CHAPITRE XXI
Quelque chose explique, s'il ne le justifie, le rôle prépondérant de la Prusse en Allemagne. Depuis la guerre de trente Ans, cette jeune puissance, devenue aujourd'hui le pivot de la politique européenne, a été le bouclier de tous ces petits États, trop morcelés ou trop faibles pour se défendre eux-mêmes, et que l'Autriche, plus puissante, n'a pas su toujours protéger efficacement. L'appui donné par la Prusse aux petits princes allemands ne s'explique pas sans doute par un sentiment de pur désintéressement. Porter au compte de la monarchie militaire éclose dans les sables de Brandebourg ce rôle généreux, mais ingrat, ou tout au moins sans profit, serait faire injure à son sens pratique. Ses historiens en conviennent sans ambages : si la Prusse a entretenu une armée hors de proportion avec ses ressources, elle a voulu du même coup assurer avec son existence son agrandissement, ce qui est tout un pour elle. Trop à l'étroit sur le territoire aride de la Marche, confinés dans un domaine peu favorisé par la nature, les électeurs
de Brandebourg habituèrent de bonne heure leurs sujets à vivre de leurs voisins. Sans industrie suffisante pour occuper une population aussi prolifique, ils ont cultivé plus particulièrement Fart militaire, par nécessité autant que par goût. Les soldats formés dans ces conditions ne servent pas seulement pour la parade. Un pays pauvre ne comporte pas un pareil luxe. Pour utiliser leur armée aguerrie, nombreuse, brave et disciplinée, les princes de Hohenzollern, devenus rois de Prusse, se sont appliqués à étendre leurs possessions, à chercher des frontières naturelles, à gagner les positions stratégiques nécessaires pour observer et dominer l'Allemagne, pour neutraliser l'influence des empereurs d'Autriche, en attendant l'occasion de les exclure. Tâche difficile, entreprise avec vigueur, poursuivie avec une constance et des succès qui ne semblent pas laisser de doute sur l'issue définitive.
L'issue définitive de la politique prussienne en Allemagne tend à confondre les limites du nouvel Empire avec les limites de la langue allemande. A l'heure présente, cette œuvre n'est pas encore accomplie dans son entier. Pourtant ses promoteurs ne doutent pas que le problème de l'unité nationale ne se résolve dans ces termes, étant donnée la direction du mouvement, et malgré ses intermittences. Dans leurs plans, malgré les dénégations officielles, l'unité allemande doit aboutir à la réunion en un grand corps d'État unique de toutes les populations allemandes par le langage ou la descendance :
So weit die deutsche Zunge klingt,
chante Arndt dans ses strophes patriotiques : aussi loin que résonne la langue allemande, aussi loin s'étend la patrie de l'Allemand. Les cartes de l'Allemagne introduites dans certaines écoles pour l'instruction de la jeunesse comprennent dans les limites de l'Empire allemand, non seulement l'Alsace et la Lorraine, mais encore la Hollande et les Flandres, la Suisse jusqu'au Gothard et l'Autriche au delà de Vienne. Le Danube devient sur ces cartes, comme le Rhin et la Vistule, un fleuve allemand, tandis que la ligne des côtes allemandes est appelée à empiéter sur les provinces russes au bord de la mer Baltique. Ajoutez à ce domaine allemand les enclaves non allemandes déjà acquises, ou appelées à entrer dans son ressort, et le cri d'alarme jeté naguère par le général Skobelef aux Slaves ne reste pas sans raison. En fait d'enclaves, le prince de Bismarck soutient une théorie qui ne permet point de doute sur le programme mis à exécution. Lors de l'interpellation faîteau Reichstag par les députés danois pour l'exécution de l'article 5 du traité de Prague, le chancelier allemand affirma en termes explicites qu'il ne pouvait autoriser les populations danoises du Sleswig à se prononcer par un plébiscite sur le choix de leur nationalité, parce que leur retour au Danemark aurait pour conséquence d'englober les parties allemandes, et que, si la délimitation, adoptée détermine ou entraîne des enclaves, ces enclaves ne peuvent être tolérées nulle part au détriment de populations germaniques. Or les provinces baltiques de la Russie renferment d'assez fortes colonies d'Allemands, et les Français de Metz aussi bien que les
Polonais de Posen ont appris, au détriment de leur nationalité à eux, comment les hommes d'État prussiens interprètent et appliquent la théorie des enclaves.
