‹ Le peuple de Rome vers 1840Chapitre 12 sur 80 · II, 215, 365 ; III, 182, 186, 288 ; IV, 114, 137, 325 ; V · texte numérisé non relu

II, 215, 365 ; III, 182, 186, 288 ; IV, 114, 137, 325 ; V

femmes auxquelles il plaît d'être battues1, semblables à la Martine du Médecin malgré lui, mais d'autres ont des accès de désespoir et de révolte : « Lever la main sur moi? ! Ah, ce diable, essaie un peu, je prends un plat, et pardieu, je te le ce casse sur la tête ! Tu ne veux pas me donner de pain à moi, « sale charogne? mais du moins à ces âmes innocentes qui « meurent de faim et de froid. Continue comme ça, de mal en (( pis. Dieu ne paie pas chaque samedi, Clément, mais une fois ce pour toutes » (III. 186). — Belli suppose même avec hardiesse une scène au confessionnal, où la pénitente répond au prêtre qui lui enjoint la patience et le pardon : « Imposez (( moi une pénitence quelconque, je ferai tout, pour l'amour (( de Dieu, mais je ne puis plus aimer ce monstre » (V. 333).

Tous les ménages ne sont pas un tel enfer ; il en est où l'homme met de côté les gros sous péniblement gagnés, et où la femme garde intact l'honneur de son mari2; c'est elle qui est le génie bienfaisant de la maison, toujours active, relevant les courages abattus, apaisant les colères, et prête à se dévouer au besoin, à affronter l'insolence des puissants, pour leur arracher la grâce de son mari ; elle est jalouse aussi et le dit en ce langage énergique où sa franchise déborde : « Reviens-y à faire la coquette avec mon mari, si ça ce te plaît; reviens-y encore une fois, sale inutile hardi, et je a me jette sur toi, aussi vrai que je crois à la Madone; je « t'attrape par les tresses, je te lève les jupes el je te fais le « cul tout noir » (IV. 136) 3.

Un sonnet éloquent sous bien des rapports, est Intitulé: Er logotenente. « Quand j'ai entendu parler du chevalel *. j'ai vite couru chez M. le lieutenanl (de police) : « Mon mari... « Excellence, est un pauvre diable... par pitié... qui n'a rien « fait. »> — Il me répond : a Assied s- toi. a Je m'assieds. Lui,

y III, 400.

4 Supplice : coups de oerfde bœuf sur le derrière.

a d'un geste, renvoie ses gens el s'approche de moi : < Disu moi un peu, joli minois, ton mari le veux-tu coupable ou « innocent? — « Innocent » que je lui lais. Et lui: «J'y « prends plaisir », el aussitôt dit aussitôt fait, ce sale type me « fourre la main droite dans le corset. Je saute sur mes pieds u el je crie : « Ëh, cochon. ..1 » Et lui : « Ma fille, ce qui est « juste est juste ; allez-vous en, votre mari est coupable » (II, 96)*.

Ce type de la femme dévouée a inspiré à Belli de si purs chefs-d'œuvre qu'on ne peut s'empêcher de citer tout simplement. — Au moment où son mari va partir pour implorer un répit de Vesattore a, « la bbona mojje » lui dit :

Bbe' 3, sso' ccontenta, si : vva', Ssarvatore : Fa' ccome vôi e cquer ch' Iddio t' ispira. Anzi, io direbbe * de porta Ddiomira, Ch' è in d' un' età da intenerijje er core.

Bùtteteje a li piedi a F esattore : Prega, marito mio, piaggne 5, sospira : Bbada perô cche nun te vinchi l'ira...

Lassamo fà : cce penzerà er Ziggnore.

Si tte caccia, nun famme la siconna 6. Ricordete in quer caso ch' Lai famijja : Sofïrilo pe' l'amor de la Madonna.

Ce sémo intesi, eh, Sarvatore mio ?

Va'; cch' Iddio t' accompagni. Un bascio, fijja.

Addio : fa' ppiano pe' le scale : addio.

