I:.» LK l'Klîl'LK ALLEMAND A L'KPOQUE
faire preuve, soil ilan.s Tordre spéciilalif : lorsque rAlIemanil forao SOS théories; soil dans l'ordre i)rati(iue : lorsque sa iiliiloso|diie doit passer dans le domaine des faits. Deniènie (ine les iiidi\idns. les uni\ ('rsih's se dispntrriMiL léna ouNranl ses jioiles aux /.(dateurs InllK'ricns, \\'ilt(Md)erg" ])renanl fait et eause pour JMrhnudilon et ses disciples. Ces aines disparurent. Les eadels ipii entreront en scène, ayant reçu une insiruelion différenic cl une éducation plus utilitaire, avjuil sul)i linfluencc dun temps plus moderne, penseront et agiront dune autre façon que leurs devanciers. Vers la fin du seizième siècle le protestantisme s'était acclimaté partout où il avait [»ris})ied: bien plus, il paraissait vivre à l'abri de tous dangers extérieurs dans la plupart des pays où il s'était réjjandu. Cette sécurité provo- (jua un relâchement de la discipline, un ébranlement des convictions; elle devint fatale })Our la foi nouvelle ellemême. Le clergé prit une importance exagérée; très vite, les ecclésiastiques devinrent orgueilleux, autoritaires, infatués d'eux-mêmes; ils acquirent toutes les prérogatives et tous les défauts d'une caste privilégiée. Conseillers écoutés de princes incapables, directeurs influents de l'opinion publique, ils exploitèrent la faiblesse de ceu.\-là et l'impressionnabilité de celle-ci au profit de leur ambition, })erséculèrent ceux qui (diercliaient à se soustraire à leur dondnation ou ceux qui professaient une foi dillV-rente de la leur. Pour avoir gain de cause, ils appelèrent à leur secours le pouvoir séculier, ne redoutant même pas de susciter des émeutes po|»ulaires. On vit alors la foule saccager, à Leipzig, les maisons des réformés et l'autorité allant jusqu'à faire décapiter, à Dresde, un ecclésiastiipie convaincu d " I n' I ('• lodoxie .
Tout à coté, dans les pays lidèles à l'ancienne confes-
sion, une poussée de sève s'était produite, vivace. })uissante, étrange. Du sein de l'Église catholique une discipline nouvelle avait surgi. Basée sur une culture solide, soucieuse des intérêts de rhunianité, elle s'imposait à l'attention, frappait les esprits par le contraste niar(pié qui existait entre elle et le [)roteslantisme : deux voies divergentes, deux camps antagonistes et rivaux, dissemblables quant aux moyens mis en œuvre, quant aux tendances secrètes ou avouées, quant au résultat (jui devait couronner leurs elforts.
En Espagne, en Italie, le renouveau religieux qui s'était produit avait suscité aussitôt des dévouements sublimes, des sacrifices courageux, des enthousiasmes ardents : renouveau adapté à l'âme romaine ou latine tant par sa nature que par sa forme. L'âme germani(jue n'avait pu s'cissimiler ces nouvelles croyances. Elles n'étaient pas, en effet, adt'(|uales à ses aspirations intimes, à ses nolions greUV'cs sur (les conceptions idt'ales d'une race différente, mais elles n en avaient [)as moins exercé sur les esprits une action profonde. La nouvelle discipline réclamait l'effacement de la personnalité, conseillait le détachement des biens terrestres ou civils, exigeait l'obéissance absolue et la soumission complète au successeur de saint Pierre, le sacrifice du « moi » à l'autorité de l'Église et du « mien » pour l'avantage de l'Église. Alors que la doctrine protestante enseignait que Ihonnne })0uvait, })ar ses propres efforts et son seul développement intérieur, puiser en lui-même les éléments nécessaires pour arriver à la connaissance de Dieu et pour réaliseï' son union avec Dieu, l'oi'dre de la Société <le Jésus moulait les esprits dans la règle des dogmes innnii;il)les liors des(pu'ls il n'y avait pas de possibilité de salut. La lutte entre ces deux forces protagonistes et ces deux influences contraires se
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(loiihiail (le (•(»iisi<l(''i-ali()iis v\ (raj^issciiicnls (»oliti(jii(\s. Le ]ii'(il('staiitisiii(% maigre'' le loyalisiiic des rrfoniialciii's, (''lait (Irmocialuiuc (l'esscMico et défait; le « risoigimcnto » des jésuites, eoiiséquent avec lui-iuême et avec les traditions de rKg-lise 5 réclamait de tous l'obéissance au régime liitTarcliieiuc t|iii di'lciiail le |»ou\(iir. proclauiait le droit (li\iu du souNcrain, mais le droit souverain de lEglisc el celui du trône, sacriliail l'individu à la stahililé de l'Klal et à la suprénialie de l'Église.