Idée toute moderne, l'unité nationale ne préoccupait pas l'ancienne Allemagne féodale. Un passé héroïque, de grands hommes ne suffisent pas pour réunir en un même corps de nation des populations ignorantes et soumises à une multitude de petits souverains en opposition d'intérêts les uns avec les autres. La patrie pour chacun, dans ces conditions, c'était le coin de terre étroit et borné où le rattachaient ses intérêts immédiats. Lorsque la vie publique s'éveilla, avec les progrès de l'instruction, et à la suite du mouvement patriotique provoqué par les luttes soutenues en commun contre les invasions françaises, les chefs de ces États morcelés à l'extrême se gardèrent de l'entretenir. Bien au contraire, princes et noblesse se montrèrent hostiles à ce réveil, parce qu'ils y voyaient une révolution sociale et qu'ils craignaient pour leurs privilèges. Au lieu de s'allier avec la bourgeoisie contre les souverains minuscules, les gentilshommes convoitaient les clefs de chambellans de ces potentats en miniature. Connaissant pour ainsi dire chacun de leurs sujets par son nom, les princes exerçaient généralement une administration paternelle, mais méticuleuse, tandis que les masses honnêtes et douces des populations rurales et ouvrières restaient étrangères à toute émotion politique ou nationale. Pour trouver l'Allemagne, pour saisir le sentiment de la nation, durant la première moitié du siècle actuel,
il faut considérer la bourgeoisie ou plutôt la classe lettrée. Ce sont les écrivains, les poètes, les philosophes allemands qui ont conçu et entretenu l'idée de la nationalité, développée eifsuite au sein du peuple par le souvenir de souffrances et d'efforts -communs. Faire de grandes choses, vouloir en réaliser de plus grandes encore, avoir souffert, lutté, espéré ensemble, voilà ce qui crée et engendre une nation. Seulement quelle confusion et quelle diversité dans les solutions proposées par le monde des lettrés pour réaliser l'unité nationale! Avant l'entrée en scène du grand chancelier prussien, on n'a pas entendu deux Allemands qui fussent d'accord sur la solution du problème. L'un voulait un État fédératif, l'autre une confédération d'États, un autre encore un État complètement centralisé. Celui-ci demandait l'admission de l'Autriche entière, que celui-là excluait à moitié, tandis qu'un troisième la repoussait complètement. Certains désiraient un gouvernement central confié à un souverain, certains autres auraient préféré que ce pouvoir central fût exercé par une commission executive, ou bien songeaient à faire revivre le système féodal de la vassalité, système auquel on venait enfin opposer la proposition de diviser le pays en autant de républiques qu'il compte de races. Quot capita, tôt sensus, ou comme s'exprime Gœthe : So viel Mànner, so viel K'ôpfe. Au milieu de ce chaos politique et intellectuel apparut M. de Bismarck, déclarant que ces questions se décident non dans des dissertations littéraires, mais par le feu et le sang, et que la parole est au canon pour accomplir l'œuvre de la régénération nationale. Dans
la pensée du futur chancelier de l'Empire, la guerre seule devait faire comprendre aux différents groupes de populations allemandes la nécessité de placer les intérêts généraux au-dessus des nuances indivis duelles, et que pour arriver à l'unité, pour vivre do la vie commune, il fallait sacrifier une part de ses préférences personnelles.
