LE PEUPLE ALLEMAND A LI'POQUE
ferinos (lissriMiiircs se suhslitiu'fciil des a^j^loinrialions (le cast's sci'iMM's 1rs imrs h co\r des autres ;i |>ro.\iiiiil('' du château ou de la uiaisou du bailli. Le ty|H' du \illajj'e alleinaud cliauiica du loul au loul. uiais la sur\ cillauce eu devint plus aisée et plus effieacc. Les habitants véx-urent, dès lors, (piasi sous Icieil du maître, tutelle que rendront plus riii'oui'euse les moindres ^■eIb''il«''s d insoumission el cpii. par son relour aux piali(pies Ic-odales. conslitiiaituni^ injure à réi;ard de ceux dont (die exploitait ainsi la suji'tion et les malheurs. L ère (pii suivit fut celle d'une rc'action noire et, pour le serf, dun [)esant esclavage. L'autorité se retrancha derrière les doléances des seigneurs qui l'assaillaient de ré(damalions et de plaintes à l'endroit de sujets fainéants, endurcis ou r{d)elles, pour édicter des mesures vexatoires, maladroites, inhumaines. Les pays allemands, à l'exception d(^ (juelques contrées privilégiées en vertu du régime au(piel elles étaient soumises, ou de la façon dont les seigneurs usaient de leurs droits sans abuser de leur puissance, se virent ligotés par un réseau de servitudes, disposé et tendu de telle sorte (pie chaque tvranneau jugulait absolument tous ceux sur les(piels il avait autorité à n'importe (pud titi-e : a asselage qui. tout en n'affectant pas partout l'allure d'un servage efï'ectif (d uniforme, n'en équixalait pas moins au servage féodal. A elle seule, la nomenclature des droits dont les seigneurs se prévalaient dès cette ('q)O(pu' et des redevances fiscales aux- (pudles les vilains étaient soumis, fournirait la matière d'un dictioimaire; von Lang' en a relevé sept cent cinciuante. Dans ce nombre, et parmi les plus anciennes redevances figurait la dfme : sur le Idé. le \ in (dinie grosse), sur les produits uiarai(diers. le IVuit (diine xcrte). sur la (diairdes bestiaux (dîme de ( liarnage). Le plus souvent le manant la pa\ait deux fois : au maître et à l'église. Aussi bas (pi'on
taxât OU recensât une récolte, le dixième des produits du sol représentait une sonniie plus forte ([ue la dixième partie du rendement brut. Le serf devait des cor\'ées de maind'œuvre et des journées d'attelage, ces dernières pendant trois jours par semaine; autant dire qu'elles absor baient la moitié du temps de travail d'une vie entière. Les corvées ordinaires qui, dans pres(|ue tous les pays allemands, existaient depuis le moyen âge, consistaient à fauclier les récoltes du maître, à scier les blés, à labourer la terre, à curer les fossés, à réparer les chemins. Le jour ouvrable commençait à l'aube, finissait au soleil couché. Suivant les contrées, les serfs fournissaient des journées de corps à « deux mains », à « quatre mains », à plusieurs couples de mains. Ceux que, dans ces conditions, le seigneur nourrissait pouvaient s'estimer heureux. Celui-ci fixait les jours de corvée selon son bon plaisir : cette exagération se révélera d'autant plus criante que, pendant les années qui suivront la guerre, les corvéables ne pourront disposer, ainsi qu'il Feût fallu, de leur temps et de leurs bras pour faire valoir les lots dont ils devront tirer leur subsistance personnelle. Le seigneur, ne consultant que ses conve nances, détaillait ces jours en demi-journées ou en quarts de journées, nouvelle exig-ence malveillante qui désorganisait, parfois rendait impossible, le travail autiuel le corvéable aurait pu se livrer pour son propre compte, comme, })ar exemple, et suivant les circonstances, la rentrée de ses petites rt''coltes, etc.; ceci aggi-a>ait son état de pau- Ni'cté' cl de (bqx'ndancc. Sans aucun scrupule on augmentait 1«^ nondjrc (h' joiii's de cotn ('c; dans lepaysde Meissen, ce surcroît «le cbai'ges a\ait pris de telles proportions, que les serfs et les manants n'avaient plus un seul jour à eux pour vaquer d'aflil(''e à leurs affaires. (](^s abus iront si loin inénic, (|ii à la fin ibi (b\-builiè.ni(* siècle, Frédéric-
i'.ii l.i: l'KUl'LK ALLEMAND A L'Kl'OoUE
Guillaimic III iiilciN iciidra j)ar un ordre de cal)!!!!'! alin do n'-diiiic le lia\ail des corvéables prussicMis à trois jours j)ar semaine. On dis(inj;uail. en oiilic. la coi'n ('e ic-eilc due pur le possesseur d'un bien-fonds pour toute cession ou transmission de ce fonds, et les corvées personnelles dues par tous ceux (|ui, à titre quelconque, résidaient ou liabitaienl sur le (crriloire d'une seigneurie.