On sait conmienl l'ordre de la Soeiélé de Jésus prit naissance. En 1540 le |>a|»e conlirniail la constitution de l'ordre; peu a|très, les preniici's pères franchissaient les Alpes et leHIiin et })énélraient en Allemagne. Au concile de Trente (1545) leur inlluence est déjà prépondérante. Très vile. Tordre s'organise dans les contrées où. quoique clairsemés, se trouvaient encore, parmi les adeptes de la confession nouvelle, des centres catholiques. Il agit et s'affirme avec énergie, décision, un esprit de suite que rien ne lasse; il fortifie les faibles, ébranle et entraîne les hésitants; bientiM. il gagne la faveur des princes et des puissants du jour; il sait attirer les lunubles. Des souverains lui contient la houlette pastorale de leurs peuples; les Habsbourg ont commencé; les princes-évêques allemands suivent, car ils pressentent le pouvoir que l'ordre saura exercer sur des sujets prêts à leur échapper; enlin, les ducs de Bavière, toujoui-s orientés vers Rome, qui favorisa l'élévation de leur maison, se mettent sous la tutelle de l'ordre. Au moment de l'arrivée des jésuites en Allemagne, la nation était en voie de devenir protestante; au début de la guerre encore, les trois quarts des poiudalions allemandes et autrichiennes étaient protestantes. En IGot) le domaine impérial, tel (pi'il sera constitué à nouveau, sera entièrement catholique; catholi(jues. en outre, plus
(lu tiers des pays allemands. Tel est le résultat de l'œuvre de ces missionnaires étrangers dont l'activité tient du merveilleux. Ils vont avec prudence, ne procédant qu'en vertu dune méthode prévoyante, terme, précise : reculant, s'il le faut, pour avancer d'autant plus sûrement aussitôt après, fuyant devant l'orage, revenant pendant l'accalmie, ne laissant rien d'inachevé, menant de front les j»lus vastes projets et les occupations les plus minimes, frappant toujours au bon endroit, étonnants d'inébranlable ténacité. Ils prêchent d'exemple dans le sacrifice de soi pour le triomphe d'une idée, idée dont l'expression ou la forme saisissable ne se manifeste pas, il est vrai, dans l'individu isolé, mais seulement dans renseml)le cohésif ou l'unité de l'Ordre omnipotent. Les jésuites surent se faire apprécier ou se rendre indispensables partout où ils apparurent, aussi les faveui's et les honneurs allèrent-ils à eux. Aux yeux des Allemands le Jésuite demeurait , néanmoins, l'Étranger. La puissance occulte de l'ordre, ses règles rigides à la fois et mvstérieuses inspiraient une crainte qui n'excluait pas l'attirance, frappaient l'imagination des protestants comme des catholiques. Tandis que les premiers ne cessaient d'attaquer l'ordre dans leurs pamphlets, en le rendant responsable des fautes politiques commises et des calamités qui en étaient la conséquence, les seconds restaient, malgré tout, attachés à la forme nationale i\e \v\iv religion. Pour les catholi(|ues , les jésuites, tout influents qu'ils fussent, représentaient un élément exotitpie, inconnu à la vie nationale. En dépit de l'encens qu'on lui prodiguait en liant lieu, et alors que les autres ordres d'origine étrangère, franciscains ou bénédictins, s'étaient acclimatés au point d'être assimilé's aux nationaux, les jé-suites conlinuaicnl à être traités en étrangers .
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Le |»('ii|il(' a\ail m la |)(M'C('|>li(»ii (irs iicltr (|IM' ces lioiimics ii"»''lai(Mil pas cl ne sciaient jamais, à pioprcmciit |iarlrr. des leurs. (]c sciilimciil t'tail parliciilirrcmciil, enj-aciiH' dans le <-lciii(' séculier, ce (|iii s"c\|)li(|ne. eu outre. |iai' le l'ail (|uc. 1res souvenl. les préroualives et a\aulaii('s du (deri>('' t'Iaicul It'si's ou auioiudris par liufluence ou laction envahissante de l'ordre.
