‹ Le peuple de l'action, essai sur l'idéalisme amChapitre 18 sur 73 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

Le résultat, c'est que la loi, le statut légal, devient un instrument de réforme, de répression, de progrès. L'Américain exige le vote d'une loi et il s'imagine qu'il a fait tout son devoir. Or, comme tout ce fouillis de lois, lois d'États et lois nationales, subit l'influence d'une moralité puritaine et souvent peu judicieuse, on peut aisément s'imaginer la confusion qui s'ensuit.

Chaque État cherche à dépasser d'autres États, à se montrer plus « chrétien », à moins « pactiser avec le mal », à paraître plus « progressif » que ses voisins. Les législateurs nationaux sont incités à ne pas être moins « avancés », avec ce beau résultat que les mesures les plus mal préparées et les plus inconsidérées sont proposées au Congrès et souvent votées, en courant le risque d'être abrogées comme inconstitutionnelles par la Cour Suprême.

Depuis quelques années, ce genre de législation a pénétré dans le domaine de l'industrie — celui où, il faut le reconnaître, le besoin de réformes se faisait le plus sentir — et il a paralysé dans certains cas les éléments actifs de la vie économique du pays. Les « chercheurs de scandales » (miick-rakcrs) ont flairé partout les abus et les législatures des États ont fait effort pour se dépasser dans une course échevelée vers una

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prétendue « réglementation » des grandes entreprises. Les « trusts », qu'ils fussent bons, mauvais ou inoffensifs, ont été poursuivis ; les chemins de fer ont été ligottés et persécutés par des mesures arbitraires, telles que la fixation des tarifs de transport, la limitation des combinaisons inter se et l'interdiction de certaines formes de placement, si bien qu'une véritable crise a fini par paralyser les affaires de transport. La préparation de la guerre actuelle paie le prix de toute cette législation « vertueuse » (i) à laquelle a dû se soumettre l'industrie d'hier et d'avanthier.

Ce n'est donc pas seulement dans la vie so-

1 Exemples d'une telle législation inconsidérée : « Loi de Beveridge sur le travail des enfants ; » « Loi de Mann sur la traite des blanches » ; les différentes mesures extrêmes prises dans l'intérêt de la prohibition de l'alcool ou en faveur du féminisme. Les deux grands partis politiques rivalisent l'un avec l'autre en suggestions dépassant celles du « parti progressif » lui-même. L' « initiative », le « référendum », la « révocation des juges » sont des propositions de ce genre. Gomme le fait remarquer M. Bodrigues. il n'y a pas de pays au monde où de telles mesures soient moins souhaitables. Le pays aurait besoin d'un parti réellement conservateur pour faire contrepoids à toute cette intervention du gouvernement, soit des Etats, soit national, dans les affaires privées et dans la vie sociale.

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