Toutefois, un homme d'État clairvoyant sait attendre l'heure propice pour la réalisation de ses projets sans les compromettre en précipitant les événements. La Confédération germanique devait être, d'après la déclaration formelle de l'article premier du traité de Vienne, signé le 45 mai 4820, une union des princes allemands et des villes libres. Cette union devait rester indissoluble et aucun des membres contractants ne conservait le droit d'en sortir. Elle avait pour but d'assurer la sécurité de l'Allemagne à l'intérieur comme au dehors, en sanctionnant l'indépendance et l'intégrité des États particuliers. Chacun de ces États, indépendants les uns des autres, conservait sa souveraineté pleine et entière. Point de pouvoir central qui rappelât la nature ou les qualités d'un gouvernement commun à tous. La volonté de l'union, résultant de la composition des volontés des États particuliers, était exprimée par la diète fédérale, où chaque État était immédiatement représenté par ses plénipotentiaires. De fait, le rôle de la diète se réduisait à celui d'une simple autorité de police. La fameuse proclamation de Kalisch avait bien annoncé « aux peuples allemands le retour de la liberté et de l'indépendance, et la renaissance de leur vénérable Empire », promettant « que l'exécu-
tion de ce grand œuvre devait être réservée uniquement aux seuls princes et peuples de l'Allemagne, afin que celle-ci ressortît plus jeune, plus vivace et plus en unité de l'esprit propre à l'Allemagne de toute antiquité ». Toutefois, aucune de ces espérances ne se réalisa alors. Dans les relations extérieures, l'entière "nullité de la Confédération se manifesta dès le début; les promesses faites au peuple allemand ne produisirent aucun résultat non plus pour ses affaires intérieures. Le particularisme et la souveraineté des Éj;ats, la jalousie de l'Autriche et de la Prusse, l'unanimité de voix nécessaire à la diète pour les grandes mesures d'intérêt commun eurent pour effet de faire échouer toutes les tentatives, tous les essais d'amélioration. Non sans raison, lés esprits libéraux reprochaient à la diète de mettre sa principale activité à créer des difficultés au développement constitutionnel des États secondaires, afin de sauvegarder le principe monarchique . Contrairement aux engagements pris, disaient-ils, l'union des États allemands se réduisait à une simple union personnelle des princes : zu einem rein persônlichen Furstenbunde. L'assemblée de Francfort essaya, sans y réussir, à la suite des événements de 1848, de transformer la Confédération des États allemands en un État fédératif.
Les aspirations unitaires exprimées au parlement de Francfort répondaient trop aux visées traditionnelles de la Prusse pour ne pas engager celle-ci à entreprendre ou à poursuivre l'œuvre de l'unification à son profit par l'absorption de l'Allemagne. Ce drame commencé par le grand Électeur, continué par Fré-
déric II, repris par le baron de Stein, a amené au quatrième acte, joué par le prince de Bismarck, l'expulsion de l'Autriche, en attendant pour le dénouement final l'incorporation des provinces allemandes de cet empire à l'empire allemand. Tant que survivait le dualisme des deux puissances au sein de l'ancienne Confédération, la constitution de l'unité nationale restait forcément à l'état de vœu illusoire. M. de Bismarck expose dans une lettre du 42 mai 4859, écrite à Saint-Pétersbourg, le progamme de sa politique, aussi nette dans ses vues que peu systématique dans ses moyens. Ses moyens, le chancelier allemand sait les varier suivant les circonstances, tandis qu'il marche vers son but avec une constance invariable. Personne ne lui a jamais attribué une grande sympathie pour le régime parlementaire. Ses procédés à l'égard de la chambre des députés de Prusse et la façon cavalière dont il traite au Reichstag les élus de la nation ne témoignent pas d'une sérieuse estime pour la volonté du peuple chez ce champion du droit divin. C'est pourtant au nom de la volonté du peuple, c'est avec le concours d'un parlement issu du suffrage universel qu'il propose de régler les destinées de l'Allemagne, sous l'impression encore vivace des souvenirs et des résolutions du parlement de Francfort, stimulé et encouragé par l'agitation unitaire du Nationalverein. Lorsque l'Autriche, de concert avec les États secondaires, vint proposer à la diète de confier les affaires de la Confédération à une délégation des États allemands, M. de Bismarck n'hésita, pas à demander comme la réforme la plus essentielle et la plus importante à introduire dans l'organisme fédéral
l'élection d'une assemblée nationale, nommée au suffrage universel direct, en proportion du chiffre de la population des différentes parties de l'Allemagne. Lisez le mémoire du ministère prussien en date du 15 septembre 4863, et vous verrez cette espèce d'appel au peuple invoquer un parlement élu comme le seul moyen d'arriver à l'unité, en disposant les intérêts propres aux États particuliers de façon à servir l'intérêt de la communauté de l'Allemagne.
