‹ Le Peuple allemand à l'époque de la guerre de Trente ansChapitre 20 sur 22 · LK l'KlIPLK ALLEMAND A LÉPOQUI · texte numérisé non relu

LK l'KlIPLK ALLEMAND A LÉPOQUI

s'entr'aidor alin ilo pouvoir ouvrir à sou lour ses sillons. L'aspect do ces contrées, à eu juii,er d'après les rapports ijue les localités faisaient par\ cuir aux autorités du cliellieu, et dont nous pouvons prendre connaissance, resta na\ rant pendant plus de deux générations.

A Siebleben et dans dauli-es bourgs duducliéde Gotha, les propriétaires fonciers jouissaient du droit d'alfouage dans les forêts de l'Etat pour la construction d'une maison. En retour de ce droit ac(piis depuis le moyen âge, ils fournissaient une redevance en avoine. Or, en 1650, les habitants répondent au rec(;\eur du fisc leur réclamant cette prestation annuelle, (ju'ils sont encore trop misérables pour songer à reconstruire leurs demeures et conséquemmentpour pouvoir user de leur droit. Dix ans plus tard, cette même locaHté comptait 42 enfants en âge de fréquenter l'école et, détail touchant, le produit du tronc d'église se montait au bout de l'an à 14 florins.

Relevons en passant que là, ainsi qu'à d'autres endroits, une partie de cet argent pieux se dépensait en aumônes aux innombrables mendiants qui couraient le pays : invalides, estropiés, vieillards, galeux congédiés dans un état pitovable des maladreries encombrées, même aux gens nobles de Pologne, d'Irlande, de Bohême, de Hongrie, expatriés de chez eux pour cause de religion. Tous les quémandeurs étaient munis de quelque attestation officielle, car on se précautionnait pour prouver son identité, les autorités ne cessant d'être tracassières afin de protéger les nationaux conire l'exploitation des étrangers.

On a beaucoup écrit sur les ravages de la guerre de Trente ans. Néanmoins, le travail (pii réunirait en un ta!)l(>au d'ensendjle et par région ou province les données statisticjues relatives aux dommages éprouvés, est encore à faire. Il sera hérissé de difficultés, eud)rassera un chanq)

d'investigation énorme, constituera une oeuvre de patience, mais il paraîtra sans nul doute un jour, puisque, d'une part, il n'y a que les chiffres — authentiques — qui permettent de fixer l'étendue des pertes subies, et que d'autre part les matériaux ne manquent pas pour établir ce bilan. D'ores et déjà on peut affirmer que les pays touchés par la §^uerre ont perdu les uns les deux tiers, les autres les trois quarts de leurs habitants. Quant à l'avoir, meuble ou immeuble, fortune industrielle, commerciale ou agricole, les pertes connues atteignent des sommes prodig'ieuses.

Il serait téméraire et risqué d'établir une comparaison entre rAllemagne économique de l'époque qui précéda la guerre et l'Allemagne moderne. Cependant, ce qui ne saurait être entrepris pour le bloc peut l'être pour une partie, soit pour une fraction déterminée de cet ensemble, là surtout où le genre de vie et de travail des populations présente actuellement quelque analogie avec ce qu'il était alors; où, en outre, le cadre ambiant et le caractère topographique de la région n'ayant pas sensiblement changé, l'exploitation du sol et la nature des produits sont restes les mêmes.

Ces conditions existent pour la Thuringe et la FranconieJ Il nous est possible de mesurer pour ces régions, et grâce aux particularités de leur géographie physique, grâce surtout aux données statistiques très exactes qui proviennent de l'époque et du milieu en question, l'étendue des dommages et d'en chiffrer la valeur intrinsèque. Tout en accordant pleine confiance aux renseignements positifs ainsi transmis, il faut cependant, en vue d'une juste appréciation des faits, formuler certaines réserves qui se trouvent implicitement contenues dans les considérations suivantes : 1° ces régions n'ont pas été plus durement éprouvées que telles autres; 2° les conditions gêné-

raies de l)i('ii-ètre matériel et do culture intellectuelle, raciToissement de fortune agricole et industrielle depuis le milieu du dix-se})tième siècle y représentent une moyenne qui équivaut à la moyenne de dévelopj)ement gént'i'al (culture et civilisation) de l'Allemagne prise dans son ensemble; 3* si laFranconie et la Thuringe n'avaient peut-être pas bénéficié autant que d'autres pays germaniques tU' l'essor tles all'aires et de laisance plus générale qui se manifestaient et se produisaient à peu près partout et dans tous les domaines avant la guerre, ces provinces avaient par contre moins souffert des invasions étrangères, les armées françaises, pour ne mentionner que celles-là, n'ayant pas occupé ces pays; 4" les souverains régnants étaient des princes soucieux de la prospérité de leurs sujets.

