CHAPITRE X
Les revendications actuelles des députés socialistes pour la protection du travail et des ouvriers ne donnent pas Tidée du vrai programme du parti. Ce programme fut arrêté au congrès tenu à Gotha au mois de mai 4875, pour la fusion en un parti unique des associations ouvrières à tendances communistes. Nous y retrouvons la doctrine de Karl Marx sur le socialisme international et la constitution de l'État socialiste, fondé sur la confiscation de la propriété individuelle pour l'exploitation collective, en vue de la répartition des produits dans la mesure des besoins de chacun. Tout en demandant des réformes économiques adaptées aux conditions actuelles de la société et susceptibles, à leur avis, d'assurer l'organisation de l'État ouvrier par une transformation pacifique, les chefs du parti conviennent qu'en réalité la résistance de la bourgeoisie aura pour effet le renversement de Tordre de choses existant par une révolution violente. Dans son exposé plus ou moins nuageux ou diffus, le programme de Gotha s'exprime ainsi : « Source
de toute richesse et de toute civilisation, le travail, pour être d'une utilité universelle, doit être entrepris par la société elle-même. C'est à la société, à tous ses membres pris collectivement, qu'appartient en totalité le produit de ce travail. Tous les citoyens ont les mêmes droits et les mêmes devoirs pour l'exploitation commune. La part du produit pour chacun sera mesurée à ses besoins raisonnables. Dans la société actuelle, les capitalistes possèdent comme monopole les moyens de travail ou de production. Par suite, la classe ouvrière se trouve dans une complète dépendance, qui est la cause unique de la misère et de la servitude sous toutes ses formes. Pour l'affranchissement des travailleurs, il faut que les moyens de travail deviennent le lien commun de la société, que l'exploitation soit organisée dans un intérêt collectif, avec une répartition juste des profits obtenus. L'affranchissement du travail doit être l'œuvre exclusive de la classe ouvrière. Toutes les autres classes de la société ne sont, vis-à-vis de la classe ouvrière, que des masses réactionnaires. — Conformément à ces principes, le parti des ouvriers socialistes allemands s'efforcera d'arriver, par tous les moyens légaux, à l'établissement de l'État libre et à l'organisation communiste de la société; il cherchera à briser la loi d'airain du salaire par l'abolition du système du travail salarié, à en finir avec l'exploitation de l'homme par l'homme, à faire cesser toutes les inégalités sociales et politiques. Le parti des ouvriers socialistes allemands, tout en exerçant plus directement son action dans les limites du pays, n'oublie pas que le mouvement ouvrier a un caractère international. Il
est décidé à remplir tous les devoirs que cette situation impose aux travailleurs, pour que la théorie de l'union fraternelle des hommes devienne enfin une réalité. »
Ainsi, impossible de s'y méprendre, la profession de foi et la déclaration de principes du parti ouvrier allemand affirment le caractère international du mouvement entrepris pour l'émancipation prétendue des travailleurs, pour la substitution de l'État socialiste à la société actuelle. Cette déclaration de guerre sans merci à l'ordre existant sépare les ouvriers de toutes les autres classes sociales, sans exception. Par le fait qu'ils adhèrent au programme, les socialistes renoncent à avoir une patrie particulière : s'ils exercent encore les droits attachés à leur qualité de citoyens allemands, c'est comme moyen d'atteindre le but du communisme cosmopolite. Le programme de Gotha reflète le manifeste de l'union internationale proclamé à Londres par Karl Marx, le prophète reconnu du parti, qui prêche en termes clairs et nets la nécessité d'une révolution violente : « L'État moderne, avec son système de gouvernement, est seulement une délégation qui administre les affaires communes de toute la classe bourgeoise. La bourgeoisie a joué dans l'histoire un rôle éminemment révolutionnaire. Là où elle est arrivée à la domination, elle a détruit toutes les conditions féodales, patriarcales, idylliques. Elle a déchiré impitoyablement les liens féodaux multiples qui attachaient l'homme à son supérieur naturel, et n'a laissé subsister d'homme à homme d'autre lien que l'intérêt nu, que le payement au comptant sans cœur. Elle a transformé la dignité personnelle en
valeur d'échange, et, en place des innombrables libertés garanties et bien acquises, elle a mis celle d'un libre échange sans conscience. En un mot, elle a remplacé l'exploitation, voilée d'illusions religieuses et politiques, par l'exploitation ouverte, directe, sèche et éhontée. » De là la conclusion finale : « Les communistes dédaignent de faire un secret de leurs intentions et de leurs vues. Ils déclarent ouvertement que leur but ne peut être atteint que par le renversement violent de tout ordre social existant jusqu'à ppésent. Que les classes dominantes tremblent devant une révolution communiste! Les prolétaires n'ont rien à y perdre que leurs chaînes. Ils ont à y gagner un inonde. Prolétaires de. tous les pays, unissez-vous! » Tel étant le but à atteindre, quels sont les moyens à mettre en œuvre pour y arriver? La convention de Gotha recommande aux socialistes le suffrage universel direct, égal, obligatoire; la législation directe par le peuple, qui doit décider de la paix et de la guerre; les milices nationales remplaçant les armées permanentes ; l'abolition de toute loi d'exception, en particulier des lois qui mettent des bornes à la libre manifestation de la pensée; la justice gratuite rendue par le peuple, moyennant des tribunaux électifs; l'éducation des enfants gratuite, égale, obligatoire. Dans les conditions actuelles de la société, les représentants élus du parti ouvrier allemand doivent réclamer tout le développement des libertés politiques; un seul impôt progressif; le droit illimité de coalition; la fixation d'une journée normale de travail, suivant les besoins sociaux; l'interdiction du travail des enfants et de tout travail de la femme, contraire à
l'hygiène et aux bonnes mœurs ; des lois protectrices de la vie et de la santé des ouvriers ; une loi réglant le travail des détenus dans les prisons; l'affranchissement des caisses de secours. Ces dernières propositions nous ramènent aux motions actuellement à Tordre du jour au Reichstag, acceptées en partie par le parlement et par le gouvernement. Agir d'abord dans le cadre de la nationalité, en reconnaissant les devoirs de la solidarité internationale, pour réaliser la fraternité de tous les hommes et aboutir à la république universelle, voilà la tactique suivie par les socialistes allemands avec une discipline sévère et une persévérance inébranlable.
