‹ Le Peuple allemand à l'époque de la guerre de Trente ansChapitre 17 sur 22 · LK PEUPLE ALLEMAND A L'ÉPOQUE · texte numérisé non relu

LK PEUPLE ALLEMAND A L'ÉPOQUE

siliM's Iiors <l(' la sci^nrurie. Les descendants d'anciens st'i-fsnoii allViincliis Irnalciiioiit n'en jouissaient pas moins, danscci'Iaiiies contrrcs. dim i'(''j;inu' (|ui (''(juixalait à la condition d lioiiinics lilircs: Ici ('lait le cas dans la brise, \vs niandics de la Wescc cl Av Ih^llic. les colcs du Nord, les r«''^ious alpestres de la Ba\'ière, de la Ilaule-Aulriclie, du Tyrol, où, d'ailleurs, en vertu même de la topographie et du mode de culture, rap])lication stricte du droit féodal et lasservissemenl du laboureur a\ aient ét(''. de tout temps, malaisés à réaliser. Ahstraclion laite du paysan libre, riiomme jouissait dune liberté relative en Franconie, cela du lait des lois rij)uaires, monument de la législation germanique, où la part du droit civil était plus large que dans la loi salique, d'origine barbare, qui, entre autres dispositions, excluait les femmes de la j)Ossession d'une terre et les rendait inhabiles à succéder. Les pays de Clèves et de la Moselle, les comtés de Mark, de Werden, de Berg-, d'Essen avaient, au cours du moyen âge, aboli le servage; dans ces pays, même lorscpiil ne possédait pas de biensfonds, le cultivateur vivait à titre d'bonune libre sur la terre (juil labourait; il détenait la terre })ar bail emphytéotique ou à ^ ie, avec renouvellement tacite du bail de père en fils. En Styrie, la dune, seule r«Mle\;uice féodale, connue seul revenu du seigneur, pesait moins lourdement (|ue le système de redevances ou de corvées qui, autre part, lui avait été substitué. Le servage d'institution carlovingienne (jui pi'é'Nalait encore dans les pays des anciens Saxons était [)articulièremenl dur. Les Brunsvvickois vivaient sous un l'égime moins oppressif. Le sort des populations d(>s en\ irons de Bi'éme cl de Werden a[>paraissait su|t|iorlable c()nq)arati\ cnienl aux condilions lauienlables dans le.s- (pudles se déballaienl les serfs des C(»niles de lliklburghausen el de llova, i(''duils, pour ainsi dire, à l'esclaNage

le plus complet. Dans les évèchés de Munster et d'Osnabrûck, des redevances en argent et des prestations en nature avaient remplacé les corvées des temps féodaux; la mortaille s'y maintenait, par contre, et le serf y obtenait plus difficilement qu'ailleurs son entier affrancliissement. Le nombre des paysans libres avait diminué dans la Hesse, la Bavière, la Soual)e, dans certains cercles du centre de l'Allemagne, et, tout à côté, il s'était accru, comme dans la Haute-Bavière et ailleurs. La destinée des populations serves des provinces de Test : la Bohême, la Moravie, d'une part; de l'autre, la Poméranie et le Meci<lembourg' (d'où le servage n'a disparu que récemment) se révélait très sombre. Les manants ou serfs des confins slaves vivaient dans un vasselage absolu qui, après la guerre, se transformera, ici et là, en un esclavage misérable. Il convient de relever ce qui a trait aux paysans dits « de succession », ainsi qu'on les appelait en souvenir des conditions exceptionnelles dans lesquelles la colonisation première des territoires slaves par des cultivateurs allemands s'était accomplie; ces colons formaient une véritable aristocratie fermière ou paysanne.

Les chroniqueurs rapportent que de loin déjn on reconnaissait à l'état de propreté ou de dégradation des demeures, à la façon dont les champs et les clos étaient tenus, et à l'aspect général d'un hameau ou d'un village, la condition libre ou serve des hal)itants.

Il est difficile de présenter un tal)leau d'ensemble de la vie rurale telle qu'elle évoluait au moment (|ui nous occupe . Force est de resti'eindre notre desci-iption à une contrée re[)résentant une moyenne (piani aux conditions économiques et à la situation to[)Ograpliique, ce (jui nous paraît être le cas pour la Thnringe et la Franconie. L'effectif numérique des deux catégories de culli\ateurs, honnnes

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liln'cs OU serfs, sy «'(luililjrail. Ces coiitn'cs du contre seront ^iol^lnnl('nt allcinles j)ai- la guiMi'C, mais elles en sorlironl moins ravagées que d'autres pays, lois que la marche de hiandebonrii' ou la Souabe; elles coniplaienl a\ant la guerre plus de hameaux et villages qu'on n'en rencontrera même aujourd'hui. Aux données })insées dans les archives connnunales ou |tai'oissiales de ces régions sont venus s'ajouter des dt'lails tirés de nond)reux Iravanx historiques relalil's aux institutions de ces })ays, el (jui parurent au cours du siècle derniei'. Ces élémenls permet (ont de reconstituer le cadre où va revivre Ihounne libre des campagnes. Nous nous occuperons plus loin de ce qui concerne plus spécialement les populations serves.