C'est dans une de ces régions que se trouvait l'ancien comté lie Henneberg, dune superficie d'environ trente lieues carrées. En 1631 il comptait 1,777 bourgs, villages ou bameaux qui depuis ont fait retour les uns à la Prusse, les autres aux ducliés de Meiningen et de Weimar. La contrée qui constituait le comté est protégée vers le nord par des massifs montagneux et les forêts de la Tliuringc

oii. durant les jours de détresse aiguë, les babitants avaient pu se réfugier. Une grande route militaire le traversait vers l'ouest. A elle seule, la topograpbie du pays constituait une situation reladvement favorable. Les services administratifs, même au fort de la tourmente, avaient contiimé à fonctionner dune manière remarquable, centralisant les renseignements, palliant de leur mieux lellarement général. Le pouvoir, très paternel s'enquérait des besoins, protégeait avec un zèle que rien ne lassait et un courage qui bravait les dangers, les populations éprouvées, les aidant {»ai' la suite à reconstituei- U'ur avoir.

L'orafj;e ne creva que relativement tard, en 1633, alors que laPoméranie et les Marches, la Bohème et laSilésie, les côtes (lu nord et les plateaux de l'ouest étaient depuis longtemps mis à feu et à sang. En outre, pendant les dernières années de la guerre, le comté fut pour ainsi dire exempt de grandes calamités, puis(jue dès 1643 son suzerain Ernest le Pieux s'était déclaré neutre. Le fléau y sévit dix ans seulement, laps de temps minime comparativement aux vingt-cinq ou trente années de ravages supportées par d'autres pays. Ces circonstances réunies étaient donc exceptionnelles.

Passons aux données statistiques à la fois très sûres et d'un haut intérêt historique; elles vont nous permettre de suivre documents en main les péripéties par lesquelles le comté a passé. Ces données se rapportent d'abord au nombre des familles et des maisons, tel que l'indiquait un premier recensement opéré pour certaines paroisses en 1631, en 1634 pour d'autres : puis un second recensement entrepris en 1649 (paroisses recensées en 1631) et en 1652 (paroisses recensées en 1634).

Des chiffres ainsi fournis il ressort que le comté' a perdu, au cours de la guerre, 70 pour 100 des familles et 60 pour 100 des maisons. Les réalités sont plus tristes lorsque, en dépouillant les rapports adressés par les communes à l'autorité centrale, on relève les observations relatives à l'état dans lequel se trouvaient les surviAants, d'une part, de l'autre les immeubles. On apprend alors que le plus grand nombre des maisons figurant sur le papier comme existant encore ne représentaient plus que des huttes reconstruites avec les débris des demeures primitives. Tenant com[»t(' de ce pi'cmier fait : que le nombre des habitants, comparativement à ce qu'il était au début de la guerre, avait sensiblement diminué pendant les

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années de 1637 à 1649; — et du second l'ail : (jue les données statistiques en question se rapportaient déjà à une période de paix relative (années de 1649 à 1652), on ne fait pas fausse route en disant que le eomté perdit effectivement 75 pour 100 de ses familles. Le nombre des personnes constituant une famille devait certainement être au début de la guerre plus grand qu'il ne le sera par la suite et a fortiori à la fin de la guerre; le cbiffre des disparus doit donc en réalité être supérieur à celui que nous indiquons.

Pour les 14 districts du comté, les chiffres statistiques sont les suivants :

En 1634 (1631) En 1649 (1651^)

Familles 13,095 3,969

Maisons 11,850 4,053

Si l'on évalue le nombre des têtes dans une famille en moyenne à 4 1/2 avant la guerre, et à 4 (ce chiffre est proportionnellement beaucoup trop élevé, mais nous voulons l'admettre) après la guerre, le comté aurait eu en 1631 (1634) une population de 60,975 âmes et de 16,448 âmes en 1649 (1652).

Pour 19 localités, les statistiques communales abondent en détails circonstanciés quant à la richesse en bétail d'une part, à l'état de conservation des granges et écuries, d'autre part. Suivant ces chiffres, soigneusement collationnés et conservés, les localités perdirent 85 pour 100 des chevaux, plus de 83 pour 100 des chèvres, plus de 82 pour 100 des vaches; tous les moutons avaient été détruits. Les chevaux survivants étaient ou aA eugles ou estropiés. Les communs étaient saccagés, les prairies et les champs pour la plupart recouverts de broussailles, autant dire incultes et improductifs.

En comparant entre eux les deux recensements dont nous parlions et le recensement opéré dans notre siècle, en 1849, on trouve quant aux familles et quant aux maisons :

En 163* En 1649 En 1849

Familles 1,773 316 1,916

Maisons 1,717 527 1,558

Quant aux bestiaux :

En 1634 En 1649 Eu 1849

Dans 17 localités, bêtes à cornes.. . 1,402 244 1,994

— 13 — chevaux 485 73 107

— 12 — moutons 4,616 — 4,596

— 4 — chèvres 158 26 286

L'histoire qui sourd de ces chiffres est tragique; elle n'embrasse cependant qu'une période de dix ans sur trente ans de guerre. Toujours est-il que les trois quarts des liabitants ont disparu, que plus des quatre cinquièmes de l'avoir a été détruit. Ce qui subsiste équivaut à la misère.

