‹ Le Peuple au sacreChapitre 12 sur 16 · LA FONTAINE · texte numérisé non relu

LA FONTAINE

C’est Napoléon qui a imaginé ces travestissemens bizarres. Il ne crut pas que l’habit bleu aux larges revers en pointes, au collet rabattu, aux basques longues et carrées, convînt aux grands dignitaires de la monarchie impériale : Murat, Lannes, Davoust, Kellermann, Soult, et lui, Bonaparte, étaient admirables dans ce frac républicain, ceinturonné de rouge; l’Italie l’avait dit , i’Egypte et l’Allemagne aussi ; les glaces des Tuileries lui conseillèrent de le répudier. Il décréta le cérémonial ancien, et composa un costume gênant comme l’étiquette, et comme elle ridicule. A la culotte de peau du colonel des guides il substitua le pantalon de tricot de soie blanche ; le sou lier de satin remplaça la botte cavalière ; la tuni

que de velours ou de taffetas fit honte au drap grossier de la veste militaire; on échangea la bonne épée de Lodi , des Pyramides et de Marengo contre une épée de théâtre , le chapeau au court plumet contre la toque à la François Ier, et le long manteau du bivouac contre le mantelet de Crispin. Dentelles , crépines, rubans, broderies, elinquans de toute espèce, eurent les grandes entrées au château, et, les jours de cérémonies, l’épaulette noircie par la fumée du canon n’osa plus se montrer.

On jeta dans le nouveau moule le comte de Ségur et le citoyen Bernaclotte ; Dieu sait la figure que le soldat fit à côté de l’homme de la vieille Cour! Ceux qui avaient quitté la poudre parce qu’elle était aristocrate en l’an III , prirent la bourse en l’an XIII , pour mieux ressembler aux courtisans de 1780. Ce fut à qui aurait le plus vite les grâces des siècles passés; Yestris et Beaupré ouvrirent des classes où l’on apprenait à marcher, à saluer , à porter le satin doré, et l’on y alla pour plaire à l’empereur de la république, sauf à courir plus tard au feu, pour se réhabiliter avec la nation et avec soi-mème.

En 1814, la Charte, consacrant tous les droits, reconnut ceux du costume. Le costume a été res-

pecté; les ministres n’avaient pas intérêt à le modifier !

Depuis 1804, il y a eu deux nations dans la nation, aux sacres, aux mariages, aux baptêmes, aux ouvertures des corps-législatifs; toutes deux ont un costume laid, incommode et sans caractère ; mais 1 une est dans son habit ordinaire et 1 autre se déguise. L’habit à l’anglaise ou à la russe, le pantalon cosaque, le gilet ouvert, la cravate haute, le chapeau rond, la botte préservée par le drap ou le nankin du pantalon , composent une assemblée désagréable, mais au moins sans prétention. Affublés d’un pourpoint qui n’est ni celui de Charles - Quint , ni celui de Henri IV , les grands - officiers de la couronne , les fonctionnaires de la maison du Roi ont l’air de ces acteurs de province qui, ne pouvant avoir des habits d’une forme exacte , s’arrangent pour jouer le Cid, Bayard, Chateaubriand ou Henri VIII, avec des parties de vêtement empruntées à toutes les époques. Qu’ils sont mal à leur aise la-dedans ! c’est un plaisir de les voir s’accrochant partout , faisant de la grâce et de la noblesse sous des velours qui les écrasent, et posant comme les modèles de Curtius !

