CHAPITRE PRÉLIMINAIRE
Le mouvoment roli^icux vl [jolitiquc (jui s'est protluil en Allemagne, au cours du seizième siècle, à celle période de l'iiistoire qu'on nomme, dans son cadre général et dans son acception courante, l'époque de la Réforme, représente une évolution, aussi caractéristi(jue (jue profonde, accomplie dans les esprits. Cette évolution, simultanément, avait été accompagnée et suivie de perturbations multi})les et graves, tant dans la vie des individus que dans celle des collectivités.
De même que tout développement organique est inséparable d'un état de crise et équivaut, en vertu de nouvelles exigences imposées et de modifications inéluctables, à un bouleversement et à un processus de restauration, de même aussi cette évolution troublante avait été la cause du })rogrès très réel constatable, dès lors, dans tous les domaines de l'activité matérielle et morale des pays qui y avaient participé.
On peut, en quelque sorte, s'en rendre compte en com-
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parant eiilrc elles les manitcslatioiis du Iraxail «le la |»(Miséo on (le l'activité liltéraiie à l'aurore et à la lin du seizième siècle. Pour cela parcourons deux livres de quelque valeur, présentant certaines analogies, et dont l'un aurait été rédigé vers 1500, l'autre une centaine d'années ])lus tard. Dans le premier, écrit en un mauvais latin, ce (|ui frappe d'abord, c'est l'insufiisance de la trame, la |)anvreté du vocabulaire, une lourdeur d'exj>osition qui traîne, qui masque ou défigure le sens intime du sujet, un manque de clarté. Nous constatons, en second lieu, d'inquiétantes prolixités, é^^arant l'attention par d'incessantes digressions dans des faits ou des choses accessoires où l'auteur s'appesantit, au détriment des sujets essentiels. Ce sont les mêmes et inxariables tournures du style des scolastiques, les mêmes expressions et phrases stéréotypées; l'ensemble a quelque chose de fatigué, de vieillot, d'usé. Par-dessus tout, on relève le fait de l'absence de conviction individuelle; la personnalité qu'on s'attendait h voir apparaître n'existe pour ainsi dire pas, ou bien elle ne surgit qu'à l'état (rond)re voilée; une lueur même d'indépendance de l'esprit est à peine perceptible; très rares sont les traces de quelque originalité. Les exceptions ne font qu'accentuer davantage ces imperfections.
Il ne faudrait cependant pas s'en étonner trop. La personnalité, en effet, n'étaitpas formée, ou. pour |)réciser, l'individualité s'était déformée au cours de lasecondt> moitié du moyen âge, période qui allait se clore au moment où les villes prenaient tout leur essor, où l'imprimerie se vulgarisait, et où l'on approchait de la Réforme; période, aussi, de réaction féodale dont le résultat avait été un plus complet asservissement de l'individu, et une domination graduellement plus lyranni(jue des castes privilégiées.
Ce qui donne à une époque, connue à la vie, son carac-
tère particulier, c'est le principe ou les conceptions qui lu dominent, quelles que soient les circonstances dans lesquelles les notions générales se manifestent. Jamais riiomme n'avait été moins libre et n'en avait eu aussi nettement conscience; jamais il n'avait été plus contraint dans l'expansion de sa pensée, plus impuissant quant à la revendication de ses droits. Dans la collectivité, il figurait comme un être passif dont le premier devoir était de travailler et le second, plus impératif, de rester soumis. En tant qu'individu, il était, effectivement, sans droit et sans protection. Il ne trouvait la sécurité et un adoucissement à sa situation que dans le contact avec la collectivité restreinte que représentait le groupement entre pairs et congénères, et qui ne visait que des intérêts particularistes. Là seulement, les activités populaires pouA aient se déployer, les aspirations popvdaires réaliser un i)rogrès. Mais l'individu n'y jouissait de quelques avantages (pià la condition d'abdicjuer sa volonté propre, et d'acc('|)l(Mles règles de l'institution collecti\e. Chacune de ces corporations — guildes, confréries, jurandes — cherche à se cloîtrer pour se défendre contre les éléments du dehors et contre les rivalités de groupes similaires, à s'organiser plus solidement entre éléments semblables; chacune s'isole et concurremment légifère, réglemente, embrigade, ordonne; la contrainte que chacune exerce sur sesmcFiibres est omnipotente, pres(jue ilhmilée. On y])resci-iLà l'ai'lisan comment il doit vivre et travailler; on y iin|)(>s(' l.i roriiic, la nature, le prix de l'ouvrage hebdomadaire ou quotidien. La corporation surveille l'activité matérielle ; elle tient sous sa férule toute manifestation d'activité intellectuelle, restreignant, proscrivant, limitant dans tous les détails et dans tous les dicastères, selon le rang, l'étal on la loiluiie. Sa tutelle s'étend sur les idées, sur la xoloiili'. siu laction.