Devenu une puissance avec laquelle les pouvoirs existants se voient obligés de compter, le socialisme, en tant que parti politique, n'a pas encore vingt-cinq ans d'existence en Allemagne. En France, la fameuse formule du programme de Gotha : A chacun suivant ses besoins, a déjà trouvé, dans les ateliers nationaux de 1848, une application, dont l'expérience n'est pas de nature à inspirer confiance dans l'efficacité de l'organisation communiste du travail. Toutefois, le mouvement socialiste qui remua chez nous les classes ouvrières pendant les dernières années du règne de Louis-Philippe ne s'est pas propagé au delà du Rhin. Sauf dans le pays de Baden, les ouvriers allemands n'étaient pas préparés à comprendre. L'esprit féodal régnait encore, et son influence dominait toujours dans les autres États de la Confédération germanique, bien que les institutions de l'ancien régime y eussent déjà disparu en partie. Les artisans y restaient soutenus et contenus par les corporations de métiers,
que les partis conservateurs s'efforcent de consolider à nouveau sous nos yeux. La grande industrie manufacturière était, à ses débuts, bien en retard sur le développement acquis par l'exploitation capitaliste en Angleterre et en France. Les classes inférieures, ne s'imaginant pas que leur sort pût être différent de ce qu'il était, s'y résignaient, sans se douter qu'elles pourraient obtenir un jour le droit de suffrage et jouer un rôle politique. L'idée du peuple souverain était encore étrangère à la grande masse.
Pourtant les tentatives pour amener l'ouvrier allemand à réclamer des réformes politiques et économiques, en lui montrant qu'il était malheureux, n'ont pas manqué. Ces tentatives, purement spéculatives et limitées au domaine de la littérature, ne pouvaient pénétrer au sein de populations qui lisaient peu et se mêlaient moins encore les unes aux autres, retenues comme elles l'étaient sur le territoire étroit d'une multitude de petits États sans facilités de déplacement. Il y a plus d'un siècle, dès 1774-, Heinze a recommandé en Allemagne, dans son fameux Àrdighello, la communauté des biens et des femmes. En 1795 déjà, Klinger flagelle la domination du capital dans le récit humoristique de ses voyages avant le déluge : Reisen vor der Sùndfluth. Le déluge, dans la pensée de cet écrivain, précurseur de nos socialistes d'aujourd'hui, c'était le bouleversement de l'état social d'alors sous l'effet des désordres de la classe en possession de la richesse et du pouvoir. Un philosophe célèbre, Jean-Gotlieb Fichte, dont certaines maximes sont gravées sur les murs de la salle des pas perdus, au palais du Reichstag, devançant Proud'hon, appelle
Tordre économique de son temps une anarchie déplorable. Dans ses Beitrsege zut Berichtigung der Urtheile des Publikums ûber die franzôsische Révolution, mis au jour en 1793 et en 17Ô6, dans la Grundlage des Naturrechts nach Prinzipien der Wissenschaft, il qualifie de vol le revenu des classes qui possèdent, revenu dû, selon lui, au seul producteur, sans diminution ni retenue, à charge pour l'État de régler la production systématiquement, avec garantie des débouchés et suppression de la monnaie métallique comme moyen d'échange ou d'achat. Longtemps ces dissertations philosophiques, où apparaissent les principes formulés dans le programme de nos collectivistes d'aujourd'hui, sont restées sans écho dans les masses profondes du peuple. Le prolétariat moderne n'existait pas encore, ni les grandes agglomérations manufacturières, où l'agitation socialiste devait trouver depuis son véritable élément. Nous n'apercevons la première tentative de propagande active qu'en 1818, l'année même de la naissance, à Trêves, de Karl Marx, le futur apôtre du socialisme. Cette année-là, dans la même ville, un jeune fonctionnaire, Louis Gall, plus connu peut-être par son procédé pour améliorer les vins acides, ému des souffrances des ouvriers de l'Eifel, proposa la création d'une association pour procurer à tous les sujets allemands nécessiteux du travail convenablement rétribué, avec un logement salubre et un patrimoine suffisant. Cette tentative n'ayant pas abouti, Gall quitta le service de l'État, afin de chercher en Amérique les moyens que lui refusait la mère patrie. Au lieu des capitaux indispensables pour éteindre le paupérisme, le naïf philanthrope