Comment pourraient-ils être autrement? Mais

aussi pourquoi les contraindre à se mettre à la gène? Pourquoi les vêtir contrairement à leurs habitudes et à nos mœurs? M. de Lauriston était un bel officier à pied ou à cheval ; l’habit militaire lui allait très-bien; on lui mit celui de grandveneur, et il perdit toute la dignité de sa prestance. M. Gérard a été obligé de le poétiser pour le faire passablement beau et élégant. M. le duc d’Uzès est un vieillard respectable; vous l’avez vu cent fois à l’orchestre du Vaudeville, et jamais vous n’avez pensé à vous informer de ce qu’il pouvait être sous l’écorce rouge que lui a donnée le costumier de la Cour. La redingote et le pantalon plébéiens lui siéent tout aussi bien qu’à un autre ; mais l’habit, de grand-maître de France ne lui va pas du tout ; aussi n’est-ce pas la nature de M. le duc d’Uzès que nous avons dans le tableau de M. Gérard, mais celle de l’homme de bois, au derme de tricot rose, qui a fait dans l’atelier le duc d’Uzès, le duc d’Àumont, le prince deTalley-5 rand, et qui, au premier besoin, fera un évêque, un général ou un orateur.

11 est fâcheux que dans les tableaux historiques, comme celui du Sacre, on ne s’applique pas à nous donner un peu la nature des personnages représentés; tous nous apparaissent

avec les memes formes. Nous n’avons que des demi-portraits ; car les habitudes de corps , qui sont aussi pour quelque chose dans les ressemblances , on nous les donne rarement. J'aime cent fois mieux le portrait que M. Delaroche fit , en 1 824 , de Monseigneur le Dauphin, à la tranchée du Trocadéro , que ces figures à tournure dessinées d’après l’Apollon ou le Bacchus. Il était naïf et vraiment historique; ce qu’on nous offre dans la plupart des tableaux d’apparat est faux et guindé. Je sais des peintres qui n’oseraient pas faire le feu marquis Letourneur bossu , et M. de T alleyrand boiteux, parce que la claudication et la gibbosité ne sont pas dans la catégorie des défauts que le pinceau classique peut rendre sans s’abaisser ; ils redresseront les tailles , égaliseront les jambes, et tous leurs personnages, passés sous la même toise, seront comme les soldats d’une compagnie d’élite. Esope ne convient pas à 15 dignité de leur crayon , et ils auront toujours soin de mettre sous une draperie ou dans un nuage la cuisse mutilée de Vulcain. M. Gérard a dissimulé le pied blessé de M. le grand-chambellan, mais il a appuyé Son Altesse sur une canne. Cette béquille, qui donne au prince de Périgord un peu de l’allure d’Asmodée, pouvait

être un accessoire'déplaisant pour Monseigneur, le peintre s en est doute , et là encore son adresse 1 a tiré d embarras : il a mis bien vite une canne à la main de M. de Dreux-Brézé , conciliant ainsi ce qu’il devait à la vérité avec ce que pouvait exiger la susceptibilité coquette de son modèle.

L’habit théâtral des courtisans fait avec l’habit militaire un contraste fâcheux; M. le baron Gêi ard n a pu tout-à-fait éviter leur rencontre, mais il a cache autant qu’il a pu le moins pittoresque des deux vètemens. MM. de Rivière , de Crussol, de Mortemart, de Fitz-James et de Maillé, sont

13 ,?|0U,r dater le tableau; grâce à eux, on sait qui! s agit d’un fait contemporain. Ils ne sont point mêlés avec les autres, et cette séparation, comme la différence de leur costume, les fait ressembler un peu à ces spectateurs dépossédés par M. de Lauraguais , des places qu’ils avaient , sur le théâtre, pendant la comédie.

£a Couleur.

y rai, c’est un de mes étonnemens, que vous, Monsieur, qui, à voir, semblez homme bien né, bien éduqué, fait pour être quelque chose dans le monde (car enfin qui vous empêchait de devenir baron comme un autre?); honorablement employé dans la police, les douanes, geôlier ou gendarme, vous tiendriez un rang, feriez une figure.... Non, je n’en reviens pas; un homme comme vous s’avilir, s’abaisser jusqu à faire des pamphlets! ne rougissez-vous point!

rAUL-noms courier. Pamphlet des Pamphlets.

Ma, per dio , Vutilita!

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