h'S chemin^.s (\\n rendaient l'Europe tril)utaire de son aventureuse et âpre audace. Une armée de correspondants, de messagers, dintermédiaires, faisaient la luuctte entre Amsierdain et Varsovie, laLombardie et Francfort; ils se faufilaient dans tous les trous, vêtus en lo({ueteux. mais cacliant sous leurs liaillons des traites, des bijoux, avalant uiènie, afin
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de les sauver, les [tierres pirciciiscs (juOii leur coiifiait. Ils se glissaient d'un camp (hms le (';im|> ciiiiciiii. bravant les ordonnances et les édits : d'un pays dans le pays voisin, avec, pour bagage, une siicochc graisseuse (piils bou- (daient siu- lépaule, brocjinl.iiiL rect'danl. Ils grappillaient les florins, les ducats cpi'ils (''cl langeaient <lans les comptoirs de leurs procbes contre des écus fourrés ou des doublons rognés, instruments d'écbange lors d'une camj)agn(* nouvelle d'où ils rem[)orlaient <les dentelles, des ornements d'église, des armes, des fouri'ui-es. Ils allaient les revendre aux nobles, aux prêtres, aux boiu'geois dont tout juif se saxait à la fois pourvoyeur indispensable et bète noire honnie. Les plus riches s'enfermaient dans leur banque, cachant les billets, les traites, les gages qu'avaient livrés contre ui\ peu d'orl(>s villes (d)érées et les seigneurs arrogants.
Auprès de l'administration sortie du bouleversement de la guerre, les juifs ne trouvaient ni secours, ni appui; détest (''S par ceux d'en haut, ils étaient maudits par ceux d'en bas. Si le protestantisme glacial et sans crédit les blessait })ar sa morgue acrimonieuse, ils redoutaient plus encore l'Eglise catholique pour les entreprises constantes d'un prosélytisme que rien ne r(d)utait. D'autre part, les événements, et [dus spécialcMuenl la re[)rise de l'activité commerciale après la paix de West[)halie, avaient été, pour un grand nombre, la cause d'une période de rapide pros- [)érité. La diminution du trafic international, la ruine de jdusieurs anciennes maisons marcliandes de Nuremberg" et d'Augsbourg'. l'aNilissement des monnaies, les [)ressants et incessants besttins d'ai'gent des princes, avaient favoi'isé le déploiement du savoir-faire, la mise en œuvre de res[)rit d'initiative des juifs au prorata des innombi'ables affaires aux(pielies e«'n.\-ri [»ai'tici[»aienl et dont, en
DE LA GUERRE DE TREi>[TE ANS 183
définitive, ils tenaient en main les fils. Le rôle des juifs et de leurs agents étrangers ou coreligionnaires répandus à Constantinople et à Cadix, en Pologne comme dans la Péninsule, dans toutes les branches du négoce, n'a })as été mis suffisamment en relief en ce qui concerne la reprise du commerce général qui suivit la guerre.
Dans les provinces héréditaires de l'Empereur, l'ordre des jésuites avait eu toute liberté d'action. Le bras séculier lui venait en aide pour extirper l'hérésie et vaincre la résistance des dissidents ou des non chrétiens. En Bohême, la génération témoin de la bataille de la Montagne- Blanche avait disparu, avec elle les théologiens disciples de Wicleff et les savants qui avaient honoré le pays. Les anciennes familles nobles étaient exilées, une nouvelle caste d'anoblis venait d'être créée dans la ville des Hussites . La seconde génération des reconquis vivait à l'état d'un peuple rude, ignorant, prêt à tous les esclavages et qui, non seulement ne voulait plus se souvenir d'un passé glorieux, mais encore maudissait l'hérésie, cause d'une longue série d'adversités.
La communauté juive de Prague comptait parmi les plus riches et les plus influentes de l'Empire ; on la tenait pour la plus ancienne, car la légende en faisait remonter l'origine aux temps où la religion chrétienne avait pris racine sur les rives de la Moldau. Aujourd'hui encore, le voyageur ne manque pas de visiter les rues étroites du (juartier juif où les petites maisons se serrent juxtaposées comme les cellules d'une colonie de termites, et qui, jadis, cachaient les plus grandes richesses et les plus indicibles misères du pays. Dans ce ghetto resserré vivaient, après la guerre, près de six mille juifs, agioteurs, chiCFonniers, usuriers, brocanteurs, formant une communauté très close; des êtres haïs et (pi'on ti'aitait en enjiemis; à leur tour
iSi L\: l'KlM'LK ALLKMAND A L'KI'KQUK
ceux-ci se troiivaieiil coiiiine en état de guerre avec les mœurs, en réltellion conlreles dures lois civiles; ils résistaient avec achainenieni au fanatisme environnant. C'est dans ce milieu, cl sur ces ad\('rs;iircs. (|ue rcU'ort des jésuites se porta.
