‹ Le Peuple allemand à l'époque de la guerre de Trente ansChapitre 9 sur 22 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LKS ARMKES

Si l'emploi de la poudre à canon et, par suite, des armes à feu perfectionnées avait fait ressortir l'inutilité, même le danger, à certains moments, des masses lourdes et encoml)rantes de la cavalerie, il avait aussi mis en relief les défauts de l'infanterie telle qu'on l'avait organisée depuis peu. Un équipement trop massif rendait illusoire le but auquel tendaient les nouvelles méthodes tactiques, c'est-à-dire la mobilité du fantassin. Aux différentes phases de la guerre, à ses débuts, notamment, correspondent des périodes de transformation au douljle point de vue de l'organisation des armées et de l'action stratégique.

La réputation de l'infanterie qui, depuis les guerres de Bourgogne et les campagnes de Maximilien et de Charles- Quint, avait diminué puis détruit la croyance dans la supériorité des masses de cavalerie copiées sur le type du clievalier du moyen âge, se consoli<lera, et l'infanterie constituera, en tant (jue troupe de combat, la l)ase essentielle d'une armée. D'autre part, tout en se rendant à l'évidence que le rôle important dans la grande guerre incombe de plus en })lus à l'infanterie, les honnnes du

4C IJ'] l'KlM'LK AM.KMANI) A I/K l'Oo II K

métier i'(M'oiiii;iili(»iil (iiic l issue de la l)alaill(' (It-pciulra iK'amiioiiis litiijoiiis de I acIÎN il('' de la caN alriic, cl noih'i(»iil Ifiiis soins à cliaii^cr son ainicnicnf, à niodilicr sa ta((i(|iit\ à étendre son rôle plutôt (|u à augmenter sou elleetif. La inodilieation première eonsislera dansFallé^eincnt du soldai eu général, du lautassin en [)arliculier, et dans une lorinalion plus rationnelle d une inlaulei'ie et dune ea\alerie plus niauœuvrières.

Les armées ])ro[)remenl dites, l'oree active permanente, toujours organisée pour le combat, et telles cpie nous les coimaissons avec leurs cor[)S, leui's armes, leurs subdivisions, n'existaient pas encore. Abstraction laite de leurs troupes de garde, les souverains, les villes, l'Empereur opéraient, en cas de danger ou de déclaration de guerre, des levées, formaient une armée temporaire qui se dissolvait le plus souvent à la fin d'une campagne ou d'une e.\[)édilion. Les guerres, d'une durée réduite, en général d'un été, se t^ou^■aienl localisées sur des espaces circonscrits. Le gros des troupes se composait de mercenaires, soit de soldés (pii se r(H'rutaient })armi le peuple des campagnes, et auxquels venaient, pêle-mêle, se joindre des gens de toutes les couches sociales qu'un esprit aventurier poussait vers les camps. Les honmies d'un même pays, ou jtarlant le niênie idiome, y constituaient des « nations », s'y organisaient en corporations où ils faisaient revivre les traditions des anciens lanscpienets. avec un même esprit de corps, de mêmes goûts, de mêmes habitudes. Déclassés ou soldats de fortune, partisans ou routiers, ces honnnes foui |»reu\(' dintréitidité et de \;deur guerrières; friands de poudre, avides d'émotions, aimant la guerre pour elle-même et faisant delà vi(^ nlililair(^ un métier; reitres et soudards, condottieri et forbans^ ils sont capables dlH'roïsme et de lra\ail y.vlv : ils sont hdèles laiil

que dure l'engagement ('onlractr, et (li,sci[)linés aussi longtemps (juune main de fer les doniplc Mais, pour le plus grand nombre, ils ont pour premier objectif le pillage, le butin, une bonne capture; ils ne se battent ni par patriotisme, ni par enthousiasme; ils se vendent au plus offrant, s'enrôlent sous tous les drapeaux, chacun s'arrangeant, en outre, à vivre, au cours d'une campagne, de la façon la moins dure. Rien ne les arrête, pas même le crime.

D'autre part, les princes, [)res(|ue toujours obérés, rognent, sous imprt'texte ou l'autre, sur la solde, cherchent par tous les moyens à exploiter leurs mercenaires et à se soustraire aux engagements primitivement conclus. Ces conditions contribuent à abaisser le niveau moral et la discipline d'une armée et à rendre le recrutement de quelques éléments de choix }»lus diflicile. Ces circonstances se renouvelant d'un lustre à l'autre, on conçoit que les compagnies soldées constituassent comme un })andémonium où se retrouvaient les épaves de l'Allemagne et de l'Europe, « enfants perdus » pour (|ui la terre natale s'était montrée ingrate et sévère. L'armée représentait un instrument de guerre enhévré, fougueux, mais insoumis, brutal, qui, le plus souvent, quoique se montrant redoutable, ne s'en révélait pas moins très peu solide.

Au début de la guerre déjà on avait supprimé, pour le fantassin, l'armure, comme trop lourde et gênante, et la fourchette d'appui, très encombrante et, en définitive, inutile, puis(jue à l'arquebuse ancienne on substituait de plus en ])lus le mousquet, ou le fusil, d'origine italienne. L'infanterie était en partie munie d'engins à feu, en partie encore arnu-e de la j)i(jue. Tandis que le tir de l'arquebuse devait ébranler les carré's ennemis, la pi(pi(' repr(''senlail l'ai-me jiropi'cmcnt (hic de ratta(|ue et déci-

48 I.K l'KUlM.K ArjJl.MAND A I/KPOOlIi:

(l;iil (lu coiiihiil IjCs |)i(|iii('rs (''laiciil II.iikhk'S d un ccrlaiu noiuln'c (le liallchartiicrs ou, suixanl les circonslunces, (llionHurs aiiin's de r('|M(Mi ancien cl porlaiit iino ron- (laclic (houclier). L c(|ui|icnicnl des [»i(|ui(M"S — iulaiilcric lourde — se (•oin[)osait d un arniel ou dun pot (casque à \ isière). ou d'un (diapeau (•;is(|U('', mais ouxcrt (bourguignolte. moriou, otr.), d'une cuirass(> avec épaulièro et brassard, dune épéc et delà pique, longue hampe en bois dur (pii, dune extr«'mit«' à l'autre, mesurait dix-huit pieds et (|ui se terminait par un fer de lance tranchant; les ap- ])ointés et les sous-ot'liciers portaient la hallebarde ou la pertuisane. L'enrôlement dans l'arme, à mesure que la guerre se prolonge, se fera i»lus difliciiement à cause de la jx'santeiu' de ré(pii[)ement, (|uoi(jue, en raison du ser- ^ ice très pénil)le (pion exige de lui et des dangers plus grands auxcpuds il se trouve exposé, l'on entoure le piquier d'une considération particulière et qu'on lui paye double solde. On conserva des piquiers jusque vers la fin du dixseptième si('cle. bien (pie leur incapacité à fournir de longues traites, à évoluer et à atta(pier rapidement eussent (b'montré leur croissante infériorité.

L'aicpiebuse tenait encore, malgré les défauts inhérents à l'arme, une })lace importante, surtout chez les Impériaux. L'pi)jet avait une longueur totale de six pieds, ce (pii, outre le poids, nécessitait l'adjonction de la fourchette, et comportait des projectiles volunùneux, puisqu'on comptait dix balles à la livre, désavantages (jue ne pri'sentail ])as le inous(piel. d inlroduclion récente, adoptt' partout en raison de ses dimensions moindres et de son maniemenl [)lus aisé. Le mous(puMaire allemand portait en sautoir un baudrier assez large contenant onze charges pour I arme et au(pi(d se suspendaient : le portc-iiK'clie. la jioire à [loudre. le moule ;i balles, le sac à balles cl par-

fois la fourchette; il se coilfait de la bourguignotte ou du pot. Une compagnie de fantassins pouvait être composée indistinctement de mousquetaires et de piquiers; toutefois, dès le début de la guerre, on trouve des compag^nies exclusivement formées d'éléments homogènes et pareils. Parmi ces mousquetaires, — Tinfanterie légère, d'où surgira, par la suite, un corps olFrant quelque ressemblance avec l'infanterie de ligne moderne, — on prendra les soldats les plus qualifiés pour former des « compagnies franches » qui, vers la fin de la guerre, deviendront des « compagnies de chasseurs ». Gustave-Adolphe supprimera définitivement la fourchette (certains régiments impériaux la conserveront jusqu'après la guerre), allégera le mousquet, en diminuera le calibre (treize balles à la livre), et remplacera le baudrier par une giberne ou cartouchière avec un nombre réglementaire de charges. Ces modifications judicieuses ne compenseront pas les défectuosités d'un armement impropre à réaliser la rapidité dans l'allure et l'intensité dans l'attaque et à faire valoir les aptitudes du groupe dans la bataille en rangs serrés, de l'individu dans les combats corps à corps.

