H, 101 ; III
vont adorer lesYeliques à Saint-Jean-de-Latran { ; quand le peuple a faim, le pape le console en accordant l'indulgence à ceux qui jeûnent °2 1 Les jubilés sont occasion de grandes indulgences3; j'ai déjà cité celles qu'on se dispute à coups de poing4; enfin on peut, plus pacifiquement, s'acheter le pardon des péchés5, car ainsi que le dit fort bien un Romain :
« Lui dà indurgenze e nnoi dàmo quadrini ».
Aux pauvres diables qui ne sont pas jacobins on accorde même parfois l'indulgence gratis en ne leur demandant... qu'un petit cadeau °. Bref, ils ont bien tort ceux qui accusent le pape de paresse.
Ggià jjeri ha ddato 'na bbonidizzione : Un' antra n' ha da dà ddoppo domani : Eppoi lavanne a ttredisci villani, E mmisereri, e ppranzi, e ppriscissione !
Io nun zo ssi dda quanno s'è inventata L'arte de faticà, se sii mai trova 7 Una vita, per dio, ppiù strapazzata 8.
Povero Papa mio ! manco te ggiova Lo sscervellatte 9 co' sta ggente ingrata Pe'ffà pggni ggiorno un* indurgenza nova.
(III,229)i
Voici enfin le portrait fidèle du vrai chrétien : a C'est pq a si difficile de savoir si tu es un brave homme ou un fripon.
8 II, 1/ l.
8 il, loi ; VI, 296.
•mu, i ; .
7 Forme abrégée pour : trovata.
1 i ou r m entée.
a-dire : I " i h^-ii km-.
i Vas-iu à la messe*? Fais-tu partie des missions0 Les jours « de jeûne, manges-tu du poisson? Tires-tu ton chapeau u devant les Madones? Aimes-tu le pape*? Prends-tu les sac crements? Situ trouves une croix au mur, dans le coin
I d'une porte cochère, y pisses-tu, ou non? Dis-tu le rosaire « en te levant? Portes-tu en poche le signe du chrétien ' ? a Fais-tu parfois la Scala Santa à pieds nus? As-tu de l'eau ce bénite à la tête de ton lit? Donc tu es un brave homme et i tu as de quoi fermer le bec même à Dieu le Père » (II, 113).
Bien peu de voix s'élèvent contre un tel état de choses !
II y en a qui critiquent certaines « fonctions » ecclésiastiques ; mais quelle critique inintelligente 2 ! — Une mère cependant recommande à ses enfants l'exercice de la charité, en des œuvres plus fécondes. « Je ne sais s'il y a trop de ce dévotion en ce pays, ou pas assez, ni si le Romain vaut • mieux que le Français. Oui, j'ai vu, moi aussi, les églises « pleines; mais où ça mène-t-il? Mes enfants, le bon Dieu ce ne se laisse pas tromper par quatre mots latins et deux (( cierges allumés. Quand on n'a pas la charité, l'eau du (( puits et l'eau bénite sont une seule et même chose. Les « bonnes œuvres, voilà ce que veut le Seigneur. Jésus est <sc comme la chouette. Qu'est-ce qui lui plaît à la chouette ? « Le cœur (IV, 233).
D'autres constatent mélancoliquement que malgré toutes les pratiques extérieures, rien ne change au fond 3, et voici quelle est la religion du temps présent :
Ghe rriliggione ! è rriliggione questa ? Tuttaquanta o ramai la riliggione Gonziste in zinfonie, ggenufressione, Seggni de crosee, fittucce a la vesta *,
1 Le chapelet.
4 Rubans que les femmes font le vœu d'attacher a leur vêtement, en certains cas donnés.
Gappeir in mano, cenneraccio in testa, Pessci de tajjo, razzi. priscissione, Bbussolette i, Madonne a' ggni cantone, Gène a ppimta d'orloggio, ozzio de festa,
Scampanate, sbasciucchi, picchiapetti 2, Parme, reliquie, medajje, abbitini 3, Gorone, acquasantiere * e mmoccoletti.