N'est-ce pas un étrange spectacle que cette démarche du plus autoritaire des hommes d'État se posant en face de l'Allemagne comme le champion de la démocratie? Même à une époque comme la nôtre, féconde en contradictions, on peut s'étonner de voir le prince de Bismarck disposé à se mettre à la tête de la révolution et jeter aux princes le défi d'accepter l'annulation de leur autorité devant l'omnipotence de la souveraineté nationale. Dans les plans du futur chancelier de l'Empire, l'autorité des princes, nous entendons l'autorité des souverains secondaires, ne comptait pas plus que ne pèse aujourd'hui" la volonté des mandataires du peuple, quand ceux-ci refusent de s'assouplir à ses vues. Mais la Prusse ne pouvait demander ouvertement à la diète fédérale une reconstitution de l'Allemagne sans la participation de l'Autriche. Cette puissance exerçait dans la diète une influence trop positive sur les gouvernements des États secondaires pour qu'il y eût chance de l'exclure pacifiquement avec le concours des princes. Avec un parlement issu du suffrage universel, l'opération présentait moins de difficultés, sous l'effet des excitations du parti national, qui n'entendait pas confier les des-
tinées de l'Allemagne unifiée à un gouvernement hétéroclite, inspiré par des conseillers non allemands. La question du Sleswig, la succession des duchés de l'Elbe et l'exécution fédérale demandée par la diète, où l'Autriche se joignit à la Prusse pour une action commune, vinrent à point pour favoriser les projets prussiens.
Au milieu de discussions interminables, habilement entretenues, sur la souveraineté des duchés de Holstein et de Lauenbourg, discussions dont l'Autriche devait sortir dupe, après avoir servi de complice dans la spoliation et le démembrement du Danemark, l'envoyé prussien demanda à la diète de Francfort, le 9 avril 1866, de convoquer par voie d'élections directes et au suffrage universel un parlement qui représenterait la nation allemande tout entière, afin de statuer sur les réformes en question, à propos des changements à introduire dans la Confédération. Le mémoire du mois de septembre 1863 revenait ainsi sur le tapis, après un peu de temporisation, tandis que M. de" Bismarck faisait une vive critique de l'organisation fédérale dans ses circulaires aux représentants de la Prusse auprès des puissances. L'État de choses existant ne pouvait se prolonger sans préjudice pour la communauté, et une réforme devenait indispensable. Cette réforme de l'organisation fédérale, suivant les notes de Berlin, devait être réalisée d'un commun accord entre les gouvernements confédérés et une assemblée nationale, exprimant la volonté du peuple allemand. Isolément aucun des deux facteurs, ni le parlement élu par la nation, ni les gouvernements représentés à la diète, ne serait en mesure
de résoudre ce problème. Il y eut circulaire sur circulaire. Une déclaration suivait l'autre, vive, pressante, impérieuse. Lorsque la commission spéciale, nommée par la diète pour examiner les propositions de la Prusse, se réunit, le plénipotentiaire prussien précisa les termes des mesures à prendre : convocation d'une assemblée nationale, fixation de la compétence des organes de l'Union reconstituée, organisation d'un service consulaire commun pour toute T Allemagne, création d'une marine de guerre allemande, revision de l'organisation militaire de la nation.
