‹ Le peuple de l'action, essai sur l'idéalisme amChapitre 48 sur 73 · L'IDEAL NATIONAL · texte numérisé non relu

L'IDEAL NATIONAL

l'état

« L'Amérique est une nation d'individus ». — Opposition de VÉtatisme européen et de l'individualisme américain. — Il n'y a pas d'État américain. — Faiblesse de la vie politique. — Puissance de l'opinion publique. — La démocratie américaine.

« L'Amérique, a dit Emerson, est une nation d'individus. l » Par là, elle s'oppose fortement aux autres peuples, et plus particulièrement aux nôtres. Il n'y a guère que le nom de commun entre la nation américaine et les nations européennes. Et d'abord, et par-dessus tout, elle est aussi peu que possible un État.

L'État se définit avant tout par la souveraineté. Et celle-ci se concentre entre les mains des gouvernants. C'est par l'État qu'une nation entre dans l'histoire, c'est par le groupement d'individus qui ne formaient jusqu'alors que des hordes autour d'un chef investi par eux de pleins pouvoirs et duquel ils attendent leur protection et leur défense.

Le premier qui fut roi fut un soldat heureux. 1 Emerson, Essais, p. 289.

llk LE PEUPLE DE L ACTION

Par la suite, cette conception s'est plus ou moins profondément modifiée, mais elle s'est toujours ressentie de ses origines. Issu primitivement de la force, même quand il revêt des apparences plus juridiques, l'Etat conserve son caractère d'autorité. Il plane en quelque sorte au-dessus des individus. Il se les subordonne et, doté de larges pouvoirs de coercition, il est tenté d'en faire usage contre le peuple, même si c'est de lui qu'il les tient.

Par suite, ceux en qui il s'incarne auront beau n'être que des délégués ou des représentants — et ce n'est le cas que dans les seules nations démocratiques — ils se sentent investis d'une autorité exceptionnelle et en arrivent tous, plus ou moins, à ne plus représenter bientôt qu'eux-mêmes. Là où le régime parlementaire agit à titre de correctif, il donne des avertissements d'abord, puis cette secousse qui consiste à renverser le ministère. Mais si l'on change de personnel gouvernemental, le gouvernement persiste: il a beau se renouveler, il a beau être, à chaque moment de son existence , responsable devant le pays, il ne tarde pas à se constituer à part, à se superposer à la nation quand il ne s'oppose pas à elle, à exister en et pour soi.

Et non seulement la nation accepte, mais en général elle sollicite cette domination. Elle a beau se plaindre des empiétements du pouvoir, il lui faut un pouvoir. Elle lui demande une direction, une impulsion, souvent des prébendes et des faveurs. Elle attend de

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