LE IM'.UI'LE ALLEMAND A LKPOQUE
KcriliiiTs. iii\ ilaiil ses audilciii's à tornnilci" des (|urstioiis et leurs iiilcrprclalicHis ou a|i[tr('('iali(»iis |)crs()iiii('ll('s. Il Irauslorina ainsi les ('Oiniiumautés, ju.squ alors muettes ;i raiuliliondes Iraditioiiiielsprèehesou sermons, en ussem- Idres drlihôrantes oii régnait une fraternelle liberté drlocLiliun.
Ces réunions, il les inaugura dans son j)resbytère. Spener réalisa une innovation autrement impoitante en admettant des femmes à ces cultes particuliers. Pour la })remière fois la femme se voyait invitée à participer à une asseiid)lée. et cela à litre de membre effectif d'une société, et d'une société religieuse. Spener marqua, de cette façon, le droit de la femme à l'indépendance morale et à l'expansion de ses aspirations dans les questions uiajeures et celles qui touchent au bien de l'humanité elle*méme. En la sortant ainsi pour la première fois du cercle étroit de ses occuj)ations familiales, Spener émancipa la femme et accomplit une véritable réforme sociale. Les femmes, on le conçoit, se montrèrent, dans les cénacles (jui, dès ce moment, se uudtipliaient en Allemagne, diligentes et zélées, soit dans les exercices de piété, soit dans les entreprises philanthropi(pies.
Le programme, pour ainsi parler, des piétistes consistait, dans ses grandes lignes, à remplir les de\ oirs chrétiens dajjrès l'exemple du Christ, à faire le bien en bon Samaritain. La foi devait être édiliée sur un cœur pur plutôt (pie sur la connaissance des Saints Livres dont linter- |)rélalion se faisait, il est vrai, en comnum, mais dont la ri' \ ('la lion n't'lail censée se produire ipie dans le cœur de celui (pii. sous laclion de la prière et d'une grâce du Saint- Esprit, agissant dans la personne, avait été « éclairé ». Toutes choses (pi'on oblenail par l'édilication en connnun et surtout [lai- la demande individuelle el persislaule à
Dieu (le vous « rrvéler » ce qu'il importe de savoir, de connaître et de faire. Au début du uiou\euient, les adeptes s'abstinrent de toutes discussions théologiques, pour s'en tenir exclusivement aux préceptes de l'Evangile. Les ecclésiastiques qui faisaient partie de ces cénacles n'y occupaient pas une position privilégiée; les fidèles se recrutaient in^listinctement })armi les Réformés et les Luthériens. Cette égalité confraternelle et cette largeur d'idées attiraient surtout les laïques: les théologiens, bridés par l'orthodoxie régnante, se montreront, par la suite, plutôt hostiles à ce mouvement. Toutes les classes sociales v comptaient des représentants : employés, bourgeois, savants, nobles. Bientôt les femmes furent en majorité dans ces communautés; point de cercle aristocratique ou commerçant, pas de famille d'érudits ou de notables qui ne comptât pour le moins une des leurs dans les rangs des piétistes et qui, en retour, ne fussent influencés par elle dans le sens d'une vie plus sérieuse, de sentiments plus élevés. Pour tous les piétistes, pourles femmes surtout, il y avait un mérite , et chacun trouvait un devoir de protéger ceux qui, dans la communauté, paraissaient avoir quehjue talent ou tels dons particuliers, démettre en commun aspirations et elforts, d'agir avec le concours de chacun dans une même direction. De là, un rapprochement entre les difierentes couches sociales, des notions plus exactes relativement aux sentiments, aux idées, aux opinions dés milieux respectifs, notions qui, sous le couvert de cette espèce de fraternité religieuse, se traduiront en une action bienfaisante sur le caractère même des })roches ou des aboutissants.
