‹ Le peuple allemand: ses forces et ses ressourcesChapitre 6 sur 48 · POPULATION DES ÉTATS DE L'EUROPE EN · texte numérisé non relu

POPULATION DES ÉTATS DE L'EUROPE EN

France

— Monaco

Belgique

Gr.Bretagneetlrlande.

— Iles Féroé

Europe occidentale.

Empire allemand....

— Heligoland

Autriche-Hongrie ....

— Lichtenstein

Suisse, sans le lac de

Constance ........

Hollande

— Luxembourg

Europe centrale.. . .

Danemark

Suède

Norvège

Russie, sans la mer d'Azof

— Finlande

Europe nord et est.

Espagne

— Andorre

— Gibraltar

Portugal

— Açores

Italie

— San-Marino

— Malte

Roumanie

Serbie

Monténégro

Turquie

Bulgarie

— Bosn ie-Herzégovine Grèce

Europe méridionale.

Superficie

Population

en kil. carrés.

totale^ par kil. carré,

L'Allemagne vient donc immédiatement après la Russie pour la force numérique de sa population parmi les États européens, et, hors d'Europe, il n'est dépassé que par les États-Unis d'Amérique, avec un total de 50442 000 habitants en 4880, la Chine avec 350000000 et l'Inde britannique avec 248000000 environ. Aux États-Unis, la densité de la population ne s'élevait encore qu'à 6,6 habitants par kilomètre carré, et seulement à 5,4 en comprenant les territoires indiens, au census du 1 er juin 4880, mais avec un accroissement moyen annuel de 2,96 pour 100 pendant la dernière période décennale contre une augmentation de 1,08 pour 100 en Allemagne, de 0,38 en France, de 0,47 en Autriche-Hongrie, de 0,75 en Italie, de0,86 en Espagne, de 0,98 en Belgique, de 1,32 en Russie, de 1,48 en Angleterre dans le même temps. Depuis 1820, l'accroissement, assez variable d'un pays à l'autre de l'Allemagne, a été comme suit pour l'ensemble des territoires de l'empire :

Habitants.

Accroissement annuel

1,16 pour 100

En France, les recensements faits depuis 1831 de cinq en cinq ans montrent la progression que voici, mais avec des remaniements territoriaux qui lui ont donné, d'une part, Nice et la Savoie, en lui faisant perdre, d'un autre côté, l'Alsace-Lorraine :

Habitants.

Augmentation annuelle

0,69 pour 100

Dans l'intervalle du recensement de 1866 à celui de 4872 en France, il y a eu une diminution de 1 964 123 individus provenant de la grande mortalité causée par la guerre et de la perte de l'Alsace-Lorraine, où le dénombrement allemand du 1 er décembre 1871 constate la présence de 1 496 000 habitants. Ceux-ci figurent d'ailleurs déjà dans les statistiques allemandes pour la fin de 1870, quoique leur annexion ait seulement été ratifiée par le traité de Francfort, en date du 12 février 1871. La population même de l'Alsace-Lorraine s'est élevée de 1 549 738 habitants en 1871 à 1 566 670 en 1880, malgré une forte émigration résultant de l'option pour la nationalité française. Encore maintenant l'obligation militaire détermine de nombreux départs du pays annexé. Gela explique pourquoi, malgré l'excédent plus considérable des naissances sur les décès, l'augmentation de la population ne dépasse pas en Alsace-Lorraine 0,45 pour 100 par an, au lieu de 1,14 pour 100, moyenne de l'Allemagne pendant la période de 1875 à 1880. Au 1 er décembre 1880, le recensement dont le bureau de statistique de Berlin a publié les résultats dans le tome LVII de la Statistik des Deutschen Reichs nous donne pour les différents États de l'empire :

POPULATION DES ETATS PARTICULIERS il

• â .... Population Augmentation

Etats particuliers. — ■ ■—

totale. parlai, carré, annuelle pour 100.