Toutes les violences, les mesures les jdus odieuses lurent mises en œuvre pour arracher à celte population traquée et sans défense des conversions forcées et scandaleuses au dire même de catholiques convaincus et pieux . De cette époque date un opuscule écrit en latin par le Père Eder, traduit en allemand par le Père Christel, tous deux de la S. J., et qui relate Thistoire de la campagne entreprise par les jésuites pour convertir les juifs. Ce traité narre les aventures des nommés Simon Abeles etLévi Hus- ,sel. dont l'un condamné à mort comme relaps ; il constitue un plaidoyer qui, sans nous convaincre, cherche à justifier les Pères des graves accusations portées contre eux. En le lisant, on ne peut se défendre d'un sentiment de dég:oût; quels qu'aient pu être les mobiles qui poussèrent les jésuites, et quel que fût le nombre des conversions qu'ils prétendirent n'avoir été obtenues que par la persuasion, il n'en résulte pas moins que l'iiistoire ne pourra jamais absoudre l'ordre des iniquités commises par lui pour en arriver à ses fins. A une mère on eidevait son nourrisson qu'un prêtre baptisait à son insu et qu'on ne lui rendait que lorsqu' elle-même avait abjuré. A une famille on prenait le corps d'un défunt pour l'exorciser et l'enterrer, sans que les aboutissants sussent en quel lieu. Avaiton jeté son dévolu sur une personne, femme, mari, jeun(> fille, frère, on l'entourait d'un réseau d'espionnage ipii dénaturait les faits, les paroles, les actes de la victime on de ses proches. Puis les accusés étaient emprisonnés, torturés jusqu'à brisement de toute volonté. On procédait par
menaces, par promesses, par sug'gestions fallacieuses. par la mise en scène d'une pompe et d'un rituel aptes à fasciner l'imag'ination, à troubler les sens ; par des insinuations perlides, la séquestration arbitraire, les mensonges les plus infâmes. Les <'onversions, en effet, furent nombreuses. Mais parmi elles combien d'extorquées ! Combien de consenties afin d'écbapper aux bourreaux ! Le zèle des jésuites s'emploie de la sorte pendant deux générations, cependant que les gens pourchassés répondent à la haine par la haine, aux fourberies par la fourberie, aux blasphèmes parles blasphèmes; c'est une guerre entre des éléments antagonistes, irréconciliables, irréductibles, pendant laquelle les jésuites desservent l'Église en profanant son esprit et ses vertus, et considèrent comme maudits moins encore ceux qui ne croient pas en l'Eglise que ceux qui ne plient pas devant l'ordre. Les eût-on laissés faire, ils eussent traité hétérodoxes et juifs comme des possédés dignes du bûcher.
Ce n'est pas qu'on en eût oublié la pratique. La question d'hérésie s'était, même en dehors de l'ordre, compliquée, pour plusieurs, de la suspicion de sorcellerie ou de possession démoniaque.
Il faut le dire, l'Église, cristallisée en un absolutisme liautain, ne visait plus à se faire aimer, elle se faisait redouter. Le clergé s'était aliéné par le fait de sa déchéance, sans parler des exactions de l'Inquisition, de grandes intelligences et des cceurs très nobles; il n'éclairait plus, mais déformait les consciences dans l'obéissance à quelque fornude agissant par elle-même, oublieux du beau spectacle de grandeur morale qu'avait offert r^glise primitive et dans son culte et dans son institution épiscopale. Les interdits et les bulles des papes en témoignent. Depuis lors, un assoupissement spirituel s'était opéré dans les masses.
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|)on(l;iiit l(MHi('l, aux spéculations licites et idralos, se subslilut'iciit «les croyanees où, l'acle moral delà foi n'inleivenaiiljihis. sinfillreroiit des abeiraliunsairulaiitles esprits comme ces sortes de dcdires dont les temps du moyen âge a\aieiil (''It- (('•moins.
TU
Létrange croyance régnait encore que le diable, prince souverain de la sorcellerie et grand maître es maléfices, venait trou\ er les sorcières et sorciers. Des hommes, des femmes vouaient un culte à Satan, culte auquel on procédait suivant un rituel déterminé. Ce commerce revêtait, d'après les idées populaires, trois formes principales : l'homme, d'abord, reniait Dieu, passait au service du diftble en lui jurant fidélité et devenait alors son homme lige; ainsi procédaient les sorciers et leurs conqdices. Ou bien, Satan passait dans le corps d'un individu qu'il asservissait à ses desseins; on parlait alors d'un possédé. Ou bien, enfin, l'homme concluait un pacte avec le diable, où bilatéralement le premier vendait son âme au sevond. celui-ci s'engag-eant à combler l'honune de jouissances, avantages, argent, etc. Ces accords, bien <pie redoutables jxmr le salut du contractant, ne constituaient pas, pour les tbé'ologiens. un pc'clié' morl<d, car. professaient-ils, moyennant l'intervention des saints, les audacieux pou- Aaient être sauvés même malgré eux, le diable fmissant par ("'tre subjugué et fon'é de renoncer à ses droits.