Ainsi, depuis le milieu du seizième siècle, deu.v sources dillérentes, disscud)lai)les. d'où jaillira la pensée, d"oii se répandra l'action, éléments constitutifs à la fois et manifestations essentielles de la vie iudividu<dle et nationale. Champ-clos aussi, où Fou verra, au fur et à mesure que se dessinera la lutte, d'un côté la soumission passive, 1 ardeur du fanatisme, l'unité des conceptions; du côté opposé, le libre examen, la notion du dcNoir éclose dans le seul travail de la conscience, les doutes; là, les actes énergiipies. i-édléchis. la cohésion et l'assurance ; ici, la iraguieutation des ])artis, l'indécision et les appréhensions. Les contrastes sont saisissants; ils s'accentueront au cours des événements, notamment dans le domaine })oliti(|ue.
Si, d'une part, le protestantisme a réussi en certains pays allemands à rehausser le ])restige du souverain, il a, d'autre part, amoindri les aptitudes des princes pour e.xercer le pouvoir. L'éducation des souverains protestants souffrait du tour théologique qu'on lui imprimait ; leur instruction ne se faisait ])as dans une direction prati(pie, utile, humaine; Uhu-s précepteurs, pour la plupart ecclésiastiques, ne les nourrissaient (pie d'abstractions. Le j>roteslantisme, dans la forme incomplète et provisoire qu'il revêtait à ce moment, n'était d'aucun secours pour le développement du caractère du souverain tel qu'il
eût dû être façonne pour cette époque. Ces princes, nous les sentons tourmentés de scrupules, assaillis de doutes, hésitants, incertains. Qu'ils soient ambitieux, vaillants, pieux ou dépravés, ils demeurent flottants, tiraillés parce (juils ne faisaient pas, par ce qu'ils faisaient ou auraient dû faire. Les prédicateurs de cour n'arrivaient pas à leur inculquer l'assurance, à débrouiller avec eux l'inextricable écbeveau de leurs devoirs ou de leurs obsessions. CluK'un de ces princes vi\ait isolé. En outre, entre les différentes communautés ou églises d'un pays, aucun lien solide; partout et toujours, des discussions, des rancunes, des haines entre les congrégations, entre les écoles; la zizanie à l'état permanent entre les différentes fractions de ces groupes. Au point de vue de l'Église et (b^s collectivités religieuses il s'ensuivait une diminution d'influence, un abaissement de })restige, un amoindrissement de l'autorité. Tandis (pie le clergé catholique cherchait à cimenter l'union entre les souverains catiiolicjues, les ecclésiastiques protestants travaillaient, auprès de leurs princes, à faire prévaloir, au détriment de la confession rivale, la confession ({u'ils re})résentaient, entretenaient les divergences, les animosités entre les cours, soufflaient l'intransigeance ; les séparations s'aggravaient pour le ])lus grand mal de l'action commune et de la svntlièse religieuse et politique. Rien d'étonnant à ce que, pendant longtemps, et alors qu'ils se trouvent en lult(^ politi(|ue ouverte avec les catholiques, les protestiints se voient acculés dans une situation désavantageuse (pu' finit [)ar devem'r criliipie.
Politiquement, b' protestantisme n'était pas encore formé vers 1600; il n'existait que d'une façon abstraite et dans un ensemble d'âmes qui l'avaient accueilli. L'avenir
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allait montrer dans quelle mesure les contUtions générales dans lescjuelles se trouvait l'Allemagne permettraient le déveloj)j)iMnenl ultérieur du proleslanlisme en lanl (juinstitution religieuse uiilionale. A ce moment, il se maintenait diins l'opposition on l'axait iclégué Ciiarles-Quinl. En tant cpie j)arti, il ne l'oruiait })as à lui seul le camp de l'opjjosition décidée à tenir tète à rand)ition de l'Empereur, dont les visées politicjues n'étaient parfois du goût ni des eatholi(jues allemands, ni de tous les princes ses alliés, ni même du pape. Le temps n'était })lus où, sous Maximili(Mi II, prince de goûts rallinés, dune culture reuKuupiahle, et très })opulaire en Allemagne, l'espoir avait surgi d'une réconciliation sur le terrain confessionnel, et où l'organisation de l'Empire dans un sens allemand semblait possible à réaliser. Il avait fallu rabattre de ces espérances. L'intérêt de la maison de Habsbourg avait, depuis lors, primé toutes ces considéralions. L'Italie, l'Espagne, la Turquie, adversaires et amis, lavaient attirée toujours plus dans une voie dirigée contre les intérêts de la partie allemande de l'Empire, et, même dans les provinces de son domaine liéréditaire, l'Empereur avait été amené à favoriser ses intérêts personnels au détriment désintérêts de ces pays.