Au double point de vue des chiffres de la population et des animaux domestiques il a fallu deux siècles pour que les localités du comté revinssent à l'effectif de 1634. Bien plus ! le nombre de maisons indiipié dans le recensement de 1849 est inférieur à celui du recensement de 1634, quoique les prix de revient des immeubles fussent relativement bas dans cette contrée, et que les gens, même les plus modestes, missent tout en œuvre pour posséder un toit à eux.

Lors du recensement de 1855, le chiffre de la population sera sensiblement plus élevé qu'en 1634, mais cet accroissement numérique se sera produit essentiellement dans les parties de l'ancien comté qui forment aujourd'hui les cercles (h' Scbleusin^en et de Subi (Prusse), où l'industrie

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iiu'tallurfiiquc prospère a lait affluer un nombre considérable (le bras.

Pareil le sori des petites villes de province. Les registres paroissiaux d'Ununerstadt, près de Cobourg, bourgade agricole et industrielle à lacpielle la bienfacture de ses poteries avait valuquelque renommée, indicjuenten 1G32 : 800 babitants et 150 bourgeois. De 1635 à 1636, la peste fait 500 victimes et pendant ce laps de temps on n'inscrit pas une naissance. Au cours des années suivantes, la population vit de pain de son, de tourteaux, de brouet de graines de lin; un grand nombre de gens meurent de faim; beaucoup s'enfuient. En 1640, après l'armistice de Saalfeld, on cbange \e nom d'Ununerstadt en celui de « Nimmerstadt k (la ville qui n'existe plus, celle où il n'y a plus rien), puis on la nomme « Umbrastadt », la ville des ondjres, j)ersonne en effet ne l'habitant plus. Durant dix-buit semaines, tout étant saccagé, enlevé, détruit, la ville reste absolument déserte. Des cavaliers suédois n'y rencontrent que des loups. Après la guerre on y compte 100 âmes. Le recensement de 1850 en indique 893. Là comme à Lihvenberg dont nous avons raconté les tribulations et la ruine, comme ailleurs au reste, il a fallu plus de deux siècles pour remonter à l'étiage numérique antérieur à la guerre.

Par ce que nous savons d'une manière précise, des contrées à tant d'égards privilégiées par leur situation et sauvegardées par l<\s circonstances, nous pou\ons sans grand effort conclure à ce (pi a dû être la di'vastation dans des pays moins prospères, plus exposés et plus durement li'aités. Il est certaines régions, la Silésie et le Palatinat, par exemple, où jus(ju'au milieu de notre siècle le cliilfre (b' la population d'avant la guerre n'a pas pu être de nouveau atteint. 11 en est de même (piant à l'elfectif des ani-

maux domestiques. L'agronomie a évolué il est vrai dans des voies nouvelles; la culture est plus intensive, mais le nombre des bestiaux, critérium de la richesse agricole, n'a pas suivi un accroissement normal et adéquat à ce qui se produisait avant la guerre, époque qui en cela ne le cédait en rien à la nôtre, preuve en soit le chiffre des bestiaux du comté de Henneberg. Dans ces régions, en ce qui concerne les bètes à laine, l'élève du mouton en est exactement au même point qu'avant la guerre de Trente ans; encore la laine qu'on recueille aujourd'hui ne vautelle pas celle d'alors. L'élève du cheval accuse par rapport à 1634 une diminution des deux tiers, fait dont les causes sont complexes et qui s'explique entre autres par ceci, que l'élevage des animaux laitiers et de boucherie est plus productif, puis, que le besoin en animaux rouliers a probablement baissé. Comparativement à 1634 on trouve une augmentation de gros bétail, dont la race est plus affinée; de uiéme pour les chèvres. Les terres, ainsi qu'il ressort des anciens registres cadastraux (abstraction faite du système féodal), étaient moins morcelées qu'aujourd'hui, ce qui par contre permet de conclure à une plus grande aisance générale en faveur des temps modernes.

Les indications relatives à la diminution de l'avoir mobiher sont plus rares et plus sujettes à caution. Quelques renseignements précis et véridiques existent cependant, en ce qui concerne la Tliuringe, où les autorités avaient fait 0[)érer le relevé <les déprédations et des réquisitions forcées et connues de tous. Dans certaines archives paroissiales, on trouve des listes brusquement interrompues pendant une série d'années au sujet desquelles toutes données font défaut.

La petite paroisse de Siebleben, près de Gotlia, axait porté en compte avant la période de misère noire des

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nmu'cs (le l()2."i à HVM), un total do dominagos se cliinVaiit par lOjlilG lloiins 12 ^^ros vi 9 1/2 itrciiiiigs; soit :

35 vaches 356 florins d2 gros.

113 moutons 207 — i» —

730 mesures d'avoine 1,461 — 4 —

16 3/4 mesures de blé 76 — 18 —

Impositions de guerre en espèces sonnantes. 4^542 — 13 —

Vols d'espèces sonnantes 839 — 14 —

Dommages résultant du pillage 364 — 20 —

Une seule miitrc du colonel Isolani et de la deniicompagiiie de Croates (jui raccompagnaient représentait en réquisitions, déprédations, pillage, etc., une perte de 1,063 florins.