4 LE PEUl'Li: ALLEMAND A LEl'OOLE
L liomiiic .irrivc ;i \\v \oii'. à u iMilriidi-c (|ii ii tiaxcisla (•i)ll('cli\ ih- rcslrciiitc. mais maîtresse; son opinion jx'isonnellc n'est en sonnne (jue récjuivalent du degré de conliance placée par lui dans l'enlilé corporative : complexe où il verse lionneur. joies, csj)érances et salut, parce cpie, là seulement, il a conscience de la légitiinilé de son exisleiice. et il se sent autorisé à être (juelqu'un, à la condition toutefois de no vouloir être ni davantage ni autrement cpie chacun.
La nation se compose moins d individus ipie d(! confréries, d'associations, de cénacles, de clans oii les intéressés — artisans, bourgeois, ouvriers, marchands — se donnent des chefs, des juges, un tribunal, une loi dont cliaquc individu, ainsi lié, acce})te les arrêts, les décisions, les (nilr(>s. i"hég('m()nie: où règne une discipline de fer ([ui st'tend jns(|ue dans les paroles et les gestes, dans la manière de ^ ivre et de se conduire; où tout manipiemenl sert lie prétexte aux plus ilures puiùtions.
Cette conception de la vie corporative, les llucluations de la vie politique ou économique poussant constamment à de nouveaux groupements, résultait du besoin de se réunir et de la nécessité où se trouvaient les hommes de s'aj)puyer l'un sur l'autre, tant l'individu })ar lui-même était peu de chose. L'individualité sociale n'arrivait à expression (jue dans une communauté ; mais, en retour, coulée dans le moide de cette institution fermée, elle ne [)ouvait plus s'en alFranchir; la personnalité y était étouflee })ar le fait même de la subordination de l'individu à la ('ollectivité, de la dépendance danshupielle 1 lionnne \ i\ait à l'état d'instrument passif, en un mot de la soumission à la volonté de la corporation Cette soumission excluait la résignation telle que nous la conq>renons; elle était la conséquence des dures nécessités dv la\ie. puiscpie c'était
DK LA GUKRRE DE TRENTE ANS 3
essentiellement la misère, la pression de l'isolement, l'abandon, qui forçaient l'homme à ployer sous l'étreinte de la corporation en deliors de laquelle, solitaire, il n'était rien. Cette discipline, d'ailleurs, parodie de l'ohéissancc volontaire à laquelle l'homme aime à se plier, consistait à abdi(juer entre les mains du g'roupe son intelligence, quelquefois sa conscience. Dans ces circonstances, toute initiative individuelle est annihilée, les notions morales se déforment. La corporation brise le caractère et l'originalité, elle rend l'homme inca}»ahle de se diriger, par conséquent de penser, de réfléchir, de vouloir. C'était, à côté du servag-e féodal et de l'absolutisme du dog'me, une autre forme de vasselag'C dont le contre-coup se fit sentir dans les domaines publics d'ordre politique et social, de même que dans le domaine privé et intérieur d'ordre intellectuel et religieux, bref, dans l'homme lui-même, en lui enlevant les moyens d'acquérir une personnalité.
