ETATS DE L'EMPIRE
Prusse
Bavière
Royaume de Saxe
Wurtemberg
Baden
Hesse
Mecklenburg-Schwerin. . .
Saxe-Weimar
Meklenburg-Strelitz
Oldenburg
Brunswick
Saxe-Meiningen
Saxe-Altenburgr
Saxe-Coburg-Gotha
Anhalt
Schwarzburg-Sondershaus, Schwarzburg-Rudolstadt. .
Waldeck
Reuss, branche ainée
Reuss, branche cadette . . .
Sehaumburg-Lippe
Lippe-Detmold , . . . .
Lûbeck
Brème
Hambourg
Alsace-Lorraine
Empire allemand
se?
gis
Ces chiffres de proportion, dans le tableau ci-dessus, comprennent pour chaque classe de professions : les chefs d'exploitation, leurs employés et leurs ou^vriers, tout le personnel producteur, Erwerbsthàtig, sans les domestiques et les personnes de la famille, Dienende und Angehôrige, non occupés activement dans l'exploitation. Le recensement fait pour tout l'empire allemand porte sur un nombre total de 45222 143 individus, dont 19 225455 vivent directement de l'agriculture et des branches de travail qui s'y rattachent, y compris l'élève du bétail et la pêche : 16058080 individus tirent leurs moyens d'existence de la transformation des produits bruts ou d'industries manufacturières; 4 531 080, du commerce et des transports ; 2 058 412, de fonctions publiques ou de professions libérales, dont 459*25 militaires; 1 354486 personnes figurent sans état, etc. Parmi les 45 222 113 individus recensés, il y en a 18 986 494 d'indiqués comme chefs de maison ou producteurs, tandis que les 26 235 619 autres appartiennent à leur famille ou y servent comme domestiques. Les domestiques figurent au nombre de 1 354 486, dont 702 125 du sexe féminin, dans la classe des individus occupés d'ouvrages salariés de nature variable.
Sauf le royaume de Saxe, les deux principautés de Reuss et les villes libres hanséatiques, la population agricole prédomine encore, quoique le nombre des ouvriers dans les villes augmente d'année en année partout sur les autres classes. Cette population rurale, dont une proportion de 88 pour 100 vit dans des localités de moins de 2000 habitants, se décompose ainsi ;
Producteurs. Familles. Domestiques.
Chefs d'exploitation 2.288.033 6.309.766 394.773
Personnel administratif. . 66.644 128.032 13.290
Aides et ouvriers 5.881.819 4.126.248 16.850
Au nombre des producteurs de la classe des professions agricoles, nous en comptons 671 404 qui combinent avec la culture d'autres occupations, et sur la totalité des membres de leurs familles 4 015 822 personnes, dont 3 757 855 du sexe féminin, sont âgées de 14 ans et plus. Dans la classe des professions industrielles, commerce et transports non compris, avec un total de 6396465 producteurs, on en compte 1 693 321 ayant des occupations accessoires, dont 1 372 342 exercent simultanément avec leur métier principal des travaux agricoles. Une proportion de 62 pour 100 des individus vivant de professions industrielles habite dans les villes ou dans des communes avec plus de 2000 habitants. Cette classe compte 3 569178 personnes âgées de 14 ans et plus — dont 3 421 170 du sexe féminin — dans les familles des producteurs. Elle présente la composition suivante :
Chefs d'exploitations, établispourleurpropre compte.
Chefs d'exploitation travaillant à domicile pour compte d 'autrui
Producteurs. 1.861.502
Familles.
Domestiques.
Personnel administratif.. , Aides et ouvriers
Au point de vue politique, il y a enfin intérêt à constater comment les producteurs recensés dans la classe des professions industrielles se répartissent
entre les centres de population de diverse importance. Le recensement du 5 juin 1882 donne ces chiffres :
Hommes. Femmes.