rapporta du Nouveau-Monde les matériaux d'un livre qu'il fit imprimer, en 1820, sous ce titre : Où est le remède? (Was kônnte helfen?) Une société fondée ensuite sous ses auspices à Erfiirt : Gegen jede Noth des Mangels und des Ueberflusses, ne réussit pas mieux à résoudre la question sociale que l'organe de propagande des Menschenfreundlichen Blxtter, publié à partir de 1828. Après le refus d'une demande de brevet pour l'invention d'un appareil à distiller, donl il espérait tirer 20 000 thalers destinés à créer dans un village modèle un lavoir gratuit et une boulangerie coopérative, comme premiers essais d'exploitation collective, Gall se retira en Hongrie, où il trouva l'idée de son procédé d'amélioration des vins faibles par le sucrage. La doctrine socialiste de Gall, développée dans le recueil des Feuilles philanthropiques, comme, peu après, les publications de son émule Weitling, s'inspirent du discours de Rousseau sur l'origine de l'inégalité et des théories économiques de Fourier. A entendre ces doctrinaires, tous les biens terrestres ont leur source dans le travail. Malheureusement, les travailleurs producteurs de la richesse nationale sont livrés à la misère, non à cause de l'insuffisance de la production, mais parce que des millions d'hommes ne possèdent que leurs bras, incapables de secouer l'oppression du capital. La domination du capital ou de l'argent accumulé entre quelques mains privilégiées est l'origine de tout le mal dont souffrent les ouvriers, les petits propriétaires cultivateurs comme les artisans, qui ne peuvent obtenir une rémunération suffisante pour leur travail. Ainsi, la société se partage en deux classes : l'une qui crée la richesse sans en
jouir, ce sont les travailleurs; l'autre, formée des privilégiés de la fortune, qui jouit, en vertu de ses capitaux, du labeur des ouvriers, vivant de revenus fixes sous forme de rentes, de loyers ou de dividendes. Par suite, capitalistes et travailleurs sont séparés « en deux camps ennemis, avec des intérêts contraires : la situation des uns s'améliore dans la mesure où empire la condition des autres, en devenant de plus en plus précaire et misérable ». Comme moyen de réforme, pour réaliser un état de choses meilleur, Gall réclame pour chacun, avec le droit au travail, une existence digne de l'homme. L'association des ouvriers avec les cultivateurs doit permettre de neutraliser l'action oppressive des gros capitaux par la force du travail collectif. Telle est aussi la thèse du compagnon tailleur Wilhelm Weitling, soutenue dans ses écrits sur « l'humanité telle qu'elle est et telle qu'elle devrait être », Die Menschheit wie sie ist und voie sie sein soll, imprimé en 4835, et sur « les garanties d'harmonie et de liberté », Garantien der Harmonie und Freiheit, publié en 1842 à Zurich. « L'égalité absolue, lisons-nous dans ce dernier ouvrage, ne peut être établie que par la destruction de l'organisation actuelle de l'État. Elle comporte seulement une administration et n'admet pas de gouvernement. Lorsque la propriété a été établie primitivement, on a pu l'admettre, parce qu'elle n'enlevait à personne ni le droit ni le moyen de devenir propriétaire, car il n'y avait pas d'argent, mais des terres en surabondance. Depuis l'instant où l'homme libre ne put plus occuper une partie du sol, la propriété, au contraire, a cessé d'être un droit. Devenue une injustice criante,
la propriété apparaît maintenant comme la source du dénuement et de la misère des masses. Je vous le dis, ouvrez vos prisons et dites à ceux que vous y avez enfermés : Vous ne saviez pas plus que nous ce qu'est la propriété. Réunissons nos efforts pour abattre ces murs, ces haies, ces barrières, afin que disparaisse la cause de notre inimitié et que nous puissions vivre en frères. »
Weitling, comme Gall, a essayé l'application pratique de ses rêves humanitaires. Étant à Paris, affilié à la société secrète communiste de « l'Alliance des justes », il fonda une pension coopérative. Selon les prévisions et les calculs du fondateur, la pension en question devait procurer annuellement à ses associés coopérateurs un bénéfice de 14 000 francs. Au bout de la première année, le gérant se sauva avec 9 000 francs déposés dans la caisse sociale, laissant comme fiche de consolation aux sociétaires les notes des fournisseurs à payer* Les premières associations socialistes allemandes se sont ainsi formées sur le sol français, après la révolution de juillet. De ce nombre fut le Deutscher Volksverein, constitué en 1832 dans le dessein de transformer l'Allemagne en un État unitaire avec une constitution démocratique, longtemps avant l'apparition sur la scène de Ferdinand Lassalle. Supprimée par un arrêt de la police de Paris, cette association se réorganisa, sous le nom de Jung- Deutschland, à l'état de société secrète. Elle inscrivit à l'article premier de ses statuts : « l'affranchissement et la régénération de l'Allemagne, avec la réalisation des principes énoncés dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ». Un autre article édictait