Dans les masses populaires, le levain du protestantisme avait suscité un bouillonnement d'idées; en même temps, il avait provo(pn' une poussée de revendications sociales. Depuis la guerre des Paysans, en 1525. jusqu'au delà de la lin <ln seizième siècle, une agitation latente régnait parmi le [teuple; elle n'arrivait pas à se calmer. La Kéi'orme, en déliant les langues, par cela même avait permis aux individus la discussion non seulement des intérêts spirituels, mais encore désintérêts matériels. On jugeait |(lus libienient la situatiitn des juitres et sa position sociale
à soi; chacun se croyait autorisé à exprimer son opinion, chacun se sentait le droit de la faire prévaloir, chacun erg^otait. disputaillait ou geignait; le paysan murmurait tout haut contre les charges qui l'écrasaient, le bourgeois se rebiffait contre l'égoïsme de lédilité urbaine, le seigneur terrien grondait à la fois contre ses vassaux et le suzerain. Le mouvement révolutionnaire des paysans avait été rapidement étouffé, et cependant les aspirations démocratiques du bas peuple ne s'étaient pas assoupies; elles se sentaient bridées, mais elles étaient prêtes à éclater, comme avaient fait explosion les rumeurs, les plaintes, les récriminations. Les théories démocratiques s'étaient inhltrées dans le peuple particulièrement sous le couvert d'une secte, les Anabaptistes, qu'on pourrait appeler les socialistes du seizième siècle. Cette secte, dont la doctrine n'arrivait pas à se condenser en un système, tant elle variait suivant les appréciations individuelles, se composait des éléments les plus disparates — depuis les théoriciens inoffensifs rêvant d'un phalanstère édenique peuplé de citoyens vertueux, jusqu'à ces fanatiques dangereux qui prêchaient la polygamie et le partage des biens. — Elle réussissait néanmoins à faire de nombreux prosélytes et trouvait, dans chaque cité, des démagogues disposés à s'enrôler sous sa bannière et des malheureux ayant foi en ses promesses. Charles-Quint n'avait pas réussi à en purger les villes impériales de l'Allemagne méridionale. A Miinster, elle était même parvenue à s'emparer du pouvoir pour quelque temps. L'influence de la secte s'était, il est vrai, émoussée à la fin du siècle, mais ses principes ne s'en répandaient pas moins dans certaines régions, notamment les contrées où l'opposition protestante des États Provinciaux en lutte avec le souverain catholique maintenait le peuple dans un état d'agitation
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Il cil rlail ainsi eu IJolirinc, en Moravie, dans la Haute- Aulii<-lie. A son point «le vue, l'Empereur n'avait donc })as lurl de s'émouvoir des causes de Irouble et de révolte «pii évoluaienl dans les (piestions relij^ieuses, car ces dernières, doublées (pi ClIes t'Iaienl de considérations sociales, icNétaicnt un <-ara(ière nettement politi(jue. La faron de piocédei' (U' riMiipereur, il faut en convenir, au lieu déleindn^ rinceudie, ne fit que laltiser. Plus les Hal)sbourg- déploieront de zèle pour rétablir, avec l'appui des jésuites, la discipline de l'Eglise et |)Our fortifier leur pouvoir, plus ils seront tenus en écbec, à la fois dans rEm])ire et dans leur domaine héréditaire, par les réclamations et les revendications des princes et des villes, ])ar la résistance de l'opposition au sein des Etats Provinciaux, et par la fermentation générale qui se produisait dans les masses. On le voit, les Habsbourg se trouvaient acculés à ce dilemme : ou bien ils accepteraient le programme politique im})licitement contenu dans le mouvement de là Réforme, ou bien ils extirperaient les doctrines nouvelles, et pour eux subversives, aussi bien dans les pavs de l'Empire que dans les provinces leur apj»artenant en propre. La première de ces alternatives ne pouvait les arrêter un instant, aussi l'hésitation né tait-elle pas possible.
Le sentiment de sa confiance en lui-même avait grandi dans le parti catiiohque. Les victoires renq)ortées dans les pays étrangers avaient enhardi les amis de l'Empereur. L'explosion violente de l'oijposition protestante dans les Etats Provinciaux et dans les jjrovinces inq)ériales pousse les alliés de l'Empereur et de l'Église à une action commune Pour j>arerau mouvement menaçant (pii se dessine ibi ro\r du |iaiti callioliiiiic. les piinces [)roteslants se groupent et torment ce (pi on a ap[>cl('' (( ILnion » Les
catholiques ripostent par Toro^anisation delà « Ligue ». Celle-ci prévoit quelle atteindra son but par une stratégie offensive; celle-là s'en tiendra à des mesures défensives comme plus favorables à ses intérêts du moment.