Villes avec plus de 100 000 habitants. . . 535.569 181.724
Villes de 100 000 à 20 000 habitants 715.648 184.054
Villes de 20 000 habitants 1.006.224 223.030
Communes de 5 000 à 2 000 habitants.. 919.710 184.711
Communes avec moins de 2 000 habitants. 2.091.238 353 457
Empire d'Allemagne, ensemble.... 5.268.389 1.126,976
Berlin, Hambourg, Francfort, Hanovre, Breslau, Dusseldorf, Elberfeld, Altona, Nuremberg, la plupart des grandes villes sont aujourd'hui représentées au Reichstag par des députés socialistes. Dans les centres industriels, où les démocrates socialistes n'ont pas la majorité, ils comptent dès maintenant des minorités imposantes, dont le chiffre va croissant à chaque élection nouvelle et augmente en proportion de l'accroissement de la population. Nulle part le socialisme n'a fait autant de progrès que dans le royaume de Saxe, celui des pays allemands dont la population est la plus dense, dont l'industrie est la plus développée, où le culte protestant domine à peu près exclusivement comme religion. Lors du recencement de 1880, la population de l'Allemagne se répartissait, au point de vue des cultes, en 28 331 152 protestants, 16 232 651 catholiques, 561 612 israélites, le reste appartenant à d'autres sectes ou sans culte avoué. Les catholiques prédominent par le nombre en Bavière, dans le pays de Baden, en Alsace-Lorraine, dans les provinces prussiennes du Rhin, de Hesse-Nassau, de Posen, de Silésie et de Westphalie. Sans aucun doute, l'influence du clergé et les pratiques religieuses plus
développées au sein des populations ouvrières catholiques de l'Allemagne ont arrêté parmi celles-ci la propagande du socialisme. Aussi bien est-ce là un des motifs pour lesquels le gouvernement allemand et le prince de Bismarck proclament maintenant la solidarité des intérêts conservateurs et de l'esprit religieux par l'abrogation des lois édictées sous le régime du Culturkampf. Une expérience aussi décisive que pénible apprend au plus puissant des hommes d'État contemporains à reconnaître la religion comme première garantie de l'ordre public. Le conseiller intime Illing, dans un rapport sur l'augmentation de la criminalité en Prusse pendant les trente dernières années, dit de son côté : « Pour les classes inférieures du peuple, il n'y a point de morale sans religion, et si la foi religieuse, sur laquelle repose .l'impératif catégorique des dix commandements, est minée dans le peuple, le fondement de la morale tombe avec elle : l'immoralité prend la place des bonnes mœurs. » Et, plus loin : « Le caractère de la criminalité dans le cours des années ne s'est pas amélioré; au contraire, il a empiré. Le ferment morbide qui trouve son expression dans le crime donne lieu aux préoccupations les plus sérieuses par le nombre croissant des crimes et par sa malignité croissante. »
Aucun autre parti politique n'a en Allemagne une organisation comparable à celle des socialistes. Le socialisme collectiviste grandit avec une vigueur inouïe, malgré les mesures prises pour empêcher son développement. Si les grandes villes industrielles sont en son pouvoir pour la représentation au parlement, la propagande s'étend aussi aux districts
ruraux. Aux dernières élections du %1 février de cette année, des contrées jusqu'aujourd'hui à l'abri des menées du parti ont été entamées avec succès. Dans la circonscription de Hildesheim, notamment, le nombre des voix socialistes s'est élevé, dans l'espace de trois ans, de 500 à 2830. En Saxe, malgré l'état de siège établi à Leipzig, les suffrages en faveur des candidats communistes se sont élevés de 129 000 en 1884 à 151 000 en 1887. A Hanovre-Iinden, les socialistes ralliaient à peine 1986 voix en 1871 : trois années après, le chiffre atteint était 3853; en 1877, il s'est élevé à 5604; en 1878, à 6588; en 1884, à 12 180, et en 1887, à 16 526. A Berlin, la progression est plus imposante encore : en quinze ans, les suffrages du parti, limités à la quantité négligeable de 2058 voix pour l'année 1871 , se sont élevés à 68 535 en 1884, pour atteindre le nombre de 94 259 en 1887, en dépit des lois d'exception édictées contre les meneurs. Un manifeste communiste, répandu dans la capitale à un nombre d'exemplaires énorme, malgré tous les efforts de la police, exposait aux électeurs que « plus l'agitation pour la cause commune serait vigoureuse, plus elle hâterait le moment où le feu purifiant de la révolution dévorerait ce vieux monde rempli de crimes et de violences ». Lors d'une réunion tenue il y a quelques années, les chefs ont donné le mot d'ordre : « Pas de sociétés secrètes ni de conspirations. Contentez-vous de vous rencontrer quatre ou cinq ensemble dans vos demeures. Il n'y a pas de police qui puisse empêcher cela; tous les agents de Berlin ne suffiraient pas pour surveiller de semblables réunions. » La parole de M. Bebel au Reichstag
devient une réalité : « Nous avons des partisans là où vous ne les soupçonnez même pas, où la police ne pénétrera jamais. » Oui, les progrès du socialisme révolutionnaire en Allemagne dépassent en intensité l'accroissement déjà si considérable de la population. Les projets de répression violente, auxquels le Reichstag a été appelé à donner sa sanction, ne serviront pas arrêter ce mouvement. Tout au plus pousseront-ils les socialistes à se jeter dans l'anarchisme et à jouer de la dynamite, au lieu de s'occuper de discourir dans les réunions publiques.