la peine de mort contre les affiliés qui trahiraient la société. Plus tard, les visées socialistes furent ajoutées à l'action d'abord exclusivement politique de l'association, qui étendit ses ramifications aux principales villes d'Allemagne. Strasbourg avait une de ses succursales ; mais le quartier général se trouvait à Paris et à Londres. Quand un ouvrier allemand arrivait dans l'une ou l'autre de ces deux capitales, les affiliés de la Jeune- Allemagne lui proposaient immédiatement de l'enrôler dans leurs rangs. Ceux qui se laissaient faire étaient ordinairement les ouvriers les mieux payés. Lors de la présentation aux clubs, les embaucheurs disaient aux nouveaux arrivants : « Les ouvriers sont las de travailler pour des fainéants, de souffrir des privations, quand les capitalistes se vautrent dans l'opulence. Nous ne voulons pas plus longtemps nous laisser imposer des charges écrasantes par des égoïstes, ni respecter des lois qui maintiennent les classes les plus utiles de la société dans l'abjection, le dénuement, le mépris et l'ignorance, pour donner à quelques privilégiés les moyens de s'ériger en maîtres et seigneurs des masses laborieuses. Nous voulons nous affranchir et émanciper comme nous tous les hommes sur toute la surface terrestre, afin qu'aucun ne soit ni mieux ni plus mal considéré que les autres, mais que tous partagent également l'ensemble des charges et des peines, des joies et des jouissances, que tous, en un mot, vivent en communauté dans une condition égale. Veux-tu faire comme nous? » Par ces affiliations et cette œuvre de propagande, Weitling espérait recruter jusqu'en 1844 un effectif de 40 000 adhérents, pour
révolutionner ensuite le monde et substituer aux anciens États monarchistes de l'Europe une fédération communiste ouvrière. Rêve plein d'illusion que son ami et confident Becker s'efforçait de dissiper, en conseillant la démoralisation préalable des masses populaires avant de recourir aux moyens violents. « Nous ne sommes pas en état de conquérir le monde avec le fer brut, assurait cet autre socialiste. Nous devons d'abord le tuer moralement et le porter ensuite à la fosse. Quand la société, vouée à la mort, dans une dernière excitation fébrile, se précipitera sur nous avec le couteau, alors nous lui dirons : Attends, petite ! Ne sais-tu pas que les enfants ne doivent pas jouer avec le couteau? Quiconque saisit le glaive doit périr par le glaive, — et nous lui abattrons la tête. »
Démoraliser le monde avant de renverser par l'insurrection la société et l'ordre établi, cette doctrine ne s'est étalée nulle part avec un aussi dégoûtant cynisme que dans la revue anarchiste de Marr, publiée à partir de 1854. Tandis que des fruits secs sortis des universités allemandes excitent les ouvriers mécontents à la révolution, la fraction anarchiste s'applique à assurer le renversement de l'état de choses existant en poussant le peuple au désespoir et en lui arrachant le respect de ses croyances d'autrefois. Dieu et la religion sont traités avec le même mépris que les institutions sociales et le gouvernement sous toutes ses formes : Abgedroschene und abgethane Geschichten. L'humanité, dans son évolution, doit passer de la démocratie au communisme par l'anarchie. Pas plus que la monarchie, le gouvernement bourgeois ne profite à la masse des travailleurs. En dernier lieu,
la lutte doit se continuer entre ceux qui possèdent et ceux qui ne possèdent pas. Pour l'Allemagne, Harro- Harring, l'auteur des Schulgesaenge, recueil de chants pour les écoles, prêche avant tout le régicide :
Drei mal Dreizehn Einzelstaaten Sollen garein Deutschland heissen?
So'n drei Dulzend Potentaten Mùssen dort in's Grass einst beissen.
Mais l'exécution des princes souverains ne suffit pas naturellement pour faire table rase des autorités du passé. Pour assurer l'émancipation des travailleurs, le poète Vesky jette dans le même sac les oripeaux de tous les intermédiaires parasites du gouvernement :
Lumpen, Lumpen! bringt mir Lumpen, Ungewaschen, ungekrumpen, Kœnigskleider, goldgestickt.