Le serf, ou le mananl. n'était pas seulement corvéable et taillable, mais aussi uiainmorlable, c'est-à-dire que le seigneur héritait tout ou })artie de lindigène, qui de père en fils était censé appartenir à la glèbe où sa naissance le rivait. La mainmorte s'étendait sur les biens du défunt ou d'enfants, défunts même — chaque terre ou domaine ayant sa juridiction propre — sur les biens d'un niainniortahle situés hors de la seigneurie. Le meilleur cheval, le bo'uf le })lus gras, etc., avait constitué, jadis, cet impôt de succession, auquel, avec le temps, s'était substitué le juiyement d'une sonune en argent. Le droit féodal interdisait à tous les taillables d'ahéner la terre à toute autre personne (|u'à un serf ou taillable du même seigneur, les déclarait incapables de disposer de leurs biens par testament, inca[)ables d'avoir d'autres iiéritiers (jue leurs enfants résidant dans la seip^neurie, et stipulait que le fils d'un maiimioitable. s'il vivait sur une autre seigneurie, était [)ri\t'' de tout droit sur les biens (pie le père y possédait, le seigneur devenant dans ce cas seul héritier.
Les seigneurs se targuèrent d'anciens droits tondiés ça et là en désuétude, connue celui (pii leur accordait un tantième sur le produit delà vente; cette pra(i(iue était courante encore à la lin du seizième siècle sur les terres où le taillable pou\ait acheter ou \endie im innneuble. De même, le seigneur s'octroyait h' droit de contraindi'e un résidant — gênant — à a endre son bien-fonds. Le sei-
g:neur avait même la faculté, lorsque le vendeur ne trouvait pas acquéreur, d'acheter le lot pour les deux tiers de la somme valeur de l'immeuble. Pour ne citer que les provinces })russiennes, ce fut seulement sous Frédéric II que l'État accorda et garantit à chacun le droit absolu de propriété et de succession, mesure d'autant plus nécessaire que certaines contrées avaient souffert d'un dépeuplement croissant. Dès la période qui suivit le traité de Westphalie nous voyons les efforts des seigneurs tendre à augmenter le revenu de leurs domaines. On introduit de nouveaux procédés de culture, chaque lopin de terre est mis en valeur; d'autre part, afin de s'en arrondir d'autant, le seigneur trouvera son avantage à exproprier concurremment tel de ses sujets, opération relativement peu onéreuse. Les spoliés, perdant avec la propriété l'indigénat, seront considérés et traités comme des « heimathloses » (sans feu ni lieu) ; ne trouvant pas à s'implanter régulièrement ailleurs, ils erreront d'un endroit à l'autre et finiront, leurs ressources étant épuisées, par retomber en servage ou par s'adonner au brigandage. En outre, sur la terre seigneuriale agrandie de cette manière, les tailles et corvées inhérentes au bien-fonds vendu se répartiront surnumérairement entre les autres résidants, de sorte que ceux-ci seront, en plus, imposés de toutes les servitudes et prestations jusqu'alors fournies par l'absent.
