INTRODUCTION
La storia di Roma, la piîi sublime tragedia dell' umanità.
Gregorovius.
ce M. Gogol me dit avoir trouvé à Rome un véritable poète ce populaire appelé Belli, qui écrit des sonnets dans le lance gage transtévérin, mais des sonnets faisant suite, et force mant poème. Il m'en parla à fond et de manière àmecon- « vaincre du talent original et supérieur de ce Belli, qui est ce resté si parfaitement inconnu à tous les voyageurs. »
Sainte-Beuve écrivait ces lignes en 1845 *. Or, en dépit de l'édition complète de ces sonnets, publiée en 1889, et malgré quelques études biographiques, soit en italien, soit en allemand, Belli est encore aujourd'hui un « inconnu » pour la grande masse du public lettré, même en Italie.
Pourtant son œuvre est une des plus puissantes, des plus originales de ce siècle. En 2200 sonnets, d'une forme impeccable (où le philologue trouvera des renseignements précieux sur un dialecte qui disparaît), Belli a fait l'histoire morale, sociale et intellectuelle du popolino romain tel qu'il était de 1830 à 1848. Il nous le montre jusque dans les recoins les plus intimes de sa vie, en famille, dans la rue, à
1 Premiers lundis. Paris, 1884. Tome III, page 25. (1er décembre 1845: « Nicolas Gogol »).
l'église ; dans ses amours, ses haines, ses superstitions, ses préjugés, ses vices et ses vertus. C'est précisément à cette histoire de la civilisation de hier que je désire apporter une modeste contribution, heureux si de l'examen impartial d'un triste passé il jaillissait un peu de réconfort pour l'heure présente et d'espérance pour demain.
Avant de pénétrer dans l'œuvre touffue de Belli, il nous faut esquisser les conditions du genre satirique, particulièrement en Italie, et nous arrêter plus longuement aux origines de Pasquin qui ont suscité depuis quelques années de , si vives controverses parmi les savants italiens. Cette étude préliminaire est indispensable à la pleine intelligence de l'œuvre de Belli; car bien que Belli soit absolument original, qu'il n'ait pas de devancier proprement dit, il n'en est pas moins le produit naturel d'une certaine race et d'un certain milieu. C'est la Rome papale qui l'a formé, et c'est elle qu'il a décrite, avec une vigoureuse indignation, mais sans se douter qu'il lui portait un coup mortel : Belli est venu à son heure, justicier involontaire et fatal.
La satire, un trait caractéristique des littératures romanes, et de l'Italie en particulier.