DoUstedt, village florissant du duché de Gotha, que l'armée de Hatzfeld avait saccagé en 1636, accusait de ce fait un dommage de 3,500 florins; ensuite pour déprédations, contributions et vols commis de 1627 à 1637, un total de 29,565 florins. Tous les habitants avaient fui; l'endroit était désert, tellement qu'en 1637 on y retrouvait deux couples seulement. En 16il, après tpie Baner et, après lui, les régiments français eurent (durant fliiver) occupé la localité, on comptait 4 habitants, qui avaient comme par miracle réussi à ensemencer quelques ares de terre.

Dans d'autres connnunes, les dommages se sont montés à 30,000 florins; dans telle autre, à 60,000, à 100,000 florins, et nous ne parlons pas des villes ! En additionnant ainsi, bourg- après bourg et hameau après hameau, les pertes de milliers (h' connnunes ravagées et détruites, on arrive, pour l'cnscndilc du pays, à des sommes formidables.

Que dans ces conditions, rAUcmagne ait mis deux siècles — au cours (b'S(|U('ls il est vrai elle sera impliquée dans de nouvelles guerres — à recon(|uérir sa situation matérielle antéri(>ure. ({u'clle se soit trouvée pendant ce

temps au-dessous du niveau des pays voisins (en proie, on le sait, à des guerres tout aussi désastreuses et plus terribles que celles auxquelles nous faisons allusion), et qu'elle ait été écrasée par la concurrence de ses rivaux, il n'y a là rien qui puisse surprendre.

Si du processus de destruction matérielle dont a été atteint l'organisme social nous passons aux ravages exercés et subis dans le domaine moral, nous constatons un écroulement qui, pour être d'un autre ordre, n'en est ni moins complet ni moins grave.

Là encore les populations rurales eurent plus à souffrir que celles des villes, l'éclipsé de vie morale y fut plus accentuée, le retour à la barbarie plus poignant. Le prix des céréales pendant les cinquante années qui suivirent la paix se maintint à une cote très basse. Les charges s'accrurent et devinrent si lourdes qu'on vendit les biens-fonds à des prix dérisoires, voire contre les seules obligations d'acquitter les droits, dîmes, redevances qui les grevaient. L'autorité se fit tracassière, exigeante, inflexible là surtout où la noblesse détenait le gros des terres. Le petit ne trouva ni appui ni condescendance, il ne fut l'objet d'aucun égard; mais au contraire, plus le rang était élevé, plus l'égoïsme s'affirmait, plus la dureté, la morgue s'appesantissaient sur les humbles. Chez ceux-là mêmes qui en vertu de leurs prérogatives avaient été relativement épargnés, la rudesse devint plus grossière encore, les habitudes plus dépravées. On ne rencontrait nul exemple de bonté, de sens moral, de pitié; l'abaissement était général; il n'existait ni solidarité humaine, ni convictions profondes; partout c'était une soif de plaisirs, une explosion d'ambitions, un étalage de vanités; l'homme était à la fois servile et arrogant. L'existence était glacée, sans joies, sans idéal. Les intelligences furent obstruf'es, les cœurs

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coniino figrs. Los suicides migiiMMilriciit on une j)ro[)ortioii t'UVciViinto, hion (|no, pour intimider le public, l'autorité prescrivit au bourreau d'enterrer les corps sous reniplacenient nicnie (hi yibet.

A consi(b''rer au point de vue [)oiiti(jue la genèse de la guerre de Trente ans et son évolution, on se convainc tpielle fut une guerre défensive du parti protestant, moins contre l'intransigeance du parti catholique que contre l'ambition de la maison de Hal)sbourg. Au début il est vrai, c'est l'offensive — très maladroite, il faut le reconnaître, de la part des protestants — ])ar la pointe mallieureuse en Bohème; aussi, à ce moment, l'Empereur était-il dans sou droit en cherchant à étouffer l'action qui se prononçait contre lui. Seul, le succès aurait pu justifier cette première attaque de ses adversaires. Mais du jour oii l'Empereur profite de la supériorité que lui donnent les événements pour écraser l'autorité souveraine des princes, les libertés des villes et les droits de ses sujets, il fait à son tour acte d'hostihté envers le corps même de l'Empire et \iole le pacte f)ilatéral conclu entre lui, chef de l'Empire, et cette autre partie de l'Empire représentée par les j>rinces, les États, la nation de l'Allemagne. Contre cet attentat les lésés ne pouvaient que réagir par tous les moyens en leur puissance.

Il est rc^rctlabie pour rAlicnia^nc (piun siècle a\aMt cette guerre elle n'eût pas eu à la tète de l'Etat, ou comme chef de rEnn)ire, un honnne (|ualifié et disposé à

fonder un État allemand et vraiment national alors que se formait l'assise d'une Église nationale. Les matériaux dont se composait l'ancienne institution du Saint-Empire romain-germanique s'écroulaient, l'ancien statut avait fait son temps. C'eût été l'heure d'une reconstruction adéquate aux aspirations nationales, tant d'ordre spirituel que d'ordre politique et social.