Les villages et, moins complètement, les hameaux étaient presque partout pourvus de (juolques moyens de (h'fense : fossés plus ou moins ]»rotonds circonscrivant soit un système de palissades, soit un nmr de circonvallation, celui-ci, le plus souvent polygonal, pi'ésentant deux entrées nmnies de portes massives (pi'on fermait le soir. On V trouvait parfois, tenant lieu de la « Burg » qui ne maïupiait. pour ainsi dire, jamais dans cluupu^ petit<' \ ille. un cimetière surélevé, lequel, enclavé dans ses murs de soutènement et de bordure, constituait une sorte de forteresse, dernier rempart aux joiu's du danger. Les rusti(pies [tignons. sans oHiir à l'ieil des lignes [)récisément gracieuses, ne mancpiaient ni (roriginalité ni d(> pittores- (pie; les ])lus anciennes maisttns élaienl en bois: d'autres laissai<'nl ^(^ir. entre les poutres lézardées et biimies. un j)isé gris ou du niorlier blancdii. Les toits |)oinlus s'espaçaient le long de rues cnlrecoupces el sinueuses (-(Moyanl. devant les écuries, des monceaux de fumier, el de pelils })olagei"S dei-rièr<'r(''laleinenl des consliuctions. Kn dehors

de l'enceinte s'étendaient de vastes communs, avec droit de pacage pour rensemble des troupeaux. Au bassin proprement dit des fontaines monumentales se soudaient des réservoirs en gradin })Oui- l'abreuvoir du bétail gros et petit. Les mas de culture consistaient, d'ordinaire, en très longues bandes de terre subdivisées, suivant le mode des anciens Francs, en espaces carrés où le labour alternait avec la jacbère et cpiOn é[)ierrait soigneusement. On cullixail essentiellement le lioment d'iiiver, le seigle, le colza, le ciianvre, Forge et les [)avots; on commenrait à semer des légumineuses. Le boubion rapportait beaucoup. Les paysans veillaient à la mise en valeur et à un état d'entretretien parfait des })riiiries, qu'ils savaient rigoler, niveler, irriguer, les clôturant souvent au moyen de haies vives. Pas de maison qui n'eût son jardinet; pas de jardin sans fleurs médicinales et plantes ménagères.

Ainsi que le lecteur pourra le constater par les statistiques relatives au comté de Henneberg, le nombre des bestiaux était, en général, supérieur à celui qu'indiquent les recensements du début de notre siècle, l'effectif en chevaux, notamment, plus grand. De ces derniers, les uns pro\ enaient des bétes vigoureuses du temps de la chevalerie;, les autres, plus communs, courtauds et ventrus, constituaient la race d'attelage du pays. La laine se vendait bien, le drap d'Allemagne constituant un article d'exportation important. Si tant est <{u'on puisse comparer entre elles deux époques, l'agriculture se trouve avoir été plus ])rospère vers 1618 qu'elle ne le sera deux cents ans })lus tard.

Les charges, (h'mes et prestations pesant sur les populations étaient lourdes et lassantes; mais toutes pénibles (ju'elles fussent à su[)|torler,les très nombreux cultivat(îurs propi'i(''tahes en soidlVaient moins que ceux des pays voi-

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siiis. Ortnins liots (H-rlrsiasliquos avaient (Hé sécularisés; (le grands (loiiiaincs en i)rovonant, de iionibrcuscs teiTOS appaileiiaiil à la noblesses élaienl exploités par des fermiers, circoiislaiices (jui prnlilaient à la collecliN ih' des laboureurs. La coiisécralion du di-oil de propriété, issu duue jurisprudence (jui, s"a[)pu)anl sui* l<\s principes du droit romain, avait graduellement t'ait prévaloir les droits (k^ l'occupant effectif, avait eu comme corollaire un plus grand morcellement des propriétés. Le paysan se sentait encore lésé, il est vrai, par la survivance de droits strictement féodaux, moins sur une terre d'alleu, c'est-à-dire possédée par héritage, que sur celle occupée par lui à litre de tenancier; mais les notions relatives aux obligations réciproques et bilatérales, aux droits individuels, avaient changé de caractère et gagné en ampleur. Plus que toute autre chose, les procès soutenus — et gagnés — contre les héritiers de prétendus droits féodaux avaient appris au paysan à se considérer — lorsqu'il était projii'ié taire — comme seul et unique possesseur de son avoir meuble ou immobilier. Le mérite en revenait à la prati(jue des juristes.