Bettlerkleider, buntgeflickt.
Ordensbânder, Bischofsmûtzen, Bunte Lappen, blanke Litzen; Ailes rauss in meinen Sack, Ailes muss in's Lumpenback.
De son côté, Marr s'en prenait directement au roi de Prusse dans la revue bi-mensuelle publiée avec Bôrnstein, en 1844, sous le titre : Vorwàrts, Pariser Signale ans Kunst, Wissenschaft, Theater, Musik und geselligen Leben. Avant de tirer l'épée, il faut lutter par la parole, sans souci du gouvernement établi :
So langs wir das blanke Schwert Nicht aus der Scheide sehen, Ist nur das freie Wort was wert Zu weit kann man nicht gehen.
Und brummt aach Preussens Kônig Das kûmmert uns blutwenig.
Au dire du docteur George Adler, qui a écrit une intéressante histoire des origines du mouvement socialiste en Allemagne, — Geschichte der ersten sozialpolitischen Arbeiterbewegung in Deutschland (Breslau, 1885), -— les gouvernements allemands portèrent plainte à Paris contre la publication de Bôrnstein. Le ministère Guizot intenta des poursuites contre les rédacteurs, dont Grémieux accepta la défense, comme avocat, sollicitant les juges « de ne pas travailler pour le roi de Prusse ». Dès lors, l'agitation ouvrière, stimulée de l'étranger, se propagea à Tintérieur de F Allemagne. Une première association à tendance socialiste se forma à Berlin en 1844, afin de prendre en main les intérêts des travailleurs. Au courant de la même année, des désordres éclatèrent dans plusieurs centres industriels, où la question sociale n'avait plus été soulevée depuis la guerre des paysans. En Silésie notamment, où vivaient, ou plutôt ne pouvaient vivre avec un salaire insuffisant des milliers de tisserands, gagnant 14 gros par semaine, soit 35 sous pour l'entretien d'une famille entière pendant sept jours, on vit démolir des toitures et brûler les inscriptions des dettes. Ces excès dans les fabriques firent appeler la force armée, qui tira sur les insurgés. Quelques-uns tombèrent sous les balles; les autres, traduits devant les tribunaux, furent condamnés à recevoir vingt- quatre coups de bâton chacun. Les troubles se communiquèrent aux villes manufacturières des bords du Rhin. A ce moment, Wilhelm Jordan, un poète estimé, invita « les quarante millions d'Allemands à prendre souci de leur bonheur terrestre plus que de leur félicité problématique dans un
autre monde. Avant tout, la société a le devoir de veiller au bien-être des prolétaires, ces bêtes de somme de la société, qui vêtent, nourrissent et font subsister doucement les riches, au prix d'une misérable pitance pour calmer leur faim. » Tandis que Jordan glorifiait l'athéisme, la république et la révolution sociale dans son Schaum, Freiligrath fit paraître son Ça ira allemand, et Karl Beck les Lieder vont armen Mann (chants des gueux), non moins excitants. Toutes les 1 branches de la littérature étaient exploitées pour la propagation des idées communistes, qui, dès lors, se répandirent à travers le pays comme une épidémie, entretenue par des Kommunisten-Verbànde clandestins et favorisée par la disette, après les mauvaises récoltes de 1846 et de 1847.
Depuis plusieurs années, Berlin était devenu le siège d'une association socialiste plus ou moins secrète. Sous ses auspices se réunit, dans cette capitale, la première assemblée ouvrière, à la date du 6 avril 1848. L'assemblée constata l'impossibilité d'améliorer le sort des travailleurs sous le régime de la libre concurrence ou du libre-échange dans son entière acception. Bien que la grande masse des ouvriers berlinois eût encore une médiocre confiance dans l'efficacité des théories collectivistes, ils envoyèrent un député, choisi dans leurs rangs, à la chambre prussienne et au parlement national de Francfort. Pendant la session du parlement de Francfort se réunit dans la même ville, le 15 juillet, un congrès des compagnons ouvriers, le Gesellencongress, lequel soumit à l'assemblée nationale, le 3 août suivant, une adresse réclamant le suffrage universel,
l'instruction primaire obligatoire, la création d'écoles spéciales d'arts et métiers, un impôt progressif sur le revenu, un système des poids et mesures commun pour toute l'Allemagne, la liberté de domicile et de déplacement, la suppression des douanes intérieures, l'entrée libre des matières premières et des denrées coloniales, des droits protecteurs contre la concurrence des produits manufacturés étrangers, l'aliénation des domaines de l'État au profit des familles sans terre, l'achat de terres en Amérique pour les émigrants en cas d'excès de population. En particulier pour les ouvriers, le congrès voulait la formation de corporations nouvelles, l'institution de comités des arts et manufactures dans chaque district, l'élection d'une commission supérieure de l'industrie pour tout le pays par les comités locaux des districts, la fixation de la journée normale de travail, enfin un minimum de salaire pour les compagnons et une caisse nationale de retraite pour pensionner les ouvriers âgés devenus invalides.
