‹ Le peuple de l'action, essai sur l'idéalisme amChapitre 43 sur 73 · G. RODRIGUES. — PKUPLE DE INACTION · texte numérisé non relu

G. RODRIGUES. — PKUPLE DE INACTION

plaire clans l'adoration du passé mort, ce n'est même pas s'attarder à savourer le présent. Être de son temps, aujourd'hui, c'est être de demain. Vivre, c'est anticiper l'avenir, c'est surtout le créer.

Plus précisément, aujourd'hui, vivre, ce n'est pas être. La vie est avant tout action et mobilité. La vie contemporaine ne se constitue plus, comme autrefois, sous la catégorie de l'être. Non qu'elle s'abandonne voluptueusement au flot des événements, à ' un devenir inconsistant et fluent comme celui qui' emportait le vieil Heraclite. Au contraire, elle est] énergie et volonté. Mais par là, elle n'est pas stagna- \ tion : elle pousse ses pointes hardiment dans tous les j sens, elle rayonne dans toutes les directions. Elle 1 avance dans un univers ouvert, et ouvert à tous les] vents, à toutes les brises, à tous les souffles vivifiants de l'air. Et elle y avance de toutes parts ; de tous les] coins de l'horizon essaiment, affluent par milliers,! par millions, des individualités frémissantes. C'est* encore William James qui a fait comprendre, ou| plutôt sentir ce pluralisme. « Une des principales caractéristiques de la vie est la surabondance de la | vie d. » Le monde s'accroît, non pas d'un bloc et tout 3 d'un coup, non pas selon l'évolution mécanique etl réglée de Spencer, mais par une infinité d'actions & isolées, spéciales, indépendantes, par une foule def commencements absolus et de jaillissements impré-fl

1 W. James, Philosophie de l'expérience, trad. franc., p. 304. «

visibles, « par pièces et par morceaux, grâce aux apports de ses diverses parties pour chaque pièce ou chaque morceau ' ». Ce frémissement de vie multipliée à l'infini, n'est-ce pas là précisément l'impression que donne l'Amérique à quiconque l'étudié ou l'aborde ?

En ce sens, elle suit la loi même de l'homme, celle par laquelle il réalise pleinement son humanité : Faire et, en faisant, se faire. 11 ne suffit pas, comme on l'a dit 2, de symboliser la vie du peuple américain par l'ascension d'une immense échelle. Car il ne trouve pas une échelle toute faite sur laquelle il n'ait qu'à grimper, mais il pose chaque échelon au fur et à mesure qu'il monte, tel l'Alpiniste qui taille des marches dans la glace, se hissant comme il peut, s'accrochant où il peut et risquant de se rompre le cou à chaque moment de son escalade. Comparaison d'autant plus juste que pour l'Américain aussi la vie est avant tout un sport, un jeu audacieux où le but n'est que l'occasion ou le prétexte. Il ne vise pas une fin, nous l'avons indiqué déjà, il déploie toute son activité dans la création des moyens. Chaque moyen, une fois créé, devient à son tour un moyen de produire d'autres moyens, comme chaque pic, une fois gravi, n'est que le point de départ vers une cîme plus haute ou plus abrupte. L'idée de fin, de but

1 Id., Le Pragmatisme, p. 261.

8 De Rousiers, La Vie américaine, p. 5.

poursuivi, implique celle de stabilité, d'arrêt. C'est une idée européenne, ce n'est pas une idée américaine. L'Européen, quand il a fini son travail, se repose, vit de ses rentes ou prend sa retraite. L'Américain n'a jamais fini son travail et ne s'arrête jamais. Il ne tend pas vers un but, car son unique but, c'est de tendre, de tendre de toutes ses forces, indéfiniment, éternellement.

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