Les différents dicastères de la bureaucratie (jue nous considérons, à tort, comme étant de création moderne, fonctionnaient dune manière à la fois complète et compliquée. Jusque dans les chancelleries des comnumes les plus modestes et les plus reculées, on écrivait, on décrétait, on cataloguait beaucoup. Ladnunistration centrale se perdait déjà dans les paperasseries, les règlements, les édits. Le mouvement dv navette entre les autorités villageoises et le chef-lien, on la r(''siden<'e, no c(>ssait |)as. nécessitant des escouades de messagers, estafettes on huissiers chargés de porter les plis et les rappoits. de notifier les ordonnances et les encpn'tes. et cpii. pour

chaque exploit, émargeaient peu ou prou. On prescrivait pour des futilités : ainsi, le bureau respectif fixait le nombre de pigeons que chacun pouvait élever. Certaines mesures témoignaient, par contre, d'une judicieuse prévoyance et du souci du bien public, comme celle de l'échenillage, du curage des fossés, comme le règlement déterminant le nombre des seaux à incendie que l'habitant devait posséder, ou celui qui visait les différentes essences ou plants des pépinières. Les comptes communaux, depuis un siècle en^■iron, étaient établis dans un grand livre officiel qu'une « commission domaniale » inspectait, vérifiait, estampillait d'un « satisfecit » circonstancié. Les greffiers, avons-nous \u, délivraient aux partants des certificats d'origine ou de l)Ourgeoisic oii, en termes parfois ampoulés, on recommandait l'émigrant à la protection et à la bienveillance des autorités étrangères, le tout à charge de réciprocité. Chaque village avait son guet; le moindre iiameau son garde champêtre.

Les routes se trouvaient généralement dans un élat déplorable. Les routiers avaient ici et là recours à des chevaux de renfort, ce qui offrait aux habitants quelques profits et l'occasion fréquente d'entrer en contact avec les passants, voyageurs ou marchands donneurs de nouvelles.

(iliaque localité, depuis la Réforme, possédait son école dirigée jiar le magister scholae, ou régent, un théologien parfois; plus rarement sa classe de biles, car les institutrices manquaient encore. Une bonne partie des campagnards étaient donc, immédiatement ou indirectement, à même de profiter de l'instruclioii primaire et d'en apprécier les axantages.

La ligne de démarcation enlre le citadin et le rural demeurait né'anmoins très accentuée. BonlKjmmc Jac(jues!

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Quel sujet de raillerie, de lualiee pour les gens de boutique ou d'atelier! (jue dhisloires houUoniies ou sauf;renues ne dôbitait-oii pas sur son compte! et lorsipiil apparaissait en ville, (pic tic louis, (pic de iiiiHics lui jouait-on ! On s'en prenait à sa gaucherie, on Taccusail d clic astucieux, bête, batailleur et buveur. Ci^pendanl, sa vie de labeur, tout monotone (ju elle coulât, toute isolée (pi'elle fût, n'en faisait pas moins valoir des qualités solides, des ni('rileslniini)les et la consistance personnelle que savaient apprécier ceux qui le connaissaient mieux. Les notions des ruraux étaient rudimentaires, il est vrai; c'est (juaussi presque nuls étaient leurs rapports avec l'ambiance, impossible tout échange d'idées, et trop insuffisantes les occasions susceptibles de faire naître des conceptions nouvelles, d'élargir l'horizon des pensées, de façonner des représentations plus nondjreuses. Le paysan ne sortait guère que pour se rendre au marché voisin et pour mener son bétail sur (pudquc pâturage montagneux. Il était conservateur d'état, d'àme, en son parler, en son costume; il respectait ses vieux meubles, ses coutumes traditionnelles, ses anciennes chansons. Peu lui importait que ses locutions parussent triviales, cpie sa gaucherie prêtât aux quolibets! Le (( campagnard » ne manquait pour cela ni d'aspirations j)ures, ni de correction morale, ni de sain jugement, ni même de secrète, de naïve poésie. Il aimait à redire la fruste litanie des « lieds » séculaires ; il perpétuait, tel un héritage, le souvenir des solennités familiales, et comme son père avait acheté, vendu, comme il avait rompu, ensemencé la terre, le fds achetait et vendait, labourait et moissonnait son cham|). Il honorait ce mystère de la transmission de la race cl du foyer (pii s accomplit à ImNcrs les âges dans loiiU> sa sainte jx'isistance. Son travail, ses jours, sa [>eiist''(> d un loiir

d'expression peut-être malhabile, étaient fleuris, pourtant, d'adages, de dictons, sentencieuses leçons qu'on apprenait tout petit. Naturellement, le rural défendait vaillamment fortune et clioses acquises. La femme se montrait diligente et, plus encore que la citadine, affectionnait ses trésors domestiques : faïences picturales, bahuts sculptés, rouets ciselés, brocs d'étain. Les inventaires de l'époque indiquent toute une richesse en vêtements, lits, provisions, linge, même des pièces d'orfèvrerie. Ghacjue demeure a sa caclielle : niche, x'wux pot, marmite, où le numéraire épargné sommeille durant une suite d'années productives et paisibles.

Tel le village vers 1618.

