I, 75 ; II, 63 ; III, 405 ; IV, 145, 242 ; V
2 Cf. V, 240. — Selon le proverbe : « Piagne la vedovella la vedovanza. — Piagne er marito morto e ar vivo pensa. » c'est la donnée de la matrone d'Ephèse.
4 D'après le proverbe : « La morte de la moje è un gran dolore, ma bbeato chi lo prova ».
l'égoïsme. La matérialité brutale que nous avons observée dans les rapports entre mari et femme suffirait à ruiner un peuple en deux ou trois générations, si ses effets n'étaient pas sans cesse neutralisés par une force bienfaisante, j'entends l'influence de la mère.
La mère est pendant vingt ans et plus le centre de la famille; depuis le jour où elle conçoit l'enfant jusqu'à celui où il se sépare d'elle pour créer un nouveau foyer, elle exerce sur lui, et par là sur l'avenir, l'influence la plus forte à laquelle il soit soumis. Selon comme elle l'aime et selon comme elle l'élève, elle fortifie ou affaiblit en lui les principes les plus élémentaires de la vitalité morale et intellectuelle.
Dans les classes cultivées, l'enfant peut s'enrichir le cœur et l'esprit à l'école encore, et par des relations de société. Dans le popolino de Belli, la mère est, pour ainsi dire, le seul élément de civilisation. Or, au Transtévère, la mère est, il est vrai, peu instruite, assez bornée d'esprit, et très grossière de langage; mais elle aime ses enfants, avec le cœur, non pas avec la tête, avec ce cœur tout plein de tendresse que ni le mari ni l'amant ne savent comprendre; elle aime ses enfants, non pas avec égoïsme, mais en s'oubliant elle-même: elle respecte leur individualité naissante tout en la dirigeant du côté du bien ; car à force d'amour, elle a vaguement conscience d'un idéal de vertu bien supérieur aux instincts grossiers qui régissent la vie tout autour d'elle. Satendresse toujours prête au dévouement se manifeste par des actes beaucoup plus que par des paroles, car ici encore nous retrouvons le réalisme foncier de la race, fécondé celle lois par un sentiment généreux.
Dos qu'une femme est enceinte, surtout si c'est pour la première lois, les voisines et les amies lui prodiguent les bons conseils: qu'elle se garde bien, quand elle a une envie, de porter la main au visage, car l'enfant aurai! sur la face l'image de la chose désirée; si clic va à Saint-Pierre, qu'elle
évite surtoul de regarder la statue du saint, qui esl noire* ; enfin qu'elle ne se fatigue pas comme le font les paysannes. celles d'Albano par exemple :
Cqua nnoi sémo Romani e nno Arbanesi.
Ouest* aria nun è aria da villani.
Xoi nun zémo facchini, io ve 1' ho dettu :
Noi, pe' ggrazzia de Dio, souk» Romani.
Au neuvième mois, on pratique une saignée2; les femmes d'expérience prétendent deviner d'avance, rien ({ira la forme de la panse proéminente, si ce sera un fille ou un garçon3,
La mère a ses raisons à elle pour préférer une fille : « Comment? J'irais faire un mâle? Oh ! ne me dites pas ça î e ces mâles sont des aimants qui attirent les malheurs. Non, w j'aime mieux ne pas le faire. A peine dans mes bras, je ce croirais le voir se quereller et avaler de l'eau-de-vie. Du ce moins une fille, s'il plaisait à la Madone, je relèverais à ma ce façon; un homme, souvent, ça ne trouve pas de métier; (( mais une femme sait toujours gagner son pain » (IV. 300). Une autre mère est bien plus désenchantée encore et résume ainsi ses expériences :
Disiderà li fijji, eh sora Ghita ?
Si, ppe' le hbelle ggioje che vve dànno î Prima, portalli in corpo guasi un anno : Poi, partorilli, a rrisico de vita :
Allattaili, smerdalli : a' ggni malanno Sentisse cascà in terra stramortita :
E cquanno che sso' ggranni, oh allora è ita : Pijjeno su er cappello, e sse ne vanno.
3 IV, 299. Le proverbe dit : « Panza pizzuta, fijo maschio ». Un autre proverbe : « Donna de bbona razza fa prima la femmina e doppo er maschio ».
Cquà nnun ze pô scappà da sti du' bbivi * : Si sso5 ffemmine, sgarreno 2 oggni tanto : Si sso' mmaschi, te vièngheno cattivi.
Gniggiorno un crepacore, un guaio, un pianto...
E vvôi disiderà li fijji vivi? !
No, nno, ceommare : Paradiso santo 3 !
(il, iii.)
Quarante jours après l'accouchement, la mère se rend à l'église et offre un cierge au curé, lequel en retour la purifie par une aspersion d'eau bénite ; c'est ce qui s'appelle uscire in sanctis. Pendant ces quarante premiers jours, la Romaine s'imagine ne pouvoir supporter aucune odeur, sans risques mortels. (III. 65.) — Du reste, en dépit des douleurs de l'enfantement4, et des maladies qui peuvent suivre5, le proverbe a raison qui dit: « Li dolori der parto se scor- « deno presto ». Les mères sont toutes les mêmes, leur enfant est le plus beau du monde, une pure merveille, d'une intelligence extraordinaire °; les voisines et tous ceux qui le voient7 tombent d'accord là-dessus ; c'est un poupon unique8. Aussi la mère en oublie-t-elle ses fatigues et ses chagrins9. Elle a pour son bébé un langage à part, doux et caressant : « Oh ddio sinnoè ! Oh povea catùa »
1 Bivio: carrefour; deux alternatives.
2 Se dérouter; faire un faux-pas.
1 Kx'-lamation qui augure la mort aux enfants. En Toscane : « Paradiso bello ! »> — Il est curieux de voir combien de proverbes expriment la même idée. Ainsi : « Bbeata quela verga che mm porta flji i.(En Sicile: « Bbiata dda panza Chi mm (ici mai figtflii ».) — « Uhi ccià liji, ccià malanni ». — « i,i flji su' sporca casa ». — « Fiji e affanni scorteno l'anni » el tant d'autres : peut-être sont-ils plutôt d'inspiration masculine
Une visite à l'accouchée: IV, un. La Romaine da peuple nourrit ion enfant elle-même, cela va sans dire ; lés sonnets i\. 398 et l\ iup le poupou mis en nourrice, sont de caractère personuel.
