‹ Le peuple de Rome vers 1840Chapitre 15 sur 80 · L'ÉDUCATION DES ENFANTS · texte numérisé non relu

L'ÉDUCATION DES ENFANTS

On comprend sans peine que l'éducation morale el intellectuelle des enfants, au Transtévère, vers 1830, ait été pas

v ii, 356 : et ii, i 13 : la mère qui excuse L'adultère du SU.

1 ii, 198.

* Le pape ne donnail aucune audience publique. Voyei chapitre \,

' l;«»iii|.;i.

sablemenl négligée. Ce qu'ils ont de meilleur, c'est l'amour de leur mère ; mais il n'est pas toujours très éclairé, et les mauvais exemples abondent dans cette vie de misère et d'ignorance où l'immoralité du gouvernement entretient la défiance et la mauvaise; foi. A un père qui vient de baptiser son (ils avec quelque éclat et réjouissances, un ami dit amèrement : « Tu dissipes ton épargne, grand imbécile, parce « que hier ta femme a accouché d'un serviteur du Pape? Tant ce de joie et tant de festins pour celui qui peut-être est concc damné, avant de naître, à cueillir la chicorée ! Pauvres i aveugles! Et vous n'avez donc pas vu que le livre des bapcc têmes, en cet État-ci, pourrait s'appeler le livre des morts?» (III. 345.)

Quand il n'y a pas de justice, il n'y a pas de charité non plus ; la raison est du plus fort, et s'il le faut, on fait sa trouée à coups de couteau ; c'est le conseil d'un père à son fils : « Si quelqu'un venait te prêcher, dis lui : ,

« De ste raggione io mé ne fotto :

Iggnuno penzi a li fattacci sua.

D' èsse cristiano è ppuro cosa bbona, Pe'cquesto hai da porta ssempre in zaccoccia Er cortello arrotato e la corona. »

Quant à l'honnêteté, on sait ce qu'elle était dans le clergé de Piome. .. et naturellement celle du peuple en a souffert, « Le principal, c'est de ne pas se faire prendre » (III. 81). Pour les mêmes raisons de prudence, il faut respecter le souverain4 et surtout observer les fêtes religieuses et le jeûne2. Afin de donner plus de force à ses enseignements, un père mène son fils, le jour de la première communion,

* III, 293. — Voyez aussi l'interrogatoire d'une mère à son fils qui a manqué la messe : III, 59.

voir pendre un condamné : il lui applique un soufflet sur la joue droite, en disant: c< Tiens, et rappelle-toi que la même ce fin, par la corde, est réservée encore à mille autres qui a sont meilleurs que toi » (I. 80) !.

C'est de la mère encore que viennent les meilleurs conseils, adressés il est vrai plus souvent aux filles qu'aux garçons2. Gomme elle est, plus que le père, en dehors des duretés et des vilenies de la vie pratique, son enseignement est plus idéal- aussi et se grave souvent profondément dans la mémoire : « Quand j'étais grand comme ça, ma mère me (( disait déjà : mon fils, ne dis jamais noir pour blanc, ni blanc « pour noir, en quelque circonstance que tu te trouves. En ce dépit du vernis, ce qui est faux ne devient jamais vrai. Sois ce sincère envers tes patrons, qu'ils ne trouvent jamais en toi ce un menteur. La sainte Vérité, ce qu'elle m'a épargné de (( peines ici bas? une infinité. Je l'ai toujours dite et je m'en (( trouve bien ».

Quest' è ddunque er gran punto ch' io te prèdico, Pe' ssarvà onore e ppane in ner zervizzio. Tu ppiscia chiaro e ffa' le fiche ar medico.

Elle enseigne aussi le respect des parents3, la charité, la compassion et la modestie*. « Il faut travailler, ma fille; les

« riches ne te donneront rien, pas même une goutte d'eau

Fidete, ftjja : i<> parlo pe* Bperienza. Ricchezza e ccaritù sso' ddu' perzone Ghe iiti 1 1 1 1 potranno mai fà cconosscenza.