Spener n'avait rien d'un sectaire ou d'un fanatique; il blâmait les idées séparatistes ou particidaristes (pii, dans les cénacles, ne taivlèi-ciit pas à se faire j<>nr S il
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Iialiiill.i loiilc sa vie (•(tnirc I iiili aiisiiicancc Av la IIm'oIog^ic oriicicllc (|ui il mic ('|>(m|ii(' plus icciih'M' s cllorccra de rcxcliiic cl (I Cxcliirc SCS a(lc|)t('S du giri)n de lEglisc orthodoxe, il ne (•oiiil)a(lit pas avcciiioins drucrgic lu ten- (lanco qui, gTadiicll(Muont. so manifesta parmi sos amis do l'ompre avec l'Église ol'licielK'. Ou ne peul uieripie la Uidurt^ même du mouvement, rimportaiiëe allachée aux exereiees de piété individuelle, le criticisme dont les piétistes faisaient preuve à légaid du monde, le earaetère un peu aristocratique des cénacles où les initiés en ani\aicnt non seulement à })enser, à sentir, à juger de la même manière, mais aussi à se copier nmtuellement juscpu' dans les })aroles, la tenue, le vêtement, [)oussèrent de bonne heur(^ à considérer les faits et gestes des communautés comme les meilleurs et les seuls purs. D'autre part, il est explicable (jue, dans ce temps de dérèglement général, les novateurs cbercbassent à réagir contre la vulgarité et la sauvagerie où les masses étaient retombées. Après la guerre, le public avait déplové un luxe déplacé, principalement dans les vètcMuents : l(^s femmes se paraient outrageusement ou exhibaient des costumes inconvenants; les hommes s'enivraient; sur la scène on représentait les sujets les plus scandaleux; on dansait dune façon malséante; les romans t'-laienl farcis d'obscénités. Les piétistes, dans une intention très louable, et })ayant d'exemple, se mirent à porter des \ctcments de couleur soud)re; les femmes adoptèrent des robes très sim|)lcs. s'ahstim'cnt des plaisirs inoudaius: d uu couuuuu accord, et justement alaruK's de ce (|u ils rc|irou\ aient autour d cu.\. ils pi'oscriNirent l usage du \in. la frc(picntation du théâtre, la danse. L'iniluencc de cette discipline fut réelle : les mœurs s'é])urèrent. Toutefois, celte action moralisatrice fut en partie ncHitralisi'c par le l'ail de risolenicnl dans
lequel, précisément dans le but de se garder de tout contact pernicieux, les piétistes graduellement croiront devoir se tenir.
Leur zèle, néanmoins, alla plus loin. Les plaisirs les plus inoffensifs devinrent suspects; la règle s'étai)lit de considérer certaines choses très innocentes connue blâmables : se parer d'une fleur ou d'une plume, cueillir un bouquet le dimanclie, sortir ce jour-là de ciiez soi, etc., autant d'actes ré|)réliensibles. On tomba, sans s'en douter, dans l'exagération et dans l'orgueil, dans cet orgueil spirituel dont ne sont jamais exempts ceux qui, à n'importe quel titre, se disent ou se croient des « Élus ». Partout, néanmoins, où l'activité des piétistes se déploya, surtout dans les pays où le piétisme avait pris racine dans l'Eglise officielle, le côté utilitaire et pratique des nouvelles doctrines se fit sentir dans un sens hautement et généreusement humanitaire.
Ainsi que les y avait incités Spener, et comme luimême en avait inauguré, ses disciples et continuateurs laïques fondèrent des classes du dimanche ; ils furent parmi les premiers à reconstruire les écoles détruites et à subvenir à leur entretien ; ils créèrent, dans leurs différents ressorts, des cliambres de chaiité, des caisses de prévoyance pour les indigents, dont l)énéiiciaient tous leurs concitoyens sans distinction de l'âge, du sexe et de la confession; ils se cotisèrent pour soigner les malades. On doilî à leur initiative et à leur esprit de prévoyance le premier orpheUnat, celui de Halle, un exemple qui sera suivi dans d'anires villes. Ces institutions, entretenues j)ar des dons \ohjntairt;s recueillis dans toutes les |)arties de l'Allemagne, constituèrent ainsi les premières fi'uvres d'utilit»' publique; basées sur la coopi-ralion d liounnes dévoués et pieux.