Linironisation du diable dans la religion, el a^('c lt>s caractères du malin des anciennes légendes persanes.
avait été une faute au point Je vue doctrinal et un malheur pour limagination populaire, en ce sens que les- représentations qu'elle s'était faites du diable, et qui s'étaient transformées en autant d'obsessions, dénaturèrent, malgré les pures conceptions du christianisme, une foule de légendes naïves et poétiques dont elle s'était nourrie. Ce fut le ver rongeur dans le fruit savoureux de la religion ])rimitive. D'autre part, la jovialité naturelle à l'esprit liumain n'en perdit pas, pour cela, ses droits; elle accommoda la figure sinistre à ses notions et à ses besoins, lui trouva aussi quelques bons côtés et l'assimila, en quelque sorte, à la figure des géants de l'antiquité, burlesques à la fois et terrifiants, tenant du monstre et du bon enfant. De même qu'à l'époque mythologique l'imagination païenne avait trouvé dans la ditforniitt'' de ces corps supra-naturels, dans les maléfices ou dans les facéties qu'on leur attribuait, un inépuisable fonds d'histoires les plus horripilantes ou les plus saugrenues, de même, l'imagination populaire du moyen âge avait puisé, dans les tableaux qu'on lui montrait et dans les représentations qu'elle se faisait du diable, les thèmes les plus variés pour entretenir son goût du surnaturel et du gigantesque, du miraculeux et de l'inconnu. A côté des mythes de géants dont la renommée ne passait pas. se perpétuait la croyance aux gnomes, hôtes des forêts ou gardiens des ruisseaux ; dans les cavernes de la montagne, les nains habitaient; les elfes, les farfadets, sur les prés endiamantés de rosée dansaient, ou menaient leurs rondes le long des aulnaies; les bruissements qu'on entendait se répandant, à l'aube grise, sur les ramées, ou frôlant les chaumes enfumés quand venait l'avant-nuit, c'était le vol des génies ailés, se dispersant nul ne savait où. Dans la maison, dans les cours, les étables, s'éparpillaient les Kobolds; les
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lutins larfouillaiciil les ceiulrcs du foyer, se suspen- (laicul aux forniclies conunc des ombres de matous. Les l)ousliouuues bruns, gris. b'S blanclies l'emiues erraient autour des l)ètes et des gens connue des esprits l'aniiliers, faisant sei\ice daides actifs cl vioilants. se plaisant à jouer mille ni(dies. mille tours espiègles, mais mdlemeut un-cliauls. Parfois la liNréc (di.ingcail; les lutins tarabusleurs et cbicaniers venaient troubler le sommeil, fouiller les corps, s'acliarnaient en des tom"s dé[)laisants; ils dansaient alors la sarabande dans le logis, et, sur les sentiers, au soir, les feux follets sautillaient, gambadaient, ricanant (juand le piéton s"enlizait dans le marais. Ce j)etit monde avait fait cortège à rEnfant Jt-sus; puis on l'avait relégué à la queue du train d'armée des cbérubins et des anges; il en était devenu méfiant, timide, et s'était montré plus sournois. Le diable suivait; on en fit le grand prévôt de la troupe et comme son répondant. Le moment vint où tout ce qu'on avait attribué à ce petit peuple fut mis sur le dos de Satan; seulement, assez tôt on s'aperçut (pi'au cbange les liouuiies n'avaient i)as gagné.
Du temps des empereurs saxons, on prétait au diable la nature et l'aspect d'un gnome, bien qu'il possédât les attributs et qu'il exerçât les maléfices d'un géant. II dé|)laçait les grosses pierres, édifiait des nnu'ailles. bâtissait des ponts, desmoulins, Aoire des églises. 11 figurait un servant que l'homme arri\ait à duper et qui, si l'on savait s'y prendre, perdait prescpie toujours le salaire stipub' par lui pour ses bons offices ou sa peine; ou bien un loup, un (diien aux veux d'escarboudes gardant (juebjue trésor souterrain. D'autres fois, il se faisait dragon, cbimère: il icNcnait diui palais enchanté s'enfourner dans la clieniinée, verser sur làtre des surjtrises, des richesses. L'imag«'
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classique sous les traits de laquelle nous l'avons représenté depuis : cornes, barbiche, pieds de bouc, longue queue serpentine, couleur noir de suie, est d'origine germanique et date probablement de cette époque. Ainsi fig-uré, cet être fabuleux va dorénavant se trouver mêlé, soit connue Tennemi le plus terrible du g'enre humain, soit comme objet des gloses et des railleries de g'énérations successives, à toutes les légendes, à tous les contes dont s'em})are et se repaît l'imagination })opulaire, et participer à toutes les émotions, à toutes les luttes par lesquelles passera l'âme du peuple.