La réaction survenue après la guerre des Paysans, et au profit de la noblesse, s'était traduite pour le serf ou le manant par une aggravation de charges, })ar une restriction de liberté, par des conditions plus dures quant à laffranchissement et à l'obtention de terres censives. Le lien féodal si'tait resserré au détriment des asservis, même des affranchis et des petits propriétaires d'alleux. Par la force des choses, cependant, certaines })rérogatives nobiliaires tombaient en désuétude à la fin du seizième siècle. Le })Ouvoir des souverains s'étant affirmé, les détenteurs de fiefs n'étaient })lus, comme jadis, investis de droits ])oliti(jues dont lexercice impliquait une puissance rivale plut(M ({ue vassale de l'autorité suzeraine. On en était arrivé à une centralisation administrative qui tendait à l'émancipation des communes et à la limitation du pouvoir des seigneurs : évolution dans le sens des principes sociaux contenus dans le mouvement de la Réforme et des principes })oliti(jues issus dune étude plus raisonnée du droit romain. Toutefois, une foule de seigneurs ne se soumettaient pas à ces conditions j)lus modernes. Plus sédentaires, il est vrai, mais aussi peu laborieux que leurs ancêtres, ils tranchaient eux-mêmes les nombreux différends (jue leurs excessives prétentions faisaient surgir; où ils avaient encore la faculté d'exercer un droit de juridiction, ils substituaient leur volonté ou leurs caprices à l'autorité souA eraine, ou même recouraient aux armes pour faire valoir leurs droits. Ainsi, peu avant la guerre, on voit Georges Behr von Dijvelsdorf lever une troupe pour
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reconqiK'iir iiii(> tcirr lirritée par un tiers; puis, en 1628, faire dt'-caiiitcr sou secrt-tairo jtnnr une liisloiro de faux et (le vol.
Vers 1000, les mœurs de la petite noblesse sont déploraldt's; eomparées à celles des autres elasses sociales elles sont franchement r»''Volutionnaires. Dans certaines contrées, les plaintes sont devenues si instantes que, même dans les provinces hcrcdilaires de rEni})ire, l'autorité sévit. Des- édits paraissent, imposant aux lésés Tobligation de dénoncer les auteurs des vexations (jui ne cessent d'être commises. A côté des hobereaux sédentaires vivant d'une façon très chétive, une catégorie de nobles soutiennent leur existence par des moyens inavouables. Ils errent d'une contrée à l'autre, toujours en quête d'un coup de main à réaliser, dangereux parasites ne se servant que d'expédi(Mits et constituant un fléau dont le pouvoir central finira par s'émouvoir et contre lecpiel des mesures seront prises dans les édits impériaux de 1602 et <le 1617. Les nobles, en général, se trouvent dans un état d'infériorité intellectuelle et matérielle qui a pour premier effet de les aig^rir contre le courant moderne auquel ils sentent ne pas être capables de résister, les préjugés de caste et l'absence de toute instruction première les empêchant de se préparer une situation avantageuse et indépendante. Il ne leur reste, s'ils veulent ne pas végéter dans la gêne et se morfondre dans l'envie, qu'à prendre du service à l'étranger.
Déjà avant 1618, on entend dans toutes les armées les mêmes plaintes de ce (|ue les hobereaux accaparent tous les grades. Comme aux (piiu/.ièine et seizième siècles, les plus fortunés i)artenl en Hollande, en France surtout, afin de s'y instruire dans le métier des armes et dans b's manières des cercles aristocraliipies ou de la cour. Non seulement à Paris, mais encore ihuis la plupait des \ illes
<hi royaume, on rencontrait, au début du dix-septième siècle, des quantités de nobles d'Allemagne. Ils s'y faisaient remarquer, généralement, par leur maladresse à s'assimiler les qualités fondamentales du caractère français et les usages qu'ils eussent gagné à s'approprier; ils n'arrivaient })as à imiter la distinction et l'urbanité des gens du monde, mais n'en retenaient que les défauts et les \ices. Jus(jue dans la débau(die, le reîtrc demeurait. On les tournait, du reste, en ridicule lors(ju"ils rentraient cliez eux: on raillait leur manie d'exolisme, (juoique, déjà avant 1648, la plupart des cours allemandes eussent singé ce (jui se faisait et se produisait en France, vécu comme fascinées par les modes et l'entrain de Versailles, et eussent adopté le français pour la conversation et la correspondance.