En ce qui concerne les troupes montées, nous distinguerions une cavalerie régulière et des irréguliers. La première se composait : l"de lanciers, portant le casque complet et une armure avec cuissard, mais sans jambière; on les armait d'une lance droite (lance de tournoi), d'une épée et de deux pistolets de fontes ; la jaml)e était protégée par de lourdes bottes; 2° de cuirassiers, dont l'équipement se différenciait du précédent en ce qu'on avait supprimé la lance et remplacé l'armure par une cuirasse, à laquelle on substituait aussi, pour un temps, le gilet de buffle, pour revenir à la cuirasse, caractéristique de la grosse cavalerie; 3" d'arquebusiers à che\al qui, plus tard, de-

îiO Ll'] l'KlIl'Lh: ALLi;MAi\l) A L'K l'OQ U K

vieiuhoiil l(>s « cjuahiiiicrs »; ils i)oi(<iioiit l'armet, le luiusso-col, kl oiiirasso, Jeux jtislolcis do foules et un ia<)us(jiiol()ii ou ti'oinblon sus|)(mi(Iii à un luuidrior ('troil; 4" <!(• (Iiaiioiis. soil (le |)i(|iii('rs ou laiiS(Hi(Mi('(s iii()ii((''S, comballaiil iiHlisliiickMiKMil à clicNal ou à ]»i(Ml. Dans la cavalerie in-égulière, très iioiubreuse. e( (jui cliangei-a, suivant les épocjues, de formation, de caractère et d'armement, figuraient d(>s régiments de Croates, de hussards avec «'quipement « à la turijue » : sabre recourl)é oii cimeterre, sabrelai lie ou rondaclie. A ces corps auxiliaires s'étaient joints, au début des bostilités, quelques « lances fournies ». c'est-à-dire des groupes fournis par la réunion duu hobereau ^e^élu de lîUMUure (du moins, partielle) avec son coutelier ou écuycr, son page ou variât cl un nombre dhounnes armés de pied en cap et montés sur des chevaux cuirassés ou bardés, et qui avaient cherché à faire revivre ainsi les traditions de la chevalerie; ils touchaient pour eux et j)our leurs valets une solde préalablement débattue. Une grande partie de la cavalerie se transformera, au cours des événements, en bandes de partisans disséminées sur une étendue de lerjain considérable, opérant souvent jtonr leur compte pro]>re, ou en compagnie de fourrageurs dont l'objectif consistera moins à surprendre et à atta(iuer l'ennemi, qu'à subvenir ])ar des razzias à l'entretien du gros cantonné sur des territoires épuisés. Chez les Suédois nous ne relevons ipu' deux catégories de cavaliers : les cuirassiers et les dragons, plus légèrement équipés, plus mobiles, par conséquent, et plus audacieux dans leurs chevauchées (jue leurs camarades continentaux. Au reste, plus la guerre traînera, plus on s'efforcera de simplifier l'équipement de nianiric ;i oblniir, a\rc ini niaxiininn de rt'sislaMce. de \igu('ui- cl d't'laii. un degrt'" de su[M'Miorilt'' sur les ri-

vaux quant à la rapidité de la marche et de la manœuvre. L'artillerie constituait comme un musée; elle possédait : des couleuvrines, des fauconnets, des mortiers, des obusiers et serpentins, des canons et mousquets de remparts, avec des projectiles en proportion du calibre des pièces et dont le poids variait entre un (juin lai et une livre. On connaissait déjà une sorte de mitrailleuse — les « tuyaux d'orgues », — qu'on chargeait })ar la culasse. Chose étrange! plusieurs de ces engins, nous pouvons nous en convaincre, se trouvent dans un état de conservation parfaite, ce qui justifierait l'hypothèse qu'on ne s'en servait que fort rarement, par ignorance du mécanisme, sans doute. Vers 1620, on s'efforça d'introduire })lus de métiiode dans la fabrication des pièces d'artillerie et d'augmenter la précision du tir; on se mit à fondre des pièces dites de 42, de 24, de 12, de 6, en d'autres termes d'un calibre correspondant au diamètre ou au poids d'un boulet de 42, 24, 12, 6 livres, et dont les plus grosses serviraient pour la d(''fense des remparts ou comme matériel de siège, les plus mobiles étant destinées à l'artillerie do campagne. Gustave-Adolphe fut le })remier à employer en rase campagne la mitraille en lieu et place des projectiles volumineux que lançaient les obusiers, les bombardes, les mortiers. La })lupartdes canons péchaient par leur longueur démesurée, la poudre brûlait mal, souvent le coup fusait, toutes choses ipii rendaient le liriri'égulier et son effet incertain. Gustave-Adolphe adopta des pièces plus courtes, plus légères, à affûts plus réduits ; ses fameux « canons en cuir » (cvlindres métallicpies recouverts de couches superposées de cuir et cerclées de fortes bandes de fer) ne se mainlinrenl pus: on conserva, par contre, juscpie l()ngteni[)S après la guerre, Ut type de (jualre livres (deux pièc(is par régiment d'infanterie), type modèle

52 i.i. l'iai'LK am,i;mani> a i/ki'oouI';

|iour le lir de rtMii|);ni cl de (•.iiiipagnc loul à la l'ois. Les noms donnes à ces dilïérenls engins étaient puisés dans la nivlliologie. Fastrononiie ou l'ornilhologie : les pièces de 'M') li\ res étaient nounnées les « aigles », celles de 2t les ((lançons », celles de 12,6, 3 devenaient les « vautours », les (( milans », les (( éper\iers »; on baptisait l'obusier de 60 livres du nom de « liihou ». Les ])rogTès de l'artilleiie, d'autre part, l'influence que cette arme aurait dû exercer sur la stratégie dans son ensemble, furent entravés par le l'ail (|ue, dès la seconde moitié de la guerre, les servants, pointeurs et artificiers, vinrent à manquer; on se vit réduit à se servir, pour le maniement des ])ièces, de simples fantassins sonunairement éduqués. Les armées, dailleurs, ne possédaient pas d'instructeurs spéciaux, les gouvernements pas d'écoles pour former un personnel à la hauteur d une tâche qui eût dû lui incond^er.

La pi'0[)ortion des différentes armes dans une seule et même armée variait suivant les péripéties d'une guerre et se trouvait modifiée par le fait même de la durée de celleci. Au début de la guerre de Trente ans, l'élément fantassin prédomine : la cavalerie forme le cinquième seulement de 1 eireclif total d une armée. Cette proportion sera, par la suite, de un à trois; vers la fin de la guerre, elle apparaîtra renversée, la caval(M-ie constituant, et de beaucoup, le gros des combattants. Ce fait témoigne dune graduelle dis(|ualilication des troupes dinfanterie et d'une stratégie moins savante; il s'explique cependant aussi par les considérations cpie \()ici : rentretien dime armée sur des étendues de territoires dévastés nest possible qu'à lacojidition de disposer de nond)reux cavaliers allant fourrager au loin, ou de troupes mont(''es capables de changer rapidement de cantonnement; en second lieu, les enrôlés dans la cavalerie se monlianl plusliaidis et jdus dt''bi't)uillards,

les régiments montés se maintiennent en moilloiir état, d'aliord sous l'action d'une cspt'cc <le sélection des hommes, ensuite par la raison d"un ravitaillement plus aisé; les fantassins, moins mobiles, sont alors réduits à se contenter du })eu (|ui subsiste sur des espaces mille fois rançonnés. La cavalerie, (juoi(|u'elle triom})iiàt plus commodément de ces obstacles, n'en périclita pas moins : la remonte se fit de plus en plus précaire numériquement et surtout quant à la qualité des chevaux. La disette en animaux devint chaque année plus sensible et fut la cause de la suppression progressive de la cavalerie lourde. Avec le temps se révéla rinq)Ossibilité de conserver leffectif réglementaire des dilTéi-ents corps, notamment de la cavalerie régulière.

Les anci(Mmes arm(''es de lans(juencts maridiaient au combat dans la formation en carrés : carré' de ^a^•ant(-garde), du gros, de F arrière (-garde), sans intervalles appréciables entre chaque groupe, passant par les lu'oussailles et les taillis, par les champs labourés et les moissons sur pied; des ouvriers embrigadés ou requis de force, selon les cas, des gens du train d'armée, comblaient les fossés, abattaient les troncs d'arl)res, frayaient le chemin à travers les haies et les obstacles. Ces carrés, formés par un nombre déterminé de compagnies ou de régiments, se })laçaient, pour le combat, les uns à côté des autres. Dans les premiers rangs, les plus ex[)osés, figuraient les cassecou des compagnies et ceux qui, ayant conunis (pudque grave méfait, ra(dietaient la pum'liou infligé'e en briguant rhonneur d'être les premiers au (bmger; ces hojnmes touchaient double solde. Avant le combat on reléguait les bannières dans la quatrième et la cinquième rangé(? du carré. Quant à l'engagement et à la bataille elle-même, voici (juelles en étaient, le plus souvent, les phases essentielles :

54 l.i; l'FJIM.i; A M. i; M A NI) A l/HPOQUE

On avail en taco de soi la haie des ]»i(|ues ennomies (|u'on chcicliail à (»ccii|i('r. si ce n Csl à (lisio(|ii('i' cikmm'c. eu faisaiil a\aiu'ci' isolrmciil mi [>ar |t(*lils ^i'ou|»'s soil (les hallfhardici's, soit des ar(|u«'lnisi(M'.s (ou arbalrlricrs), (|iii tiraient (|U(>l(|U('S coviijs de feu ou fi-a|i[>aiont siu' les |)i(|ii('s cmicniics de laron à en 1()MI[)I(' raligncmenl et à permettre aux plus audacieux de se jeter dans les inlervalles, de rompre ainsi 1 liomofit'uéilé du rang". A cet engagement initial, jusqu'alors constitué par des démonstrations ollensives ou de petits combats partiels, succédait l'attaque proprement dite. Les coinhallauts détachés, ou bien auront réussi à pénétrer dans le carré ennemi où le gros va les rejoindre, ou bien ils se seront repliés à mesure (|ue le premier rang' avancera, et auront repris leur place sur le flanc ou en arrière du corps. Les })renuers rang-s, alors, prenaient contact, entraînant ceux du milieu et de la queue; le ctHubat évoluait en formidables poussées de ces masses profondes et compactes qui ondulaient, s'entr'ouvraient, se refermaient, cepeiulant (juc les uns })ointaient, (|ue les autres taillaient ou fusillaient, et que la poussière tourbillonnait en nuages si serrés (jue les drapeaux disparaissaient aux regards. Le corps à corps bientôt devenait général; chacun frap})ail. se défendait, piétiiuiit; les moins valeureux se retiraient, d'autres fuyaient; les carrés se pénétraient, se fondaient, se disl(Kpiaient. La niasse (pii, la première, toui-nait les talons était alors défaite; la troupe ennemie se ruait sur elle, l'abatagc commcni;ait; puis c'était la poursuite; on courait au butin. A ce moment larnK'c \ ictorieuse s'égrenait, car chacun se débandait [xun- luer ou pillei-; lui no\au de troupe solide suflisait pour met tic en fuite le \ain(pieur désorganisé. La cavalerie n'étant d'aucun ellet utile contre les pi(jues n aura pas pris part au condtat