Prusse 27.279.111 78 1,16

Bavière 5.284.778 70 1,00

Saxe 2.972.805 198 1,54

Wurtemberg 1.971.118 101 0,93

Baden 1.570.254 104 0,82

Hesse 936.340 122 4,13

Mecklembourg-Schwé-

rin 577.055 43 0,82

Mecklembourg-SLrélitz. 100.269 34 0,94

Saxe-Weimar 309.577 86 1,08

Oldenbourg 337.478 53 1,10

Brunswick 349.367 93 1 ,29

Saxe-Meiningen 207.075 84 1,25

Saxe-Altenbourg 155.036 117 1,22

Saxe-Cobourg-Gotba.. 194.716 99 1,27

Anhalt 232.592 99 1,73

Schwarzbourg -Rudol-

stadt 80.296 85 0,92

Schwarzbourg -Son-

dershausen 71.107 80 1,05

Waldeck 56.522 50 0,64

Reuss, branche aînée. 50.782 161 1,53 Reuss, branche cadette..., 101.330 122 1,85

Schaumbourg-Lippe. . 35.374 104 1,31

Lippe 120.246 101 1,34

Lubeck 63.571 213 2,21

Brome 156.723 613 1,94

Hambourg 453.869 1.115 3,10

Alsace-Lorraine 1.556.670 108 0,45

Quoique réduit considérablement, le nombre des États autonomes de l'ancienne Confédération germanique laisse encore subsister vingt-cinq gouvernements particuliers au sein de l'empire unifié. D'un État à l'autre, l'accroissement de la population pendant la période quinquennale de 1875 à 1880 a oscillé entre 0,45 et 3,10 pour 100 par année, en présence d'une

augmentation annuelle générale de 1,14 pour toute l'Allemagne. Sans l'émigration, qui a enlevé 517 587 individus sortis directement des ports de mer allemands pendant la période de 1871 à 1880, la proportion de l'accroissement serait bien plus forte. L'excédent des émigrations sur les immigrations dépasse aussi de beaucoup le nombre des émigrants enregistrés dans les ports de mer allemands, car il s'élève à 700 943, différence entre l'excédent des naissances sur les décès et l'augmentation de la population présente aux deux recensements de 1871 et de 1880. Cette augmentation constatée a été seulement de 4175257 individus, au lieu d'un excédent de 4 876 200 dans l'espace de temps en question. Pendant la période de 1871 à 1885, le mouvement de la population, naissances, mariages, décès, se résume ainsi :

Ynoées.

Mariages.

Naissances.

Décès.

Excédent.

Il y a eu en Allemagne, sur 1000 habitants de population moyenne pendant ces dix années :

\nnées.

Mariages.

Naissances.

Décès.

Excédent.

Après là guerre, le nombre des mariages, momentanément accru, a diminué de nouveau d'année en année pour recommencer à monter à partir de 1880. La proportion des naissances, tout en manifestant des oscillations en sens contraire d'une année à l'autre, reste à peu près stationnaire, tandis que la proportion des décès est descendue. Gomme résultat final, il y a élévation des excédents, en sorte que la population s'accroît de plus en plus en définitive. Ajoutons que le rapport des naissances illégitimes aux naissances légitimes varie entre 8 et 10 pour 100 suivant les années. Pendant la période décennale, le nombre de mort-nés a varié de 3,80 à 4,12 sur 100 naissances. Pour avoir la mesure exacte de l'accroissement du nombre d'habitants présents sur le territoire de l'empire, il faut ajouter ou retrancher de l'excédent des naissances sur les décès la différence entre les entrées et les sorties provenant des migrations. Sauf pour

Hambourg, Brème et Lubeck, l'Anhalt, le Brunswick et les deux petites principautés de Reuss, l'augmentation réelle de la population des différents États reste au-dessous de l'augmentation naturelle, parce que l'émigration dépasse l'immigration. En Allemagne, de même qu'en France, où ce fait a été mis en évidence dans un remarquable travail de M. Charles Richet, on constate un afflux des habitants des campagnes vers les villes. Berlin, Dresde, Munich, Strasbourg, Mannheim, les cités hanséatiques, accusent une augmentation considérable sous l'effet de cet afflux. A Berlin, dans la capitale, l'accroissement par immigration a atteint la proportion de 20 et de 16 pour 100 dans l'intervalle des derniers recensements. Aussi la population de cette ville montait à 1 315 287 individus en 1885. A Hambourg, à Brème et à Lubeck, l'accroissement par immigration s'est élevé à 23, à 22 et à 13 pour 1000 chaque année de la période décennale depuis 1871. Au contraire, les parties polonaises de la Prusse, l'Allemagne du Sud et l'Alsace-Lorraine subissent un mouvement d'émigration très marqué. Ce sont surtout les hommes qui s'en vont à l'étranger, les jeunes gens appelés au service militaire, non seulement parmi les Alsaciens-Lorrains pour lesquels l'obligation de servir sous les drapeaux allemands est plus pénible, mais, d'une manière générale, dans tout l'empire. Tandis que les départs par suite de l'émigration ont été de 2,07 pour 1000 sur la population masculine, la proportion générale ne dépasse pas 1,4 sur l'émigration moyenne des deux sexes une année dans l'autre.