Tailles et servitudes s'étendaient aux enfants, qui devaient, adolescents ou pubères, être présentés officiellement au château. Le seigneur pouvait réclamer de chacun un travail ou un service de trois années, soit sur ses terres, soit dans sa demeure. Nul n'avait la faculté de se placer à gages sans une autoi'isalidii spé-ciale; Taxait-on oblenuiî (à prix d'argent), et avait-on trouvé un emploi, il fallait revenir — d'où que ce fût — se présenter au maître une
2!i4 LK l'KUl'LK A I- L EM A N' I) A LKl'OO UE
lois I iiii. «Ml iit'iuTiil à la Noi'l. Si le <;ar,s ou la jouvdiccllc, ])laisail. loisil)l(' au scliincur de coiilraindrc la personne à rompre (oui eiit:ai:(Mnenl el à s«''journer «•«'•ans. Placer un enfani en apprentissage, marier (ils ou (ille, se marier soiiu»"'me soit à une personne lijjre. soit à une j)ersonne serve (l'une autre seigneurie sans rautorisation du seigneur, autant de délits. Unseigneur qui accordait ces permissions sans exig^erde <lt''dounuagementpassait pour étonnamment déhounairc et vertueux: encore fallait-il que le nouveau maître ou le patron adi'essàt au château une lettre de remerciements ])0ur l'acte de condescendance. Le prix moyenn.nil le(piel un sorl" ou taillable arrixail à salfrancliir, lui el s;i famille, variait suivant l'époque et le pays; en Silésie, sous Frédéric II encore, on payait un ducat par tète. Antérieurement, et presque en tous lieux, le seigneur agissait selon son bon plaisir et même refusait raffranchissejueul ou une libt'ralion. de «juebpie nature (pi"(dle fut. Un g^ars bien planté payait, dordinaire, cent cintjuante, une fille accorte cinquante à soixante thalers.
Les mœurs de la petite noblesse terrienne continuaient, vers 1600, à demeurer délestables. Insoumis, (pu^relleurs, brutaux, prétentieux, les iiobereaux aflii baient sans vergogne un mépris catégorique pour un ordre de choses jugé par eux anlilradilionn(d. subxcrsif. abounnable. L(> dc'pil de se sentir [)auvres, parce quignorants et rétrogra- «b's. augmentait leur morgue, envenimait leur arrogance envers les roturiers.
Le.sjeunes, férus de chevalerie, parodiaient le moyen âge, sortaient bizarrement accoutrés, coiffés d'un lieaume ou d'un armet, portaient de longues rapières ou, dans la ceinture, le stylet italien, la dague espagnole, ou la hachette à l'instar des Hongrois. Ils couraient les marchés, les foires, les fêtes villageoises, intrus partout, se gobergeant aux frais d'autrui. malvenus et lassants toujours. A l'égard des bourgeois, tout leur sembkiit permis : licences, grossièretés, dommages, farces sales et offensantes, d'autant qu'un lésé avait peine à obtenir justice. L'Immeur combative des petits seigneurs impulsifs et rageurs, ne trouvant plus le dérivatif des tournois et des batailles, s'en prenait aux menus détails, aux petits incidents de l'ambiance, et se complaisait dansles procès. Entre eux, ils s'assignaient pour des futihtés. Cette manie procédurière avait pris une telle extension que des ordonnances suspendirent l'obligation de comparaître autrement que pour répondre à la citation du juge. Pour tuer le temps, ils s'offensaient mutuellement, histoire de faire revivre les exploits des aïeux. Dénigrer l'écu ou suspecter la généalogie d'un clan, gloser sur un tortil ou ridiculiser quelque emblème héraldique, autant de moyens pour provoquer une affaire, autant d'injures à laver dans le sang. La multiplicité de ces duels força les souverains à instituer des jurys d'honneur présidés parfois par le souverain lui-même, et composés de nobles de vieille ligiu'e, afin de connaître du litige avant d'autoriser une rencontre. L(>s partis choisissaient chacun trois témoins, qui produisaient les lettres de défi ou d'excuses; après, la cour prononçait. Ce tribunal tenait à la disposition de t('ni()iiis ou d'adversaires analpliahets des iornmlaircs (oui pi'éls, l'ail (pii téMiioigiie d inie ignorance complète cliez la plupart des intéressés.