Aux premiers bruits de guerre que répandent les col- })ortein-s et les gagne-petit forains, on ne s'émeut pas encore. Toutefois des rumeurs de batailles perdues circulent; des mendiants, des éclopés frappent aux portes et, tandis qu'on les réconforte, ils narrent les calamités lointaines et la fuite du nouveau roi de Bohême. Bientôt arrivent de la capitale dfs ordres réclamant des contingents, du blé, de l'argent. Les alarmes naissent, l'angoisse se communique; il faut prévoir : on ménage ses subsistances, on serre ses vieux écus. Pendant ce temps, tout a renchéri; concurremment la crise monétaire passe sur le pays, avec elle le cours forcé, alors que les caisses })ubliques refusent les monnaies de billon. Pourquoi, dans ces conditions, vendre? On restreint ses besoins, on murmurc contre les traverses. Enfin l'orage approche; on le pressent: cha(jue jour davantage on s'en convainc :"les villes ferment leurs portes, l'isolement des villageois commence, lugubre et persistant.

L'orage, en effet, se déchaînait. Des figures étranges battaient les champs; les voisins déjà terrorisés se l'ai-

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saiciil le it'cil des cIliMclioiis. Les iiicrccii.iiiTs. M\.int rciiildigadeineiil, passaicnl dr rcrmc en rcniie, s'cmpalaiciil lie (oui sans ('((iisciilciiiciil ciiipoi-liiiciit oo (jiii loiir lomhait .sous la uiain Aliu de se (h'-rcudrc. les liauM'aux oroauisaieiil hàlixcMicnl une espèce de milice copiée sur celle de la \ille: ces leniloriaux s'iiuposaieut, trauchaient du uiailre, se reudaieul plus insupportables et devenaient plus dangereux (pie les déprédateurs contre lescjuels ils étaient censés protéger la conmiune. Il en fut ainsi jusque vers 1623.

Les armées étrangères, alors, font irruption dans le pays. Des êtres sauvages fondent sur les maisons, s'y installent, gourmandent, jettent à la ruo ce qu'ils ne peuvent emporter ; chacun des groupes réquisitionne : vivres, fourrag-es, contributions; chaque soldat prend, détruit, saccage; tous vocifèrent et frappent autour d'eux. Dès 1626, c'est pis encore. Les bandes succèdent aux bandes. Dans le pays, une armée s'établit en ses quartiers (rbiv(n-; elle partie, un(^ autre armée surgit. Les approvisionnements forcés ne prennent plus fin, les souffrances s'accroissent. Rien n'échappe au flair de la soldatesque, flair divinatoire que le malheureux paysan rattache à (juelque surnaturelle origine et auquel il attribue une puissance diabolique , les cachettes les plus secrètes sont découvertes, tout est fouillé. Cacher, au reste, n'a servi de rien; au contraire : (juand l'habitant n'a plus voulu livrer son reh(piat jusqu'alors préservé, on s'en est pris k luimême, on s'est vengé sui- les siens : tortures, violences, outrages, jusqu'à ce que les victimes eussent avoué ou (prefles en mourussent. Nous taisons ce (pii advient des l'enunes, des enfants, d<'s vieillards. La bestialité (>st sans frein Une créature en r(''(diap|ie-l-^(dle. c'est coninie par niira<de T^es lilles. les ser\anles. non seidenieni sttnl

martyrisées, mais encore courent le danger constant d'être emmenées par ruse ou par violence et vendues, puis revendues, perdues dans le train des ribaudes et des valets. Les ouvriers, les serviteurs (jui inoinentanénient supportent les mauvais traitements et les privations se sauvent, ou se laissent enrôler. Les attelages disparaissent; les troupeaux sont décimés, enlevés, abattus. Tout fait défaut pour défrayer Texistence et continuer le travail. C'est la ruine.

Cependant, toute désespérée que paraît la situation durant la première moitié de la guerre et jusqu'à l'époque (jui co'incide avec la mort de Gustave-Adolphe, ces calamités ne constituent qu'une phase terrible sans doute mais supportable comparativement à ce qui va suivre. Jusqu'alors régnait encore dans le pillage et les exactions un semblant de méthode, et, pour peu que les chefs voulussent y tenir la main, un semblant de discipline. En outre, certains villages passent par des temps d'accalmie relative.

Au début de la guerre, les villageois se prêtaient mutuellement assistance. Une compagnie avait-elle volé le bétail d'une commune pour le revendre à l'étape suivante, les paysans le rachetaient pour le rendre au prix coûtant aux propriétaires dépouillés. Catholiques et protestants en agissaient ainsi les uns envers les autres. Très vite, ces procédés de solidarité cessèrent. Incités par la misère et l'exemple, les paysans dépassèrent même les éléments barbares au milieu desquels ils se débattaient. Par escouades armées, ils se liguèrent village contre village, envaliirenl les fermes, emnieiiaiit ce (prelles contenaient encore. Ils s'embusquèrent dans les forêts, (buis les défilés, fonçant sur les conNois militaires, assommant b's traînai'ds. indigcanl des su[)plic<'s |»his atroces, si [)os-

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sildc. (jiic rcii\ (Idiil ils aviiiciil riix-iiirmcs ('Ir victimes.