Dl-: LA GUERRE DE TRENTE ANS 55

contre l'infanterie; elle se sera réservée pour tenir tète au choc des escadrons ennemis. L'artillerie une fuis amenée en position n'en aura plus boup^é ; soutien de l'infanterie jus(ju"à rengagement du premier rang, elle n'aurait plus eu d'action directe sur l'évolution et l'issue de la bataille. Le front trop étendu de ces déploiements et le défaut de mobilité de ces masses trop denses avaient nécessité, depuis l'introduction des armes nouvelles, des modilications dans l'établissement de la ligne de bataille et forcément dans le mode de combattre. On fractionna les grands carrés en corps tactiques réduits, placés sur deux ou trois échelons; on renforça les groupes par l'adjonction d'un certain nond)rc de « tireurs », ((ui prirent plus tard le nom de « chasseurs »; on adopta la règle de ne s'ébranler que successivement, de ne s'engager que suivant les nécessités de l'action. Ces principes, a[)pliqués tout d'abord dans les armées des Pays-Bas, doii ils avaient passé en Allemagne, furent de nouveau abandonnés, parce que, par suite de la pesanteur de l'équipement et, d'aulre part, du dressage insuffisant des enrôlés, les mouvements s'accomplissaient trop lentement et non sans danger surtout en cas de manœuvre de flanc, sans parler de l'indiscipline des troupes. On reprit la marche et le déploiement par masses, du côté des Impériaux spécialement; ceux-ci donnèrent le nom de « bataillons » aux compagnies en formation de carré, dispositif employé, sur ces entrefaites, avec avantage contre les attaques de la cavalerie turque, et dont le tiiéorème fut dès lors érigé à l'état d'un dogme (acti(|ue. La force de résistance de ces carrés était manifeste ; par contre, sous un feu intense, les pertes devenaient énormes; toute brèche inaugurait renfoncement de ces redoutes vivantes; la cohésion même de ces masses rciMkiit les parades difficiles, sou-

.S6 1.1. l'KL'l'IJ; ALLEMAND A L'KI'OOUK

\riil iiii|)(»ssiltl('s dans la piriiiirir iiirlt'c de raltaijuc, cl |tt''rill»'ii\ loiil cliaiit^ciiM'iit de iroid. La caN'âloric, avec (•(•Ile |»(tsilit)ii. se loniiait sur si\. luiil on dix l'aiiiis à rliai|iif aile de la li^iic de iiahiilliv

\a' r(»i de Suède re|)ril |)()iir son coniple les j)r()cé(l(''s laeli(|nes doid nous Ncnoiis de }>arler : il jdaea son iidanterie sur six, ses cavaliers sur trois rangs, di'coniposa le gros en petites subdivisions ou sections qui, juxtaposées au uionienl voulu, consliluèrent ce quou appelait la « brigade suédoise ». Il renlorça les régiments de cavalerie })ar l'adjonction de compagnies de cbasseurs placées entre les escadrons. Comidétant l'artillerie de position et de réserve — innovation capitale, — il créa des régiments darlillerie lé'gère, l'équivalent de notre artillerie de campagne, habitua ainsi ses troupes à manœuvrer rapidement, avec aisance, et leur inculqua obstinément l'axiome que le premier principe de la guerre, et le vrai garant du succès, est lotlensive, toujours lofîensive. Il voulait que l'armée, coûte que coûte, se portât en avant. Son infanterie arriva à tirer plus vile et mi(nix (jue celle des Impériaux; on lui apprit à procéder par feux de salves. Grâce à cette tacticjue, et pour la première fois, les régiuienls wallons de Tilly furent entamés, puis disloqués à la bataille de Breitenfeld. Pour la cavalerie, Gustave- Adolphe prescrivit et développa cette grande règle dont l'application, ])ar la suite, fera de la cavalerie pru.ssienne — sous Fré'ib'iic II — une des plus maunnivrières (|ui aient existé', de ne jias s'engager dans des affaires partielles, mais, sitôt le signal donné, de se ruer impétueusement sur les corps de troupes ennemis.

Jusqu'à la première moilié de la guerre les troupes allemandes ne portaient pas ce qu'on appelle un uniforme. En dehors de certains corps spéciaux, les drabans de la garde, par exemple, quelques régiments privilégiés, comme les cuirassiers que le souverain équipait à ses frais, ouïes contingents des villes, et qui portaient des couleurs semblables, chacun s'habillait selon ses convenances ou ses ressources et fournissait lui-même son équipement. Dans les cas contraires, l'administration retenait le montant du fourniment sur la solde, ou bien les hommes devaient s'engager à restituer leurs armes et leurs effets après le licenciement. Les soldats se reconnaissaient entre eux par des signes distinctifs; pendant la bataille, par des cris de ralliement. A Breitenfeld les troupes de Tilly se distinguaient par une bande d'étoffe blanche autour de l'armet, ou une écharpe blanche au chapeau, et par une cordelière blanche au bras. Les officiers portaient un brassard. Les Suédois ornaient leur couvre-chef d'un rameau de verdure ; le brassard de leurs officiers était vert. L'écharpe des troupes de la Saxe électorale, tout d'abord noire et jaune, sera plus tard rouge et blanche. Les régiments impéria,ux endossèrent, par la suite, un même habit unicolore, soit l'uniforme, (jue livraient les dépôts d'enrôleuKMit; l'argent manquant, il ne sera pas possible d'étendre cette innovation à l'armée entière, bien que chacun se persuadât toujours plus des avantages de l'uniformité dans l'habillement, et que les plus directement intéressés, les mercenaires,

:i8 U: l'KLII'Li: A lu: MA M) A l.'KPOQUK

la rt-clamassciil a\('c iiisislancc. Les corps de lioiipc crc^'S apros la guern- [toilcroiil incscjiic tous un iiiiilniiiir t'ara«'lriisli(|ii(' et leurs couh'urs disliiiclives.

L'cHVM'Iii" lôgloiiR'iitairc d'un régiment d'infanlerie élait de ,'i.()(M) lidMunes, soit de dix ('oni[)agnies à 300 hommes. Ce cliillVc. on ne ralleignit {|ue rarement. Abstraction faite des vides résultant des batailles, une diminution ne cessait de se produire, de sorte (pie beaucoup de régiments comptaient à peine 1,000 honnnes; parfois les compagnies fondaient a 100, 70, même 50 combattants. Pour le régiment de cavalerie on prévoyait un elFcclif — suivant les époques — de oOO à 1,000 chevaux; cpialre compagnies — la compagnie portait aussi le nom de « cornette » — formaient l'escadron (scjuadron : quaternio). Le régiment, dans toutes les armes, constituait limité administrative, la compagnie lunité tactique. Les titres et grades des officiers et sous-ofliciers, d'autre part, les dilférents détails du service, correspondaient à i)eu de chose près à ce qui a continué d'exister dans la plupart des armées allemandes jusqu'à la lin du dix-huitième siècle.

Le personnage qui levait un régiment ou une troupe à rellectif prévu portait, eût-il le rang d'un général, le titre de colonel; on lui donnait un adlatus, soit un lieutenant-colonel et, pour le régiment, un fourrier-colonel. Dans l'ordre hiérarchique venaient ensuite : le capitaine chef de compagnie ou d'escadron, le lieutenant, lenseigne porte-drapeau, le sergent, le fourrier comptable, les sousoiliciers, enlin les a[)pointés ou aspirants. Tout à coté, le grand prévôt, les prévols et leurs aides.

La position de capitaiiie impli(piait. vis-à-vis delacom- |>agnie, les attributs et les fonctions de chef suprême et de pater famiiias. Une compagnie une fois constituée, les

officiers supérieurs présentaient le capitaine à la troupe, tjui. pour la circonstance, prenait les armes; le capitaine promettait alors soleimellement de veiller au bien-èti'e de SCS honnnes, «le leur xenir en aide et, pour corroborer sa promesse. « il mettait en gag;e. entre leurs mains », ainsi que le voulait une formule consacrée, « sa vie et son avoir, tout ce qu'il portait sur lui et dans ses poches ». Promettre et tenir sont choses distinctes, en ces temps-là surtout; on s'en apercevait ipiand la solde ou le jour d'émargement arrivait. La tentation était grande de faire figurer sur les reg^istres un état fictif grâce auquel l'intéressé encaissait un total majoré; les officiers y succombaient trop souvent. Nul contrôle ne les en empêchant, les capitaines, non seulement commettaient de pareilles irrégularités, mais aussi se servaient de tous j)rétextes pour rogner la solde convenue. Les supérieurs fermaientles yeux, l'essentiel étant pour eux d'avoir des chefs de compagnie à poigne, valeureux, impartiaux quant àla discipline, équitables lorsqu'il s'agissait de répartir entre les ayants droit le butin et les prises fortuites. On leur recommandait de faire preuve, « les jours de semaine », d'une rigoureuse sévérité; ils « laisseraient faire les dimanches et les jours de fête » — lisez : de pillage. En marche, le capitaine précédait, à cheval, sa troupe; pour le combat, il mettait pied à terre, s'armait d'un mousquet ou dune j)ique et se plaçait en tête de la compagnie. Les lieutenants étaient armés de la pertuisanc, les sous-officiers de la hallebarde.