Les hobercau.x eux-mêmes avaient leur aristocratie et
296 LK l'Kl'I'LK A LL KM AND A I/Kl'OQUl!:
leur |i1Mm' La majciiic pallie (rciilre eux. (|uo l'absonco (le toulc lorluiH'Ou la iiHMliocrilédc leur pali'imoinc cinp»''cliail (le vivre dans la résidence priiifièrc ou à la cour, et, j)ar consécpieiil. de bénéficier d'une façon ou de l'autre de la faveur du souxcrain. \ éj^c'taieul dans un t'Iat dinleriorilé intellectuelle et de gène matérielh» (jui, en retour, les aigrissait, notanuiient contre le courant moderne, auquel ils sentaient ne ])as pouvoir résister à la longue. Leurs préjugés, enirelenus par une édncation première absurde et fausse, les enipécliaient de préparer et d'acquérir une situation indéjxMidanle. A la fois iidiabiles à toute occupation sérieuse, refusant de travailler sous prétexte de ne. pas déroger, imbus de prétentions excessives ne cadrant plus avec l'époque, misérables parce (juils ne trouvaient aucun emploi bonorable, inutiles et mécontents, les liobereaux se consumaient en une vaine agitation, ne subsistaient qu'au moyen d'expédients, se vengeaient de leurs déboires en opprimant plus i)etits et plus pauvres qu'eux.
D'immenses vides s'étaient produits durant la guerre dans les rangs de la noblesse terrienne; des contrées restaient sans maîtres eifectif s. La cour de Vienne, — imitée en cela aussi par d'autres cours, — toute disposée à tirer profit de ces circonstances, créa une nouvelle noblesse et lui conféra les privilèges requis pour jtosséder des terres de franc-alleu, d'apanage ou de fief. Au reste, déjà pendant la guerre, plus d'un coloncd ou clief <le compagnie (noble) s'était vu en situation de se pourvoir, grâce au bnlin, d'un domaine seigiKuirial tombé en désbérence. Après la gu(M're. la \ (Mite de lettres patt'utes se fit sur une grande échelle, tant en faveur, ainsi (jue nous l'avons vu, des marchands enrichis et des politiciens bureaucrates, (pie des militaires et des intiiganls de cour. Anoblis et nouveaux seigneurs, parmi eux — notamment dans l(>s
provinces liéréditaires de l'Empereur — les élérhents les plus liétéroclites, parfois les moins estimables, se montraient les plus ardents à faire valoir leurs droits, les plus entichés de leurs privilèges frais émoulus, regardant de très liant les derniers arrivés et ceux qui les avaient devancés.
Un peu partout, mais particulièrement dans les pays de l'Elbe, enSilésie, enFranconie, en Souabe, en Thuringe, des hameaux entiers s'étaient trouvés peuplés de hobereaux descendant de la même famille ; au fur et à mesure que celle-ci s'était fragmentée, ils avaient fondé de nouveaux établissements autour du donjon })rimitif. La postérité d'un seul et même tronc occupait ainsi huit, dix, douze domaines seigneuriaux contigus ou voisins. Tout à côté, d'autres groupes (d'hommes libres) s'étaient fixés comme locataires, tenanciers ou propriétaires. Le dédain des premiers pour le travail et leur imprévoyance les avaient, avec le temps, réduits à un état de pauvreté proche de la misère, tellement que tel hobereau ne possédait strictement plus que le pignon délabré qui l'abritait, tandis que tel autre devait se contenter de la portion congrue d'un métayage, ensemble qui formait un contraste saisissant avec l'aisance, voire la ricliesse des vrais paysans fils d'hommes libres ou d'affranchis.
A})rès la paix, la situation des Iiobereaux besogneux fut plus gônée, plus équivoque encore. Ils n'avaient été épargnés ni par le pillage, les exactions, le rançonnement, ni par le fer, la peste, l'incendie. Les survivants n'en étaient devenus ni plus traitables ni plus laborieux. Les plus valeureux cherclièrent fortune dans les ai-mées; d'autres se joignirent aux déirousseurs d(> gi'ands chemins; d'autres enfin, après avoir acquis avec le produit de leurs rapines un semblant de castel, s'v tenaient — notamment dans les