Convenons-en, les propositions des compagnons ouvriers à Francfort n'avaient rien de subversif et étaient même moins exigeantes que les demandes des députés socialistes actuellement à l'ordre du jour au Reichstag. Au congrès des compagnons succéda, le 23 août à Berlin, le congrès des délégations ouvrières, sous la présidence du professeur Nées von Esenbeck, réuni celui-là pour l'organisation du travail en Allemagne, et afin d'aviser aux moyens de protéger les travailleurs contre la prépondérance du capital. Les délégués de soixante-dix associations ouvrières allemandes y procédèrent à la rédaction
d'un manifeste destiné à l'assemblée du parlement national à Francfort, pour lui recommander les requêtes des ouvriers. De tout cela sortit une fédération des ouvriers allemands, Arbeitemerbrûderung, avec siège central à Leipzig, à laquelle s'affilièrent toutes les sociétés représentées au congrès par leurs délégués. Suivant la déclaration de l'organe officiel de cette fédération, il s'agissait désormais de résoudre la question sociale, question réduite à une lutte entre les capitalistes et les prolétaires, entre ceux qui détiennent la richesse et ceux qui sont dans la misère. Dans cette lutte, les uns combattent pour maintenir les privilèges de l'argent, les autres pour les abolir. En proclamant le principe du droit au travail, qui signifie simplement le droit de vivre, en assurant l'existence de tout homme par le travail, les ouvriers reconnaissent dans l'association la condition de leur affranchissement par une action commune et un effort collectif de tous les travailleurs appelés à s'entr'aider. Un nouveau congrès ouvrier, ouvert à Heidelberg, le 28 janvier 1849, sous la présidence de Julius Frœbel, député au parlement, examina, entre autres pétitions, une requête demandant le droit de chasse pour tout propriétaire, les petits comme les grands , preuve que l'agitation gagnait aussi les cercles ruraux. Sans l'intervention du gouvernement pour arrêter ce mouvement d'émancipation, les ouvriers des campagnes se seraient joints aux ouvriers des villes pour des revendications communes. Sur toute l'étendue de l'Allemagne, jusque dans les provinces prussiennes de l'est, sur les bords de la Vistule, avaient surgi des réunions pour la formation
d'institutions de secours et d'assistance, pour l'organisation de sociétés coopératives de consommation et de production, de caisses de malades et d'invalides. Ces institutions restèrent à l'état de projets, et ne devaient se réaliser que beaucoup plus tard seulement, sous l'impulsion de leurs adversaires d'alors. A ce moment-là, la société bourgeoise, prise de peur, se joignit aux gouvernements de la Confédération pour arrêter le mouvement ouvrier en le comprimant. Les autorités prussiennes se déclarèrent, le 31 janvier 1850, contre le suffrage universel, considéré comme principe révolutionnaire. De même, à l'exemple de la Prusse, YArbeitemerbruderung fut mise hors la loi par la Saxe et par la Bavière. Par une de ces contradictions dont la vie politique est pleine, le futur promoteur du suffrage universel en Allemagne, celui qui devait présenter plus tard, comme mesure de salut social, l'institution des caisses d'assurances par l'État en faveur des ouvriers, le comte de Bismarck, aujourd'hui chancelier de l'empire, demanda à l'assemblée fédérale, avec M. de Prokesch- Osten, un rapport de son comité de permanence sur les mesures à prendre contre les associations ouvrières dans l'intérêt de l'ordre public.
Une décision des gouvernements confédérés, prise à la suite de cette proposition, interdit dans toute l'Allemagne les associations formées dans un dessein politique ou socialiste. C'était la réponse à l'appel du comité communiste international aux prolétaires de tous les pays, avant les journées de juin 1848, pour se soulever ensemble et se prêter un concours mutuel dans l'œuvre d'émancipation des travailleurs. Le
comité central de cette association internationale avait été transféré à Paris au mois de mars précédent. Quelques douzaines d'adhérents seulement s'étaient réunis dans cette nouvelle affiliation. A leur tête était Karl Marx, qui proclamait la république universelle, au moment où surgissait à Dusseldorf Ferdinand Lassalle, dans une émeute provoquée pour refuser les impôts. Lassalle et Marx sont devenus les vrais initiateurs et les prophètes du socialisme. Doués d'un talent supérieur, tous deux d'origine israélite, jouissant d'une certaine aisance, ambitieux, autoritaires, ils ont exercé une action profonde sur le mouvement social au cours du siècle et lui ont imprimé une marque indélébile. Tous deux ont voulu sincèrement l'amélioration du sort de la classe ouvrière, dont la misère souvent imméritée les a touchés. Ils ont consacré leur vie à cette œuvre de relèvement des déshérités de la société. Avec des moyens d'action différents, le but en vue est resté le même pour l'un comme pour l'autre, poursuivi avec persévérance, avec une énergie sans égale. Tandis que Lassalle voulait remédier au mal en substituant au salariat l'exploitation coopérative avec le concours de la monarchie dans l'Allemagne unifiée, Marx cherchait le salut dans le renversement complet de l'ordre existant, par une action combinée des prolétaires de tous les pays contre la propriété individuelle.
