‹ Le Peuple au sacreChapitre 14 sur 16 · L EPICIER · texte numérisé non relu

L EPICIER

Et celui qui a fait cette scène était-il aussi?

de naufrage en

LA MARQUISE

N on, sans doute ; il n’y a qu’à regarder les deux ouvrages pour voir la différence ; l’un était un homme sans mérite, l’autre est le premier peintre du Roi.

l’Épicier.

Alors , voilà que je n’y comprends plus rien ; j’aime beaucoup mieux le Radeau que le Sacre, et je me suis laissé dire dans les temps que le Radeau avait été vendu bon marché.

LE MARQUIS

Vous n’entendez pas ces choses-là, mon cher. On donnera à M. le baron Gérard cent mille francs, plus ou moins , un grand cordon rouge on j^leu, et le titre de comte, je suppose; ce ne sera pas trop.

l’Épicier.

Bon, bon! je commence à entendre. C’est parce qu’il a peint la Cour et qu’il a le génie qu’il faut pour peindre la Cour. Aurait-il fait le Radeau, M. Gérard?

LA MARQUISE

J’espère bien que non. Des gens qui, sous prétexte qu’ils ont été malheureux en mer et abandonnés par leur capitaine, viennent faire un bruit d’enfer à Paris, écrivent des brochures, crient dans les journaux contre le ministre et demandent la mise en jugement du capitaine , qui était un fort bon gentilhomme ; ce sont de beaux modèles pour un peintre qui se respecte un peu !

l’Épicier.

Leur malheur était un sujet admirable, selon mon cœur d’épicier.

LA MARQUISE

Selon mon cœur de marquise, le bonheur du Sacre était un sujet bien autrement touchant. l’Épicier.

Je ne savais pas que le Radeau de la Meduse fût un tableau d’opposition.

LA MARQUISE

De la plus scandaleuse encore, et par-dessus le marché un ouvrage détestable.

l’épicier.

Il est vrai qu’il n’y a pas lk-dedans des dames à panaches, et de beaux messieurs blanchis à la pâte d’amande.

LA. MARQUISE

Faites le railleur, M. le bourgeois! c’est joli ! Vous n’aimez pas la Cour, je vois cela, et voilà pourquoi le tableau de M. le baron Gérard ne vous paraît pas bon.

l’Épicier.

Doucement, Madame, je ne dis point qu’il n’est, pas bon , parce que je n’en sais rien ; je ne me connais pas en peinture de cette espèce et je ne juge point. Si ce tableau me faisait plaisir, je vous le dirais... Tel que vous me voyez, j’étais au Sacre et fort bien placé dans une tribune. Au moment où le Roi a embrassé le Dauphin, c’était un effet superbe. Il fallait voir le mouvement, l’enthousiasme, la vie qu’il y avait autour du trône! Ça m’avait produit de l’impression ; ici, votre serviteur très-humble, rien du tout. Je ne demanderais pas mieux que d’ètre attendri, et je ne le suis pas. Je n}étais point sur le radeau de la Méduse, mais en voyant ces ligures effrayantes, cette souffrance partout, cet abattement d’un côté, cet espoir de l’autre, je parierais que les choses devaient être ainsi. Elle est vraie, cette scène-là! l’autre est peut-être ben un peu vraie aussi, parce que je retrouve à leur place d’étiquette les personnages qui étaient dans l’église de Reims", mais cette vérité,

je voudrais vous faire sentir pourquoi elle n’est point pénétrante ; je me comprends , mais je ne peux pas m’exprimer comme je voudrais... Tenez, cette vérité est fausse; la représentation m’ennuie et le Sacre m’avait intéressé.

LE MARQUIS

Heureusement que ceci intéresse tout lemonde, excepté Monsieur.

l’Épicier.

Je ne vois pas cependant que tout ce monde qui regarde comme nous le tableau de M. Gérard ait l’air bien chaud !

LE MARQUIS

C’est que l’opposition se fourre partout, et que son poison infecte les Parisiens.

l’Épicier.

Eh ! non, c’est que le tableau n’est pas bon poulie plus grand nombre.

LE MARQUIS

Il y a tant d’ignorans !

lepicier.