L'importance de la noblesse, en tant que caste, n'en était pas diminuée; au contraire, par l'inépuisable crédit dont elle jouissait aux cours, par l'exclusive répartition à son profit des emplois, titres et honneurs, enfin par l'entière licence que les souverains lui laissaient tout loisir d'exercer envers les inférieurs, la prépondérance del ('dt'ment noble et son pouvoir s'étaient accrus depuis le milieu du siècle précédent. Par contre, l'influence politique de la noblesse était amoindrie; le grand courant civilisateur de la culture avait passé au-dessus et à côté d'elle. Les masses avaient progressé sur le chemin de l'instruction, et bénéficié de maints perfectionnements; la noblesse était restée en deliorsdu développement matériel et de l'expansion intellectuelle. Entre les différents groupes des seigneurs, pour la plu[»arl ignorants, rusires et ^ anih^iix, et les classes bourgeoises avec leurs lettrés, Icnrs te(dniiciens, leurs savanis aptes à agir sur leurs concitoyens, aies (''clairer, à les diriger, b's contrastes élaicnt dev(Mius (rami(''e
ii L\: l'Kl l'IJ; A lu; M A NI» A L'KPOQIIE
m aniKH' jjIiis saisissants. Le public scn rendait complrv La iliri'flinn des allaiics d»' difloronts souverains, l'organisation des conis de justice, les dicastères delabureaucralie a\;iicnl |>ass('' des mains des anciens laxofis nobles cl lili(''s dans celles des bourgeois dipknnés ou gratU''s; les clianc(dleries, les tribunaux, les « convenis universitaires » t'Iaienl occupés ou jnt'sidés par des roturiers: la licdiesse. l'iiiil du connneice el de l'industrie, se trous ail dans les Ailles (diez les descendanis il boinnies libres ou affrancbis, cependant que la noblesse inactive s'appauvrissait toujours })lus. Encore un demi-siècle de pros[)érité, c'est-à-dire de travail, encore un temps d'ascension, c'est-à-dire de paix, et la l'éodalité se fût écroulée, l'évolution nationale se fût paraclievée 1 De deux choses l'une : le particularisme des castes se serait transformé à l'état dune institulion arcbaïque sans action directe sur l'organisme social, ou bien il aurait lui h' ])0ur maintenir des prétentions incompatibles avec les exigences dune vie plus moderne; dans le second cas, il se serait effondrésous l'effort des revendications populaires. Les collectivités comme les individus isolés avaient appris à juger la noblesse pour ce quelle valait el pour ce qu'idle était susceptible d'accomplir : le temps approchait où seule la qualilication de l'homme lui vaudrait considération et fortune. Du moins, le mouvement qui devait aboutir à jtareil résidlal a\ail connnenci' à se produire : l'aurore d'uiu^ ère nouNclle semblait se lexcr. Ci'pendanl. il n'en lui point ainsi. La guerre survint; elle mit à néant ces espoirs; elle brisa la force de l'élément bourgeois.
Le rég-ime militaire adopté par les piimes. à l'instar de celui (pii régnait en Aulriidie. a alul aux nobles. (b'Ienleurs des grands emplois niililaires. une subite reciudescence de j)uissance el un nonxcaii |»reslige. cpi'ils mii*(Mil à pndit
pour relever, en (lé})it des malheurs de 1 époque, leur situation personnelle et restaurer, malgré les calamités et les ruines, les privilèges de leur caste. Au cours des années de troubles et d'intrigues cpii sui\irent la guerre, toute conti-ainte devenant inutile, tout contrôle ayant cessé, il se }>roduisit une nouvelle réaction féodale analogue à celle du milieu du siècle })récédcnt.
