‹ Le Peuple au sacreChapitre 13 sur 16 · FIGARO · texte numérisé non relu

FIGARO

LA MARQUISE DE

Que ces couleurs sont belles, Monsieur!

LE MARQUIS

Y a-t-il rien de trop beau pour peindre des gens comme nous?

LA MARQUISE

Elles ont dû coûter bien cher?

un épicier-droguiste.

J’en vends, rue des Lombards , et je pourrais

vous donner un devis approximatif — Le cobalt, est hors de prix; nous avons du blanc à trente francs la vessie, et, ici, il n’y en a pas mal comme

vous voyez Cependant, on dit que le tableau

nous reviendra à cent mille francs , et je crois que, si j’avais à régler le compte des dépenses , je rabattrais ben cinquante pour cent sur le tout.

LE MARQUIS

Mais , mon cher Monsieur, croyez-vous que ce soit seulement pour les couleurs que le Roi donnera cent mille francs à M. Gérard?

l’Épicier.

Ah ! oui , il y a le travail et le temps. Voyons, ça peut avoir trente-six pieds sur quinze ; à vue d’œil, soixante journées de deux hommes doivent suffire; ainsi en les mettant l’une dans l’autre à. . .

LA MARQUISE

Eh ! Monsieur, est-ce que le talent d’un artiste s’estime à l’heure et à la toise? Le génie ne se paie pas ainsi. £

l’Épicier.

Je sais ben, Madame, que le génie ne se paie pas comme le badigeonnage ; mais il y a génie et génie, selon mon gros bon sens. Le génie à cent mille francs , ça doit être de la première qualité ; dites-moi, M. Gérard est donc dans ces prix-là?

LA MARQUISE

Certainement , Monsieur.

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