Il reste à dire que le latin du livre en question rappelle la lancçue dég-énérée dans lacpielle les conventuels rédigeaient leurs ouvrages d'annalistes. Parfois, mais sans réussir à nous donner le change, l'auteur vise à l'effet lorsqu'il cherche à imiter les périodes à sensation des rhéteurs de l'antiquité. Paiini les auteurs très isolés qui écrivent en allemand et })()ur le peuple, la plupart adoptent le genre moralisateur, luais lent, aride, monotone, qu'influencent évidemment certains écrits théologicpies dont, inconsciemment ou intentionnellement, on copie les ennuyeux développements de catéchèse ou d'apologéti(jue. Le tout est alors })rétentieux, désespérément sec : ce ne sont que des formules exposées, commentées (ruiic façon didactique, d'où la vie est absente, et qui ne suscitent aucunement l'intérêt. Quelques rares livres, cependant, cssentiellemen't tiiéologiques contiennent, à notre
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grande siirj)i'is(\ une àiiiilysc plus prol'ori(l<^ des asj»ii";vlions, (les doutes, des |)i(''()('cupatioiis. el coinuie une i'é\ élalioii des uiodulalions du cn'ur Inunaiii. A eolé d'un ensei^iiemenl ni\sli(|ue à Insai;*' des àines assoiffées de consolation (pii [nienl dans la retraite des couveids, on y ti'ouve une rudinient;iii'e adaptation des l'èi^les i'(digieuses aux exigences de l'exislenee prali(pie el joni-nalière. d<>s considérations d'ordre spéculai il' et. toute niétaplivsi(pie (ju"(dle soit, connue un germe de pliilosoplne.
Un siècle plus tard, même chez les auteurs moyens, la personnalité ap])araît. Nous nous ix'rsuadons, en lisant le second des livres indiqués plus liant, que celui qui écrit s'est habitué à ce travail de réflexion qui modifie les conceptions relatives aux choses de la vie et dclesjjrit, et crée des notions nouv(dles. On se rend conqite que l'auteur, s'il ne comprend pas toutes les impressions qu'il perçoit, cherche à se les expliquer. On sent un homme déjà plus (pudifié pour rendre les vibrations de son être intime, et qui luttera pour des idées devenues siennes, non plus parce qu'il les aura reçues toutes faites, mais en vertu de l'exercice de sa raison ou de ses convictions. Dans ce qu'il croit et dans ce (ju'il sait, dans l'objet de son amour ou de sa haine se ré^•èle l'individualité, résultat du processus intellectuel et spirituel (pii s'est 0})éré en lui. Néanmoins, et en dépit de ce développement intérieur, l'hounne persiste à se mouvoir méthodiquement en dedans d'un cadre conventionnel hors (hupud il n'os(^ encore s'aventurer, ayant peur de se singulariser. Ainsi, quoiipi'il puisse sentir ou croire en son for intérieur, le théologien s'efforcera, afin de ne pas être imc occasion de scandale, d'évitei' toute affirmation cpii ris(pierait de ne pas paraître orthodoxe. Saxoir de railleur, jugemeni personnel, originalit»'" [iro[>re. (dioses ipi On exprime |»ar le terme de culture
et qui se reflètent dans cet ensemble d'acquisitions et d'élaborations individuelles, se ressentent encore tro]), pour nous, de la soumission uniforme à la règle générale qui fait loi. Toutefois, des idées, des ap[)réciations de terroir local sont en voie de percer. La manière de présenter un sujet a changé, le style est autre, avec une saveur caractéristiijue: la langue est rallemand.
Cependant la soumission qui s'y révèle n'est plus cette soumission aveugle qui abdique, dans la main d'autrui, son intelligence ou sa conscience, ou bien qui entre en lutte contre la dignité personnelle en demandant à l'homme dobéir malgré les protestations de sa raison. Elle se pratique d'une façon différente. A la corporation, constituée par des membres inertes, retenus entre eux par un lien extérieur et nuis sous la pression d'une force étrangère, s'est substituée la communauté d'honunes qui agissent et, par consé({uent, se soumettent par conviction, qui marchent à leur but comme un groupe, emporté non plus sous l'effort de quelques volontés pareilles à l'action convergente d'une ellipse sur son foyer, mais sous l'impulsion intérieure et combinée de volontés réunies. Le mobile de la communauté n'est pas l'asservissement, c'est la solidarité; les énergies s'y fusionnent tout en s'y disciplinant. En cela surtout revivent les qualités éminemment germaniques du peuple, dont une des plus remarquables manifestations de la vie individuelle et nationale a, de tout temps, précisément consisté dans le besoin de l'association codifiée par des règles, mais basée sur l'obéissance librement consentie.