Ainsi se dcx cloiiii;! nitic 1rs |»(t|»iil;ili()iis cl les (roiipcs, cnirc les lialtilaiits (riiiic iiirmc r'''gion, une haine clwKine jour [)Ilis aiguë doul les ellets se traduisaient par un redoublement de méfaits.

Une localiU'' nietlaif toul en (iHivre afin dtMduipix'i- à la rapacité d'une armée. Qiudcjues ressources subsislaientelles, réunissait-on (juelque argent, on tentait des négociations avec les ofliciers chai-gés de reconnaître les quartiers, on ollrail une somnn^ desliiiée à se lihéi'ei" de l'occupation. Plus dnne fois, d'adroits filous réussirent, sous l'accoutrement de prétendus fourriers, à extorquer à la peur des villageois abusés des sommes i)lus ou moins importantes. Lorsque les ressources manquaient, ceux (pii le pouvaient se sauvaient dans les maquis, dans les forêts ou les gorges de montagne, dans les carrières abandonnées, retraites qu'on s'effor(;ait de rendre inaccessibles ou qu'on barricadait précairement. Les fuyards réussissaient parfois à se soustraire de cette façon pendant des semaines et des mois aux dangers les plus pressants. Certains lieux de refuge existent encore aujourd'imi; ainsi près d'Anspacb on montre une tour voûtée haute de 16 pieds oii se sauvèrent les gens d'Anspacb. Autre part, on s'installera dans une clairière où, en palissadant des ronces entrecroisées avec les brandies retombantes d'arbres voisins, on formera ainsi des niclies à parois verdovantes, épaisses et épineuses dans lescpielles il n'était possible (racciMbM' (pTen janipaiil. ('es abris, son\(Mit. restaient inviolés. L'ennemi se retirait-il, les habitants rentraient dans leur iuuneau juscpi'à l'alerte suivante. J^es plus aisés cbercbaieni pour leui' personne et leur avoir un refuge dans les villes où le danger des brns(pies surprises ('tait moins grand et les d(d»ordeinents

de la soldatesque, parfois, mieux contenus. D'autres passaient la fr(»rili<'re. émioraiil plus loin au fur et à mesure que les troujies ennemies poussaient en avant. La vie du maquis ou de la forêt détruisait cliez les plus misérables le dernier lien qui rattachait l'homme à son foyer ravagé: le banditisme les prenait. Pendant ce temps, les campagnes se dépeuplaient. Lors de la première occupation des Suédois, des villages entiers étaient déjà abandonnés; on n'y rencontrait que des invalides qui avaient peine à se garder des loups.

Partout la peur agit d'une façon désastreuse sur les facultés de l'homme, elle entre en lui, l'énervé, le hante et ne le quitte plus. L'es])iit n'offre plus de résistance; sous l'assaut constant de la transe et des terreurs, il se trouble. Les uns sont pris d'hallucinations; ils voient des croix lumineuses, d'apocaly[)tiques fantômes, ils entendent des voix prophétisant les sinistres les plus affreux, les châtiments les plus durs. Les autres, même indirectement suggestionnés, croient aux interprétations délirantes d'êtres affolés; les évocations, les visions se confondent, alors, avec le souvenir des réalités vécues : supplices, incendies, vengeances. C'est une contamination générale de cerveaux épuisés, apeurés, transis. Chez tous, une haineuse et féroce lassitude s'infdtre dans le cœur, auquel tout pèse. (|ue tout écrase.

Les organismes sont à bout de forces. La dignité disparaît : tenue, propreté, règles usuelles, respect, tout déchoit. Il ne subsiste phis cpi'une souveraine et monstrueuse indilFé'rence, une insouciance de brute. La pensée dominante est d'échapper au présent, de se soustraire à la réahté, obsession qui gagne de proche en proche. Des femmes (piitlent le fovei- et la famille, des enfants se sauvent, des iionnnes errent connue des fauves, s'en \ont

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on lie sail (»ii. (•('[x'imI.iiiI (|im' h'S \ iccs cl les iii.iladics roii^ciil, gangrt'iKMtt ceux qui grouillent autour des armées. Les sul)sis(ances font défaut; c'est alors l'eau-dc- \ ic. et sur l.UKMuie liéiiérale se firefFe ral)ètissenieut col- Icclil'. La iiiiil se r(''|iaii(l : loi. Iioimeur, croyances, droit, loul sCU'oiidre. Le dései't se tail.

Puis, en \i\X\ et lt)3t), des épidémies de peste sui-gisscnt comuK^ rAllema<;ne n'eu avait jamais vues et elles se propagent, d'an(an( plus uiorlelles (jue la résistance organiipie et morale est moindre. Certains villages perdent la moitié de la population qui jusqu'alors a survécu au fléau de la guerre. Dans les provinces du centre, la mortalité est plus grande. Toute vitalité paraît agoniser. On n'est cependant pas à la tin des désastres; la guerre va traîner encore douze ans. Les épaves (|ui surnagent ou se débattent sont broyées dans les dernières agitations du remous. Du sort des ruraux nous ne savons rien de particulièrement précis. Les archives paroissiales, pour cette époque, se taisent. Les rapports des envoyés étrangers, au moment des négociations de paix, mentionnent et résument : « On meurt en nombre par le suicide et par la faim ».

