LE PRESIDENT
Il symbolise l'Union. — Ses pouvoirs. — Sa force morale : il est la conscience des États-Unis. — Son caractèro juridique et arbitral. — Il ne tient sa puissance que du peuple.
Si la liberté est partout, l'union, souvent moins manifeste, est symbolisée d'une manière éclatante, non dans un Parlement, mais dans un homme, le Président de la République. C'est là qu'il faut voir le secret de sa puissance et de son autorité, c'est là ce qui explique combien sa figure grandit dans les heures de crise nationale. Certes, il ne pourrait pas dire avec un Louis XIV, dont il est l'antithèse absolue, « L'État c'est moi, » mais il pourrait affirmer, à condition de donner au mot son vrai sens : « Moi, c'est la Nation. » Il fait plus que de la représenter, il l'exprime, non seulement aux yeux du monde, mais à ses propres yeux.
Il n'y a peut-être pas sur terre une personnalité aussi marquante que celle du Président de la République américaine. Elle laisse bien loin derrière elle celle d'un Empereur d'Allemagne ou d'un Tzar de
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Russie — quand la Russie avait un Tzar. Pour en trouver l'équivalent, il faudrait l'aller chercher au Vatican, et nous verrons qu'en effet la comparaison n'est pas purement artificielle. C'est vraiment un pontificat, temporel et spirituel, qu'il exerce dans son pays.
S'il est quelque part sur cette terre de liberté, le pouvoir est en lui et n'est qu'en lui — pour autant qu'il soit dans un homme. Il n'est pas dans les Chambres, bien que depuis quelques années elles cherchent à accroître leur autorité. Il ne se rencontre que chez ce « Président investi de prérogatives presque royales1 », devant qui plus d'un roi constitutionnel d'Europe apparaîtrait en effet en posture assez humiliée. Son influence personnelle est considérable. Dans toute la vie américaine, il est à peu près le seul homme qui compte. Le reste n'existe que par rapport à lui. Ses ministres sont ses commis. Seul, il est responsable devant les Chambres qui, pendant toute la durée de son mandat, n'ont d'autre arme contre lui que la procédure d'impeachmtnt, la mise en accusation. Il est armé du veto pour suspendre leurs décisions. Il communique avec elles par des messages et reçoit moins d'elles leurs directions qu'il ne leur imprime les siennes. Il n'est pas plus ou moins relégué dans l'ombre, comme en France,
1 Izoulet, Préface de la traduction de La Nouvelle Liberté, p. 10.