‹ Le peuple allemand: ses forces et ses ressourcesChapitre 18 sur 48 · RÉPARTITION DES SUFFRAGES ÉMIS AUX ÉLECTIONS POUR LE RHCHSTAG · texte numérisé non relu

RÉPARTITION DES SUFFRAGES ÉMIS AUX ÉLECTIONS POUR LE RHCHSTAG

Conservateurs

Parti de l'empire. .

Conserv. libres. , . .

Nationaux-libér...

Union libérale....

Progressistes

Centre

Polonais

Démocrates soc...

Parti du peuple. . .

Guelfes hanovr iens Particularistes Alsaciens-Lorrains Danois

Indéterminés

Ensemble

Pour la complète intelligence de ce tableau, il nous suffira de rappeler que les trois premiers groupes, les conservateurs, le parti de l'empire et les conservateurs libres, forment ensemble la droite de rassemblée, que le groupe du centre se compose d'éléments cléricaux et particularistes, que l'union libérale formée en 4884 représente une fraction libre-échangiste appartenant auparavant au groupe national, et qui s'est jointe depuis aux progressistes. Le parti du peuple peut être considéré comme un petit groupe de républicains modérés, tandis que les particularistes indépendants inclinent à gauche, sans se rattacher d'ailleurs à une autre fraction importante. Quant aux Guelfes hanovriens, aux Polonais et aux Danois, considérés comme des adversaires nés de l'empire, ils sont classés souvent

avec les démocrates-socialistes, dont ils ne partagent pourtant pas les tendances révolutionnaires. Aucun autre groupe du parlement ne se développe dans une proportion aussi forte, d'une manière aussi constante, que les démocrates-socialistes. Aucun ne profite autant, pour sa puissance propre, de l'accroissement de la population, surtout dans les pays industriels de l'empire. D'après la loi électorale du 31 mai 1869, en vigueur pour les élections au Reichstag, est électeur tout citoyen allemand âgé de vingt-cinq ans révolus, jouissant de ses droits politiques, et ne recevant pas de secours de l'assistance publique. Tout électeur est éligible comme député, et le nombre des députés s'élève à 397 en tout : ce chiffre n'a pas varié depuis l'introduction de la constitution de l'empire et son application à l' Alsace-Lorraine , malgré l'accroissement considérable de la population.

Cet accroissement, qui n'a pas été de moins de 413 000 individus par an, pour la période de 1871 à 1885, profite presque exclusivement aux démocratessocialistes. En comptant l'excédent des naissances sur les décès, l'augmentation annuelle dépasserait un demi-million d'habitants ; mais l'émigration pour les pays d'outre-mer enlève à elle seule annuellement près de 100 000 individus à l'Allemagne. Bien que l'excédent des naissances sur les décès présente une proportion bien plus forte à la campagne que dans les villes, l'accroissement de la population se manifeste surtout pour les villes. Par suite du développement de l'industrie dans les grands centres, ceux-ci attirent beaucoup d'habitants des communes rurales, qui ne trouvent pas à la campagne des moyens d'existence

suffisants. Or les agglomérations ouvrières sont devenues autant de foyers de propagande socialiste, le milieu propice où les idées communistes se développent, comme germent et grandissent toutes les semences dans un champ bien préparé. C'est un fait indiscutable et reconnu que le socialisme gagne en force et en étendue, sous nos yeux, ce que gagne lui-même l'accroissement de la population ouvrière dans les villes. Tout l'appoint de l'émigration dès campagnes grossit les rangs de ses adeptes, formés de prolétaires sans autre ressource que le travail de leurs mains.

Ne possédant rien, ces masses du prolétariat, accumulées dans les agglomérations urbaines, n'ont rien à conserver. Aussi, à peu de chose près, le nombre de suffrages exprimés en faveur des candidats socialistes correspond-il au nombre des ouvriers de la campagne attirés ou émigrés dans les villes. Relativement à la population des villes prise en bloc, l'effectif des masses socialistes s'élève même, depuis la constitution de l'empire allemand, dans une proportion supérieure à celle de l'accroissement total de la population urbaine. La contagion du communisme s'étend donc aux ateliers ruraux. Dans l'espace des quinze dernières années, la population des villes en Allemagne, nous l'avons vu, s'est accrue annuellement de 20 à 30 pour 4000, au lieu de 6 pour 4000 seulement dans les communes rurales. Au recensement de 1871, nous avions sur le territoire de l'empire 2328 villes, avec plus de 2000 habitants représentant une population de 14 790 708 individus, contre 18 720 530 individus dans 2707 localités de même importance au

recensement de 1880, soit une augmentation totale de

4 millions d'individus à peu près et un accroissement relatif de 28 pour 400. Pendant le même intervalle, le nombre de voix portées sur des candidats socialistes accuse une progression de 154 pour 400, en regard d'une augmentation absolue de 424655 voix aux élections de 4874 à 344 964 voix aux élections de 4884. Depuis 4884, les progrès de la propagande pour le socialisme se sont accentués dans une mesure plus rapide encore, car, au lieu de 344 964 suffrages réunis par les socialistes en 4884, ils en ont compté 549990 au premier tour de scrutin en 4884 et 763428 aux élections du 24 février 4887. N'étaient le frein religieux et l'influence du clergé dans les centres industriels de culte catholique, où les ouvriers élisent des députés de la fraction du centre, le nombre des adhérents du programme soutenu par les meneurs socialistes aurait déjà dépassé 4 million. Incontestablement, l'extension de plus en plus forte des agglomérations ouvrières, sous l'effet de l'augmentation générale de la population, favorise l'influence du socialisme révolutionnaire. Quand les chefs du parti socialiste fondent sur ce fait et sur l'action du suffrage universel l'espérance de succès politiques plus décisifs, ils n'expriment pas des fanfaronnades sans portée.

On connaît d'ailleurs par le recensement spécial du

5 juin 1882, dont le bureau de statistique de Berlin a publié les résultats détaillés dans une série de gros volumes in-4°, la répartition de la population de l'Allemagne d'après ses moyens d'existence et les professions exercées. Suivant cette publication, — Berufs statistik nach der allgemeinen Berufszahlung vont

5 Juin i882 y tome II à VII de la nouvelle série de la Statistik des deutschen Reichs (Berlin, 1884), — sur 1000 individus recensés dans chaque pays, les différentes professions sont représentées dans la proportion que voici :

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