« Prolétaires de tous les pays, unissez- vous ! » s'écriait Marx dans son premier appel à la révolution sociale. Cette conclusion résume l'œuvre entière du grand agitateur. L'idée a pris un corps dans l'association internationale des ouvriers, dont il a été le
créateur et dont il a conservé la direction occulte. Sa doctrine visait à l'émancipation des travailleurs par ,les travailleurs eux-mêmes. Ses ouvrages, surtout son livre sur le Capital, devenu la Bible du socialisme, ont eu pour objet d'établir la base scientifique irréfutable de la doctrine. Abolition de la propriété privée, centralisation du crédit aux mains de l'État dans une banque nationale ; pratique de l'agriculture en grand, d'après les méthodes les plus perfectionnées; exploitation de l'industrie dans des ateliers nationaux : tels devaient être les moyens d'exploitation. Expulsé d'Allemagne pour ses opinions extrêmes, tour à tour réfugié à Paris, à Bruxelles, à Londres, Karl Marx a vécu dans l'exil, poursuivant ses études dans une retraite modeste, remuant les masses populaires à distance, sans se mêler à elles. Au sein du comité de l'Internationale, son caractère autoritaire s'est heurté contre des rivalités qui ont abouti à la dissolution de l'association, après dix années d'une existence agitée. Toutes ses recherches tendent à démontrer que le capital ou la richesse est, dans les conditions économiques actuelles, le résultat de la spoliation. Le paupérisme gagne du terrain à mesure que le capital s'accumule, d'où l'aphorisme déjà exprimé par Proudhon : « La propriété, c'est le vol. » Dans sa conviction, « le mystère du travail productif se résout en ce fait qu'il dispose d'une certaine quantité de travail qu'il ne paye pas ». — « Par lui-même, le capital est inerte : c'est du travail qui ne peut se revivifier qu'en suçant, comme le vampire, du travail vivant. » Pour remédier à cet état de choses, la victime, les travailleurs épuisés par le
capital, ont dans le monde entier un intérêt, partout le même, celui de s'emparer de l'agent d'oppression et d'abolir la propriété privée ou de l'exploiter collectivement pour le bien commun de tous. De là la nécessité d'une entente des ouvriers de tous les pays et l'organisation de l'association internationale.
L'Internationale, fondée le 28 septembre 1864, à Londres, en vue de fortifier l'entente des ouvriers et d'amener une union fraternelle des travailleurs dans toute l'Europe, finit, après moins de dix années d'existence, par des rivalités de préséance entre les membres du comité directeur. Dans l'année de sa constitution, le plus populaire des chefs du socialisme allemand avait terminé brusquement dans un duel une carrière agitée et bruyante. Ferdinand Lassalle, émule et disciple de Marx, quoiqu'il sô séparât dans la suite du maître pour des divergences sur les moyens d'exécution, considérait la question sociale, au fond, comme une question de l'estomac, eine Magenfrage. Un autre avait dit avant lui : « Engraissez les paysans, et la révolution sera frappée d'apoplexie. » Lassalle pensait, comme Karl Marx, que, pour améliorer d'une manière efficace et durable la condition des ouvriers, il fallait commencer par leur émancipation politique. Le suffrage universel était la première condition du salut, le signe de la rédemption. Ce droit de suffrage, acquis pour chacun, assurait l'avènement du quatrième État : les travailleurs pouvaient accomplir la révolution sociale avec l'arme du bulletin de vote, de même que la liberté politique donnée au monde par la révolution française de 1789 avait assuré l'avènement du tiers état. De même que le tiers état, la bourgeoisie
libérale, a sacrifié Tordre ancien à la liberté, la nouvelle couche, arrivant au pouvoir législatif, pourra à son tour subordonner la liberté économique à Tordre à venir. Car toute la misère des prolétaires, selon Lassalle, tient au régime de Téconomie libérale, exploitée par les capitalistes, afin d'assurer sans entrave légale Toppression du travail sous la domination de Targent. Par la pratique du suffrage universel, les ouvriers, qui sont le plus grand nombre, obtiendront par la législation une organisation nouvelle du travail, susceptible de leur assurer une juste part dans la production. Puis, le pouvoir exécutif dépendant d'eux, des subventions de TÉtat permettront de créer des sociétés coopératives de production, grâce auxquelles la participation égale des associés au profit des entreprises industrielles remplacera immédiatement le salariat.