On différenciait les régiments d'aprèslacouleur du «Irapeau. Ainsi, l'on parlait des « bleus », des « noir et jaune », des « rouge et blanc », etc. Le drapeau, pourvu de sa devise particulière et orné d'un motif (ié'corutif spécial, affectait, dans l'infanterie, des (hmensions considéral>les ; une soie épaisse, lourde, parfois surchargée d'images, recouvrait

60 I.H l'IlUl'U: ALIJIMAND A 1/KPOOlIK

j>i('S(|ii(' ciiliriciiM'iil la liaiiijx'. Jjcs liiiiions ou corncllcs (le la caNalcric rcpiM'srntaieiil assez cNacIciiiciil le lypt- (les t''l('ii<lai-(ls ré^iiiiciilaires acinols. La (lis[)()sili()n des coiileuis >aiiail : en «lainicr. en (|iiiiic(Mic(', en |)ai'li. ('(^>ii|H'. clc. : ou bien les coiilciii's rlaiciil Itarrérs^ ra\ écs ou llaiiili(»\ ailles. Pour la haiiiiière de la uaide, les couleurs l'ormaienl ourlel, reinhlèiue eenlral se délaclianl sur un eliaiii[) uni. Les cornelles, d'après la rè<;le, a\aieut seuleuieut une couleur dont le nom ser\ ait de délerniinatif à Tescadron ou au réi^iment : cuirassiers oi'angcs, carahiniers verts, etc. Chez les Suédois, c'était la brigade entière (jue Ton qualifiait de la sorte en ])renant la couleur de la bannière principale : brioade jaune (garde royale), brigade bleue, et ainsi de suite. Quant à la couleni' elle-même, elle se réglait sur les métaux de Técu du colonel. L'usage s'établira plus fai'd de donner au régiment le nom de son colonel-conunaudant.

Le premier acte militaire (jui suIa ait le rassemblement d'une compagnie consistait à « ai'borerle drapeau », c'està-dire h assujettir le drapeau à une espèce de màt autoiu* ducpiel la compagnie se groupait. Le colonel remettait alors, au milieu d'un cérémonial plus ou moins pompeux, la bannière h l'enseigne, et prononçait une allocution oii liguraif prescjue à chaque nouvelle fois cette phrase allégorique : « Le dra])eau doit être gardé connue une liancée, comme l'enfant de nos entrailles; renseigne à (jui je le confie à titre de gage sacré et comme le trésor le plus cher (le la coiniiagnie le protégera et le d(''i"en(lra de la main droite, de la main gauche si on lui arrache la main droite; (pie si les deux mains lui étaient emportées, il saisira le drapeau avec les dents afin i\\w nul ne puisse le lui enle- ^('r; (|ue si, enlin. (ont es|)oir et tout secours paraissaient pei'dns, l'enseigne s"(MiNelo|»pera dans les nobles plis de la

DE LA GUERRE DE TRENTE ANS Cl

bannière et, remettant son âme à Dieu, il succombera comme un brave dans le linceul sacre des couleurs quil a juré de déjdoyer victorieusement et pour lesquelles il a juré de mourir. » Le discours se terminait par des exliortations à la troupe : « Tant que le drapeau flottera, tant qu'un lambeau de la })récieuse étoffe restera attaché à la hampe, les guerriers ont rim})érieux devoir de suivre le porte-étendard jus({uc dans le trépas; aussi longtemps qu'il y aura des bras pour lutter autour de cet emblème de la gloire, tous ne songeront qu'à le sau\er ou à se faire tuer pour lui. »

Les hontes, les misères, les défaillances s'épuraient dans le creuset de la fraternité d'armes et sous le nimbe qui rayonnait des baimières. Mais une fois le serment au drapeau accompli, le caractère sacro-saint de ce palladium militaire ne devait subir l'atteinte d'aucune promiscuité dégradante. Aussi trouvons-nous dans les archives militaires de ce temps des règlements circonstanciés pour le cas où, par leur présence au corps, les indignes « offenseraient les couleurs. » Découvrait-on dans les rangs un malfaiteur ou criminel de droit connnun, il était prescrit (pie le drajjcau ne « flotterait » plus; l'enseigne le descendrait du màt, le reploierait et en interdirait l'approche au coupable « dont la place ne serait plus parmi les guerriers sans peur et sans reproches, mais à l'arrière de l'armée, dans le train où sont conlinés les trafiquants, les filles et les varlcts. » L'enseigne, à moins d'une permission expresse, n'osait jamais quitter ni le drapeau, ni l'endroit où on le tenait; dormait-il, il devait le conserver à portée de la main. « Si le malheur voulait ([ue par ruse ou par trahison on cidcvàt le drapeau, l'enseigne devait être cassé de son grade et livré au train d'armée où les traitements les plus lionteux ])0uvaient lui être infligés, voire

«2 l.i; PKUI'LK A[. LEMAND A L'KPOOUE

tous les sii|>|tliccs jiis(|ii à ce (|ii(' iiiori sCiisiiix H. » « L Ciiseignc, riait-il (Muoic sprcilir, sera un lioinine fort, de haute slaUu'c, courageux et jovial, lui gentil ('omj)agnon (|ui se fera aimer de ses camarades, jxhu- les(|uels il sera un lionnnc de l)(>n conseil: il n infligera |ias de imnilions, alin (|iH' les aniniosilt's on la liaine (|ni. dans le cas conlinire. sadresseraieni à sa persoime ne rejaillissent ])as sur le drapeau (|u"il doit faire jdaner sur tous à l'instar d'un synd)ole d'union. Alaltaque, renseig"ne sera toujours le jncmier. »

La com|)agnie rassemblée sous la bannière (jui Hotte au vent, on proc»''dait à la lecture des articles de guei're et à la prestation du serment. Les articles les plus essentiels disaient ([ue le cavalier ne s'éloignerait pas sans permission de la colonne en marche et jamais à une plus grande distance que celle qui permet de distinguer encore le drapeau. Tout déserteur au cours d'un engagement serait passible de mort. Celui qui tuerait un déserteur ne serait pas punissable. L'enseigne abandonnant un bastion ou un rein})art a\ant d'avoir soutcMiu le choc d'au uioins trois assauts serait traduit devant un conseil de guerre. On enlèverait les étendards auxrég-iirients qui, dans l'enceinte dune forteresse, aui*aient capitult' avant 1 heure.

La compagnie est formée, elle s'ébranle; suivons l'enseigne. Porter le drajteau est non seulement une fonction maj(Mn'e, mais aussi ini arl |ir(^sinnant de l'adi'esse (M exigeant un long enirainenient. Des règlements minntieu.x d(''terminent la façon de le tenir, de le déplover. de l (dever ou de l'abaisser dans tidle on l(dle circonstance, car ces divers mouvements constituent autant de signaux à indiquer au moment pro|)ice Ou »(»nnait le règlement ou « l.i mode » il la française, à l italieinie, à l allerniinde. à l'espagnole a\('c ses « passades », ses « ca\ades », ses

DE LA GUERRE DE TRENTE ANS f.3

positions on prime ou en seconde, avec des moulinets, des ondoiements, des battages, des renversements particuliers. L'enseigne porte, concurremment, le corps en avant, de côté, en arrière; il doit marcher, se camper, se balancer suivant le rite et dans un rvtlmie obligatoires; ainsi, pour le moulinet, il s'agit de faire tournoyer le drapeau au-dessus de la tête, de lincliner à droite puis à gauche, en le ramenant dans un mouxement circulaire d'arrière en avant, de lancer la hampe en l'air et, avant que le «Irapeau ne retombe dans la main, de décharger un pistolet ou de tirer l'épée, enfin, de ressaisir la bannière, de s'en draper en dessinant une révérence. Ces mouvements ne visent pas uniquement à produire de leflet, ils constituent des avertissements à la troupe qui suit, soit pour indiquer le déj)loicment de la colonne, soit pour marquer l'allure; ils donnent le signal des refrains (pie les clairons doivent sonner, des roulements à battre; musiciens et tambours se règlent ainsi sur les gestes et les tours de l'enseigne, cumulant avec ses fonctions celles, pourrait-on dire, de chef d'orchestre et de tambour-major. Ces exercices sont, au reste, un des passe-temps favoris de la jeunesse des cours et comme un sport d'entraînement militaire qui, jusqu'au début du dix-huitième siècle, passera pour très aristocratique. Depuis, ils tombent en désuétude; les tours de haute adresse des tamboursmajors en figurent les derniers vestig^es; eux-mêmes dis- ])araissent comme n'ayant plus de raison d'être. Le service des cornettes se borne à se})récipiler les premiers sur l'ennemi, à tenir haut et ferme l'étendard dans la mêlée, afin (pie 1 Cssaim des cavaliers puisse se foiiiicr auloiirib' lui.