Pendant la Réforme, le diable, lui aussi, fut entrafné' dans le grand combat du siècle. On priait, on prêchait, on se disputait beaucoup. Ce contact incessant avec le ciel lil que, bon gré mal gré, il fallut s'occuper de la place qui, liiérarchiquement, incombait au diable. Les théologiens de la nouvelle école lui délivrèrent de fraîches lettres })atentes qui firent de lui le prince de l'Enfer, avec un équipement et, pour ainsi dire, un train de cour conformes à ses fonctions et à sa demeure. Le temps des accommodements paraissant définitivement clos, on se rua sur lui, on le repeignit en noir. Pour les catboliques, Satan devint le grand maître de l'hérésie. Les protestants le représentèrent se dressant derrière le trône du Saint-Père ou les sièges cardinalices, maniant le soufflet de l'intolérance, chauffant les fers des tortionnaires. Cliacun le fit intervenir au cours des polémiques, chacun lui donna de la besogne : accointances avec Tct/.el. dé'incU's a\ ce Lulber, suggestions à l'oreille de rEnq)ereur contre la papaul»', avis au Pape contre l'Empire; on le sentait entreprenant ])artout et se frottant les mains.
Chez les Réformés aussi on le vit comnnménient apparaître, chose bizarre, là surtout oîi l'on trouvait son
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iiiliusiou iii(>j)|M)iliiii(' et sous un aspocl (1oii1>1(mii('iiI voxatoire : d'un laiilomo revêtu d'une rohoocclrsiastiquo. D'aulros fois, il surji,issail nias(|U('' ou diapr do blanc, ou hi(Mi \rtu suivant la jnodo du temps et eoillV'd'un ehapeau lileu sniinoiile dune plume hlimclie : on hieu. eidiu^ hd (pie le \il un mallieureux di-apier deSpandau, c'est-à-dire ennniloullé de touiTures. DOii la con(dusion (jue, non satisfait de terroriser par sa présence, l'Infànie incitait au luxe; raison do plus pour renforcer les Edits soniptuaires, pour rulnnner contre les ruches, plumes, fraises et colliers. Pour Luther, qui avait spiri tualiso les dogmes tliéologiques, le salut reposait dans le travail et la discipline do la conscience, la destinée finale de l'homme dépendant de cette œuvre intérieure et de la foi on Dieu. Par cola même, l'action de Satan se faisait autre. Il s'agissait d'une lutte intérieure devant se produire dans l'homme contre le mal; l'apparition elle-même de Satan constituait un épiphénomène, le mal consistant dans les sug-gestions infernales. Une contrition constante devenait nécessaire pour écarter le danger et le tentateur, qui, sous l'action do la prière, disparaissaient alors. Luther discuta ouvertement avec ses disciples les faits d'apparition, en di'dailla sans scrupul<' qu(d(pies particularités; une ré(dle contamination psvchique de ses auditeurs approhatifs on fut la consé- (juonce. Pour les catholi((ues, le moyen rtdativoment facile décdiappiu' à la puissance dtMuoniaciue consistait à s'astreindre à un nond)re déteiiniué d'actes de dévotion, auxquels, mémo s'il avait donné prise au malin, et mémo au moment du })lus grand péril, le croyant pouvait se soustraire à toute influence alionnnahle. L'opinion dominante, quoiqu'il en soit, voulait (pn^l'honnuo. maudit |)ar suite du pc'clié originel. IVil la pioie natmtdie du diald(\ et (|ue seule ime contrition inlt'-iieui'e incessante pi'il I aiia-
cher à celte perdition et lui faire atteindre le salut; logiquement, il s'ensuivait que le non-pratiquant devenait ou restait la proie de Satan, Delà, une croyance générale, au cours des seizième et dix-septième siècles, que Satan venait eli'eclivement chercher les hommes pervers, huveurs, joueurs, impies, êtres liaïssahk's à cause du pacte qu'on les sup|)0sait avoir conclu avec Satan. En délogeant d"ici-l)as. les gens allaient droit aux Enfers, etl'on arrivait à se persuader qu'on reconnaissait, sur le cou de ces dannn's. les traces qu'y avaient laissées les griffes du larron au moment oii il était venu prendre jtossession de l'âme du trépassé.
La nouvelle confession, se conformant en cela aux préceptes et aux exemples contenus dans les Évangiles, se montra plus bienveillante à l'endroit des possédés. Les réformateurs les envisageaient comme tond)és au pouvoir de Satan, vraisemhlablemenl même pour des péchés excusables, voire pour de simples manquements, et exhortèrent, comme du devoir de tout croyant, de chasser le mauvais esprit par la prière et limocation. Un aliéné ou un épileptique ne passait pas nécessairement pour être possédé; cependant, à force de chercher le diable partout, on finissait par le trouver partout, jusque dans ces états maladifs. On était aux écoutes, dans une attente anxieuse de l'activité qu'il déployait ou déploierait; les croyants devenaient oml)rageux. D'ordinaire il s'agissait de crises de délire ou de manie aiguë ou chi'onique, notamment chezles femmes « tourmentées de Satan », ainsi qu'on le (hsait: é'tats réfractaires, pensait-on, à l'action libératrice <les c(''r('monies ou objm'gations e('clésiastiques usuelles, (^omlnen les représentations et les notions furent préconçues et erronées, combien (dles altéi-èrent le jngenieni, iHusionnant les (t'nKjins de ces cas j)alh()l(»gi(jues, ressort des
l'Ji LK PEUPLE ALLEMAND A L'El'OQUi:
relations (|ii(' nous oui laisst'os des porsoiuics U'ès sûres, ii>telli^<'nl('s. ciilicjues judicieux et objeclifs sur d'autres poinls, mais, dans l'espèce, faisant preuv(; d'une crédulité naïve, étonnante et dangereuse, (pie nous retrouvons chez les protestants comme chez les callioliques.