Non seulement elle défend son mari envers et contre

1 D'autres fois par contre le zèle va plus loin, très loin... Cf. IH, 151 ; V, 379.

* I/esattore fait rentrer l'argent des loyers ; il opère les saisies, etc. 3 Bene.

* Io direi.

5 Pleure.

,; Ne refais pas ce que tu as déjà fait une fois (se fâcher).

tous *, mais elle le sauve encore quand il est aveuglé par la colère ; ainsi dans cette « nuit d'épouvante » :

« Gomment, tu sors de nouveau? Ainsi furieux?! Tu as « quelque chose en tête. Oh Dieu, qu'as- tu sous ton habit? ce qu'est-ce ? Sainte- Vierge ! tu as pris ton couteau ! Ah, Phi- (( lippe, ne me quitte pas ainsi ; Philippe, de grâce, mon (( cher Philippe, pose cette arme, donne-moi ce couteau pour « l'amour de Jésus. Tu ne sortiras pas d'ici ! non, je ne (( suis plus Gertrude si tu sors. Tue-moi, taille-moi en mor- (( ceaux, mais je ne te laisse pas sortir : je suis résolue. Ne « fais pas que ce pauvre petit ange, qui dort si gentiment, (( en ouvrant les yeux, ne retrouve plus de père à côté de son ce lit » (IV. 109) 2.

Cependant les prières de la femme, les pleurs de l'enfant n'arrêtent pas toujours l'homme irascible; il sort, et dans l'ombre d'une ruelle, s'engage la lutte au couteau, sans témoins, sans merci... On rapporte au logis le corps criblé de blessures. Les voisines accourues prodiguent leurs consolations, (( il vaut mieux finir ainsi qu'en prison », etc., etc. — « Ah ! répond la veuve, on a vite fait d'enfiler quelques pa-

2 Je donne ici le texte de ce sonnet : La nottata de spavento :

Corne ! Aritorni via ? ! Ccusi infuriato ? ! Tu cquarche ccosa te va pp' er cervello. Oh ddio ! che cciài 1 1 i ssotto ? en' edè cquello \ Vergine santa mia ! tu tte se' armato.

Ah Ppippo, min lassamme in questo st;it»> : Ppippo, pe' ccarità, Ppippo nn<> bbello, posa (jueir arma, damme quer cortello Pe1 L'amor de GgeBù Ssagramentato.

Tu qod esschl de <-<\[\;\ ■ nno, nnun bo1 Ttuta, s' ess.-in. ammazzeme purp, famme in tocchi,

\i;i niiiiii i.- («» an ne ?via : su" arisoluta,

.Nuii voi«> oche 8to povero angeletto,

che ddorme accusi ccaro, a l'upri U1 occhi,

.nuii ritrovi pplt er padre accant1 ar letto,

« rôles, quand ce n'est pas vous que frappe la main de Dieu. « Ils s'entendent tous à prêcher, mon amie, mais la douleur a je suis seule à la sentir » (V. 169).

Cependant, les veuves inconsolables sont rares; la plupari sont pressées de se remarier1 ; il en est même qui font leurs plans avant que le mari soit enterré. A la veuve qui égrène en pleurant son rosaire au pied du lit de mort, une amie dit : « Laisse les morts où ils sont ! et pense que ton compère, un brave homme, te fait les yeux doux depuis longtemps ». Et la veuve se retourne: « Qui? Stanislas? Je « le sais, Mathilde ; et sur ce rosaire, j'y pensais justement » (IV. 145)2.

Contre la mort, c'est une résistance féroce, semblable à celle d'une bête acculée3 ; quand c'est le mari qui survit, après la première explosion de joie4, quel est son besoin le plus pressant ? Celui de se remarier, tout comme le font les veuves, au risque de tomber de Charybde en Scylla5. On aimerait voir dans cet empressement une preuve indirecte des joies de la vie conjugale ; il est plus sage pourtant de n'y voir, dans la plupart des cas, que l'éternelle illusion humaine.

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