C'est (pi'aussi le siècle a secoué jusque dans ses fondements l'assise même de la nation ! Parmi les g-énérations qui s'y sont succédé, les collectivités comme les intHvidus ont cond)altu j)our leurs croyances. Beaucoup ont
s LE PEUPLE MJ.EMAND A I/EPOOTE
souircrt |t()ur elles; noiiiUrciix. ceux (|iii oui succombé pour le triomphe de leur cause!
Les événements delà seconde moitié du seizième siècle, im.\(|U('ls tous les mendtres du coips soci;d ont participé d'une façon plus ou moins effective, prouvaient et faisaient comprendre (praffirnuM- et défendre son ap])réciation propre, sescoiix iclionsel sa \oloidépersonn(dles dans les (pieslions dinléi'èl \ilal, re[)résenle 1 une des [dus grandes jjrérogatives et conslilue lun des plus grands devoirs de riionnne.
Rares étaient les vaillants cpii, avant cette époque, auraient osé compromettre leur position ou leur existence pour faire prévaloir ce (piils considéraient comme des principes. Heurter de front les opinions établies ou les idées courantes constituait une hérésie et exposait à tous les dangers. A chatpie échelon social, notannnent dans les couches populaires, < liacun vivait pour soi, ne regardait (jue devant soi ou bien au travers des proches ou des congénères immédiats. L'individu n'ayant aucun sentiment altruiste, la grande collectivité, humaine ou nationale, le laissait indifférent; il s'isolait, exem[)t de besoins intellectuels, dépourvu irenthousiasme [tour les choses spirituelles. Tous ne demandaient qu'à suivre l'ornière qui semblait tracée jusqu'à la consonmiation des temps : on se prélassait dans les habitudes, on végétait dans le pli contracté; c'était l'ordre serré, étouffant, étroit, de la congrégation, delà caste, des maîtrises; c'était le labeur et la j)eine sous le joug (pi(dcoiupie dune servitude générale; lobjectif primordial, et le seul désirable, c'était l'avantage ou le profit de l'occasion, la jouissance de l'heure présente : on ne se souciait a lainienl ipie d"t''\iler à temps ce (pii pouvait être ou devenir troublant, inconnnode ou gênant. Depuis lors, la nation avait appris à s'éprendre d'un idéal,
l'individu à connaître la solidarité; l'homme avait eu le sentiment de vibrer à l'unisson de millions d'êtres, il s'était senti porté par l'approbation et les vœux de concitoyens unis dans mie même pensée, frémissant }»our une même cause, se réunissant pour une action conmume . Depuis lors, aussi, il se trouva prêt à agir et à souffrir pour une idée.
Un mouvement partnl ne se pi'odiiit j)as sans in^•oluer certaines imperfections, latentes dans les causes génératrices, que les moyens d'action vont mettre en évidence. Ces imperfections — graves et nondjreuses — ne sont pas sans revêtir une certaine analogie avec les ébranlements pathologiques qui atteignent la constitution dans sa période de croissance. L'organisme social, au même titre que l'organisme individuel, présente alors, conséquence forcée des pliénomènes qui surgissent et de l'inhérence même de la crise, des déformatiojis suliséquentes et })lus ou moins sérieuses qui déroutent les prévisions premières. Telle maladie n'épargnera pas l'adulte, si elle a é[)argné l'enfant.
Le })rotestantisme, ])ien qu'il eût dès l'abord exercé sur les masses une très réelle et salutaire influence, ne sut pas marcher droit au but qu'il s'était posé comme objectif et (jue, s'il avait pu rester conséquent avec lui-même, il devait atteindre. 11 réclamait une activité intérieure incessante, poussait à l'affirmation de la conscience individuelle, autant dire à la liberté de conscience. On le voit retomber, néanmoins, dans ce qu'il considérait comme le vice fondamental de l'ancienne Église, vice dont il s'était servi comme de l'arme principale pour attafjuer l'Église, savoir : la domiiialioii sur les consciences, la négation de l'individualité spirituelle, riinnuudnlité des dogmes. A son tour il voulut régenter : il devint autoritaire. L'esprit de hiérarciiie, fonctionnant à faux, s'y transfoi'ma en tyrannie;
iO LK PKUI'LK ALLEMAND A L'KPOQFE
lo clorgr s»* mil à im|H»s('i' dos arliclos do loi : il so lit dospolo A |toiii(> iM'o. la rolij;i(>M iiomncIIo .•mallit'iii.ilisa coiix ({iii idolcssaioiil dos crovaiicos JK-hTodoxos, |K)urcliassa comme schismalitjuos <'l dôjàoommo liôivliquos ceux qui disciitaiont son crodo.