Est-ce qu’on ne doit pas peindre aussi un peu pour les ignorans ? L’Entrée d’ Henri IFn\\ beaucoup plu ; j’ai trouvé belle une Mort du président Duranti qui est au Conseil-d’Étal ; j’ai admiré le Pierre-le-Grand de M . Steuben, et je crois que

tous les ignorans ont été de mon goût pour ces tableaux ; si les savans n’en sont pas, tant pis pour eux. [I l s’ éloigné av ec V air de mauvais e humeur i]

LA MARQUISE

Ce Monsieur s’en va fâché. Les gens du commun sont drôles ! ils voudraient avoir raison contre nous. Dans le tableau du Sacre, tout me plaît, le sujet, la composition et surtout les couleurs ; elles ont un éclat incroyable : je voudrais bien avoir une robe de ce velours vert si brillant.

LE MARQUIS

Y ous voudriez aussi que je fusse frais comme ce duc d’Aumont, n’est-ce pas?

LA MARQUISE

Oh.» mon dieu, non; à votre âge ce serait ridicule.

LE MARQUIS

Vous trouvez donc tous ces personnages ridicules , car ils sont tous de la même couleur?

LA MARQUISE

Je ne l’aurais pas dit devant cet épicier, mais... un critique V interrompant.

C’est mauvais. Madame, dites-le franchement ; c’est faux, essentiellement faux. Regardez autour de vous; voyez ce vieillard, assis là-bas sur une banquette; a-t-il la figure crayeuse de ce cardinal

dans la demi-teinte? Ce jeune homme, votre voisin , a-t-il quelque chose de commun avec les visages de M. de Dreux-Brézé, de M. Cosse et des autres du même âge? Trente têtes prises dans le pot au rose — Uniformité de ton qui annonce l’impuissance et qu’on veut nous donner pour une délicatesse dégoût. Ne croyez pas cela, Madame. Si M. Gérard fait ainsi , c’est qu’il ne peut faire autrement; il était gris, il a voulu devenir coloriste, et il est devenu ce que vous voyez qu’il est. C’est le succès de la jeune école qui l’a perdu; il a voulu changer sa manière, ce qui annonçait de la déférence pour le goût du siècle ; mais il est tombé dans une manière plus défectueuse. Il était froid, poli, un peu sec; il s’est lâché, etle voilà mou. On cherche dans toutes ces figures son ancien style qui, sans être très-élevé, avait assez de pureté; on n’en retrouve plus que les défauts. En conscience, y a-t-il là une seule tête bien dessinée? Où sont les os? où est la peau? Je vois sur tous ces corps, pardonnez-moi la comparaison, des lanternes de corne dont la chandelle est allumée. M. Gérard a fait jadis un beau portrait du duc d Orléans; ici ce prince est d’une mollesse disgracieuse. Dites-moi si vous connaissez quelque chose de moins noble, je

dirai même de plus mauvais que les deux profils du Roi et du Dauphin? Et cette couronne mise comme un bonnet de coton! et cette hermine qui a le ton et l'aspect d’une couche de plâtre ! Les mains du cardinal de Clermont -Tonnerre, en avez-vous jamais vu de plus étrangement peintes? C’est de la décoration. Direz-vous qu’il ne faut pas trop finir les détails dans une grande page? Portez vos regards sur le tableau du Véronèse; voici une main , celle du premier des convives , à gauche ; comparez. La forme en est belle , la couleur ferme et riche , l’étude consciencieuse. Celles que M. Gérard a faites sont noires , jaunes, grises et rougeâtres ; les jointures y sont indiquées par des coups de brosse grossiers. Est-ce là ce qu’il faudra qu’on fasse copier aux élèves? Des velours bien peints, de belles broderies, un tapis superbe, et pas une tête! point de dessin et du rose partout!... Le rose.! Gros y tombe aussi quelquefois; mais il n’abdique pas le modelé; son tableau de Bacchus et Ariane était trop rose ; mais, malgré l’affectation peut-être involontaire de cette couleur, Ariane était charmante ; sa poitrine et ses bras étaient d’une finesse et d’un dessin ravissans. Dans cent ans, cet ouvrage sera plus beau qu’il n’est aujourd’hui , parce qu’il aura

lure de M. le premier peintre soit comme l’Évane ; tout le monde lui lève son chapeau, et c'est a qui prendra des précautions pour en dire son avis. On peut révoquer en doute l’infaillibilité du pape, mais celle de M. Gérard, c’est un noli tangere sacramentel. Sa peinture est légitime ; son pinceau est comme le sceptre du Roi!