L'Autriche, ahstraction faite de la courte période du règne de Maximilien II, n'avait laissé échapper ni une occasion ni un prétexte pour s'opposer à ces aspirations; elle s'était montrée ennemie de la vie allemande dans ce que celle-ci avait d'émancipateur, c'est-à-dire d'idéal; elle avait fait servir ses influences et ses alliances à entraver le développement de l'Allemagne et la réalisation des espérances allemandes. En cela, ne l'oublions pas, elle fut soutenue par quelques princes allemands. En résumé, les Habsbourg visaient à faire de l'Empire leur chose. Ferdinand II dans son fanatisme brocha sur le tout : le fauteur moral de la guerre, c'est lui.

Par la paix qui vient d'être conclue, d'une part, entre l'Empereur et les Suédois alliés des princes protestants, de l'autre, entre l'Empire et la France, deux points sont fixés, deux résultats obtenus : la reconnaissance de la parité confessionnelle, la substitution de souverainetés territoriales à l'autorité jus(|u'alors absolue de la cour de Vienne. Mais, conjointement, l'Allemagne est diminuée des contrées qu'elle doit céder à la Suède et l'Empiie perd l'Alsace autrichienne, que va garder la France. En outre, l'Allemagne est scindée en deux tronçons. Les provinces allemandes du domaine des Habsbourg' resteront pendant des siècles séparées de l'unité de la famille germanicjue et, par une incoi-poration de pins en pins étroite à l'État, qui dorénavant sera exclusivement autrichien,

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CCS yi'oupos parciils \ ÎM-onl l'un à cùlv do l'aiilrc d'une laçtHi distiiu'le, sans coiinuunault' d'inlcrèls ni d'as])iralions. Los principes qui dirigeront les destinées des peuples ainsi détachés de leur souclie première et indistincte, lra\ ailleront sans rclàclie, et avec une té'nacilé liostiie, à })aracliever l'œuvre d'isolement qui met à néant le rêve cf)nt"édératif caressé par les diti'érents membres du corps germanique alin de former une seule et même nalion. De ceci, 1" Allemagne épuisée ne se r(>nd pas compte sur le moment; elle n'en mesurera toute l'évidence et la portée que plus tard.

En Allemagne, les antitlièses, les rivalités entre les éléments catholiques et protestants iront en s'émoussant. Vers le milieu et à la fin du dix-huitième siècle, la funeste et irritante inimitié première aura disparu; les joies et les peines deviendront communes, catholicpies et protestants éprouvant les mêmes besoins, formulant des vœux semblables, partageant comme en famille les jours bons et mauvais; le sentiment de la solidarité collective s'en accroîtra. Enfin, sans distinction de religion, tous les pays })articiperont dans la même mesure aux progrès matériels et au développement individuel dans le domaine de l'esprit. Les conditions dans lesquelles vivront les provinces allemandes transmises par Ferdinand lïl à ses successeurs seront, malheureusement pour elles, tout autres. Ces provinces furent assimilées à des territoires possédés par droit de concpiête. On en cliassa k's personnalités marcjuantes, les intelligences, les talents. Par centaines et par milliers, propriétaires, savants, j)atriotes, nol)les de vieille souche, artisans capables, paysans, prirent le chemin de l'exil. Le dénombrement exact de ceu.\ (|ui péririMit le long des roules et de i'v\ï\ ipii sc'tablii'eiit dans les pa\s limiti't>[»h('s n a jamais ('lé l'ail. La Sa\«' doit au.\

fugitifs de Bohême d'avoir pu combler plus rapidement que les autres pays les vides survenus chez elle. Le gros du peuple se vit contraint de rester là oii il avait juscju'alors vécu; pour lui, le développement intellectuel et économique qui depuis un siècle, malgré d'innombrables obstacles n'avait cessé de s'y produire, fut arrêté net. Les désavantages qui en résultèrent dans le domaine matériel ne furent pas les plus sensibles; bien plus graves furent ceux qui eurent leur contre-coup sur la culture générale des peuples autrichiens. Des millions d'êtres y vécurent dès lors dans un état d'affaissement complet, terrorisés, isolés. Chassés d'une confession religieuse dans une autre, que ce fût sous la pression de la violence ou d'un bas intérêt, un grand nombre perdirent cette vertu qui consiste à avoir conscience de soi-même, et ils subirent l'oppression sans ce soutien que constitue le sentiment de quelque idée supérieure ou de quelque enthousiasme. Quant aux bourgeois de Vienne, très vite ils prirent l'habitude de parler de l'Allemagne comme d'un pays étranger. Tous, dans ce ménage hétéroclite et hybride de l'Autrichien et de l'Italien, du Croate et du Hongrois, se désintéressèrent de plus en plus de ce qui se passait en Allemagne. D'autre part, les peuples que la maison de Habsbourg vient d'englober dans son domaine nouveau continueront à être considérés comme des étrangers et seront, à plus d'une reprise, traités comme tels.