Au même moment où Schultze-Delitsch organisait à Berlin les banques populaires, si utiles et si bienfaisantes pour les artisans et la petite industrie, Lassalle discutait avec son ami Ziegler le plan d'une grande association ouvrière coopérative, comme application pratique de ses vues. Par cette association, formée par deux cent mille adhérents, versant dans la caisse une cotisation égale au produit de deux journées de travail annuellement, le grand agitateur comptait transformer à court délai la condition de la classe ouvrière à Tintérieur de l'Allemagne. Emporté par un enthousiasme enivrant, qu'une appréciation plus froide des choses aurait tempéré, Lassalle croyait pouvoir déterminer dans Tordre économique un mouvement analogue au mouvement de réforme engagé par
Luther par l'affichage de ses thèses sur le portail de la cathédrale de Wittemberg. Plein de confiance dans sa mission, il exposa ses idées dans une série de conférences faites à Berlin, lorsque le comité central de l'association ouvrière de Leipzig vint lui demander son avis sur la réunion d'un congrès ouvrier pour discuter les mesures à prendre ou à demander au gouvernement dans l'intérêt des travailleurs. Les questions ouvrières revenaient à l'ordre du jour, après un silence de dix années dû à la répression des mouvements révolutionnaires socialistes de 1849. Lassalle persuada au comité de Leipzig de renoncer au projet de congrès, pour participer avec lui à l'organisation d'une association générale des ouvriers allemands. VAllgemeine deutsche Arbeiterverein fut institué sous ces auspices à Leipzig, le 23 mai 1863, en présence d'environ six cents délégués, représentant onze grandes villes d'Allemagne : Hambourg, Hanovre, Cologne, Dusseldorf, Mayence, Elberfeld, Barmen, Solingen, Leipzig, Dresde et Francfort. A Francfort, le promoteur de l'association parla d'une avance de 100 millions de thalers à faire par l'État, et qui devait suffire pour assurer provisoirement l'application du système national des associations coopératives de production. En même temps, YArbeitewerein inscrivit en tête de ses statuts la revendication du suffrage universel, et Lassalle reprit ses conférences pour agiter l'idée de la constitution de l'unité nationale de l'Allemagne, sous l'égide de la Prusse, avec exclusion de l'Autriche de la confédération. Si ces dernières manifestations trouvèrent un écho au ministère prussien, le gouvernement ne mit aucun
empressement à fournir l'avance des 100 millions demandés pour l'émancipation sociale du prolétariat. Bien au contraire, la police dispersa souvent les réunions du réformateur, confisqua ses écrits et l'amena devant les tribunaux sous l'inculpation de haute trahison. Au lieu de cent mille adhésions attendues pour la première année, l'association générale des ouvriers allemands réunit à peine quelques centaines de membres payant cotisation. Quelques applaudissements dans les réunions publiques et les acclamations d'une foule, entraînée par l'éloquence de sa parole, ne suffirent pas pour entretenir longtemps chez Ferdinand Lassalle l'illusion du succès, ni ne pouvaient remplacer les ressources matérielles. Encore avait-il à intervenir à tout moment pour calmer les rivalités et les dissensions de ses lieutenants dans les sections de l'association et pour rétablir l'ordre dans la caisse, où ses versements personnels tenaient lieu des contributions de ses prosélytes. Une mort violente et prématurée, pleurée par les travailleurs et suivie de magnifiques funérailles, mit fin inopinément à cette agitation, sans arrêter pourtant le mouvement engagé en vue de libérer l'ouvrier de la loi d'airain du salaire. En effet, le mouvement ouvrier en Allemagne, d'abord trop lent au gré de ses initiateurs, n'a pas tardé à accélérer sa vitesse et à prendre des proportions énormes. L'association générale des ouvriers allemands subit bien encore quelques crises et eut à lutter contre des dissensions intérieures. Dix années durant, après la mort du maître, ses adhérents se sont divisés pour aller au même but, en suivant deux courants différents. D'une part, le groupe fidèle de la
première Association générale, s'en tenant plus strictement au programme propre de Lassalle, et formé surtout par les socialistes des provinces du Nord, voulait borner son action directe à l'Allemagne . D'un autre côté, les dissidents recrutés en Saxe et dans les États du sud, qui ont constitué le parti des ouvrier» démocrates- socialistes sous l'impulsion de M. Liebknecht, le disciple de Marx, adoptèrent le principe d'une action internationale. En ordonnant la suppression de YAllgemeine deutsche Arbeiterverein, le gouvernement prussien a provoqué la fusion des deux camps. A la suite de quelques réunions des chefs, tenues en secret, cette fusion s'est effectuée au congrès de Gotha, en 1875. Gomme le programme de Gotha l'atteste, c'est la doctrine du socialisme international de Karl Marx qui a fini par l'emporter, et qui compte aujourd'hui près d'un million de fidèles, marchant aux élections avec une discipline parfaite et une organisation que les mesures coercitives les plus énergiques ne peuvent plus ébranler. Ne réussissant pas à arrêter ce mouvement, le prince de Bismarck cherche à le modérer, en lui opposant le socialisme d'État comme une mesure de salut pour l'avenir de l'empire allemand.