Ajirès le <M[)ilaiiM' cl I ciisrigiic nous remarquons dans le sergent la personnalilt' la pins importante de la compa-

Gi IJ; l'KLl'Li; ALLliMAND A L'iiPOQUE

gilic Lt' soij;(Mil r('[)résente l'instructeur du groupe, il initie les honnnes aux (h'tails de la manœuvre et au maniement des armes; en outre, il fonctionne comme redresseur des torts, connue porte-parole et défenseur des intér«Ms de la compagnie 11 li.xc la place qu'occupera le drapeau, l'alignement des files et des escouades; il répartit dans les raniis les hommes suivant leur armement, leur taille, fourrant ici im liallebardier, là un piquet de chasseurs, alin (rencadrer convenablement les moins grands et de soutenir efticacement les plus poltrons, postant à droite et à gauche des flanqueurs sûrs et connaissant leur métier. C'est l'homme sage et disert, le maître des cérémonies, au fait des us et coutumes, des droits individuels et collectifs, l'organisateur de la besogne journalière, nous allions dire de la victoire ; à son savoir et à son expérience, gradés et subalternes aiment à avoir recours.

Ce peuple, accouru de près et de loin pour s'enrôler, n'est rien moins que souple et docile; le plus grand nombre est composé de sujets mal préparés en vue d'une guerre plus savante, ignore le mécanisme et le maniement des armes nouvelles, offre peu ou point de garanties morales; aussi faut-il, pour instruire et gouverner ce monde, un chiffre relativement considérable de sous-officiers. Les rôles matricules de l'époque nous indiquent que le tiers environ des effectifs est constitué par des gradés; pour peu quun soldat inspire quelque conliance ou se révèle courageux, on lui octroie un commandement subalterne, ou, ce (jui passe pour un avantage plus direct et plus pal- }»able, une augmentation de solih\

L'ingrate et pénible fonction de fourrier a une importance pour le moins aussi grande qu'elle l'aura plus tard. Le fourrier doit, en etfet, faire preuve d'autorité et de capacités administratives : il doit savoir résister aux inces-

DK LA GUERRK DE TRENTE ANS 65

sautes réclamations des gradés et de la troupe à loccasiou des distributions de log^ement, et déterminer judicieusement ce qu'il convient de fournir à chacun au prorata de la position des intéressés. Dans les cas end>arrassanls, nous le voyons procéder ainsi : les chefs de groupe jettent leur dague ou leur couteau dans son chapeau; lui-même passe alors de maison en maison ou de hutte en hutte et fiche successivement, comme ils lui viennent sous les doigts, les couteaux dans le chambranle de la porte; l'escouade (6 ou 8 hommes) occujx' ensuite la case ou la demeure désignée de <-ette façon originale.

Les nobles sans fortune, les aspirants à quel(|uc place d'officier qui demandent à faire partie de la compagnie seront inscrits sur le rôle des appointés, parfois très nombreux.

Mentionnons enfin les courriers, gens très prétentieux, quon nomme dans le latin de cuisine de l'époque des ambesates ou passantes; ils transmettront les ordres à l'instar de nos estafettes modernes. On les chargera aussi des connnissions privées. Ils ont droit à un supplément de solde et nous les voyons assimilés aux sous-officiers, dont, à l'occasion, ils rempliront les fonctions.

Le souverain avait-il chargé quelque chef expérimenté de lever un régiment ou une armée, on fixait les places d'embauchage et le lieu du rassendjlement ultérieur. L'enrôlé touchait une somme dargent représentant, ou bien les arrhes du marché, ou bien une prime, modique le plus souvent, considérée en fait par l'enrôleur comme

(;C IJ'i l'KlII'LK A lu; M AND A L'E l'OQ U K

une axancc île soidr. (|iii diiiiiiui.iil d .iiilaiil \v [taicliiciil liiliir. (1 Csl (If celle dcr iiiric laroii (Hie les clioscs se pratiijLiaieiil (rordinaii'e, s|)t''cialeiiieiit au dc'hul dv la guerre, car r;dHuencê des volontaires permetlail, aux recruleurs de se montrer plus exigeants, et forçait les uieiceiiaires à modifier leurs pn-leutious. Les ai'i'hes. par la suite, se payèrent intégralement sans retenue daucuue sorte; il i'allnt en élever graduellement le cliillre. Le eontrat bilatéral d'un engagement stipulait que l'enrôlé n'aurait droil i\\\'h la solde, dont le taux variait, au reste, suivant les aptitudes individuelles et la nature du service à fournir, et que, d'autre part, l'iiomnie, (piaiit aux subsistances, s'en tirerait connue il pourrait.

Dans les troupes allemandes, la solde qui, au seizième siècle, était par mois de 8 florins pour un cavalier et de 4 florins pour un lansquenet, se montait, vers 1G18, à 5, à 10, voire même à 16 florins par mois pour le fantassin non gradé. (Vers le milieu du seizième siècle, la solde mensuelle de 4 florins d'empire s'exprimait par le terme courant : « une solde. ») Cbez les Impériaux, le piquier louchait *.), le mous(}uetaire 6 florins par mois; l'administration militaire li\rait pendant le service à linlt'rieur d'une forteresse les vivres contre paiement. La solde était moins élevée dans l'armée suédoise; on la payait. }tar contre, jtlus régulièrement (jue dans les autres armées; les chefs veillaient à ce que les hommes fussent convenablement nourris. Les primes d'engagement et la solde atteignaient au fur et à mesure (|ue la guerre se prolongeait des chilfres plus élevés; toutefois, les embarras pécuniaires augmentant au prorata d(; la durée de la guerre, les |)ou\oirs se troux aient de plus en plus oht'rés et gênés pour tenir leurs engagements. Le florin diMupire valait. peu après 1600, en\iron 4 marks de monnaie alleniaude

actuelle (5 francs); un boisseau de froment coulant alors en moyenne 2 1/2 marks, 16 florins (Fempire représentaient donc une valeur marciiande de 25 3/5 boisseaux de froment, soit 126 marks actuels ou 157 francs 20 centimes. Le renchérissement des denrées, dune part, l'avilissement des monnaies, de l'autre, eurent pour conséquence de rendre les enrôlements au prix de la solde habituelle de plus en plus rares; aussi se voyait-on forcé, pour combler les vides et maintenir les (dfcctifs, de payer par homme trois ou quatre soldes, c'est-à-dire 12 ou 16 florins d'empire, sommes qui, additionnées pour le bloc d'une armée, représentaient les chiilres énormes que nous citions dans notre chapitre préliminaire.

L'entretien d'inie armée se faisait au moyen de brutales ré(piisitions, aulant dire de pillages, qui se perpétraient indistinctement sur les territoires ennemis ou alliés.

Bien que les traitements des officiers supérieurs fussent très gros, ils ne formaient (ju'une portion minime <le leurs revenus; ceux-ci s'alimentaient incessamment de la majeure partie des contributions de guerre, des rançons, des cadeaux extorqués aux populations, et du surcroît de la solde touchée indûment pour des elicctifs imaginaires. En ce qui concernait le prêt, les choses allèrent si loin que les souverains s'en émurent: ils instituèrent auprès des armées des connnissaires ou surveillants chargés d'établir des rôles de présence, de vérifier les feuilles d'émargement et les registres des dépenses. Mentionnons, en passant, cpie sur ces états nominatifs on dessinait, en regard des noms des déserteurs et rubriques dans une colonne spéciale, une potence sur la marge du feuiUet.

Tout enrôlé volontaire qui, après un certain temps de })résence au corps, devenait impropre au service, ou celui

{|ui se (lisliiij;uiii( j>;ir \nw action d «'clal, ('(ail n'Ioiiiu' dans lo picmicr cas, dans U' second, lilx'ic de ses oldij^ations ; on lui déliNiait un passcpori on icnillc de liliéiation — W'jeiit — (|ni lui perniellail de dis|)osei" do sa personne. Une ieiiille de l'ouU' aualof^iie sei'\ail de l(''^iliuialion aux permissionnaires, (pii, sans ce papier, nosaienl ni s «doigner du (piartier, ni (piiller le camp.

La discipline des troupes allemandes était détestable; même auprès de lem's comjjatriotes les soldats passaient pour des êtres vaniteux, luihulents, soûlards, (iropnvs termes dont se sert le cluoni([ueur Wallhausen. Les dernières campap^nes en Hongrie et en Pologne, pays quasi sauN âges à cette épo(pie, les pi-océdés de combat contre les Turcs, avaient contribué à détruire un reliquat d'obéissance et de tenue parmi les éléments mercenaires. L'insubordination provenait, au reste, du mode de recrut(>ment lui-même. Aucun des belligérants ne pou\ ait se passer de mercenaires ; on dépendait d'eux ; ils se savaient nécessaires. Sans doute, le contrat bilatéral entr(> Tenrôleur et l'enrôlé stipulait un service et implicitement l'obéissance, et d'un autre côté, la solde, c'est-à-dire une récomi)ense. Or, si l'engageur ne payait pas, ce qui se voyait même quelques semaines après l'enrôlement, ou rognait sur la solde, l'engagé considérait, non sans quelque apparence de raison, le contrat comme rom[m ou violé parl'enrôleur, c'est-à-dire par le souverain; il se jugeait autorisé à s'engager ailleurs, ou, s'il continuait son service, à en l'aire à sa guise. On se vovaitdonc contraint de tolérer certains manquements du moins liors du moment du combat. En outre, les babitudes frondeuses des lansquenets du siècle précédent se retrouvaient, entretenues d'une génération à l'cuitre. parmi les mercenaires du dix-septième siècle. Les soldés, surtout les vieux troupiers, s'organisaient en

sociétés pseudo-corporatives ou en « nations ». Après s'être juré appui réciproque et fidélité mutuelle, les hommes se sentaient solidaires, outre qu'ils se savaient indispensables. Cet esprit de corps favorisait une disposition à la rébellion, toujours latente dans les foules, et incitait à émettre des prétentions, à s'arroger des droits que les chefs subissaient, par la raison, toujours, que l'argent manquait pour permettre des paiements réguliers.