L'originalité de Luther, sa métliode, sa manière éminemment allemande de penser et d(^ parleront exercé sur les catholi(|ues éclairés une influence prononcée; non point, manifestement, que les principes religieux eussent été modifiés dune façon quelcon(pie; mais tout, dans le protestantisme premier, ayant ('It- marqué au coin très germani(jue de la foi, de la vie du réformateur, il en est résulté un exenqile. on pourrait dire patriotique, qui a réagi sur le clergé catholique et l'a en quelque sorte regermanisé. Nous voyons celui-ci se nationaliser daxantage, s'efïorcer d'adapter ses spéculations intellectuelles, ses formules, ses devoirs de paroisse, jusqu'à l'organisation de ses corporations religieuses, au caractère allemand et aux idées allemandes. Ses membres s'adonnent, depuis, plus sérieusement à l'étude: il se produit une modification heureuse dans la direction (jiie })rend le travail, dans la tournure qu'il revêt : la forme de lexposition littéraire est plus élevée, l'enseignement prend une saveur de terroir, la [>ensée approfondit mieux le sujet sur lequel elle se concentre; d'autre part, les mœurs s'épurent. Otte évolution s'accomplit dans un sens plus en harmonie avec les besoins, avec les habitudes, avec l'originalité de l'Allemand. Les universités catlioli(iues, notamment celle d'ingolsladl. loiineiil des pit'-lres |dns érudits et conjointement des hommes de [dus d'envergure, de plus de consistance que par le passé; les Andreae, les Scherer. entre autres. L'émulation entre les deiiv confessions a en pour résultat de donner une culture gt''ut''rale plus vaste et plus
profonde à ceux qui ont fait leurs Iiumanités et leurs études spéciales suivant la méthode issue des principes signalés plus haut. La nation en a bénéficié.
Cette émulation, mallieureusement, se donna carrière aussi pour des questions mesquines et dégénéra à nouveau en petitesses rivales, là surtout où les deux confessions vivaient cote à côte. 11 s'agit alors de mettre en évidence sa supériorité, de faire étalage de son savoir, de son prestige, et de faire liioinpher sa spécialité.
Les cas de possession dt'inoiiiaque fournissent laniatière pour se glorifier soi-même et pour amoindrir le mérite du voisin. C'est à qui s'emparera le premier du possédé, à qui l'exorcisera; la passion des fidèles s'en mêlera en des comi)étitions et des luttes oii l'on exaltera sa propre sagacité, ses moyens, ses succès, et où l'on bafouera la manière des rivaux, toutes clioses qui favorisaient des spéculations honteuses et les })lus laides duperies.
Si, à l'égard des possédés, le })ublic et le clergé témoignaient d'un intérêt compatissant ou zélateur, il en était différemment (juant aux mallieureux qu'on soupçonnait et, a fortiori, qu'on accusait du crime de sorcellerie.
On sait qu'au moven âge des tribunaux ad hoc, er France, sur les bords du Riiin, dans le sud de l'Allemagne, avaient sévi contre les suspects par la torture et les bûchers. Dès l'apparition de la bulle d'Innocent VIÏ Summis désirantes de 1484, on assiste en Allemagne même à une extension effrayante de procès de ce genre. Les accusations de sorcellerie avaient repris avec une intensité nouvelle après le supplice de Huss. En vain la raison et l'esprit Av justice s'étaient élevés contre ces iiiicpiités, la rage aveugle et destructive n'en avait que pbis obstiinMoeiil suivi son cours.
On sait aussi que les victùnes aggravaient leur situation
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par des axcux sans roinlciiioiil cl produits pai- des lialliiciiiations ou un délire dans l(Mju«d elles reconnaissai(Mil avoir parHcii)é à un sahhat; (rnulres fois, leur étal d(^ eonltision mentale provenait de la peur ou de drog'ues soporifi(pies et troublanti^s que les tortureurs leur faisaient absorber. Par le fait de la suspicion, les prévenus, c'està-dire les accusés, étaient voués à l'Enfer et le clergé n'essavait même jdus d'arraclier, par une soi-disant conversion du reste inutile, la victime d'entre les griffes de Satan; il se bornait à rexorciser en la préparant au supplice.