Toutes les dispositions essentielles de la constitution de l'Empire actuellement en vigueur se retrouvent dans ces propositions, soit en termes explicites, soit en germe, se résumant dans l'organisation de l'armée allemande entre les mains de la Prusse, avec la création des ressources nécessaires pour l'entretien de cette force. Avant tout, il fallait écarter l'ingérence de l'Autriche dans les affaires propres de l'Allemagne, qui ne devait pas compter dans les rangs de son armée des soldats croates, italiens, tchèques, slovaques ou magyares, bien que la Prusse ne renonçât pas à ses régiments polonais. L'exposé des principes pour servir de base à une nouvelle législation fédérale, envoyé le 10 juin 1866 aux agents prussiens auprès des gouvernements de la Confédération, s'exprime nettement sur l'exclusion de l'Autriche de la nouvelle Union. Pour la forme et jusqu'à nouvel ordre, une exclusion semblable fut dénoncée à la Hollande pour le Limbourg; des traités particuliers devaient à l'avenir fixer les relations de l'Allemagne
avec la Hollande et F Autriche. Les gouvernements de la Confédération étaient invités à se prononcer au sujet de leur adhésion à la constitution d'une nouvelle Union allemande sur la base des propositions prussiennes, dans le cas où l'ancienne organisation viendrait à se décomposer devant l'éventualité d'une guerre imminente. Afin de rallier la Bavière à ses combinaisons, M. de Bismarck lui promit le commandement des forces militaires de l'Allemagne du Sud, comme plus tard on sut faire miroiter aux yeux du roi Louis la couronne impériale, en provoquant les espérances qui l'ont amené à prendre l'initiative de la proclamation de Versailles pour élever Guillaume de Hohenzollern à la dignité d'empereur allemand. Forte de ses succès, triomphante de l'impuissance, de la division et de la lenteur inséparables de l'organisation de la ci-devant Confédération germanique, la Prusse réalisa avec éclat, en moins de cinq années, l'idée de l'unité nationale par la restauration de l'empire d'Allemagne, accomplie à son profit avec exclusion de la maison d'Autriche. L'acte constitutionnel de 4867, adopté par les États de la Confédération du Nord, ne forme qu'une mesure de transition entre les propositions prussiennes de la diète de Francfort, en date du 9 juin 1866, et la constitution de l'Empire définitivement mise en vigueur depuis le 1 er janvier 1871, avec l'assentiment des représentants du peuple allemand. Avec un gouvernement unitaire, une législation et un budget communs, une même représentation dans les relations extérieures, une armée et une marine nationales, la constitution de FEmpire, en conférant la dignité et la puissance
impériales au roi de Prusse, consacre l'entière subordination de tous les États particuliers de l'Allemagne à la monarchie prussienne, sans possibilité de s'y soustraire. Plus d'indépendance pour ces États, pas même une autorité réelle, car la loi d'Empire prime leur législation propre, suivant l'enseignement des maîtres du droit public. A peine les représentants élus de la nation peuvent-ils disputer au gouvernement impérial les impôts nouveaux, demandés par le chancelier en sus des ressources garanties par la constitution pour répondre aux charges communes. Que l'empereur déclare la guerre ou qu'il trouve bon de faire la paix, tous les pays de l'Allemagne sont contraints de fournir leurs contingents et de se soumettre, sans résistance possible pour aucun des gouvernements médiatisés, réduits à l'état de fantômes, semblables à ces ombres inconsistantes, ces formes creuses qui voltigent dans le vide et dont parle la Sibylle :
At ni docta cornes tenues sine corpore vitas Admoneat volitare cava sub imagine formœ, Irruat, et frustra ferro diverberet umbras.
L'un ou l'autre serait-il tenté de désobéir à un ordre donné au nom de l'Empire, une exécution immédiate le rappellerait à son devoir ou à ses obligations. « Si des membres de la Confédération ne remplissent pas leurs devoirs fédéraux prévus par la constitution, disait l'acte de 1867, ils pourront y être contraints par voie d'exécution. » Cette disposition a été maintenue dans la constitution de l'Empire revisée en 1871, pourtant sans les compléments de l'ar-
ticle 49 de la constitution primitive de la Confédération de l'Allemagne du Nord, qui ajoutait : « L'exécution fédérale, quand il s'agira de prestations militaires, et lorsqu'il y aura péril en la demeure, devra être ordonnée et accomplie par le commandant des forces fédérales. » Et plus loin : « L'exécution pourra être étendue jusqu'à la séquestration des pays qu'elle conserve et de ses pouvoirs gouvernementaux. » Lors de la revision de la constitution, la peine de la séquestration a été effacée, comme une menace désormais superflue, toute l'administration militaire dépendant maintenant directement de l'empereur, sans ingérence possible pour les princes des Etats médiatisés. Avant la proclamation de l'Empire et sous le régime de la Confédération du Nord, les États de l'Allemagne au sud de la ligne du Mein avaient déjà été liés par des traités d'alliance offensive et défensive, avec l'obligation d'organiser leurs forces militaires sur le modèle de la Prusse, aussi bien que les États immédiatement entrés dans la Confédération du Nord. Toutes les parties de la constitution de l'Empire allemand et les actes qui l'ont préparée portent l'empreinte de la forte main du chancelier, et si ces actes consacrent l'unité nationale, toutes leurs dispositions concourent avant tout à faire de l'Allemagne une puissance militaire de premier ordre, livrée à la discrétion de la Prusse.