Tel est, pour les campagnes, le bilan de ces trente ans.

La reconstruction des villages, la reprise du tra\ ail. le i-elèvenient de l lionnne. seront Fceuvre du tem|)s : tein|>s de (lin- labeni'. de gène [(crsislaiilc et de |)ersé\ éranc»' ; (cn\ rc (pii s'acconiplna dune façon snr[>renante et grâce

nu roncoiirs de Irois faclciirs donl r.iclioii ufunif cosso, même aux instants les plus sombres, d'exercer son influence heureuse. D'abord les qualités inhérentes à rhonnne, (jui se résument dans son attachement à la t(M're natale; ensuite, l'appui et la sollicitude de l'autorité souveraine, en certaines contrées; [)artout enfin le dévouement dont fit preuve le clergé de cam])agne.

L'amour invétéré du foyer et de la terre qui en tous pays est également vivace et respectable existait, chez le paysan de cette époque, plus profond peut-être qu'il ne l'a été depuis. Dans l'isolement causé par les préventions sociales et les rudimentaires moyens de communication, les appréciations et les besoins du campagnard se concentraient sur ce monde limité dont il se sentait à la fois l'assujetti et le maître, mais qui, tout réduit qu'il fût, n'en constituait pas moins son royaume. La guerre Ta saccagé, la misère l'en chasse. Et cependant il y l'etourne, il le reconstitue. Le bœuf, le cheval manqueront longtenq)s encore; l'homme s'attellera lui-même à la charrue; au jour le jour il creusera son sillon, les quelques grains de blé qu'il a pu sauver feront lever de nouveaux épis. Ainsi, lentement, il réparera les brèches. Néanmoins la })eur n'a pas disparu, elle le tient et le harcèle. L'âme n'a plus la sérénité d'autrefois, elle est aigrie, incurablement méfiante. Aussi le paysan se gardera-t-il d'étaler aux yeux dautrui ce que ses efforts ont recueilli; il affichera une condition nn'séi-able, une tenue nt'giigée qui jure avec la propreté d'antan; il s'enferme dans des habitudes sordides, enfouissant le peu tpi'il a, toujours sur le qui-vive et toujours mécontent. 1^'espoir Jie renaîtra en hii que plus lard avec le sentiment de la sé-cmit»'' et la conliance (pu', seuls, pcrnictfciil de jouir (hi lra\ail et de I aini(;r. Ce sera la tâche de jnès de deux siè(des. (Test encore, [lonr le

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iiKtiiiciil. le (laiiiicr, I iiislahilili'. le (h'soiilir Des hfi^aiids coiiiciil les buis; le paysan cl les siens (loÎNcnl s armer j)()ur (Icfenilre le menu Ix'lail ([u On meneaux cliamjts.

L administration centrale de diliV'rcnts petits [uivs (dail, pendant ui\e niajenr<' pai'tic de la f>nerre, resicc en contact [dus on moins ('Iroil a\('c les coumnmes et leurs habitants; la correspondance entre; les bailliages et les (diancelleries avait continu»'' a\-ec une ponctualité impliquant, parfois, un vrai souci du bien public l'ait pour nous étonner. Dans <■{' mouNcmenI de \a-el-\ient bin-eaucrali(pie, les employés du cbel-lieu avaient iédiji,é d'abondantes circulaires, dont quelques-unes très inutiles; mais ils avaient du moins eu le un-rite de réclamer aux conununes des renseignements détaillés sur ce (|ui concernait, non seulement la situation générale, mais aussi le sort des individus ; les réponses précisaient les dépenses, les contributions, les dommages éprouvés; ces renseignements ainsi centralisés étaient rubriques et catalogués, même au milieu des événements les plus poignants, ('es procédés méthodiques, jugés souvent inquisiteurs ou tatillons, maintinrent entre les collectivités et le pouvoir central un lien nécessaire et fournirent des domu-es instructives qui, l'heure venue, pureiU être utilisées. Cette activité, grâce an zèle et à l'esprit d'ordre de quebjues modestes connnis. se déploya jusqu'à répo(jue des dernièi'es années de la guerre; si elle ne constitua, sur le moment, ni un secours, ni un remède, elle permit, une fois la ])aix conclue, de parer aux nécessités les plus nrg(Mdes. cl cll«' facilita la tâche (pii incombait à l'Etat dans l'œuvre de restauration sociale, axant tout l;i reconstruction des villages. li'Ktat. ou pour être plus exact, le souverain, n'avait du reste pas moins d'intérêt (pic les rmaux eux-mt'mes à la icprise de la \ ie agricole, source premièi'c de rexistence nationale et du

l)ien-être général. Dans les circonstances de dépeuplement que nous savons, plus le nombre des contribuables était minime, plus la valeur représentée par les unités — individu, foyer, famille, groupe — était grande; plus aussi il devenait urgent et nécessaire de ménager, de soutenir chacun de ces éléments constitutifs. C'est ce que, maliieureusement, beaucoup ne surent pas comprendre.

