INTRODUCTION XVII
ii est peu développé, précisément dans les domaines où celui du Français a fait le plus de progrès : en matière morale, sociale et esthétique. Sans doute, l'Américain, en rédigeant sa Constitution politique, a revendiqué, pour lui d'abord, ensuite pour ses esclaves, les droits individuels du citoyen poussés jusqu'à leurs conséquences extrêmes ; sans doute, il a développé l'industrie et le commerce grâce à une concurrence individuelle qui s'est montrée impitoyable et brutale ; sans doute, il exige pour tous et il accorde à tous l'égalité et la liberté des conditions en matière d'instruction, de commerce et d'industrie. Sur
--.•sa
tous ces points, son individualisme n'est que trop évident. Mais, en morale, il s'est contenté, dès le début, d'adopter intégralement les modèles puritains et évangéliques de la Grande-Bretagne. Dans son attitude à l'égard de la loi, il n'a pas cessé de montrer la docilité et la naïveté du colon tenu de se soumettre à une autorité policière de fait absolue ; et dans ses sentiments, tout en propageant les préceptes d'un étroit rigorisme religieux, il n'a fait qu'exagérer les sanctions attachées à l'opinion publique et aux préjugés locaux. Dans tout ce qui intéresse la responsabilité sociale et la conduite morale, l'Américain est un collectiviste aveugle, scru-
G. RODRIGUKS. — PEUPLE DE L'ACTION. b.
XVÏII INTRODUCTION
puleux à l'excès et intolérant, et avec cela un absolutiste religieux.
Chose étrange, au lieu de juger sa religion d'après sa morale, il fait précisément l'inverse. Les sanctions de la moralité sont, pour l'Américain en général, presque exclusivement religieuses ; il va les chercher dans Ylpse dixit de l'Ecriture Sainte. Ainsi, l'un des plus solides remparts du Sud dans la guerre civile, ce fut l'appui que les textes de la Bible fournirent aux pasteurs pour justifier l'institution de l'esclavage (i). C'est un adage courant : « Sans religion, pas de moralité. » (Morality without religion is vain) (s>). Dans l'art, ces facteurs se compliquent encore de la grossièreté du goût due au manque d'éducation.
Aux yeux de l'Américain, ce collectivisme et ce « légalisme » n'admettent pas d'exception, non plus d'ailleurs qu'ils ne comportent de faveurs personnelles, sauf dans le domaine des
1 La chasteté exigée des jeunes gens dont parle M. Rodrigues est basée sur la religion : tout rapport sexuel en dehors des relations conjugales est interdit comme entaché de péché.
;. - En paraissant suggérer le contraire comme vrai aux Etats-Unis, je crois que M. Rodrigues s'exagère l'importance de la partie non religieuse de la population.