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organisation secrète. Dans le nouveau programme, on effaça la déclaration du congrès de Gotha, admise et suivie jusque-là, que les socialistes poursuivraient leur but « par les moyens légaux » en leur pouvoir. Bebel, Liebknecht, Hasenclever, Auer, Fritsche, Vahlteich, les principaux représentants du parti au Reichstag étaient présents à ces assises au milieu des ruines. L'assemblée avait un caractère dramatique, comme les résolutions prises dans le cours de ses séances. Un manifeste nouveau fut envoyé aux partisans de toute nation.
« Frères, dit ce document publié par M. Winterer, l'éloquent représentant de l'Alsace au Reichstag, dans son livre Trois années de l'histoire du socialisme contemporain (Paris, 1882), les délégués des ouvriers socialistes de l'Allemagne, réunis en congrès à Wyden, vous expriment leur cordiale reconnaissance pour vos vœux fraternels et vos adresses d'adhésion. Ils vous donnent en même temps l'assurance que la démocratie socialiste d'Allemagne est restée la même et qu'elle se maintiendra à son poste d'avant-garde dans la lutte pour la délivrance du peuple opprimé et exploité; elle continuera à combattre avec énergie, prudence et persévérance; elle fera une guerre à mort à l'état actuel, à une organisation sociale criminelle et insensée... Si les classes dominantes devaient nous barrer complètement la voie légale, qu'on ne s'imagine pas que nous pourrions renoncer à faire passer nos principes. Nul socialiste n'y songe. En pareille éventualité, que la prudence commande de prévoir, nous serions réduits à trouver bon tout moyen, quel qu'il fût. Si l'on ne veut plier par en haut,
on sera brisé par en bas... Nos maîtres politiques et sociaux en Allemagne ne veulent ni entente ni compromis; ils veulent la guerre, la lutte à mort. Eh bien, ils auront la lutte, ils l'auront tout entière. Ils en répondront... La démocratie socialiste d'Allemagne est persuadée que la révolution, pour devenir victorieuse, doit être préparée d'avance. Elle considère comme le premier devoir de tout bon révolutionnaire de contribuer à répandre de plus en plus, par une propagande active , les idées socialistes parmi le peuple, à rendre plus capables de se défendre et d'agir ceux qui doivent diriger le combat, à organiser une discipline inflexible, à affaiblir l'adversaire et à parer ses coups. Nous devons nous tenir prêts avec toutes nos forces pour la commotion universelle qui renversera l'organisation actuelle du monde. Lorsque la marche irrésistible des événements aura fait sonner l'heure suprême, les socialistes sauront montrer qu'ils comprennent leur devoir; ils n'abandonneront rien au hasard ; ils seront prêts et ils iront au combat avec l'espoir fondé de vaincre... Le congrès déclare avant tout que l'affranchissement de la classe ouvrière doit être l'œuvre commune des prolétaires de tous les pays. »
Ces déclarations dispensent de commentaire et les succès électoraux du socialisme allemand montrent la puissance de son organisation. L'organisation secrète a pris la place de l'organisation visible, interdite par les mesures de répression. Loin de diminuer, le danger social augmente sous l'effet de la loi d'exception édictée contre les socialistes. Pas plus que les arrêts de la police, les institutions de prévoyance
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et les caisses de secours obligatoires n'arrêtent la propagande pour l'établissement de l'État collectiviste athée, destructeur de la propriété individuelle, de la famille et de la patrie. Pour enrayer le mal, il faudrait renoncer au matérialisme de la vie, plaie profonde de notre société actuelle et dont la contagion s'est étendue des classes en jouissance de la richesse à la masse du monde ouvrier. Un retour à la vie chrétienne, à ses pratiques humanitaires accessibles même à quiconque n'a plus sa foi, pourrait plus que toutes les autres lois pour la pacification sociale. Au point de vue social, le christianisme est supérieur à toutes les autres influences, à tous les systèmes économiques, où manque tantôt l'appréciation juste de la réalité, tantôt la charité véritable. L'Évangile, les enseignements du Christ tendent à faire régner l'équité et à relever les classes déshéritées. Pratiquons davantage cette doctrine, acceptable par son côté humain pour ceux qui ne croient pas à sa source divine comme pour ceux qui affectent d'y croire. Sans un effort énergique, où tous se donneront la main pour travailler à la réalisation de l'idée d'humanité, inscrite aussi sur le drapeau rouge, la société n'échappera pas à la catastrophe dont la menacent les hommes du congrès de Wyden. Parce que les lois allemandes sur les assurances ouvrières répondent à l'idée humanitaire et font du bien à l'ouvrier, quoique ne répondant pas à tous les besoins existants, nous les avons trouvées bonnes et acceptables pour tout le monde. Selon la pensée de Marc-Aurèle : « Ce qui est utile à l'abeille est utile à la ruche; ce qui est utile à la ruche est utile à l'abeille».
Quant aux mesures de rigueur excessives, comme l'exil et le retrait de la nationalité contre les sujets accusés de propagande socialiste, comme le gouvernement allemand vient de les proposer au Reichstag et que le Reichstag a repoussées, nous ne les croyons pas de nature à favoriser Tordre et la sécurité publique. Suivant l'avis du comte de Paris, dans son livre sur les Associations ouvrières en Angleterre : « Ceux qui ont le plus à craindre l'explosion des passions populaires sont les plus intéressés à les empêcher de fermenter dans l'ombre. Ils ne doivent pas moins redouter la demi-liberté, qui ne leur permet de répondre à des théories, à des rêves chimériques que par des dissertations inopportunes sur des droits abstraits, qui, ne laissant à tous un droit inutile de parole que pour leur refuser la pratique journalière de leurs affaires, empêche ce contact incessant où toutes les idées s'adoucissent et s'épurent. Elles ne favorisent ainsi que le développement des opinions extrêmes. Ce demi -jour est d'autant plus dangereux, qu'il fait bientôt illusion aux yeux qui s'y habituent, comme se font illusion, si je puis me permettre cette comparaison, les verres colorés à travers lesquels nous nous amusons parfois à regarder la campagne. La pleine et libre expression de l'opinion publique, sous toutes ses formes, peut seule répandre sur les questions politiques et sociales cette lumière, éclatante comme celle du soleil, et composée comme elle de mille nuances diverses, sans lesquelles on ne saurait les juger sainement. »