Les Allemands ont tort d'accuser le traité dcWestphalie d'avoir, par les cessions de territoire aux puissances étrangères, porté atteinte au prestige de l'Allemagne. C'est l'inverse qu'il faut dire en retournant cet argument, car (;es cessions ne furent })Ossibles (jue par le fait de la diminution du prestige (k>iit l'Allemagne jouissait jus(pralors. Les malheurs de la guern; de Ti-ente ans n'en sont pas le

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facteur csscnlicl cl (ItHcriiiiiiaiit; ce lurent les fautes et les erreurs politiques commises long'teuips axant lu f^iierre. Les causes de rallaiitlisscMueul de rEm|)ire, laut ;iu point de vue du ménage intérieur de lAllemaj^iie quà ccdui de son influence au defiors, se sont trouvées en connexion avec révolution par laquelle l'Empire avait passé. Du faîte doii il dominait l'Europe, le Saint-Empire roinain-germaniipie était tomlx"; son caractère de nioiiarclii(Mmiver-

11e n'existait plus.

L'Allemagne avait été entovn-ée de puissances nationales ri\ales sur lesquelles graduellement le génie allemand n"exer(;ait plus d'action directe et dont les forces vives étaient dirigées sur une œuvre d'organisation intérieure. Trop occupées chez elles, elles n'intervenaient pas non plus dans les affaires des Etats germaniques. Les choses avaient changé lors de l'avènement de Charles-Quint et de l'union politique — dans la personne de l'Empereur — entre l'Allemagne et l'Espagne. Ainsi, la France s'était trouvée prise comme dans un étau; dès lors lellort de sa politique s'était concentré sur la « monarchie de Charles- Quint » et après la rupture de l'union pei'sonnelle (entre l'Empire et l'Espagne), sur chacun de ces deux i)ays dont les dynasties parentes, ne cessant de s'entendre en vue d'une action conmiune, constituaient pour la France un danger permanent. Cette politique visera, en ce (|ui concerne l'Allemagne, l'abaissement des liabshourg"; elle fera du Roi Très-Chrétien l'allié du parti protestant etanti-impérial, et plus tai-d, le protecteur des princes en lutte avec l'Empereur.

Les compensations territoriales au.xquelles r.Vlleniagne était forcée de souscrire furent le ré-sultat de cette polititpie. L'eiîondrement presque simultané de l'Espagne et de l'Empire ouvrait la xoie à la prépondérance fran(;aise sur

le continent. La France, grâce à la persévérance Je sa politique pi-écise et avisée, en dépit des luttes politiques et religieuses qui déchiraient le royaume, arrivait à l'apogée de sa puissance, s'assurait la sécurité de ses frontières parla brèche faite à l'enceinte autrichienne-(espagnole), qui de l'est au nord l'enserrait, la menaçait et paralysait tout effort d'expansion.

La Suède se voyait aussi à même de réaliser son projet dès longtemps préparé de régner sans conteste sur la mer du Nord. Pour cela il lui fallait prendre pied sur les côtes allemandes, et elle y procéda. Le traité de Westphalie fit de la Suède une grande puissance dont la durée fut éphémère, mais qui pour un temps n'en imposa pas moins sa volonté et ses intérêts particuliers à l'Allemagne.

D'autre part, c'est au Congrès de Munster et d'Osnabriick que l'Allemagne future dut l'agrandissement de l'État de Brandebourg et, par la suite, l'élévation de la maison de HohenzoUern. Au point de vue allemand, cette constatation a de quoi faire taire d'inutiles récriminations.

En ce qui concerne la question religieuse, la paix de 1G48 clora la période des luttes confessionnelles. Les résultats n'en furent pas si décevants que des esprits cliagrins ont voulu le croire, puisque la distribution géographique des contrées protestantes et catholiques, telle que le congrès l'avait fixée, a persisté, sans modifications appréciables jusqu'à nos jours, malgré le déplacement de plus en plus fréquent des populations et en dépit des bouleversements politiques de notre époque. Enfin, les conséquences implicitement contenuefs dans l'absolue liberté de conscience garantie par tous les États n'ont modifié en rien cette situation. A cet égard les décisions du congrès ont eu une action considérable, une action de

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pacification et do tolérance. C'est ce (ju'en 1648 on n'eût osé ni penser ni prédire; on s'attendait, an contraire, à ce que l'un ou l'autre des partis se prépaiàt à une lutte nouvelle pour élargir ses propres frontières et refouler ladversaire dans un espace plus restreint. Ce n'est pas (pie toute agitation religieuse eût cessé; les spéculations religieuses feront partit^ delà \ie même de la nation, elles se refléteront dans toute l'histoire de cha<'un des pays, elles exerceront une influence profonde dans toutes les questions d'ordre social ou politique ; mais c'en est fini des explosions telles que le bouleversement de la Réforme et le contre-courant anti-réformateur, car les forces se sont brisées dans la lutte, et les esprits se sont assagis sous la pression des malheurs communs.