LE MARQUIS

Cela doit être, Monsieur ; et le jour où cela ne serait plus, tout deviendrait anarchie dans les arts.

LE CRITIQUE

La critique ne perd jamais ses droits ; plus un homme est haut dans l’estime et l’admiration publiques , plus elle doit examiner de près ses ouvrages. M. Gérard fait un tableau; on l’expose à part, au Louvre; on l’entoure de toiles vertes pour l’isoler de toute peinture , et pour lui éviter les reflets; et, parce que M. le directeur du Musee met celle coquetterie à l’exhibition de l’ouvi âge, vite, on va criant partout que c’est un chef-d’œuvre ; on dit que c’est ^meilleur morceau du maître, qu’il ajoutera beaucoup à sa g oire et à celle de l’école française! La critique arrive alors, mesurant l’œuvre k la louange, et mettant les choses à leur place. N’est- ce pas ce quelle doit faire? Elle a des préventions favora-

blés à combattre, il faut qu’elle s’arme de rigueur. Si des amis plus sages faisaient des éloges moins emphatiques , la critique serait disposée à plus d’indulgence. Sa sévérité n’est pas au surplus une affaire d’opposition ou d’amour-propre ; elle est un devoir. Quand vous dites que le Sacre est le plus bel ouvrage de M. Gérard, vous dites beaucoup ; vous dites aux jeunes gens qui commencent la peinture : « Voilà un modèle à suivre; c’est ainsi qu’il faut faire pour acquérir de la gloire, pour arriver à l’Institut, pour avoir des cordons et pour devenir baron. Allez copier cette grande et sublime étude , vous n’avez rien de mieux à choisir... » Vous trompez ainsi la jeunesse; la critique doit compter avec votre enthousiasme ; c’est ce que je viens défaire. Soyons dans le vrai; croyez-vous que si un élève peignait un tableau comme celui-là , M. Gérard lui adjugerait le prix . de Rome ? Non , il faut qu’un tableau de prix soit bien dessiné, convenablement peint et vrai de couleur; ces qualités, les trouvez-vous dans le Sacre?

la marquise.

Celles-là et cinquante autres encore. Dénigrez, .Monsieur, c’est votremétier;nous,nousadmirons.

LE CRITIQUE

C’est le vôtre.

portrait hr JH. <Ê>irarî».

Du temps passé j’apporte des nouvelles.

de béranger. Le bon Vieillard.

Le génie a partout des symboles sublimes, v. HUGO. Ode à M. de Chateaubriand.

« J’ai lu cent vers d'Irène , et je retourne bien vite à OEdipe que je relirai tout entier. Lorsqu’on m’eut montré le dernier tableau de David, je dis : « Allons aux H or aces et à Brutas , » et je restai une heure en contemplation devant ces chefs-d’œuvre : c’est un plaisir de voir d’où un homme de talent est parti , c’est aussi une consolation quand on voit où il est arrivé.

» J’ai cherché ces jours derniers les premières traces que M. le baron Gérard laissa dans la carrière qu’il a parcourue avec tant de renommée ; j’aurais voulu trouver ce 10 Août , que tous les contemporains de l’événement fameux consacré

par le crayon du jeune citoyen, m’ont dit être le plus bel ouvrage de l’auteur du Sacre; j’aurais voulu admirer celte composition pleine d’énergie et d’enthousiasme , tragique et comique à la fois, où le drame sérieux est d’un côté dans ce beau dessin *, et une farce gargantualique de l’autre; ensemble puissamment romantique, empreint de la couleur impitoyable du temps , marqué du sceau d’un génie exalté , et si beau dans toutes ses parties, que David, jaloux de son élève, dit un jour : « Je donnerais la moitié de mon avenir pour avoir écrit cette page de notre histoire !

» Je n’ai pu admirer ce que la génération de 1792 admira; mais j’ai trouvé un précieux vestige de la première manière de notre auteur ; c’est un portrait de M. Gérard fait par lui-même. Ce morceau est un des ornemens les plus curieux du cabinet de M. le docteur Larreÿ.