Lutber, comme ses contemporains, croyait aux sorcières. A l'occasion, il racontait (juune de ces créatures avait fait du mal à sa mère ; toutefois il n'abordait pas ce sujet en public. Mais déjà ses disciples et successeurs font cliorus avec ceux qui réclament des mesures d'exception contre les « femmes de Satan », et se montrent aussi ardents, aussi persécuteurs que les prêtres catbolicpies. Les superstitions et les fanatismes oublient toute retenue. On assiste, alors, aux mêmes scènes inouïes du pnssé ; la suspicion dégénère en obsession furieuse })ériodi({U(> cpii fait explosion à des intervalles plus ou moins rapprocbés, s'accompagne d'excès variables dans leur intensité, s'étend sur les seizième et dix-septième siècles et jus(pi(> vers le milieu du dix-buitième siècle, })Our ne disparaître (\x\'h l'avènement de Frédéric II de -Prusse. (En Franc»', les accusations de sorcellerie cessent d'être admises par les tribunaux dès 1672.)
Le délire endémique se ravive d'abord dans les Etats des Princes-f]vêques, ainsi dans les cercles d'Eiclistaedt. de Wùrzbourg, de Cologne; il progresse, se généralise, devient bientôt épidémique : en un laps de sept ans et dans une circonscription île vingt villages des environs
de Trêves, on l)rûlera trois cent quatre-vingts personnes; encore n'est-il pas fait mention de celles qui seront suppliciées dans les villes. Un contemporain rapporte qu'à Brunswick « les bûchers se touchaient sur la place publique comme dans la forêt se touchent les arbres. » On livre dans chaque principauté, par centaines; dans telles contrées, par milliers, les sorciers et les sorcières aux bourreaux. L'aberration mentale était si complète qu'une simple accusation valait l'autodafé; on torturait pour le plus stupide soupçon. Le fait, pour la victime, de supporter les tortures sans qu'il en résultât des aveux, aggravait la situation en ce que l'endurance était imputée à crime comme involuant un état de sorcellerie immanent; une vétille, un grain de beauté ou une envie, par exemple, constituait une charge et un prétexte surérogatoire pour sévir. Les mobiles les plus vils : haines inassouvies, vieilles rancunes, passions basses, se traduisaient en accusations ou en soupçons contre lesquels les accusés se trouvaient désarmés. Juges, ecclésiastiques, édiles, dél)iteurs, employaient cette voie pour se débarrasser de personnes gênantes, frondeuses, hostiles. Aucun âge, aucune considération ne mettait à couvert contre ces dangers; on brûla des enfants, des vieillards, des savants, des magistrats; la folie de la persécution s'acharnait sur les femmes. Villes, hameaux, bourgs étaient ainsi décimés. L'iniquité de la procéduic judiciaire saute aux yeux lors(jue nous parcourons les imiombrables dossiers et documcuits se rapportant à ces époques, car nous n'y trouvons aucune trace d'actions ca[)ables de formuler une l)ase d'accusation pour un délit ou un crimi^ de droit commun, à plus forte raison pas de preuves susceptibles de valoir une condamnation. Cette rage saltaciiait aussi aux lioinmes éclairés et assez courageux qui, mus par un sentiment de justice et d'humanité,
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osaient protesliM" dans leurs t'Cfils eonlre e(\s |trO('é(lés soininaires et eos rx«''('iili()iis barbares: l)eaiic(»ti|). jiarini ros vaillants, pavaient cette intervention de leur liberté ou (le l(Hir vie; on conlis(iiiait leurs biens, on les flétrissait |>ubli(|uenîont, on les exconununiait, on les fuyait conimo indignes. Le premier de ces champions avait été .lobann Weier (Wierus, ou Piscinarius), médecin du duc de Clèvcs; il avait publié en 1563 ses six volumes : De praestigiis daemotwrum, dans lesquels il s'était, à la vérité, ('levé contre les gens « malélicieux » qui ressortent des tribunaux ci\ ils, mais où il avait affirmé « que ceux qu'on traite communément de sorciers sont des gens inofTensifs se ligurant tout au plus faire œuvre diabolique ». L'estime dont jouissait ce protestant avait paru devoir causer un re\i rement dans l'opinion publique, puisque nous voyons la juste indignation que l'auteur avait suscitée autour de celte (jueslion prendre corps en Allemagne, après y avoir fait sensation. 31allieurcusement, à ce premier mouvement avait succédé un contre-courant paralysant toute s(''rieuse réaction; bien plus! l'animadversion succéda à l'enthousiasme initial; ce fut une levée générale de boucliers d'oii l'auteur ne se tira (pie par miracle. Le second clunupion dans Tordre chronologicpie (lui s'«'*le\aenfaveur des victimes fut le jésuite Frédéric Spee, un Père des plus remarquables, très nationaliste, qui, au milieu de la tourmente de la guerre de Trente ans, prit fait et cause |)0ur les ])rétendus sorciers et s'attacpia aux autodafés dans un livre intitulé : Cautio criminalis. ouvrage (pie sa situation oflicielle ne lui |>ermettail pas de signer de son nom et (pi il lit im|»rimer dans ime librairie protestante. — Toujours est-il (pie. sons l'action de la r('*nexion et (I une (d»ser\alion [dus (dijechNc d(>s lails. un courant plus rationaliste se produit chez les protestants. (leu\-ci eu