Immédiatement après la ratification des traités de Munster et d'Osnabrûck, deux différentes conceptions de politique allemande se trouvent en présence, antagonistes et rivales dès qu'elles surgissent : d'un côté, la poh tique impériale qui, malgré la très réelle diminution du prestige des Habsbourg-, cherche, sans tenir compte des décisions des traités, à faire prévaloir les anciennes traditions de suprématie autrichienne; de l'autre, la politicjue des princes allemands, qui vise à garantir aux souverains de quelque importance une autonomie complète, ou du moins une indépendance telle cpi'elle leur permît d'avoir les coudées franches. L'histoire des compétitions entre cesantinomi»'s ou ces deux tendances est en définitive l'histoire du développement politique de l'Allemagne jusqu'aux temps les plus récents.

Après i648, c'est le parti de la politique impériale qui met en avant et soutient hi cpu^stion de l'unité de l'Allemagne. Se recrutant indisliiictriMciil dans les deux camps

religieux, le parti revendique pour la maison de Habsbourgla suprématie politique. Son objectif — le même que depuis lors les Allemands ont atteint par une voie différente — est celui d'une hégémonie diplomatique et militaire d'un État parlant et agissant au nom de tous les États. L'opinion publique, pleine encore de l'organisation du Saint-Empire, était à ce moment dans sa grande majorité, même chez les protestants — il importe de le remarquer — du côté de la politique impériale. Ses adeptes s'efforçaient de lui gagner de plus nombreux adhérents en agitant le spectre de l'étranger. Celui-ci leur servait pour ainsi dire de plate-forme ; on voulait en premier lieu repousser toute ingérence étrangère, faire prévaloir les intérêts nationaux, se défendre contre toute influence antiou non-allemande. Aussi, lorsque dans leurs écrits, leurs thèses, leurs cUscours, érudits, philosophes ou savants cherchaient à faire saisir combien il était nécessaire et important d'opposer l'élément allemand à l'élément étranger, de s'appuyer pour cela sur un gouvernement qui disposât d'une force effective, les masses en concluaient — dans un moment où chacun s'apitoyait sur l'état de faiblesse affligeante des petites patries aflemandes — que l'Empereur était naturellement désigné et, plus que tout autre, qualifié pour ressusciter l'Empire et donner un nouveau lustre à sa gloire. Les efforts de l'Empereur pour affirmer sa puissance paraissaient donc justifiés. Le parti se plaçait à ce point de vue que l'Empereur représentait en réalité, dans le cénacle des souverains, le seul pouvoir de quelque envergure. Il s'appuyait sur ce fait et en étayait son argumentation, y puisant de quoi raffermir son opinion et légitimer ses visées. Mais il se rendait compte du vice fondamental du programme : l'Empereur ne ^'oulait pas suivre une politique allemande.

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Le pnili de l'opposition, ou la politi(Hi(5 «les j)riii('Os, cherchait son propre avantage sans se soucier dos intérêts de l'Empire. Mais il désirait rafraiblissomcnt do celui-ci pour en consolider d'autant les diflorontes souverainetés territoriales. C'était une politicjue de cloclior dans une Allemagne transformée en une sorte de fédération d'États, un lion ])lus ou moins élastique, à jdus ou moins longue échéance, les décisions de cotte union se substituant aux décisions (U\s diètes impériales. Le mot dordre auquel le parti se tenait dans les diètes et qu'il faisait valoir lors de négociations diplomatiques, se résumait donc à sopposer systémati(juement aux mesures susceptibles daugmenter l'intluonce de lEmpereur et à protester contre les votes qui pourraient faire le jeu de la politique impériale. C'était la lutte : une lutte tantôt sourde, tantôt ouverte, toujours habile et tenace, durant laquelle l'opinion publique oscillait aujourd'hui vers l'un, demain vers l'autre des cliampions en présence, opinion versatile et fuyante que lo« deux camps cherchaient à capter et à exploiter. Chacun des antagonistes s'efforçait d'attirer à lui les princes hésitants, timides, flottants, qui alternativement se déclaraient pour celui-ci ou })Our celuilà. Pendant ce colloque où les uns et les autres déploient les qualités inhérentes aux races qui bataillent ainsi, on constate déjà de quel côté se trouvent les aptitudes voulues ])Our façonner le premier moule d'où sortira un jour, après s'être émancipée do la tutelle séculaire, une nouvelle unité allemande.

La situation politique se résumait en ceci : le centre Ac gravité de la puissance allemande résidant dans les mains de princes irresponsables, isolés, égoïstes, sans solidarité morale, sans assistance mutuelle, et qui détiennent un potivttii' pi('S(|ue illimité sur la \ io et sur les biens de leurs

sujets. Les foiiséquenccs immédiates de ces conditions ne sont que trop connues : impuissance politique de l'Allemagne, régime de despotisme territorial, corruption des souverains et de leur cour, vénalité des gouvernants, servilisme des gouvernés, isolement de l'individu, indifférence des collectivités.