» Voici un calque de ce portrait; je ne puis vous le faire au crayon , je vous le donne à la plume :

» Gérard paraît âgé de dix-huit à vingt ans ; il a les cheveux châtain-clair, bouclés et coupés à la Titus. On le voit en trois quarts , de gauche à

Destine à faire pendant an Serment du Jeu de. Paume de David.

droite ; la joue du grand côté (la gauche) est dans la lumière. L’air de sa physionomie est singulier, on dirait qu’il boude comme ces enfans qui font les méchans , ou plutôt comme ces jeunes gens qui • pour se donner un peu de caractère dans de certaines occasions , refrognent systématiquement leurs visages. Il a le cou nu. Le col large de sa chemise est rabattu par-dessus une grosse cravate rouge quadrillée de blanc. Il n’a pas d’habit. Une veste grise sans manches couvre sa poitrine. Son bras droit , coupé à la saignée par le cadre du tableau, est dans une manche de toile. Sa main droite vient , à la hauteur de la bordure, retenir les plis d’un manteau jaunâtre dont il est drapé seulement par en bas. Une arme est à sa ceinture ; c’est un petit sabre ou un poignard dont le manche de fer tordu est surmonté d’un bel aiglon qifi mord une chaînette faisant poignée.

» M. Gérard semble ne se plus souvenir de cet ouvrage, car il écrivait, le 2 août 1 828, à quelqu’un de ma connaissance : « Je déclare n’avoir jamais » peint de portrait de moi ajusté tel qu’on le dit, et » celui qui paraît être chez M. Larrey, le seul que » j’aie fait, est de 1786. » En 86, les jeunes gens de seize ans ne portaient-ils pas la poudre? N’est-ce

pas plus de quatre ans après que la Titus fut à la mode? Jouait-on au Romain en 86? Je n’en sais rien. J’ai vu bien des portraits de cette époque , celui de Lekain est le seul où j’aie rencontré le poignard qui devint un accessoire assez commun dans la toilette de nos compatriotes en 92 et 93.

» Vous pensez bien que je n’attache aucune importance à ees détails d’époque; si je découvrais un portrait de Salvator-Rosa , fait au moment de la révolution de Naples, je ne m’étonnerais pas de voir l’artiste un pistolet au poing au lieu d’un pinceau. Les armes sont aussi défensives ; mon grand-père portait l’épée, le dimanche, comme tous les bourgeois un peu riches ; il ne la tira qu’une fois pour défendre ma jolie aïeule contre les attaques de quelques libertins de cour; c’était justement en 1786. Pourquoi un jeune artiste n am ait-il pas porté une petite dague pour disputer sa maîtresse aux mousquetaires de Louis XVI?

» Dans l’oubli de M. Gérard, je ne vois rien que de tout simple; il avait fait une étude d’après nature, et, après l’avoir finie, il l’avait jetée dans un coin d atelier, parmi les toiles qu’on regratte dix fois pour les faire servir à dix ébauches différentes. Heureusement elle a échappé à la des-

truction; c’est le hasard qui l’aura préservée, comme il a rendu le Bélisaire de David aux amis des arts *. Le Bélisaire servait, avec des toiles goudronnées, à recouvrir un chariot des bagages à l’armée d’Allemagne. Quelqu’un le reconnut , l’acheta , le fit réparer et le vendit à Lucien Bonaparte. Il avait été coupé un peu audessus de la tète de la servante à l’obole. Le portrait cle M. Gérard était crevé, et je crois que c’est le propriétaire actuel qui l’a fait rentoiler.

» Je voudrais que vous pussiez le voir! Vous jugeriez du talent qu’avait déjà son auteur! Entre nous, la joue éclairée de cette figure si bien modelée, si vigoureuse, d’un ton si naturel, vaut beaucoup mieux que toute la longue peinture du Sacre. La main qui retient le manteau est d’un dessin pur et d’un coloris que vous ne trouverez point aux mains de M. le duc de La Fare.

» On m’a raconté une anecdote curieuse; je vous la dirai la première fois que nous nous rencontrerons et que nous serons en train de faire un peu d’histoire contemporaine. Le lieu de la scène

■ Le tableau qui est à Paris n’est qu’une répétition en petit de celui dont il est question ici; elle a été exécutée presque entièrement par Girodet et M. Fabre, de Montpellier.

est le Café des Cruches , petite rue Saint-Louis; les acteurs sont, Gros, la veille de son départ pour Rome, et un de ses camarades qui venait lui faire ses adieux.

