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L'IDÉAL INTERNATIONAL

L INTERNATIONALISME AMERICAIN

L'Amérique est une In ter-nation. — Opposition des États désunis d'Europe et des États unis d'Amérique. — Rejet des systèmes d'alliances et de la politique de conquêtes. — La doctrine de Monroe et l'isolement américain. — L'américanisation des États-Unis. — Tendance à la conception et à l'accomplissement du devoir international.

« Notre rôle est de pousser jusqu'à leurs limites dernières les fins de la liberté et de la justice. » Mais ce serait s'arrêter à mi-route que de s'en tenir à la réalisation des fins nationales et, pour aller au bout de son effort, il faut poursuivre les fins humaines. Poussée par la logique de sa morale, c'est ce que l'Amérique devait faire, et c'est ce qu'elle a fait.

Plus que tout autre, son peuple était désigné pour comprendre et pour pratiquer ce qu'un des siens

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appelle « le devoir international1 ». N'est-elle pas elle-même une Inter-nation, non pas seulement ni surtout parce que dans son sang s'est mélangé le sang des races, mais encore et principalement parce qu'elle constitue une union ou un syndicat d'États dont chacun conserve son autonomie ? Il lui suffisait donc d'étendre à l'univers civilisé la conception qu'elle se faisait d'elle-même pour sentir qu'elle avait des obligations envers le monde.

Sans doute, on trouverait en Europe, et notamment en France et en Angleterre, les éléments d'une telle conception, mais elle con erve dans ces pays un caractère à la fois timide et théorique, alors que les Américains sont entrés hardiment dans la voie des réalisations. Nous ne pratiquons guère, dans nos rapports de peuple à peuple, que des alliances entre égaux, et même certains pays prétendent avoir le droit de subordonner les nations inférieures aux nations supérieures, ou qui se larguent d'être telles. Bref, ou un équilibre de forces ou une force s'imposant à une faiblesse, mais jamais des rapports de droit dans le domaine international.

Une alliance n'est pas une union. Elle s'exprime par des accords, d'ailleurs précaires et révisables, entre personnalités qui restent indépendantes et qui n'admettent même pas entre elles un rapport d'inler-

1 Royce, Les devoirs des Américains dans la guerre actuelle, p. 4.

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dépendance. Chacune se développe à part, selon ses propres lois, aucun organe commun ne relie leurs gouvernements distincts. L'alliance est limitée à un certain nombre de points déterminés, ne fonctionne que dans des cas prévus (le plus souvent une guerre éventuelle) et ne poursuit que des objectifs précis. Par ailleurs, chacun pratique ce qu'on a appelé, plus ou moins heureusement, « l'égoïsme sacré » et se refuse à une collaboration étroite et surtout permanente avec ses alliés. Survienne l'éventualité prévue, l'alliance joue ; qu'elle cesse, elle ne fonctionne plus. Il s'agit, non d'associer des destinées, mais de coordonner des efforts. Et, même pendant la durée de son fonctionnement, la difficulté pour l'alliance est de constituer un organe de liaison. On ne le voit que trop dans la guerre actuelle, — tant chacun des membres redoute de voir un de ses partenaires affirmer sa suprématie.

Qui dit alliance implique par là même des Étals désunis cherchant l'entente dans des compromis. Elle suppose ou la guerre ou l'état de guerre, elle est toujours dirigée contre d'autres nations qu'on redoute ou qu'on menace. Elle ira jamais un but directement pacifique. Si, comme il arrive, elle est faite pour conserver la paix, c'est toujours parce qu'il y a quelque part ailleurs un peuple ou un groupe de peuples qui entend la troubler. Le système des alliances, le seul jusqu'alors connu et pratiqué par la diplomatie européenne, consacre par son existence

cet état de guerre comme la condition normale des peuples. C'est donc, au point de vue international, au mieux un palliatif et plus souvent peut-être un danger. « Triple alliance » contre « triple entente », c'est la nécessité de la paix armée d'abord, de la guerre déchaînée ensuite.

Les Etats-Unis, foncièrement pacifiques, ont toujours refusé d'entrer dans un système d'alliances quelconque. Ce fut leur politique constante à l'égard de l'Europe et, même aujourd'hui, la place très spéciale qu'ils occupent dans ce qu'on pourrait appeler la grande confédération du droit fait d'eux un auxiliaire infiniment précieux plutôt qu'un allié proprement dit. Ils n'ont pas signé le pacte de Londres et le but qu'ils poursuivent, la paix du monde organisée sur une base juridique, entraînerait ipso facto la suppression de toutes les alliances et leur remplacement par une union.

Us ne veulent pas d'un équilibre de forces, parce qu'ils ne veulent pas qu'il y ait de forces, dans le sens particulier que ce mot prend ici, des forces militaires permanentes, toujours sur le pied de guerre, toujours prêtes à une agression. Cette politique d'équilibre est une politique de bascule. Et son aboutissant nécessaire, inévitable, c'est la chute dans « la guerre hideuse ».

Là où il n'y a pas alliance, il y a pire, à savoir domination, avouée ou masquée. Elle est masquée

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là où le peuple fort, du seul fait de sa puissance et sans manifestation d'autorité effective, entraîne dans son sillage la nation faible, qui n'a plus qu'une indépendance purement nominale. C'est la politique que l'Allemagne a toujours entendu pratiquer à l'égard des petits États. Tel d'entre eux, particulièment infime, le Luxembourg, n'avait plus qu'un semblant d'existence et, par le contrôle de ses chemins de fer, était l'objet d'une annexion déguisée. Sur la Suisse, sur la Hollande, sUr la Belgique, elle tentait avant la guerre d'exercer une pression, moins visible, mais souvent assez efficace, notamment dans le vote de la Convention du Gothard, qui fut son œuvre. L'attitude du roi Constantin nous a montré que la Grèce n'était guère plus qu'une colonie germanique . L'empire austro-hongrois, tout énorme qu'il fût, avait cessé, bien avant 1914, de s'appartenir à lui-même, et la Turquie d'Enver Pacha n'a plus, depuis longtemps, d'autre gouvernement que celui de Berlin. Enfin, la constitution patiente de la Mittel-Europa (délicat euphémisme pour dire Pangermanie) n'est que l'extension systématique du môme principe.

Parfois, l'emprise est plus brutale, c'est l'annexion pure et simple. Elle se produit trop souvent encore aux dépens de peuples civilisés. A preuve la domination de l'Allemagne sur la Pologne et sur l'Alsace, celle de l'Autriche sur la Bohême et sur les terres irrédentistes, que d'autres encore 1 Mais, malgré de

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