1 sur les relations entre père et fila: m, 100; [II, 126; iv, 862, et le conseils d'un oncle : V, 82 1.

•'après le proverbe.* « Le ûje femmine co' la madré, — Ll QJi maschi

COr |»;uln ...

1 \ propo de Cana : II, 24,

' il, 146; m, 95 ; IV, 9; V,

II faut donc se lever malin el travailler avec courage, sans relâche1, en ayanl confiance en Dieu qui tôt ou lard punit les fripons2. Surtout il faul savoir économiser, et ménager les vêtements3. A table enfin, qu'on mange tout, qu'on se tienne bien*, et qu'on respecte le pain ! Sur ce dernier point, il y a dans Belli un sonnet trop typique pour ne pas être cité ; M est intitulé: la maman scrupuleuse: « Tu vas baiser tout i de suite cette miche, qui est tombée devant les latrines5, u Ne sais-tu pas, sale fille d'une putain6, que le pain c'est la i face du Seigneur? Quelle foutue excuse! Il brûle 1 Qu'il c puisse te brûler le cœur ! Quand tu seras en enfer, crapau- « de, tu y goûteras une autre chaleur encore. Et comment la ce mets-tu, cette miche? Sens dessus dessous? Puisse-t-on te (( couper les mains: oh ! bénie soit la verge et qui la manie ! (( — Tourne-la, petite sorcière, du côté bombé, parce que, ce avec le cul en l'air, sache que le pain fait pleurer Jésus et (( la Madone » (II. 284).

Quant à la propreté, elle laisse décidément à désirer; voici par exemple une maman qui appelle sa fille pour la peigner : « Depuis deux mois tu ne t'es pas peignée, et pource tant il n'y a rien de tel qu'un peu de propreté. Dans les « nouilles que tu as faites l'autre jour, rien que dans ma part « j'ai compté jusqu'à sept poux » (IL 225).

Vers 1830, il n'y a pour ainsi dire pas d'écoles pour le peuple; celles qui existent ne tendent guère qu'à préparer des prêtres pour l'Église, et leur enseignement latin n'est pas sympathique au popolino7, qui finit par mépriser toute

5 En beaucoup de maisons, j'ai vu encore les lieux d'aisance dans la cuisine !

• Ces expressions sont si habituelles, que la brave femme les emploie, sans s'en apercevoir, à ses propres dépens.

instruction4. La mère ne voit dans l'école qu'un moyen de se débarrasser des enfants turbulents pour quelques heures :

Scola santa ! e cchi è cche tt' ha inventato ! Che rriposo de ddio ! che ggran rifiato î

Quelques-uns pourtant semblent deviner que l'école va jouer bientôt un rôle important ; tel ce brave ferblantier qui dit en montrant son fils :

Jo nun tiengo de fijji antro che cquesto : Duncue vojjo ch' impari a llègge e a scfive, E.accusi mmai j' amancherà dda vive, E averà in culo er monno e ttutt' er reste.

Aux questions embarrassantes 3 des « enfants terribles » sur la géographie des pays lointains et tant d'autres choses qu'elle ignore, la mère répond sans hésiter, avec le plus grand sang-froid, et plus d'une explication se trouve être une pasquinade.

Duncue io la dico a tté ccome l'ho intesa : Li cardinali so' accusi cchiamati, Perché sso' ccardi* de la Santa Cchiesa.

Ou bien c'est la grand'mère qui apaise la curiosité d'une

fillette:

Nonna, ad esso che mmamma ha ppartorito, Ve vojjo addimannà1 na cosa, Donna :

Dite : com' esce gravida una donna ? —

Nipote îui.-i. côr Ûato der tnarito. —

■ il, 154, i •. 109, 110.

chardons.

E a mmamma er pupo suo dove j' è uscito ? — Da un ginocchio....

E ir omo partorisce? — Eh, cquarche vvorta, etc.

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