Lullior avait, il osl vrai, su oonloiiir les zôlatours; copondaiil. il ii"«mi a\ait pas moins prôvu — et prôdit — (pio 1 uiiiou oniro les ado[)tos do la oontossion nouxcUo Unirait avoo lui; connaissant lo l'oil ol lo l'aiblo des <lisciplos et dos s\slomos il savail (pio. lui disparu, chacun suivrait le chemin (|ui somhlorait lo meilleur. Môlanchton, très éclairé, inébranlable au milieu dos tribulations de la vie. timide néanmoins, et hésitant dans les circonstances importantes, n'était pas ((ualifié ()our refréner l'ardeur des téméiairos, ni })Our contenir les expansions divergentes qui déjà so faisaient jour. A la (Uète d'Augsbourg, en 1547, l'Empereur, pour des raisons ne visant aucunemont 1 intérêt dos divers j)arlis protestants, axait cliorché, sous l'inspiration de uiobiles étrangers, à pacifier les protestants vaincus et leur avait imposé une confession provisoire, intérimaire. Pour les catholiques, cette mesure résumait une tolérance trop grande, qu'ils acceptaient dans la pensée quelle ramènerait les dissidents dans le giron de l'Église. Pour les prolestants zélés, elle constituait, au contraire, une tutelle et une ingérence insupporlablos contre lesquelles il imporlail dr s'élever, soit qu'elles touchassont les points majeurs, soit (pi'ollos décidassent de (pi(\slions secondaires. Colto confession — l'Intérim — fit gernu'r de violentes disputes théologiquos entre les fractions protestantes (luthériens et leurs adversaires les réformés, ou protestanis de la confession d'Augsbourg) ohlonnalieu à toute une série d'iiostilités entre les deux camps. Les luthiM-ions s'insurgèi-ont contre le rt'gimo ipie le conqu-o-
mis crAiigshoiirg' leur avait imposé. Par centaines, les prédicateurs se firent sns})en(lre de leurs fonctions; beauçou|) tondjèrent dans la misère, d'antres l'nrent victimes de fureurs populaires fomentées par la réaction. Les laïques ne se comportaient ni moins valeureusement, ni moins âprement. Bientôt ce fut la "uerre entre les adeptes de la doctrine luthérienne elle-même. Rien de moins édifiant que les querelles d'où les meilleurs esprits sortaient aigris, excités, irréconciliables, et oii ceux qui y prenaient part (!('•pensaient leurs forces et leurs talents à défendre ou à attaquer des thèses qui aujourd'hui n'intéresseraient plus personne.
Pour juger les contemporains ou les disciples de Luther, il faut tenir compte de la sincérité des convictions, de l'élévation des inspirations qui se heurtaient ainsi d'un camp à l'autre, car l'explosion des antithèses et des contrastes, l'antagonisme des idées et des tendances, étaient, à ce moment, les conséquences premières et obligées de l'effervescence dans laquelle les esprits avaient vécu, et témoig^naient, en définitive, d'un progrès accompli dans la conscience de chacun des combattants. Spectacle désolant, néanmoins, offert par cette lutte où aucun des champions engagés ne déplorait le déchirement ainsi causé à l'unité de l'Église, et où chacun, naturellement, en rejetait la responsabilité sur l'adversaire. Ces divisions menaçaient non seulement l'unité, mais encore l'existence du protestantisme. Toutes dangereuses qu'elles fussent au point de vue du principe de l'autorité ecclésiastique et des conséquences que pouvait entraîner la suprématie d'un parti victorieux, ces divisions n'en comportaient pas moins des éléments de vivante énergie, de ténacité dans le désir de vaincre. Ces luttes contribuèrent au développement de ces facultés dont, par la suite, le caractère national sut