Amitié.

. Cette lettre a été trouvée, le 19 mai 1829, dans le Grand-Salon du Louvre, sur la banquette placée au-dessous du Portrait de Charles X , peint par M. le baron Gérard. Elle est adressée à M. Y. de Kraïlowski, artiste polonais.

Ca Jtjgurt’ sans nom.

C’est de beaucoup la meilleure, je crois ; elle est élégante, bien ajustée, et, si elle avait de jolies jambes et des cheveux plus naturels, on pourrait la louer sans restriction; car il est bien entendu qu’il ne faut point parler du ton de la chair.

Quel personnage est celui-là? on ne le dit pas. Comment une si bonne place dans le tableau at-elle été donnée à un anonyme, quand M. le baron Gérard a eu tant de sollicitations ? Il y a des gens qui auraient payé bien cher l’honneur de ce poste, à côté de M. le vicomte de Latour- Maubourg, et tout près de M. le Premier de la chambre! M. le cardinal duc de Clermont-Tonnerre n’est là que pour sa calotte et sa perruque blanche ; quel courtisan n’aurait voulu y être pour son oreille , sa joue et le bout de son nez !

Le peintre aurait pu mettre là un député, mais il n’a pas voulu égarer le mandataire de la nation parmi les favoris delà Cour. . . Manquait-il de fonc-

tionnaires pour faire groupe avec deux gentilshommes ? Le ministère n’a pas de représentant dans la scène de M. Gérard; puisque M. le baron était en train de faire un tableau impopulaire, pourquoi n’a-t-il pas profité de l’occasion pour mettre sur le premier plan un des conseillers de la couronne ! L’embarras était peut-être dans le choix.

MM. de Villèle, Peyronnet, Corbière, de Damas, d’Hermopolis et Clermont-Tonnerre avaient un égal droit à cette faveur ; auquel donner la préférence? M. de Peyronnet convenait peut-être le mieux à l’artiste pour l’élégance du corps et les grâces de la figure ; mais ce n’était ni la figure , ni l’élégance du corps qu’il fallait consulter, c’était l’importance. L’honneur revenait donc à M. de Villèle, l’ame du ministère, la tête du système dont M. de Damas était le cœur , M. de Corbière le bras et M. de Peyronnet l’épée. M. de Villèle est petit , maigre et laid ; il aurait fallu faire pour lui comme on a fait pour M. d’Aumont , et c’était trop de peine en 1828, puisqu’il n’était plus ministre.

M. de Martignacest arrivé au pouvoir: il était au sacre en sa qualité de ministre d’Etat ; comment n’est-il pas ici? M. Gérard n’en a même pas

eu la pensée; quelque politique n’y aurait pas manqué ; M. Gérard est au-dessus de ces petites combinaisons de flatterie.

Il est un homme à qui cette place semblait revenir de droit : c’est M. de Chateaubriand, le saint Jean précurseur de la Restauration. Monarchique et religieux , pair et écrivain constitutionnel, quand à ces titres qui en faisaient une figure d’histoire et de poésie pour le tableau du Sacre de Charles X, il n’aurait pas joint celui d’ami de M. le baron Gérard, il semble qu’on ne pouvait l’oublier. Sans doute le peintre aura songé à lui ; mais qui sait si le grand-maître des cérémonies , premier auteur de la composition , n’aura pas effacé son nom du répertoire. M. de Chateaubriand n’est pas bien en Cour, et il aurait été aussi déplacé dans cette affaire que le peuple.

La figure sans nom est un champ clos ouvert, aux prétentions de la haute noblesse ; quiconque n’a pas dépassé quarante-cinq ans , a les cheveux noirs, et revêt un costume de velours bleu, les jours de fêtes , peut se voir dans ce personnage. Quelques querelles ont déjà eu lieu à ce sujet; c’est la pomme jetée aux vanités d’antichambres royales.

€’€tat Dr la .Jirancr.

Odi profanurn xulgus, et arceo.

Q. HORATIUS FLACCÜS.

Il fallait, pour faire partie de ce chapitre, avoir seize quartiers de noblesse paternelle et maternelle.

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