Par rapport à la répartition des deux sexes, les der-

niers recensements faits en Allemagne donnent les nombres suivants :

Masculin. Féminin.

Soit un excédent en faveur du sexe féminin, qui s'est élevé de 754682 personnes en 1871 à 863 195 en 1880, quoique les naissances masculines soient plus nombreuses et se présentent par rapport aux naissances féminines dans la proportion de 12,07 à 11,68 pour 1000 pendant la période de 1871 à 1875 et de 13,15 à 13,05 dans l'intervalle de 1876 à 1880. Ainsi, s'il naît plus d'hommes que de femmes, l'émigration et aussi le service militaire en enlèvent davantage. Un fait semblable se manifeste en Autriche, en Angleterre et, à un moindre degré, en France. Tandis que la statistique relève actuellement en

Allemagne 103,9 femmes pour 100 hommes.

Autriche 104,1 — —

Grande-Bretagne.. 104,3 — —

France 100,9 — —

on constate, au contraire, la présence de

98,9 hommes pour 100 femmes en Italie.

96,5 — — aux États-Unis.

Nulle part l'augmentation de la population féminine n'est plus frappante qu'à Berlin, surtout quand on remarque que le recensement de 1871 signale un excédent de 8523 hommes et celui de 1875 un excédent de

4452 hommes pour cette capitale, en regard d'un excédent de 36 672 femmes lors du dénombrement de 1880. Cette différence ne tient pas à la garnison, qui a été de 20123 militaires en service actif présents à Berlin en 1880, au lieu de 19 515 en 1875. Si les rapports de la statistique officielle gardent le silence sur les causes de l'augmentation numérique des femmes à Berlin, les archives de la police des mœurs seraient peut-être en état de donner la réponse. A défaut d'autres renseignements, il suffirait, pour deviner les motifs de la différence, d'une promenade à travers les rues dans la nuit ! On constate d'ailleurs des écarts semblables pour Dresde, Munich, Vienne, New- York et Londres. A Paris, à Rome, à Saint-Pétersbourg, au contraire, la proportion des femmes est inférieure, car tandis que Berlin compte aujourd'hui contre 100 hommes 106,8 femmes, Munich 109,0, Dresde 108,5, Vienne 105,7, New-York 104,5 et Londres 113,7, nous ne voyons à Paris que 88,1 femmes, à Saint-Pétersbourg 80,5 et à Rome 79,8 en regard de 100 hommes. Ces particularités à part, l'écart entre les deux sexes pour les naissances n'est pas grand. Dans aucun pays dont la démographie est connue, il n'arrive à un vingtième du total à l'avantage des garçons ou des filles. Pourquoi l'égalité se maintient-elle dans le nombre des naissances entre les sexes? La science reste muette à cette question. Un mystère providentiel agit pour la conservation de l'espèce humaine en dérobant à notre volonté la faculté de régler la production des sexes.

Plus haut nous avons exposé le mouvement de la population en Allemagne et constaté l'excédent des

naissances sur les décès. Comparons maintenant de plus près ces excédents à ceux de la France dans le cours des dix dernières années dont les relevés nous sont connus, en rappelant que l'accroissement annuel moyen du nombre d'habitants depuis 50 ans est de 95039 en France contre 182424 en Allemagne, mais que la progression pour le territoire de l'Allemagne pendant la dernière décade s'élève à 431 881 individus, sans compter les érnigrants, contre 121 829 seulement en France. Voici d'ailleurs les relevés de l'excédent des naissances sur les décès dans les deux pays depuis 1872 :

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