arriveni à coiicliu'c a|t[)roxiinati\eineiit : aii-(l('ssus de Satan, il v a Dieu; Satan ne peut (jue ce que Dieu ])ei'met qu'il fasse; il n'a de puissance effective que sur l'homme en état de péché et, par cela même, déjà sous sa domination. Lucifer ne peut rien créer de toutes pièces, mais il est un exjiertus physicus, un adroit physicien, hahile à se servir des phénomènes naturels, roué, madré, réalisant des choses surprenantes. Ainsi l'on expliquait que, lorsqu'un sorcier ou une sorcière })lante une hache dans un arhre ou une paroi, ce n'est pas le sorcier ou la sorcière, mais bien Satan lui-même qui se met à traire le manche de la cognée pour en faire sortir du lait ainsi que cela se passe dans ces circonstances; Satan agit, dans ces cas, directement par la main du sorcier ou de la sorcière, alors que celui-ci ou celle-ci se figure agir en vertu d'une force personnelle. D'autre part, on suppose le diable capable d'illusionner l'homme. On ira plus loin, par la suite. Ces croyances s'ébranleront, passeront par des phases successives de scepticisme ironique à l'endroit d'une action immédiate du diable, jusqu'à ce qu'on en arrive à nier son intervention directe.
Ces tendances sont manifestes, dès le milieu du dixseptième siècle, dans la littérature démoniaque. Ces produits littéraires sont légion; des pamphlets, rédigés le plus souvent ])ar des théologiens, font ressortir le rôle et Finfluence du diable dans les travers, dans les vices de l'époque; cette littérature, très à la mode, s'atta(jue au di'mon de la maison, du mariage, du jeu, du \in, de la chasse, etc.; son contenu fade, morose, [)roh\e n'en est pas moins intéressant parle jour nouveau sous le(juel a()paraissent certaines notions (jui, graduellement, se modernisent dans ce sens : l'acte ou l'influence diaboh'cpie n'est autre chose ({uc l'expression (h' perversités in(h\ i(hielh's
«*l iiali\('s (l('iH'ii(laiil. au iikhikmiI ([ui nous (»ccu|h*. il \\o \'n'i\\ |Kis encore à l'idée, même (les auteurs mornlisalcurs, (le douter de l'exislence eoncrèle de Satan. L'éxolulioii qui IVra de lui une abstraction se pr»''j)are.
Le protestantisme s'était élevé contre les abus dont souffrait l'institution de l'Église, contrcle trafic des cbaiges ecclésiastiques et des indulgences, contre la dégradation dans laquelle vivaient la plupart des ordres monastiques, contre l'omnipotence d'un clergé (jui s'imposait moins par le respect que par la terreur superstitieuse que le peuple avait de sa puissance, contre les privilèges excessifs de la papauté couvrant de son autorité les erreurs inséparables d'un état de décadence religieuse et l'intransigeance inhérente à un pouvoir sans limites. Il n'admettait pas de pouvoir spiiituel })rétendant dominer les consciences, ni de papauté s'érigeant comme le représentant de la loi morale, mais il attacpiait l'Église telle qu'elle apparaissait, c'est-àdire une force (|ui, après avoirlutté contre l'État, avait fini par absorber l'État et par devenir elle-nuMueun Etat. État autocrati(|ue et absolu à un doul)le point de vue : dans l'ordre dogmatique et dans l'ordre législatif; ce (jui a\ail eu pour conséquence de substituer à la soumission à la foi la soumission à l'Église. Dans ces conditions, les notions religieuses et les principes religieux ne pouvaient (jue s'altérer.
Tout initiateur cpiil eût élé. le protestant isnie ne sut pas se préserv«'r de l'orgueil: il conqironiit son autoritt"
spirituelle en remettant le g-ouvernement ecclésiastique en main du pouvon' civil, transformant celui-ci en un pouvoir à la fois politique et tliéocratique; il faussa l'esprit de la religion en faisant reposer toute certitude religieuse sur l'autorité d'un recueil de livres dont ilaflirma l'inspiration absolue sans être à même de justifier cet axiome, et il substitua à la liberté de l'interprétation des Écritures, qu'il avait réclamée pour lui-même, la règle de formules et les décisions doctrinales cpi'il prétendra dorénavant imposer.
Brochant sur le tout, le protestantisme s'était prêché lui-même, au lieu de prêcher les idées d'une réforme qui, au moment de ses débuts, paraissait devoir être sérieuse, pure et logique. Procéder ainsi constituait une erreur qui devait entraîner à sa suite de nombreuses fautes, dont la première et la plus dangereuse sera de cultiver dans la religion ce qui divise, au lieu d'y cherclier ce qui unit.
