LIS
E Uni. me pare <l<i sentillo adesso,
Lui m' arispo&e tutto inviperito ■
u E dde voi puro s<> pô ddi l'istesso ».
BHIi qui a dessiné des portraits si vifs du fiancé jaloux, n'a pas fait de même pour le mari1; c'est une lacune due au hasard, carie « type» a dû exister de tout temps; cependant, il est un fait que, aujourd'hui encore, au Transtévère, il est plus dangereux de séduire une jeune fille qu'une femme mariée.
Beaucoup de maris sont aveugles avec plus ou moins de sincérité ou d'habileté2 :
L'omo bbono bbono bbono !
Ah ! er bene che mme porta Monziggnore È cosa da nun crédese 3, Bbastiano.
T' abbasti a ddi cche, ppovero siggnore, M' ha vvolzùto * ammojjà co' le su' mano !
E bbisogna vedè si ccon che amore Gùnnola s el pupo mio che jj' è ffijjano 6 ! Via, propio è un gran ppadrone de bbon core, Un gran bravo prelato, un bon cristiano !
E la notte che Nnanna ebbe le dojje ?, Nun pareva che a llui fussino presi Gueli dolori in cammio de mi' mojje ?
1 Voyez pourtant : I, 197, et surtout : VI, 248, où un mari bat sa femme à tour de bras, par jalousie contre un prélat. Dans les sonnets que je cite plus loin, pour les scènes entre mari et femme, ce n'est pas la jalousie qui joue le rôle principal, mais la lassitude et l'exaspération en général, ou tout simplement la brutalité.
3 Credersi.
* Voluto.
5 II berce.
6 Filleul.
7 Les douleurs.
Tutta la pena sua, la su' paura, Era, perché la fesce de sei mesi, Ghe jje morissi in corpo la cratura.
Certains maris exploitent même sans scrupules la honte de leur femme1 ; d'autres ont des goûts dépravés et imposent des caresses outrageantes 2. C'est toujours cette conception grossière de la femme comme instrument de plaisir et bête de somme. Se peut-il que le même individu soit l'amoureux sincère, ardent et prévenant que nous avons vu, et peu après ce mari brutal? Certainement, et la raison de cette métamorphose est tout entière dans la trop forte prédominance de la sensualité dans l'amour. L'homme, quand il n'a pour la femme qu'un désir charnel, ne la respecte que jusqu'au moment où il la possède. Le désir assouvi est suivi du désenchantement et du mépris. Seul l'idéal, inconsistant par lui-même, peut, quand il s'unit à la matière, ouvrir au cœur tout l'infini de l'amour.
Les scènes violentes sont fréquentes entre mari et femme3, pour des raisons très diverses, et l'on n'y épargne ni les injures, ni les coups, ni même le couteau. Le mari d'une femme acariâtre se plaint à un ami : « Deux fois par mois, ou « trois, ou quatre... passe encore! mais se quereller soir et « matin, à toute heure, à tout moment! Non, il vaut mieux (( vivre chacun pour soi; sinon, pardieu, je lui flanque mon « poings dans les dents et lui en fais avaler une demi-douzaine ». (IL 115.) Un beau jour, l'ami lui répondra: a Bref, lu veux <( te débarrasser d'Agnès, sans risques? Bien, tâche de la hua' « dans \o voisinage de quelque église ; puis sauve-toi dedans
« et n'aie pas peau1. Une lois là, (ai Sûreté, lu |uai\ le 1' du
« mandai d'arrestation, car celui qui le ferait l'ombre d'une
1 m, -.mi ; iv. 355 : v, 805.
x VI, 189, ^7.'*. — Un autre se contente d'être prolifique :< lV\ee>, Imil
enfanti en cinq mus : vi, 190.
i, 197, B40 ; il, .1, I 15, BU : Ul, '.mi : IV, l . 85.
« violence serait sûr d'une bonne excommunication. Laisse i faire : ils obtiendront la permission de t'arrêter; mais pour i la gloire de la crainte de Dieu, il y a toujours quelque prê- * tre qui pense à la grâce : tu n'es pas un voleur, ni un juif, i mais un chrétien qui a perdu patience; donc, frappe, cours « à l'église, et adieu. » (II. 211.)
Le temps des cadeaux est passé ; même aux jours d'anniversaire, le mari n'a plus d'argent pour ces choses-là *; le peu qu'il gagne, il le dépense au jeu, soit aux cartes soit au loto-; celte passion pousse à la fainéantise, à la boisson, à l'abandon de la famille, à la brutalité : « Depuis que la pasu sion du jeu s'est emparée de lui, cet infâme Mathieu devait lise la maison... le pire, c'est que je suis grosse, ma corni mère. Pauvre femme, dans quoi vais-je envelopper ce petit a quand il viendra?» (II. 215.) Une autre : « Pour moi, je ce prie Dieu afin qu'il gagne. Non pas que j'espère alors de (( lui quelque secours, mais afin de recevoir moins de coups (( de pied dans les flancs. Cette bête-là, je la connais au poil; « et quand il rentre, ayant perdu, oh ma commère, cieux ou- (( vrez-vous!3» (IV. 172.)
Pauvres femmes du Transtévère, faut-il s'étonner qu'elles recherchent des joies défendues, quand toutes celles qui sont légitimes leur sont refusées? Quand le mari déserte la maison pour des prostituées et n'y rentre que pour frapper femme et enfants?4, « Pauvre Annunziata, depuis ce que son mari a fait faillite, à cause de toutes ses putains, (( personne ne vient la consoler, pas même un chien ; et il y a (( des jours où elle ne sait pas le soir comment est fait le pain, a pas même le pain moisi » (III. 288 ) — Il y a, il est vrai, des
1 I, 34 ; II, 95. Ces deux sonnets, tous deux d'un 15 août, furent composés sans doute par Belli pour l'anniversaire de sa femme ; en manière de plaisanterie, il leur a donné une allure toute populaire.
8 Voyez aussi VI, 138, 139.