On constate dans les masses, peu avant la guerre de Trente ans, un sentiment de malaise et d'appréhension. Les feuilles périodiques, les discours, assombris par des considérants in(juiets, expriment une même humeur chagrine, interprètent les choses dans le sens de prévisions néfastes, grossissent les événements; chacun tire de la situation présente un horoscope mauvais; il en est qui croient à la fin prochaine du monde. Les conditions matérielles dans lesquelles le plus grand nombre vivaient n'étaient ce[)endant pas alarmantes. Pendant une longue période de })aix. le bien-être des campagnes s'était étendu; la vie était })lus facile, plus large que jadis, la sécurité générale plus grande. Les exigences de chacun s'étaient, il est vrai, accrues d'autant : un besoin plus intense de jouissances et un déploiement de luxe jusqu'alors inconnu se manifestaient. D'autre part, surtout dans les couches sociales inférieures, le mécontentement se généralisait, et, de plus, se prononçait un sentiment de lassitude qui attisait à la fois l'envie et la soif des plaisirs. Cet état de tension, ces préoccupations presque exclusivement matérielles, cette (nsposilioii frondeuse eurent j)Our consé- (juencc un abaissement dn sens moral, une incHflerence ])Our la chose pubh'que. une désatîection des intérêts supélieurs de la nation. Le feu sacré pour les discussions théologiques avait fait jtlace, chez les uns, au désintéres-
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st'incnl à Ir^aid dr sp»''culations abstraites (jiii n'ahoulissaiciil il rien ; clu'/ l«'s autres, à une espèce de désespérance ; clic/ d iHitres encore, à un état dinitalion; beaucoup axaient pcidii couraiic: i\v plus iioinhiciix se confinaient dans le doulc et, en même temps, dans 1 inlob'-iancc la plus urossicre. Au fur et à mesure (pie nous nous ia[)proclionsd(^s années (pii vont marcjuer le début des bostiiilés, Ja situation s'a^fg-rave de I é'tat lamentable du numéraire, ipii. pou!' I()ii<:lemps. causera une pei-liu-batioii profonde dans les transactions cpiotidiennes, accentuant la démoralisation des foules, et ])réj)arant la ruine des jiavs ipie la guerre va frapjier.
Le mouvement de la Réforme a piovo(jué dansle peuple un développement de l'esprit, c'est incontestable. Mais n'oublions pas (pie de cet épanouissement initial nacpiirent d'autres aspirations, des exigences nouvelles qui, à répotjue oii nous sommes arrêtés, eussent dû être satisfaites, non seulement dans le domaine inteUectuel et spirituel, mais encore dans le domaine politique et social. La doctrine de la Réforme, si Ton voulait procéder logiipn^ment, devait être élarg^ie, car elle avait pour objectif la liberté de conscience. Si l'œuvre des réformateurs de\ait être adaptée à la nation, en tant qu'institution populaire et allemande, elle méritait d'être paraclievée, car elle impli(piait l'organisation d'un État et d'une société sur des bases nouvelles et assez puissantes pour imposer le respecl cl la ciainlc : il inqtorlail ipie les pays et les individus fussent indépendants, et que la nation devînt forte. Tel le mirage (pii, aux veux de beaucoui», é(piivalait à une résurrection, et dans bupiel, lorsipie aura sonné l'Iieuredes désillusions, l'Allemagne ne lioiiNcia plus ipu- le l'ant(.Mii(' de ses espéi-anccs, I^a doctrine se dt'iormcra dans I l'Iroi-
tesse du cadre où on l'aura enserrée; l'œuvre n'en sortira pas amoindrie, mais elle fournira à l'Allemagne la preuve de son impuissance politique, en dévoilant l'inanité de son rêve prématuré.
Dans un pays morcelé, plovant sous l'absolutisme de princes incapables ou frivoles, vivant dans une atmosplière de doutes et d'abstractions bizarres, sans volonté, de même que sans aspirations conuuunes, sans lien dénature à souder entre eux les membres du cor})s social, le peujjlc allemand souffrait de labsence de cette cobésion idéale et de cette unité concrète qui eussent fait de son pays une patrie à proprement parler. Patrie à l'instar du Royaume- Uni, où déjà sous Élisabetb tous les clans se groupaient en une famille anglaise, à l'instar de la France créée pour nous par le génie d'Henri IV.
Désunis, mal préparés, déjà las, les Allemands sont entraînés dans la guerre fratricide et formidable. La collision sanglante était devenue inévitable par le fait de l'antag'onisme croissant entre les intérêts de la maison de Habsbourg et ceux delà nation allemande, entre les principes fondamentaux de la religion nouvelle et l'immuable autorité de l'Eglise. Cette guerre durera trente ans.
A première vue nous avons peine à comprendre comment il s'est fait qu'une guerre ait pu, dans de telles conditions, durer aussi longtemps. En étudiant de })lus près les circonstances de cette durée caractéristique, on se convainc que la lutte fut si longue et si terrible parce que, précisément, aucun des l^elligérants n'était à même d'opérer d'une façon rapide et décisive.