La foi se trempe au cours de grands événements sociaux ou de longs troubles politi(iues, ou bien elle sombre. Au sortir de la guerre, chez le plus grand nombre, c'est le doute; les âmes sont jjiofondément découragées. L'impui.ssance politique du pays apparaît dans sa réalité navrante, plus on constate l'absence de moyens pour réagir d'une façon efficace contre ce néant. Tous ceux qui savent percevoir et comprendre se demandent comment sortir d'une telle situation. Le problème est d'autant plus ardu à résoudre qu'on peut se rendre compte de l'isolement complet dans lequel se trouvent le pays et, dans le pays, les in(h\i(his, notamment du parti protestant où tout mouvement dans une direction constitue un courant, oîiles courants provoquent des fractionnements croissants.
La guerre a\ait endurci le cœur envers les misères d'aiilrui. Au (hjute ou à l'aversion pour les choses d'ordre
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rcliiiiriix s ajoute. |»i('S(|ii(' clicz Ions, une IVoidc iiidiUV-iciicc à l'éuaid Ar la soiillraiicc du sciiihlaltlc : loiitc cliarité paraît avoir «lisparu.
CcptMuIanl. le Ix'soin. inné dans l'hommo.do compatir. de respecter (piel(|ue chose et d aimer (juelcpiun, Ix'soin ((lie des convictions, cpudles (ju'elles soient, cultivent ou t'ont jenaître. allait saisir une oct'asion pour rapprocher les honunes. donner à leurs existences vacillantes un appui, un hut à leurs aspirations éhranlées, mettre une douceur dans leurs ell'orts nouveaux. Sur ce hesoin se greffe un ré\('il de la conscience religieuse. Cela, tout d'ahord, parmi ceux pour lescpiels la religion ne consiste pas dans des dogmes, la piété ne réside pas dans les prescriptions d'un rituel, la foi ne se dé[)ense pas en controverses imitiles, mais (pii croient ([ue le seul christianisme vivant est celui (pii. sinspirant de Tesprit évangélique, agit dans l'accomplissement dune tâche ou d'œuvres chrétiennes. Ces con- .sidérations impliquent une vie et comme une mission relioieuses qui comprendront et l'œuvre de salut à accomplir sur soi, et l'œuvre de relèvement à accomplir sur le prochain. CEuvre personnelle, en ce qu'elle doit dégager la vraie nature de la foi, celle-ci ne devant être ni l'abdication de soi, ni une simple croyance, mais un élan de l'homme entier : intelligence, cœur et volonté, oii Thomme saisit le Dieu invisible et où. en retour. Dieu se révèle à lui. OEn\ re humanitaire, en ce (pi'elle prèle l'oreille à la plainte de roj)primé, à la douleur des misérables que rÉvangile nous dit de secourir et daimer. Nous verrons, alors, celui-ci rasseudilercpiehpies âmes autour îles Saints Livres iju On commente et dont on s inspire; celui-là poursuivre dans luie école un enseignement (pii relève et (pii console; celui-là euliii. rechercher le pauvre et l'orphelin pour les adopter au nom ilu Christ.
Tel, le mouvement connu dans l'Iiistoire sous le nom (le piétisme et qui, au point de vue soeial plus encore peut-être quaii point de vue religieux, a exercé une influence marquée sur l'avenir de l'Allemagne. Il y a lieu, toutefois, de faire une distinction entre la période de son édosion et celle de sa déformation, celle-ci représ^entant le déclin du mouvement, dont le cycle entier ne s'étend pas au delà de cent ans depuis le jour de son apparition.
Pliilippe-Jacob Spener donna corps aux idées qui précèdent et les érigea à l'état de système; il unit sa voix aux voix qui s'élevaient, préchant l'austérité, la vie simple, le devoir actif. Né en Alsace (1635), où les doctrines des différents réformateurs avaient tenu les esprits en éveil, où l'on suivait avec intérêt le mouvement intellectuel et littéraire des pays voisins, Spener, après avoir étudié à Bàle et à Genève, avait été nommé pasteur à Francfortsur-le-Mein. D'emblée il avait su grouper, dans cette ville, une foule d'adeptes; très vite sa doctrine s'était répandue sur toute rAllemagne, réunissant autour d'elle, non seulement des laïques, mais aussi, au d(''hut du mouvement, des membres du clergé. Les qualités natives de Spener, sa bonté, sa })ondération, sa modestie avaient fait de lui le confident et le directeur de la plupart de ceux qui l'approchaient. Sa doctrine se résumait dans la sincère imitation du divin Maître; ses préceptes se condensaient dans la recommandation des exercices de charité et des œuvres de piété individuelle; il jugeait l'isolement de l'individu pour se mettre en présence de Dieu nécessaire; désirable, l'abstention des plaisirs mondains. Une première })articularité de sa médhode consiste en ceci que, rompant avec l'usagej il organisa dans un autre lieu que le temple des réunions chrétiennes — Colleijia plelalis — où, dépouilh' de l'apparat officiel de l'ecclésiastique, il cx[di(|uait h's