Le jour de l'enrôlement, des scènes de mutinerie se produisaient déjà. Pour peu que, dans la fumée de l'ivresse, la prime parût insuffisante ou que, hantés par quelque regret, les appréhensions s'emparassent d'eux, les enrôlés proféraient des menaces, jetaient leurs armes, refusaient de marcher, se débandaient sans que les officiers eussent les moyens de les contenir par la force. On ne matait l'homme qu'après lui avoir fait prêter le serment au drapeau. L'indiscipline, pour se trouver intimidée par la lecture des articles de guerre, n'en couvait pas moins dans tous les rangs; elle éclatait au moment psychologique, aiguillonnée parfois par les chefs eux-mêmes; ceux-ci, afin d'avoir leur part de butin, non seulement pardonnaient, mais aussi encourageaient l'indiscipline qui avait pour objectif le pillage ou les exactions.

Conniiander, en pareilles circonstances, ne constituait pas une sinécure ; d'autre part, les soldats témoignaient de peu de respect envers leurs supérieurs, principalement envers les officiers payeurs, toujours liaïs et souvent malti-aités. Les hommes s'en prenaient aux chefs pour un rien et pour tout, les rendant responsables du retard de la solde, de l'avilissement du numéraire, des fatigues endurées, des dangers à courir. Les nmtineries n'étaient pas rares; il arrivait alors qu'une troupe destituait le colonel et les capitaines, en choisissait d'autres parmi les nmtins.

70 Li; l'KlJI'LK AIJJIMANI) A LKl'OOUK

De pareils cas se rt'pririciil en lioiij^iic. Pciidaiil raniiislicc (|iil j)it''C('Mla le liaih' de Weslpliali(% iiii caporal (Vuw it''j;iiu(Mil (le (lraj;oiis ixnarois réussit ainsi à se faire élire colonel et. soutenu par des acolytes, à chasser les ofliciers; on dut cerner la troupe rebelle et on ne réprima lénieule (|u"après a\(»ir lusillé le pseudo-colonel e( dixhuit des principaux meneurs.

La cause première de ces mutineries se trouvait être ])res(iue invariablement une (piestion de solde. Les colon(ds, ne ])ou\ant batlre monnaie, cherchaient à se tirin* d'embarras en fournissant leur trouj)e de pièces d'étoffes ré(|uisitionnées, par exemple; les mécontents se consolaient en remontant leur garde-robe; ou bien ils empruntaient, même à un taux usuraire. Ainsi, en 1620, lecomle lie Thurn. afin de paver du moins un acompte à ses compagnies mutinées, engagea son avoir personnel auprès de ses propres vivandiers. D'autres fois, force est de recourir aux movens sonmiaires ; au début d'une rébellion le comte de Mansfeld sort de sa tente, abat deux mutins, enfourche son cheval, rallie ses capitaines, fond avec eux sur la bande la plus braillarde et mate ses 600 hommes après en avoir tué onze et fait fusiller vingt-six.

Tant que la bannière flotte, les officiers peuvent, durant la marche ou les conibats, com[)ter sur une certaine obéissance, mais lorscjue les drapeaux sont repliés et que le licenciement s'effectue, les ressentiments font explosion. A ce moment, le prévôt et ses aides n'ont (pi'un souci : se cacher. Ca})itaines et sous-ofliciers sont en butte aux j)lus grossières injures; les soldats les plus exaltés parcourent le canq), vocifèrent, apostro[)h(Mit leurs chefs : « Voyez ces c..., ces feignants! Lh vous, là-bas, (pii nous commandiez, qu'êtes-vous ])lus (pie nous sur l'heure ! Viens ici, toi, fripouille! (pi'on te crève la peau! et toi,

chien, qu'on te lave, sale vermine 1 Arrivez, sacripants ! voleurs! Qu'on les rosse, les brutes! Tue! Tue! sus à ces canailles! » (Wallhausen, Chronique.) En même temps ces gens pris de vin se provoquaient les uns les au(res, formaient deux camps où Ton comptait jusqu'à cent combattants frappant autour d'eux, finissant par s'entr'égorger; quantité de morts restaient sur le carreau. Les querelles privées, (jui jusqu'alors avaient dû attendre, se vidaient; les mauvaises tètes se groupaient, on bâclait les affaires, le sang- coulait. Enfin, la racaille se liguait pour tomber sur les camarades qui, pendant un loyal service, avaient été récompensés : on les dépouillait, on les battait, tellement qu'il en restait toujours un certain nombre sur place. Les chefs, contre ces excès, se déclaraient impuissants; bien plus, ils toléraient ces débordements, tant l'habitude était prise de les considérer comme de tradition dans les armées.

Il arrivait aussi que les soldats refusaient de s'en aller, s'insurgeant parce qu'on les licenciait. Les troupes livrées à elles-mêmes se rabattaient alors sur les habitants, se vengeant sur ceux-ci de l'inaction qui les privait de la solde. Ou bien, ils se révoltaient, l'automne venu, pour être libérés avant l'hiver : les mercenaires avant, au cours de campagnes antérieures, contracté l'habitude de ne servir que durant la belle saison, ne voulaient pas s'exposer à l'inclémence des mois d'hiver. Les licenciés parcouraient les pays avec un ramassis de vauriens qui leur servaient de limiers et de rabatteurs, rançonnant, ravageant, aussi longtemps que durait la morte saison, successivement des contrées entières. Certaines provinces, ainsi la Styrie, la Bohème, l'Autriche, la Silésie, que les gouvernements respectifs ne savaient pas protéger contre les exactions de ces malandrins, soidfraienl indignement.

72 LK l'i:UI'LI': ALLEMAND A L'Kl'OOHE

Lantoritr crut hicii l'aire ou ordonnant aux habitants de livrer à ees pillards. d'end)l«''e et comme rançon, un sou par tète de poj)ulalion, alin d'en èlre ]dus vite débarrassés; mais les premiers, f^a^nant à ce métier des journées d'un demi-florin el plus, on conçoil cpiils ne se hâtassent pas d'y renoncer, daulant cpien sus de ce viatique, les soldats se faisaient nourrir par les campagnards terrorisés. Cet état de choses, en se renouvelant, créait pour les autorités mililaii-es un surcroît de dillicullés afin de retenir les mercenaires sous les drapeaux pendant l'hiver. Aussi des voix se faisaient entendre, opinant en faveur de l'organisation de troupes permanentes, lescpielles, outre les avantages qu'elles ofl'riraient au doTd)le point de vue de la défense du pavs et des opérations stratégiques, auraient connue résultat innnédiat d'être moins ruineuses et moins dangereuses pour les populations elles-mêmes.

Il eût fallu pour dompter ces éléments sauvages une énergie toujours en haleine et cette autorité qui partout s'impose lorsqu'elle est de nature à être respectée. A diverses reprises, la main de fer d'un général se fit sentir d'une manière efficace et à chaque fois on vit l'action militaire, accomplie sous la })ression d'une discipline rigide, en être influencée favorablement. Ces efforts, individuels pour la jdupart. et dont le «-aractère innovateur se heurtait à l'indiflerence ou au relâchement moral des milieux dirigeants, n'avaient, malheureusement, qu'une dnr(''e éphémère. La discipline de l'armée de Wallenstein, au point de vue du travail tacticpie, était excellente; néanmoins, la faiblesse du généralissime quant aux cruautés et aux vols était excessive. Gustave-Adolphe, si ferme, si ponctuel dans toutes ses prescriptions militaires, ne sut pas inaiiilenir dans son armée l'obéissance passive qu'il V avait inti-oduite el inqiosée à chacun Tl faut dire.

cependant, que les articles de guerre, les ukases des princes, les ordres du jour des o^énéraux contenaient des restrictions très sévères, même draconiennes, et une rég-lementation fort sage et humaine à l'endroit de la conservation et de la protection de la vie et de l'avoir des populations amies et ennemies. Ainsi la loi de guerre voulait que, sans exception et en toutes circonstances, le soldat respectât les femmes, les enfants, les malades, les vieillards , qu'il n'endommageât ni les moulins, ni les puits, ni les instruments aratoires; nonobstant, la loi restait lettre morte. En remémorant les événements de cette guerre nous pouvons une fois de plus nous convaincre que ce n'est point la teneur dune loi, mais la façon dont on fait respecter la loi, qui détermine le jugement de la postérité sur des actes, sur des personnes, sur une époque.

En elles-mêmes les punitions étaient très rigoureuses. Chez les Suédois : suppression de la solde au profit des infirmeries ou des camarades invalides : les fers, les verges. On abattait la main droite du coupable, on arquebusait, on pendait. Comme pénalité réservée à un corps de troupe entier : le nettoyage du camp ou du quartier, l'exclusion hors des cantonnements ou du camp (à la belle étoile) pour un laps de temps plus ou moins long; pour des fautes plus graves : le retrait des étendards ; on décimait les rangs au besoin.