Néamiioins c'est la période de l'éclosion de nouvelles notions relatives à l'Etat. Celui-ci sera réglé et régi pendant longtemps plutôt par le bon plaisir du monarque que par des lois; cependant, les raisons tirées des besoins de la situation politique et sociale, et qui justifient quelque mesure importante, commencent à prévaloir. En d'autres termes, la science complexe qui traite du g'ouvernement des peuples et de l'art de gouverner, c'est-à-dire la politique en elle-même, va s'organiser à l'état d'institution.

L'époque de la guerre avait déjà vu se former une école de diplomates et d'hommes d'État qui, bientôt, surent orienter les affaires de leurs maîtres dans une direction conforme aux tendances qu'imposaient les circonstances : leurs principes ou leurs opinions firent autorité lors du règlement des questions à la solution desquelles ils prirent part. Les négociations en vue de la paix avaient réuni sur territoire allemand les politiciens les plus marquants de lEurope, des hommes à l'empreinte des g-rands ministres dont ils continuaient les traditions, des travailleurs au pli des chancelleries d'où ils sortaient. Un grand nombre d'individus intelligents, instruits, mandataires des différentes cours allemandes, avaient pu s'initier aux dessous de la procédure diplomatique contemporaine, ac(juérir de nou^ elles notions, s'approprier les méthodes des gouvernements étrangers, en se répandant dans les cénacles et bureaux non seulement des premiers envoyés en titre, mais aussi des innombrables négociateurs

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on sous-onlro <|ui rfrivaii'iit, coiiipulsaient, (liscourai(Mit, en mettant en œuvre les arguties, les subtilités, les roueries de leur métier. Les séances interminables et passionnées de Mimsier et d'Osiialtiiick se déroulaient au milieu d'un cérémonial rigide et à la fois d'une extrême minutie de formules et de règles. Aussi les discussions mélbodiques, l'éplucliement d'un monceau d'actes, de mémoires, de protocoles, enfin le spectacle d'une lutte où s'entre-choquaient les compétitions, les calculs, les ambitions, tout cela avait constitué un stage où se forma une génération de politiciens comme l'Allemagne n'en avait point encore cormus, une école de gens qui sauront dorénavant tirer profit des opinions divergentes, des antagonismes latents, des intrigues diverses et des intérêts, et être à la hauteur de la tâche que les circonstances leur imposent.

Cette pépinière d'hommes nouveaux, à son tour lit souche. Nous retrouverons ses élèves dans les chancelleries de tous les pavs allemands. La méthode qui procède de cette première école se maintiendra invariable jusqu'à l'époque napoléonienne. Ceux qui avaient passé par ce temps d'apprentissage étaient fortement trempés, d'une patience à toute épreuve, d'un jugement: net, d'une assiduité exemplaire. Presque tous juristes, ils savaient être ambitieux et habiles à profiter des fautes commises i)ar leurs adversaires ; peu scrupuleux sur le choix des moyens, ils en arrivaient à leurs fins tout en n'oubliant jamais leur propre avantage. Aussi voit-on bientôt leur savoir-faire ou leur expérience les im])Oser aux cours souveraines ou à lédilité des villes. Souples, entêtés, taciturnes à la fois et adroits, all'ectant de passer pour les instruments dociles du prince ou d'un conseil, ils sauront s'ériger en directeurs de ceux dont ils pren<lront en main la politiipie. Ils

devienflront les vrais maîtres de lAllemag-ne. Le service diplomatique, la bureaucratie de l'Allemagne ont été créés par eux. L'action de telles institutions qui fonctionnaient encore récemment est connue. Beaucoup d'Allemands trouvent les procédés de cette école prolixes et méticuleux, pédants et mesquins. Ce reproche peut jusqu'à un certain point être fonde''; toutefois, pour un pays qui n'a eu que trop de raisons de se plaindre de la médiocrité de ses gouvernants, il y aurait justice — et reconnaissance — à faire remonter une grande part des succès remportés par la diplomatie allemande au dix-neuvième siècle, ainsi que l'estime dans laquelle on tient, en Europe, l'administration allemande, aux hommes laborieux, clairvoyants et instruits qui furent les créateurs de ces institutions.

Les fondateurs de cette école réorganisèrent tous les dicastères administratifs. Partout on adopta leurs principes, on décalqua leurs procédés. Les chancelleries secondaires furent taillées à l'image des bureaux établis par leurs soins et fonctionnant sous leur surveillance. Ils mirent leur cachet sur les cours de justice et sur l'intendance des domaines de la couronne. La machine gouvernementale était lourde, néanmoins; ses rouages grinçaient; le maniement de l'ensemble paraissait compliqué. Le personnel se montrait pointilleux, tracassier, dévoré dambition; du gratte-papier jusqu'au conseiller « aulique et secret », tous les employés étaient, disait-on, accessibles aux pots-de-vin.

Graduellement et par la force des choses, les politiciens piircnt en main les négociations souvent très ardues du pouvoir central avec les villes et les États provinciaux, qu'il n'était pas aisé de soumettre. Ces États provinciaux existaient depuis la fin du quinzième siècle dans les pavs de quelque importance. Ils étaient composés de délégués

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