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Lr |iit'iiii('r ('laii l'Iail (Ioiiik''; il .illail (ticMiNcr (|U('llrs ^faiwlos choses sont siisc('|)lil»l('s (rt'-lic r(''alisccs sous laction couvoigeiite de jiliisicurs, dans rinh-rèt de ceux dont nous sommes responsal)les. Ces œuvres tenaient, aux yeux (lu |i('U|)l('. du fantastique à la luis et du miraculeux. Kien jus(ju'alois n'avait été tenté, ni pensé, dans ces directions; aussi, malgré les travers dans les(juels leur doclrine se désagrégera par la suite, les piélistcs recueillirent-ils le juste lionnnage dû à lem* abnég-ation et le tribut de reconnaissance auquel leurs [)rincipes de charité et de solidarilé avaient droil. Les dons affluèrent à l'intention de leurs établissemenls plulaulhropiiiues, tellement que, pour le laps de temps de 1070 à la fin du siècle, ils auront reçu, de ce cliel. }»rès d'un million de llialers, somme énornu^. ]iour réj)oque si l'on lient compte de l'épuisemenl des })ays. L'Allemagne leur doit d'avoir, malgré ses revers, réalisé avant d'autres États ces grands progrès sociaux.
L'action morale du piétiste s'est produite, dans les masses, eu vertu de la puissance de l'exemple et sous ce rayonnement qui émane de toute haute conception du devoir. Une parfaite sincérité, un courage à la fois lovai et plein d'égards, le sentiment très affiné de la responsabilité, de très pures notions de solidarité, voilà ce (pie le pi(''tisle portait de meilleur en lui-même. (]es choses passaient des connnunautés, notannuent à l'origine du mouvement, dans le c<eur de milliers d'êtres (pii. sans faire partie des coumumaulés, n'en étaient pas moins impressionnés j)ar ce (pii s'en dégageait. Ces exemples contribuèrent plus que tout à dompter des coutumes brutales, des mœurs dépravées: à remettre en homuMU'. du moins dans les \illes. des règles d'ordre, de simplicité, de dignité; à ressusciter enliii la \ ic de famille allemande. Cette ceuvre admiiable portera ses fruits. Les familles d'où sortiront les
j)las grands poètes, une foule de savants, de litlérateurs du dix- huitième siècle, seront celles précisément dont les ancêtres comptaient parmi les fondateurs du piétisme issu lui-même des misèi-es de la guerre de Trente ans.
Le i)iétisme versa, malheureusement, dans les exagérations, puis dans les excentricités. La foi naïve et confiante des premiers adeptes fit place à une sorte de bigotisme. L'esprit rechercha dans la Bible moins des directions et un appui qu'une confirmation de ses idées propres tournées vers le supra-terrestre.
On voulut se rendre le Ciel propice, non plus par la })rière sim})le et courageuse, par l'exhortation mutuelle qui avaient présidé aux assemblées premières, mais par des chemins détournés : on expliqua les songes, on murmura des litanies, on prophétisa, toute appréciation, chaque activité de l'un ou de l'autre des « inspirés » étant, à des moments déterminés, interprétés comme autant de « révélations » émanant directement de Dieu. La superstition aidant, on ouvrait la Bil)]e ou le psautier, au iiasard, afin d'y trouver le mot ou le })assage qui devait tenir lieu de révélation; la place ou le texte que toucherait le pouce de la main droite contiendrait de quoi fixer l'irrésolution ou le doute. Le livre s'ouvrait-il deux fois au même feuillet, la coïncidence impli(|uait ini « ap[)el » du Seigneur! A force de la cluM'clier [)ai'tout. on trouvait jusque dans les plus futiles iiicidciils du jour et les moindres fluclnalions de l ànie l action diiccle de la Proxidence. Or. comme la plupart des piétistes, en effet, l'i'sislaienl au.\ tentations du monde, accomplissaient des sacrilices petits ou grands, ils se persuadaient aisément être les objets d'une grâce spéciale qui les inondait, les éclairait, les sanctifiait tout particulièrement.
