‹ Le peuple allemand: ses forces et ses ressourcesChapitre 12 sur 48 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

l'émigration d'aujourd'hui et les migrations d' autrefois

En vérité, le premier lien qui unit entre eux tous les citoyens d'un grand pays, c'est celui d'une protection mutuelle et d'une commune défense. Personne n'affirme mieux ce fait que les Allemands des petits États établis à l'étranger. La constitution de l'unité nationale nous a coûté de grands sacrifices, disent les Badois et les Wurtembergeois, mais ces sacrifices sont compensés par des avantages supérieurs. Autrefois, quand l'un ou l'autre d'entre nous était molesté au dehors, comme sujet d'un État secondaire, ses plaintes restaient sans écho, et il ne pouvait obtenir justice. Maintenant que nous pouvons invoquer, en qualité de citoyens allemands, l'appui du gouvernement de l'empire, tout le monde nous respecte et nous craint. Ainsi les peuples d'outre- Rhin reconnaissent une augmentation de sécurité comme résultat de leur unification politique. Tout naturellement, l'accroissement rapide de la population doit déterminer un mouvement d'émigration

considérable. Faute de colonies allemandes, ce mouvement se porte sur les colonies étrangères et surtout du côté des États-Unis d'Amérique. On se demande pourtant s'il ne vaudrait pas mieux, dans .l'intérêt commun des émigrants et de la mère patrie, de diriger le courant sur des colonies propres à P Allemagne. Les sociétés de colonisation fondées dans les grandes villes de commerce, à Hambourg, à Berlin, ù. Francfort, ont posé la question de la politique coloniale. Par la convocation de la conférence pour régler les conditions du commerce européen sur le Congo et le Niger, le gouvernement de l'empire a montré qu'il se préoccupe sérieusement de cette question. Le prince de Bismarck comprend l'importance majeure, sinon la nécessité, de favoriser Pextension du commerce allemand dans les diverses parties du monde, afin d'assurer plus de débouchés à l'industrie nationale. Plus les Allemands augmentent en nombre, plus ils sont tenus de développer leur industrie. Pour protéger leur commerce, il leur faut des stations navales et des ports de ravitaillement hors des mers d'Europe. De là l'occupation de la côte de Cameroune dans l'Afrique occidentale et de l'anse d'Angra Pequena, près de la colonie anglaise du Gap, en même temps que les demandes de crédits soumises au Reichstag pour subventionner les lignes allemandes de paquebots dans l'extrême Orient et des établissements commerciaux des îles Samoa, dans la mer du Sud.

A l'époque des grandes migrations, dans le mouvement des populations germaniques de la Pannonie, en remontant le Danube, à mesure qu'une tribu avançait, elle s'emparait du territoire nécessaire pour son

établissement par une occupation pacifique ou par la force des armes. Les Germains admettaient comme un principe de droit de prendre de la terre dans la mesure de leurs besoins. Tout le pays pris en possession était consacré solennellement aux divinités nationales, aux esprits protecteurs des frontières, par des feux, des tournées, des sacrifices. Suivant l'usage établi, les envahisseurs n'enlevaient pas tout aux habitants de la contrée dont ils s'emparaient. Ils leur laissaient bien une partie du sol, un tiers du domaine, où ils les cantonnaient. Dès lors, leurs chefs mettaient en pratique la maxime de la ballade du Roi des aunes, en saisissant par la violence ce qu'ils ne pouvaient obtenir autrement :

Bist du nicht willig, So brauch ich Gewalt.

Mais, en revanche, ils s'attribuaient un droit imprescriptible sur tout ce qui avait une fois été en leur possession, même après avoir quitté les terres occupées. Procope raconte l'histoire d'une députation de Vandales, restée dans leur patrie après le départ de la masse du peuple, qui alla à Garthage demander à Genséric d'abandonner ses prétentions sur le pays d'origine parce qu'ils ne pouvaient pas le défendre : l'assemblée des guerriers allait donner satisfaction à cette prière sans le conseil d'un ancien qui en détourna le peuple pour le motif qu'il ne savait pas s'il ne faudrait pas retourner un jour sur les territoires abandonnés. On sait aussi comment une horde de Saxons, partis pour l'Italie avec leurs voisins les Longobards, revinrent après un certain temps et trouvèrent leur

pays, au pied du Harz, occupé par les Thuringiens, qu'ils sommèrent de se retirer. Les Thuringiens offrirent le tiers, puis la moitié, enfin les deux tiers du sol, avec le bétail qui s'y trouvait. Pourtant les Saxons ayant revendiqué la propriété du tout, les deux peuplades en vinrent aux armes et la lutte se termina par l'extermination à peu près complète des réimmigrants.

Par la force des choses, le besoin de vivre, ou la lutte pour l'existence, obligera encore les Allemands à se répandre au delà des limites actuelles de leur empire dans l'avenir. En attendant, le mouvement d'émigration est pacifique et son courant se porte surtout vers les États-Unis. Depuis 1820, les États- Unis d'Amérique n'ont pas reçu moins de 4 millions d'émigrants allemands. Le nombre de sujets allemands sortis des ports de mer de l'Allemagne, dans l'intervalle des années 4871 à 1885, s'élève à 1412914, sans compter ceux qui s'en vont par les frontières de terre. D'après les données officielles, le mouvement d'émigration depuis 1871 se résume ainsi :

Par les ports

allemands

Emigration

totale par mer

et Anvers.

et par

terre.

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