Le ministère du clergé de campagne s'exerça d'une façon bienfaisante, sans distinction de la confession de ceux pour lesquels il s'employa, et également salutaire dans les pavs catlioli(iues et les contrées protestantes. Les documents se rapportant au dévouement du clergé catholique sont relativement peu nombreux; la raison en est qu'à cette époque les curés écrivaient peu ou n'écrivaient pas. Si nous en apprenons plus long en ce qui concerne les desservants protestants, c'est que les pasteurs étaient plus [)ortés à narrer leurs tribulations et que, d'autre part, les motifs qui leur faisaient confier au pa})ier — le plus souvent à leurs registres paroissiaux — les péripéties ou les souffrances par lesquelles ils passaient et les réflexions qui les assaillaient, étaient plus émouvanis. Les théologiens protestants étaient, en général, discoureurs, autoritaires; leur orgueil se révélait dans leurs acerbes polémiques, lein- faiblesse, leur intolérance mesquine. Pour jdusicurs, la doctrine se résumait dans la haine des dissidents plutcU que dans l'amour du prochain; quelques-uns, parmi les plus capables, s'étaient transformés, par le fait des perspectives qui s'ouvraient à leur carrière et de l'inlluence très réelle exercée par eux sur la conscience laïque, en politiciens retors ou en pédagogues eniniycu.x. Le clergé connue tel se; montrait cassant; peu aimabk', [)ar surcroît, il faisait preuve de raisonnemenls spécieux, de conce[)tions étroites, souvent de manque de charité. Mais ces imper-

â86 LK l'KUl'LE ALLKMAND A L'KPOQUE

focliolis (M (Ts (ItHiiiils il les «>x|>ia Naill.iiiimciit au cours (1rs t''|)r('ii\ rs. des |)('rs(''ciili(»iis. Ai\ (li'iiuciiuMil. Le paslour (le campanile l'Iail le plus cxiiost'' aux dangers; les soldais iiiiptTiaiix le uiicllaiciil pailoiil. ToriM' [lar ses l'oiiclions do ne pas(piill<MS()ii posic. il ne lui (''laitniriuc})as possible de se soustraire, ainsi (pie dautres lavaient fait, aux violences et aux avanies (pi il eut à subir et doul furent \iclinies les siens; elles ralleiiinai(Mit non seulement dans sa persoiuie et ses plus chères alfections, mais aussi dans sa j)Osition morale et dans sa considération. Peu })r('|)ar('' }»ar son existence anl(''rienre à sidncnir à sou entrelien par un lra\ail manuel, il eu fui rt'duil à la commisération de ses ouailles, (pii le susleulèreul de leur mieux tant ipie ce fut possible, mais qui, par suite de l'appauvrissement géuéral et de la misère progressive, eu vinrent aie uégliger et à l'oublier. Les départs, les détections, les douleurs de son troupeau l'alfectèrenl (lur(Miient. Sous l'action des soulfrances et du malbeui'. une désagrégation morale se produisit sur hupielle son ministère restait souveul sans elfet appréciable; le respect dû à l'autorité ecclésiastitpie s'ébranla, ce qui lui causa des froissements intimes (^t des causes nou\elles d affliction. Le plus gi-and nombre des j)asteurs sup})ortèrenl avec un courage qu'il faut qualifier d'héroïque, ces crises aiguës durant lesquelles les églises furent ravagées, les autels souillés, les cloches ])aroissiales eule\'(''es. Ils i-esl('renl, tant cpie ce fui bumainement possible, au posie du devoir etau milieu des ouailles tant (ju'il veutun troupeau. Ils officièrent dansdesg'ranges. dans lescbani|)s. dans la clairière dune furet; ils ajoutèrent à leurs b»ucli()us celles d iusiiluleur, de cbanfre, ne uitMiag'eaul ni les euc(»iuaL:('Ui('uls. ni bvs cousolalious. ni les admoueslalions; pavaul d Cxeuqde, en se montrant i'oiuiig'eux, soumis, iu('d)raulabl('s dans leui* loi. Les registres

paroissiaux sont autant de sources précieuses pour reconstituer la vie de ces pauvres desservants de campagne. Les annotations qu'ils y inscrivent au jour le jour, le résumé de leurs méditations, ou le cri de leurs angoisses, en font comme des martyrologes où le laconisme même du texte témoigne de l'intensité des émotions et, tout à la fois, de l'insécurité de l'heure présente.

La vie ai)rès la paix aurait dû reprendi-e laljorieuse et productive, mais la désorganisation était plus générale encore dans les campagnes que dans les cités. Toute économie agricole ayant été bouleversée puis détruite, la détresse des populations avait pris un caractère affreux. Le })lus grand nombre ressemblaient à des bordes de sauvages qui vivent nus sur la terre nue, car dans leur ruine les paysans se trouvaient, réellement, dépouillés de tout sur des terres ne produisant plus rien.