Une ancienne coutume de l'époque des lansquenets subsistait encore au début de la guerre : le droit qu'avaient les simples soldats d'élire, parmi leurs égaux, les juges appelés à constituer la cour martiale; une jurisprudence militaire plus moderne se substitua, par la suite, à ce tribunal «'dectif, remit la procédure et la faculté de juger entre les seules mains des officiers supérieurs. Pendant

74 m; l'KlJi'LE A LL KM AND A L'KPOQUE

l.i j;ii(Mr(\ les cours iiiarlialrs se (•(imph'lcroiil par ladjoiictioii diin autlilour géïK'ial. LCxt'fiilioii du iiiucniciit iiic()iiil)(M-u ail prévôt général.

llck'NOiis lo soin que la jusiicc uiililairo apportait à (Hfférencici- ncllciuciil los ])oin('s selon (prcllcs élaicnt infligées à (l(>s ('lé'ineuls uiililaires ou civils, et à procéder (lifleremnient envers les premiers qu'envers les seconds. Le soldat mis aux fers n'est pas enfermé dans la geôle puhliipie; (piel (pie soit l'endroit (pii servira de prison, le local porlei'a un cacliel militaire : le soldat ne pomait être condaimit' à la |)eiue infamante du bâton. En cas de supjtlice])ar la corde, ou obserAait les prescriptions suivantes : ... « Le guerrier ne montera pas au gibet ordinaire; on lui épargnera la honte de la potence réservée aux criminels de droit connuiui. mais on le pendra à cpielque arbre en plein feuillage, par le meilleur du col, alin que dans l'espace par dessus et par dessous le corps, le vent puisse passer; durant trois jours le corps restera exposé à la lumière du soleil, puis on le dt'-pendra et on le portera en terre suivant les coutumes propres aux guerriers. » Dans les villes, on dressait une potence militaire sur la place publique, à l'ordinaire sur la place du marché. Quant au.\ déserteurs, on les accrochait sans autre cérémonie à un arbi'e sec ou à une branche dépouillée de sa verdure. Kn cas d'exécution par le glaive... « le condamné sera amené sur la grand'place. où la foide d(*s soldats pourra s'assembler nombreuse; le bourreau fera du corps à lui livré deux morceaii.x... » La dis(pialilicalion iulH''rente aux fonctions du houi-reau civil n'atteignait pas le prévôt général et les exécuteurs militaircvs. ('.es dei'uiers administraient aux condamnés avant encouru la peine des verges ou du fouet le nombre de « passes » régl(>jiientair(\s. Ils se recrutaient, le plus souNcnt, parmi les dt'diiKpiants ou malfaiteurs

DE LA GUERRE DE TRENTE ANS 7o

auxquels on avait laissé la latitude de choisir entre le châtiment infligé ou l'emploi qu'on leur proposait; ils se réhahiUtaient par l'accomplissement correct de leurs fonctions. Lors du licenciement on leur délivrait un certificat de honne conduite et de libération; dès lors nul ne pouvait les molester à cause de la nature de leur besogne.

Ce (jui caractérise les armées de la guerre de Trente ans, comme, au reste, celles des époques précédentes; ce qui les assimile, en quelque sorte, aux hordes des anciennes invasions; ce qui, enfin, les diff'érencie si complètement d'avec nos armées modernes, ce sont les dimensions des convois, le nombre des suivants, les proportions, en un mot, du train d'armée.

Le soldat, apprenons-nous, se disposait, quelle que fût la durée proljable d'une campag'ne, à vivre, en territoire occupé, si possible, plus grassement que chez lui, mais toujours comme s'il était cliez lui; il emporte sa maisonnée; à défaut, un ménage. L'officier n'est pas seul à emmener sa femme : cavaliers, fantassins, servants font de même ou se pourvoient d'une compag'ne. Les chariots sont bondés de créatures de tous })avs : femmes légitimes et enfants, ribaudes, filles marquées. Elles se sont pressées en foule aux places de rassemblement, celles auxquelles les partants ont promis monts et merveilles, celles qui ont préfér»' ris(|uer tout ])lutôt (jue de végéter seules, celles qui plus tard cédei'onl Icin- place à d'autres ou qui mourront dans un abject (U'iiuernent, car les soldats les

MMidciil pour (ju('l(nit's tliiilors ou poui" un Iji'oc do \'m; on se 1rs passe suixant les hasai'ds du jeu.

Au mouiciU de son déhaniucmcMit le roi de Suède ua toléré aucune femme dans son camp; cette discipline, par la force des choses, se relâche et nous voyons ses armées également envahies par les éléments féminins les plus hétéroclites et les plus dissend)lables, où tous les degrés du rang", de l'âge, des prétentions, sont représentés. C'est la femme du colonel ou (juelque amie de haut parage \ oyageant sous escorte et flanquée d'une cour d'adjudants, de soubrettes, de laquais; c'est la compagne d'un piquier, (jU(4(pie fille de ruisseau qui, son enfant bouclé sur les épaules, chemine pieds nus sur les pierrailles; ce sont enfin les misérables fanées, que personne ne désire .plus; elles tendent la main, portent la besace, et laccoutumance au milieu dégradant mais familier les rive aux camps, où. connue dernier service à rendre, elles enlèvent les immondices.

Les couples vivent dans une cabane ; la femme cuisine, lave, verse à boire, soigne son blessé, se laisse battre. En marche, les femmes portent les enfants, le butin, les ustensiles qu'on ne trouve plus à caser sur les chariots archi-pleins. Les femmes aussi sont soumises aux articles de guerre. Poiu' une faute grave on les fouette ou bien on les bannit du camp. Le soldat (juime femme a clioisi devient le maître, un maître brutal, exigeant, fanlastjue, qui la inaltiaite jusqu'à ce qu'elle soit assez assouplie pour se prêter à ce qu'il veut tirer d'elle. Dans les (juartiers où les filles s'entassent, il est malaisé de faire régner la pai.x ; les hommes délèguent, à ces fins, leurs pouvoirs à des huissiers spéciaux dépendant eux-mêmes d'un prévôt ad hoc — le prévôt des ribaudes — et (|ui portent l'insigne de leur office, une tricpie. « lauiie. » ainsi la

nommc-l-011, dont ils usent pour « auucr ». D'autre part, n'y a-t-il pas pour la plupart de ces mercenaires que la magie des mots transforme en « guerriers », en « héros », toute une orgueilleuse vanité d'avoir à soi et de pouvoir exhiber une fille accorte? Aussi le gros de la solde ou du butin passe à faire valoir la concubine et à flatter son amour-propre. En retour, la gaillarde se sert de son influence pour obtenir des fantaisies et, lorsque la misère est au camp, pour inciter « son homme » à la mutinerie. Chose odieuse ! et qui subsiste encore, le soldat a le droit de livrer une fille infidèle aux valets du train, dont la bande, doublée de la meute des chiens, chasse comme une béte sauvage la malheureuse dans le maquis ou la forêt.

Le soldat non marié qui n'a pas les moyens ou qui ne se soucie pas d'emmener une fille prend à son service un vaurien quelconque. Ces garnements sont légion. Ils assistent le combattant, pansent le cheval, portent d'une étape à l'autre la cuirasse ou le mousquet; on les trouve presque toujours en compagnie d'un chien. Fieffés dénicheurs, agiles espions, ils s'en vont très loin pousser des reconnaissances, découvrir des vivres, déterrer l'argent caché. Là aussi, toute une gradation de vices et d'ambitions, de ressources ou de talents, depuis le page élégant qui caracole derrière le généralissime, jusqu'au cliemineau malingre qui court sur les talons d'un gueux ou d'un tramard : voici la livrée voyante du valet d'officier; la pertuisane enrubannée au poing, il doit frayer passage; — c'est l'ordonnance plus martiale du commandant de l'escadron; ce soir peut-être il jouera sa vie pour sortir de la mêlée le corps nmtilé de son maître; — et là, c'est l'humble décrotteur, frère d'armes quasiment d'un mousquetaire aux poils blanchis, qui se rengorge sous le pa-

78 Ll-: PEIM'LK ALLEMAND A L'KPOyUE

iiaclic à I iiisliiiil raiiiasst' dans la ixxissirrc et (|n il \ iciil (le |»i(|Ut'r à son cliaix'aii lioiir.

Ce luoiidc csl Icnihlc an pilia<^(v (loiiiiiic des oiseaux (le proie, les reiimies. les riljaudes, les valets s"ul)attent sur (juel(|ue lei me. tondent sur la Itasse-eour. les t'tables; ils dévalisent les haliuts, brisent })ortes et clôtures; ils sacrent. voeifèrtMit, se couchent dans les lits, démolissent ce qu'on ne peut emporter. Ils forcent les malheureu.v paysans à atteler poiu- se faire ramener au (juartier; on charge les chariots de meubles, futailles, provisions, effets, chacun se remplissant les poches, le pourpoint, les jupes de ce qu'on ne peut })lus serrer dans les collres, les sacs, les paniers. « Alors, ainsi que le décrit l'auteur de la Defensio fiatrice (1621), sur l'entassement des véhicules s'empilent fennnes, enfants, gourgandines, comme des chenilles sur la feuille d'un chou. Les plus ingambes prennent les meilleures places, puis vient la progéniture, enfin le butin. Chacmi s'efforce de s'emparer de ce que l'autre vient d'agripper. Les femmes de soldats se battent avec les ribaudes, toutes s'injurient. Elles redescendent pour mieux se colleter, se prendre aux cheveux, se jeter des pierres. Les hommes s'en mêlent, prennent parti; ce sont des batailles, le sang coule. Ces scènes se renouvellent; à chaque fois on compte trois, quatre, dix morts. La bande apaisée remonte sur les chariots si outrageusement chargés (pie les chevaux ne peuvent suffire; il faut atteler des Ixeufs alin d(^ démari'er. Personne ne veut descendre aux montées, car on a peur d'être supplanté par ceux et celles (jui suivent pédesticment et (pi'aucune force n'arriAcrait à (h'doger. Ce })euj>le crie, menace, hurle: les coujts pleuNcnt dru sur les attelages épuisés. Les brides fra})pent du pied, du bidon, de la j)ointe ih' leurs aimes; les cbe\au\.les Ixeufs s abaltiMd. crèNcnl.