Les armées ayant figure'' sur les différenis cbanips de Initaille de la gnci-re de Trente ans corres})ondaient, numériquement, tout au plus à un de nos corps d'armée
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modoinos Tillv profcssiiil (|u"un corps do 40,000 liommos n'prrscnl.iil une lon-c (•aj)al)le do tenir UHo à lonics los r\ cnliialih's. ri (|u"un j;t''n«''i'al no d('\ail |)a.s s'onihaiTassor d "un oUVclil" plus consich'ral)!!'. En lail. les ainn''('s dccoKc (''p<)(|ut' n altciiiniicnl pi('S(pi(' jamais un ollVclir ])ar('il ; la [tlupai'l dos lialaillos t'uront livrôos par dos conlinj^cnls rtdalivouiont Iros léduils. En outro, cpiol (|ii'oùt «'lô lo nond)ro dos liomrnos lovôs, il fondait vilo ])ar suito dos «'■pidt'uiios. dos dc'sorlions. sans parler dos condtals. Or oouinie aucune mesure nélail j)rise pour cond)ler syslé- ]nati(piemont les vides. — on iî^noraiL absolument, l'oroanisalion dos i-ésorvos, — los eirootit's \ ariai(Mit dans des proportions ineroyaldos. A un moment doiuié, cependani, apparaît une armée vraiment nombreuse réunie sous un seul et nuMuecounnandomont, colle do Wallonstoin. forte de 100,000 bonmies, si toutefois Ion peut donner le nom darmée aux bandes dépourvues do cobésion et de discipline (pii. on 1620. i-avagoaiont les provinces allemandes et qui se trouvaient disséminées sur une étendue de terrain énorme, soit la moitié, à j)eu près, du territoire de TAllemagne. Une seconde fois, au cours des événcMuents, une armée imposante se forma : il s'agit de colle <les Jmpé'riaux, massée dovani Niirdlingen en 1G34, comptant 60,000 bommes. mais (pii, en réalité, se com[)Osait d'une armée auxiliaire italienne, d'un contingent espagnol, des lioupes Ac Maximilion de Bavière, et enfin des débris de lainH'o de Wallonsleiu. L'emploi tecbniquo dune masse aussi dis})arato sond)lait constituer, aux yeux dos intéressés eux-mêmes, une entreprise très risquée. En effel, on n'arriva jamais à mater ces bandes et à les tenir toutes sous la main. Aussi, dès colle époque, voit-on les généiaux no plus commander <pi à d«'s olfectifs peu nombreux.
La grande difficulté tactique n'était pas d'entraîner la masse au condjat, mais de pourvoir à son entretien; il importait donc de la réduire le plus possible. La mise en branle des unités tactiques exigeait beaucoup de temps. L'idée dominante consistait à assimiler un corps de trouj)c en ordre de bataille à une forteresse mobile et vivante. Du point central de celle-ci, le cbef devait [)Ouvoir dominer laggloméralionj surveiller cliaque détail, embrasser du regard les territoires adjacents, ordonner cliaque mouvement et décider de l'attaque. Le service d'ordonnance et d'état-major était à peine ébauclié. Rassembler les unités en une masse com})acte, protéger le front de bandiére au moven d'œuvres vives ou d'obstacles artiliciels, conserver fantassins, cavaliers, auxiliaires à portée de la voix et du regard, tels étaient les })riiicipes fondamentaux de la slratégie. Il fallait, conséquennnent, même en marche, concentrer les unités, progresser par groupes denses, installer l'armée en ordre serré dans le canq) ou les cantonnements. Le service des subsistances tel que nous le comprenons aujourd'hui n'existait pas, du moins il ne prévoyait que les fourrages et la paille pour les abris. L'approvisionnement se faisait par voie de réquisitions, autant dire que la troupe vivait du butin et du pillage. Le plus souvent les routes étaient défoncées. Au reste les troupes marchaient d'ordinaire droit devant elles par cliemins et taillis. Les comnumications étaient difliciles, très vite le désordre se mettait dans les rangs. Aux combattants proprement dits \enaient s adjoindre une multitude de femmes, de valets, d'enfants, de vivandiers, de brocanteurs, tant et si bien <pi'nn corps de 40,000 soldats, pour citerun exemple, englobait alors environ 100,000 tètes. Par(;ils aux hordes des grandes in\ asions,ces flots humains constituaient un véritable fléau. Dans rimpossil)ilit(; de