Une génération entière avait grandi sans connaître et sans accepter ni frein, ni loi. Les ordonnances visant la reprise de l'activité sédentaire demeuraient sans elfet. A l'infortune succédait un état de rébellion oii;, suivant les tempéraments, le degré des souffrances endurées, Tacuité des baines accumulées, les foules s'acharnaient, comme si, dans l'anarchie, elles eussent espéré assouvir la vengeance des misères subies et y trouver le redressement des injustices qui persistaient encore. La confusion se peri)étuait. Le i)euple des campagnes, mêlé au courant (jue le flot mouvant (h's armées avait déversé d'une contrée dans une autre, avait fini, sur pres(pie toute l'étendue de r.Vllemagne, par se confoiifli-o dans un (h'Sdidie conqtlel. On avait assisté à des exodes et simultanément à des invasions en masse dont le résullat avait é(é qu'en de certaines régions, les pays s'étaient dépeuplés, qu'en

288 LE l'KUl'LK ALLl-lMANI) A I/K l'OQ U K

(ra\itr(>s, les iiuini^raiils occiipaioiil la [(lace des rini^irs. J)"iiiii(mil)ral»l('s serfs on inaiiaiils. prolilaiit de ce (h'saiToi pour clian^cf de lieu de r(''sid('iic('. a\ aiciil clioisi les Icrrcs à conditions moins dures cl s^ ('laicnt (Hablis sans la permission des scij^ncurs respcclits, sans avoir ni sollicilr ni obtenu surtout raulorisation de leurs seigneurs eircctils Les anciens maîtres reçurent pleins pouvoirs pour rechercher et l'aire saisir leurs sujets ou vassaux en ru[)ture de ban, même contre le gré des nouveaux maîtres ou patrons. De vérilahles ex[»éditions s'organisaient de hobereaux patrouillant à la tète d'escouades armées, en (piète des corvéables enfuis, les ramenant de force sur le domaine oii leur naissance les rivait. Les abus qui, sous le couvert de ces mesures, se j)roduisirent en maints endroits provoquèrent ici et Là des révoltes, partout la résistance, entretenant l'anarchie locale, entravant la reprise du travail. Les seigneurs passèrent outre, employèrent les pires violences pour reconquérir des bras plus que jamais nécessaires et insuffisants partout. L'autorité avait, il est vrai, favorisé le repeuplement en facilitant rétablissement d'anciens mercenaires dans certains hameaux ; on supposait qu'ils y remplaceraient les serfs disparus, dont ils avaient, jugeait-on, hérité, avec le feu et le lieu, des charges et des corvées. Or, ces arrivants, d"eml)lée s'étaient regind)és contre cette assimilation, avaient refusé toutes prestations, se montraient frondeurs et dangereux: les propriétaires n'en étaient pas plus avancés; aussi n'en poursuivaient-ils (pi'avec plus d'obstination le retour de leurs sujets. V]\i ce (pii concernait les anciens soldats établis sur une teri'e. on dtM'ida (|U(> ceu.v ([ui a\ aient sei'\ i connue (•(Mubnilants sciaient, poiu' leur personne. alIVan- (dnsde tout vassidagc; (N'Uicui-craicnl serfs ceux ipii a\ aient appai-tenn an train d'ai'nié'c

Le maïKjiie Je Ijras paralysait tout effort dans la commune, dans la province, dans l'État. Les terres continuaient à rester en jachère : où le dépeuplement était le plus accentué, c'était le désert. Des ordonnances enjoig^nirent à tout Iiomme valide d'ouvrir et d'ensemencer une certaine étendue déterre; elles défendirent aux communes de recevoir, aux habitants de loger, des gens non mariés, du moins de les engag-er comme ouvriers dans un autre but que de travailler aux champs, et suspendirent, pour les villages, toute autorisation de petit commerce ou de nég-oce. Concurremment, comme les pressantes demandes de ])ras provoquaient, en outre, un surenchérissement fatal de la main-d'œuvre, les ordonnances fixèrent le taux des salaires, menacèrent les contrevenants des plus sévères châtiments. La condition des salariés y gagna et se maintint, durant quelques années, meilleure qu'elle ne le devint plus tard, notamment au cours des siècles suivants. En 1652, la valetaille recevait, en Silésie, deux fois par semaine de la viande fraîche, tandis que par la suite — au commencement de notre siècle encore — les maîtres ne seront tenus à en donner que trois fois l'an; les gages, à ce moment, y étaient plus élevés (ju'ils ne le seront cent ans plus tard.

Parmi les nombreux villages détruits, autant dire rasés, figuraient ces centres agricoles où, par le fait d'un plus grand morcellement de la propriété, grâce aussi à des institutions plus libérales élargissant plutôt que restreig-nant les facultés d'affranchissement ou d'acquisition d'un bienfonds, la situation (hi serf t'tait moins jtitoyable. Ces centres, autant (hre ces colonies isolées, foisonnaient, avant la guerre, dans le Palatinat, en Franconie, dans le centre de l'Allemagne. En reconstruisant ces villages, on leur imprima un cacliet tout différent : au svstème de

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