H iv, 1 1 J : \ , MM).
pour: c Oh J)i<> Signore! oh povera creatura » ( IV. 375.) — Qn oncle vient d'apporter à son petit neveu un cheval de bois et un bonbon ; la mère s'écrie:
Che bbèr truttrù ! Oh ddio mio che cciammellona !
No, pprima fate servo a nnonno e zzio.
Fàteje servo, via, sciumàco mio,
E ppoi se' è la bbebbèlla e la bbobbjna.
Bbravo Pietruccio ! E ccome fa or giudio ? Fa aôo ? bbravo Pietruccio ! E la misciona ? Fa ggnao ? bbravo Pietruccio ! E cquanno sona ! Fa dindi ? bbraavo ! E mmo, ddove sta Iddio ?
Sta llassù ? bbraavo ! Ebbè? e la pecorella ? Fate la pecorella a zzio e nnonno, Eppoi se' è la bbobbôna e la bbebbèlla.
Oh, zzitto, zzitto, via: noo, nnu' la vônno.
Eccolo er cavalluccio e la sciammella...
Eh, sse stranissce un po', mma è tutto sonno.
A mesure que l'enfant grandit, l'amour delà mère grandit aussi2, et si la mort vient le lui enlever, elle n' a plus qu'un désir : c'est de mourir à son tour. — Après les troubles de 1831 3, la vengeance des prêtres jeta beaucoup d'innocents
1 Je donne ici une traduction en langage familier, de « chez nous », celui de l'Académie étant impuissant :
« Quel beau coco ! Oh Dieu, quel bonbon ! — Non, d'abord, fais dada à grand -papa et à l'oncle ; fais dada, vite, mon petit chou, et puis tu auras le beaubeau et le bonbon. — Bien, Pierrot! Et comment fait le Juif (marchand d'habits?) Il fait aéo ? Bien, Pierrot! Et le minet? Il fait miau ? Bien, Pierrot! Et les cloches? Elles font din-din ? bravo ! Et maintenant, où est le bon Dieu ? Là-haut ? Bravo ! Eh bien, et le mouton ? fais le mouton à grand-papa et à l'oncle, et tu auras le beaubeau et le bonbon. — Oh, pst, pst, tais-toi ; non, non, ils ne veulent pas le mouton. Voilà le coco et le bonbon... Eh, il est un peu gringe, mais c'est qu'il a sommeil ».
3 Grégoire XVI fut élu pape le 2 février 1831. Aussitôt après, la révolution éclata dans le? États pontificaux ; d'abord à Bologne (4 février). C'est l'année de la célèbre capitulation d'Ancona. Voyez Farini : Lo Stato Romano. I, 34-60.
dans les prisons du château Saint-Ange, et les exila ensuite. Voici le contre-coup de ces exécutions dans une pauvre famille ; c'est la mère qui parle : « Le voilà, ce pauvre petit « qui, il y a un mois, semblait une fleur ! Regarde ses yeux, sa (( chair, son teint : ce n'est plus le même ! Depuis cette face meuse nuit qu'ils ont emmené son père au Château, il n'a ce plus dit un mot, mon beau petit : il est toujours entre la vie « et la mort. Voilà six nuits déjà que je ne me couche plus, et (( qu'à chaque instant je vais voir s'il respire encore. Dieu ! « ouvre les yeux à ces gens, et dis-leur de venir voir, dans ce (( lit, tout le mal qu'ils font aux familles !» — « Depuis que « mon mari, innocent, est en exil, pourquoi Dieu ne me tue- « t-il pas, puisque je suis seule et que mon fils est mort? Ah, ce sainte Vierge du bon Conseil, maman, n'y prends pas garde : (( ce n'est pas moi, c'est la douleur qui parle et qui s'en prend ce à la Providence ! C'est là que mon Louiset jouait et là qu'il (( se jetait à mon cou, et c'est ici que je l'ai vu dépérir peu à (( peu! Oh les angoisses de la mort! qui peut dire la passion (( de Jésus, si la douleur d'une mère est aussi forte ! » — (( Loin de moi ces langes qui enveloppaient tout mon espoir ! (( x\llez-vous-en, tous, et laissez-moi seule à pleurer... »
Nun posso ppiù : me se serra la gola : Nim zo ssi er core... più in petto... sce sia... Ali Ddio mio caro !... ah Vvergine Mmaria ! Lassateme di ancora... mm parola.
Corne lu da La crosce,... o < rgesù bbono, . . . Volessi perdonà... fctanti nimmichi, ...
Jo. . . mm odio li mii.... <> li perdono.
E... ssi in compenzo <> bbon Gesù,... t i<v |»i;isiv.. .
De sarvà Ccarlo mio,... fa* cche mme dichi... i n;i requiameterna... e s vivi in pasce.