La possession de cette grâce contenait une béatitude,
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d'autant plus iulciisc' (jirellc avait »''tr ardemment désirée et iniploit'c. accoinpiiunée. chez (Hiel([ues-uns. dini état d'excitation ou de ([(''pression [)svchi(jue ouvrant la porte à une série de i»liénonièncs inorl)ides : ravissements, extases, \isions. pliénomènes (pii. de tout tenijis. résultent d'une extravagance de lespril. Ouvrir et inlcritréler rÉcrifure.dans ces conditions, c'était sexposer soi-même et exposer les autres à toutes sortes d'erreurs, car on arri- \ail ainsi ;t [)rcn(lr(' cliaipu» inspiration individuelle pour une rév(''lali()n (li\ ine. Or. consullaut, de la manière que Ion sait, iK)n plus les Evangiles mais les Livres ])ropliéti(jues ou apocryphes, les notions religieuses s'altéraient au détriment des croyances saines et d'une foi vraie. Plus on allait, plus on s'approfondissait dans les passages sybillins de rA])Ocalypse — à une époque où la science n'avait pas encore trouvé la clé pour l'explication de ces Livres — et dans les théories invraisemblables d'un détachement complet de ce (jui constitue, moins encore le monde que l'humanité proprement dite. On en vint à déclarer choses et gens (jui ne gravitaient pas dans l'ordre du piélisme : philosophie, sciences exactes, lettres, arts, choses et êtres inutiles, voire dangereux, l'adepte n'étant appelé qu'à se concentrer en soi, et à s'isoler, en vue de ce (pion appelait sa conversion.
Ce furent les écueils où le piétisme sombra.
Tout un [)eiq)le \i\ait d aumônes. Les nouNclles croyances, cepeinlaul. axaient port('' nu coup sensibh» aux (pK'mandeius (>l nieutliaiils iudusliieux ou altili'és (pii uxploitaienl la de\oti(jn publicjue. La doctrine de la
rédemption, ou de la justification parla foi, se substituant à la conception primitive du salut par les œuvres, faire l'aumône, dans le sens qu'y mettait l'Église, avait, dans de nombreuses contrées, cessé de constituer une œuvre pie ou un acte méritoire. La bienfaisance, là comme ailleurs, pour avoir restreint le champ de son activité, ne s'en exerçait pas moins ; elle se pratiquait différemment : plus judicieusement peut-être, si ce n'est avec moins de largesse. Les déductions théologiques se doublent volontiers d'hésitations et de scrupules; dans ces conditions, la question qu'on se pose, et qui réglera notre façon de donner^ sera celle de la raison d'être d'une demande ou de l'indig-nité du solliciteur : on pèse le pour et le contre d'un refus, l'essentiel étant d'agir en vue du bien de celui qui tend la main.
Le nombre des éclopés, des cancres qui fourmillaient autour des églises, des gagne-petit ou des parasites qui garnissaient les cimetières, chemins de croix et lieux de pèlerinage, avait diminué. Le denier de Saint-Pierre souffrait de ces nouvelles circonstances, comme en pâtissaient les industriels et les aubergistes qui vivaient sur la bourse des voyageurs et pèlerins garnissant les étapes, s'égrenant le long des nombreux chemins qui, d'Allemagne, conduisent à Rome.
Sous un prétexte ou l'autre, un monde do gueux et « d'heimathloses » étaient toujours en route, cependant, fureteurs, insinuants; la façon dont on voyageait et l'al)sence d'un règlement de police avaient favorisé ces exodes incessantes et les abus (|iii en n'sultaient. Au (h'biil (hi di.\-scptième siècle, grâce à <les mesures adminislralives plus sévères, la surveillance se fait plus étroite. Un réseau (h' gardes urbains et ruraux s'étend sur le pays, et, des' (Hcaslères de l'administration centrale ou |tru\ iiiciale jus-