D'autres fois, les ribaiides n'entendent pas être tramées par des ])œufs; il leur faut des chevaux, qu'on est obligé daller quérir à des lieues. Enfin, lorsqu'on arrive à l'étape, les gens retiennent les conducteurs, les font marcher plus loin; on se pi-élâsse sur les chariots, avec lesquels un beau jour les ribaudes se sauvent en i)lantant là compagnons et volés. »

Un régiment de fantassins avait eu, au d(d)ul de la guerre, à fournir ime longue liaite dans le propre pays du souverain (pii Fanait eiu'ôlé. On s'avisa de dénondjrer les filles et les valets; leur effectif s'équilibrait avec celui des combattants. Dans l'espace d'une semaine cette bande fit rafle d'une telle (piantité de chevaux que chaque soldat fut à même de se monter. Le colonel sévit assez énergiqucment pour faire lâcher prise à })lusieurs, démonta de sa main les plus entreprenants, restitua une bonne pai'tie des animaux volés, mais sa volonté et ses menaces se brisèrent contre l'obstination des lilles, qui, les premières, s'étaient mises à profiter de l'aul)aine et n'entendaient pas y renoncer. La troupe prit fait et cause pour les amazones, refusa de marcher; le prévôt y perdit son latin. Il fallut en passer par là. Chaque ribaude cbevaucliait; celles qui ne pouvaient se tenir en selle se groupaient par charrette attelée de trois ou de quatre chevaux.

Nous constatons qu'il n'est pas facile de contenir ces éléments désordonnés et encombrants placés virtuellement sous la haute surveillance d'un homme à poigne (jui exerce un pouvoir presque absolu sur tous ceux qui, à un titre quelcon(jue, font partie du train d'armée. Ce « })révot des ribaudes » est un personnage (pi'il est prudent de ménager. On le prend, d'ordinaire, parmi de vieux soldats réformés. Au jour du rassemblement, le colonel la présenté officiellement à la troupe en recommandant de

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riiuiiorcr plus i-iicoïc pour les s('r\ices rendus (pic |ittur les alU'ihutious iuluMcules à ses JiouNclles fouclious. Lu préseiitalion l'aile, le prévôt s'est iucliiir eéiémonieusemeiit et a adressé aux assistants un diseours dont la substance a été (ju'il l'allail lui coidicren toiilc sécurité femme, enfant ou compagne et ne pas lui garder rancune des mesures de rigueur (ju'il se verra contraint de prendre.

Les compétences de la charge sont nombreuses, nudliples les obligatious. Quand le pi'évôt conmiande le train dune arnit'c. ou lui douuc uu adjudant, un enseigne et un fanion particulier dont le motif représente une fennnenue. Il organise et fait marcher son monde militairement en rangs et en groupes. L'ordre de la colonne est le suivant : en tête, le prévôt, l'essaim des lilles les plus avenantes, qu'il s'agit de protéger, durant le trajet, contre les entreprises des traînards ou des valets; puis le gros; on arme les fennnes les plus valides d'une hallebarde, car les attaques sont toujours possibles; en queue, les valets, les chariots, les enfants, les bagages, les chiens. L'ordre de marche insiste sur la tenue à conserver, sur une bonne impression à produire. « Le prévôt, disent les règlements, empêchera réparpillement dans les hameaux et les campagnes, à la façon des Tziganes et des Tartares. » Le train ne doit revêtir ses quartiers qu'après l'installât iou complète des combattants, parce (ju'on sait les lilles et valets toujours disposés à fondre les premiers sur les approvisionnements ; tout, alors, disparait comme par enchantement, le bois, les fourrages, les bottes de paille (Fronsperger, Chroniques). Pareillement, en (juittaut une ville ou un camp, le train et les convois se mettent en mou\ cment les derniers. Un combat est-il prévu, le parc s'établit derrière le gros de l'armée. On masse les chariots en demicercle ou par groupes carrés, le peuple au centre, chacun

à son poste de défense. Les surprises de cavaliers ennemis ne sont pas rares. l!]n attendant les secours, il s'agit de tenir bravement et parfois pendant longtemps. Le soin de nettoyage des huttes, du balayage des ruelles à lintérieur des cantonnements incombe aux filles, à cet effet sous la direction de valets spéciaux; malheur à celles qui refusent le service ! Les plus récalcitrantes sont livrées aux mégères, qui les fustigent impitoyablement. Lorsque les circonstances le réclament, tout ce monde s'emploie à lier des fascines, à combler des fossés, à garnir de palissades les tranchées.

Le train se grossit du nombre des vivandiers, gens importants, qui possèdent dans leurs chariots cerclés, cordés, la majeure partie du butin réalisé par les soldats; eux aussi prêtent le serment au drapeau; on les arme. x4.u bout de la colonne, enfin, grouille une cohorte de trafiquants, de brocanteurs, de palefreniers et conducteurs d'attelages. Chacun de ces groupes a son fanion.

Le train, on s'en convainc, présente un développement immense : c'est un corps d'armée à la remorque d'une armée. Nous pouvons nous figurer ce qu'ont été ces agglomérations et quelle importance a dû prendre, dans ces conditions, la (juestion de leur subsistance, question en connexion étroite avec le sort d'une armée et avec celui des contrées sur les(juelles de pareilles foules se ruent.

Le chroniciueur A<hiiu Junghaiis rap])orle que dans im bourg assiégé où, par conséquent, le train devait être réduit à la plus simple expression, la garnison, soit un régiment, comptait .300 valets, 50 filles, 40 traitants et vivandiers : le tiers de letfectif des combattants. Wallhausen cite un régiment composé de 3,000 combattants, avec une suite de 4,000 personnes de tout acabit; dans un autre,

s8 Li: PKUi'LK .\lli:mani) a i/i:pooiih

à IVllcclit .If 1.(1(10 caNalicis cl de 1,000 fantassins, il a (•ompU'' 40(1 cliaiiots altclt'S cliacnn de (|uati(' chevaux; clans ini autre, enlin. HOO cliariols hondt's <lo fcnnncs cl denl'anls suivairul les coniiiagnies, (jui, à un monienl donné, refusaicnl de niaicliei' si Ton ne portait pas le nombre d(»s chariots à 30 par conipajinie. C'est ainsi encore tpiune armée de 20,000 hommes traînait après elle 4,000 femmes, sans })arler du train réglementaire.

Un régiment de rAllemagne du Nord, k lefTectif de 3,000 honmies, (juiltait au début de la guerre ses cantonnements, avec lui 2,000 femmes. Le commandant se promettait de saisir une occasion pro])ice pour débarrasser la colonne de ces impedimenta. Les jours passaient. On arriva sur les bords d'une rivière que les combattants reçurent Tordre de franchir incontinent ; le colonel enjoignit, par contre, au train de demeurer sur la rive et défendit aux l)ateliers, sous peine de mort, de transborder qui que ce fût durant les cinq jours suivants. Ce qu'apprenant, les femmes restées en deçà de l'eau éclatèrent en un concert de cris, d'imprécations, de menaces, auquel s'associèrent les soldats ainsi privés de leurs moitiés; on déclara ne plus vouloir avancer. Tout plutôt qu'une débandade ! car le temps pressait. Le colonel céda, mais, résolu à g^arder le dernier mot. il (it battre la générale et annoncer (jue seules les fenunes mariées seraient autorisées à suivre. Peine perdue! On vit les non mariées courir les villages, ramener des ofhciants : en deux jours, 800 lilles, parmi elles le rebut des créatures, trouvaient mari.

Jusqu'à la fin de la guerre, les proportions des convois ne cessent de croître, (pioi(|ue, pour -un temps. Tilly. Wallenstein , Gustave-Adolphe ])ar\iennent à endiguer le torrent. En 1650, après le licenciement d'une notable partie (h's troupes, nous trouNons à Kolhen ipiatre

compagnies suédoises cloiit l'effectif est de 690 soldats, 650 femmes et 900 enfants. Le général Gronsfeld mentionne dans un rapport, en 1648, que l'armée autrichienne et bavaroise compte 40,000 combattants touchant des rations de guerre et 140,000 surnuméraires ne dépendant que d'eux-mêmes.

Les annalistes qui relatent ces faits posent, à titre de réflexion, cette question véritablement très suggestive : « De quoi ces bandes auraient-elles pu vivre, si, au jour le jour, elles n'avaient pas volé de quoi ne pas mourir de faim? Mais qu'ont-elles pu trouver dans un pays où l'armée s'était répandue et oii il n'existait plus un seul hameau où l'on eût pu trouver, même en le payant un monceau d'or, un seul morceau de pain? »

L'établissement d'un camp nécessitait quelques travaux préliminaires. Avait-on choisi un emplacement qualifié, si possible à proximité d'un cours d'eau, on délimitait, tout d'abord, l'espace réservé au général et à son étatmajor. On isolait cet espace au moyen d'une palissade ou de terrassements, tout au moins par une lignée de hallebardes fichées en terre et, tant bien (jue mal, reliées entre elles. L'entrée de ce quartier était rigoureusement interdite. Près de là devait se trouver le corps de garde, donnant sur une place plus ou moins vaste qu'on délimitait en losange ou en carré, et à l'autre bout de lacjuelle, en cas de séjour prolongé, s'élevait la potence. On jalonnait ensuite, par rangs parallèles, les emplacements destinés aux

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