E ttratanto er Vangelo, fratel caro,
Tra un diluvio de smorfie e bbell' inchini,
È un libbro da dà a ppeso ar zalumaro.
Le L'Église distingue sept sacrements divers : le baptême, la
hapiême. confirmation, l'Eucharistie, la pénitence, l'extrême-onction, l'ordination des prêtres, le mariage. Nous les trouvons mentionnés tous les sept dans l'œuvre de Belli, plus ou moins souvent, en raison directe de leur importance.
Le baptême, selon le Romain, fut « inventé » par Jésus- Christ5; le plus souvent pourtant on semble considérer le baptême comme une institution dont l'origine se perd dans la nuit des temps. C'est que, au mépris de tous les faits historiques, l'Église romaine prétend être la fidèle et immuable continuatrice de Jésus-Christ (elle fait par exemple de Pierre un « pape ») ; par là elle se donne l'air d'une institution éternelle. Or, entre ces prétentions et la simplicité dos récits bibliques, il y a une contradiction si flagrante que même les esprits les plus incultes la sentent confusément, sans être en état de sortir des idées vagues, erronées ei contradictoires, C'est ainsi qu'on reproche à Jésus-Christ, e l'inventeur * du baptême, de ne s'être fait baptiser que trente ans après
1 Tirelires en métal qu'on agite dans Les quêtes d'église.
* ( poii pendantes sur la poitrine.
:t petits Bcapulairi
4 Bénitier
la circoncision { ; il a fallu cette cérémonie pour faire de lui un chrétien !
L'istess' anno, in ner giorno medemesimo Ghe Ggesucristo se fesce cristiano, Fini ar monno er Decâccolo - pagano, E ccomincio a ddà ffora er Gristianesimo.
Tutt' er gêner' umano ch' era morto Sin a cquer punto senza crede in Gristo, S'era sarvato e sse trovava in porto.
Ma dde li morti da quer giorn' impoi,
O Ebbrei, o Tturchi, o Fframmasoni, tristo
Ghi nun ha 11' acqua com' avemo noi.
.l'appelle l'attention sur cette naïve confusion des idées; elle est réelle, bien qu'étrange, et ce seul sonnet suffit à prouver la divination psychologique de Belli.
Le baptême (avec sel, huile et salive) 3 est donc d'une importance absolue., et le moindre retard pourrait être funeste 4.
Er battesimo intanto è 'na vernisce, Ghe ccrope er guasto senza che tte pentï : È llui che cciarifà bbianchi e' nnoscenti, Gome che la bbucata a le camisce 3.
Le baptême enfin est l'occasion d'une grande fête de famille0 et se termine parfois par l'ivresse du curé luimême7.
* Le Décalogue.
4 III, 159. — Ceux qui prêchent aux infidèles, en rase campagne, pourraient, sans perdre de temps, les baptiser par la pluie : III, 411. ,s De même que la lessive blanchit les chemises. 8 III, 315.
La confir- Les divers symboles du deuxième sacrement ne sont pas motion, tous, à ce qu'il semble, également clairs :
Gapisco er zignatèa », er zignacruccia 2, L'ojjosanto, la mancia, la bbammasce 3, Le cannelé, er compare e la fittuccia * ;
Ma, ssi avessi da di, ddoppo der baffo In ner nome der-padre, nun me piasce Quella malacreanza de lo schiaffo.
On fête la confirmation par une promenade en voiture et par un repas dans une ostérie hors des portes de Rome, plaisir auquel un père bien intentionné joint parfois le spectacle instructif d'une pendaison. Au moment où le bourreau procède à l'exécution, le père donne un soufflet à son fils :
« Pijja, — me disse, — e aricordete bbene
Che sta fine medema sce sta scritta
Pe' mmilP antri che sso' mmejjo de tene ».
La confes- La pénitence, mais plus spécialement ici la confession, mésion. rite par son importance une place toute particulière. Elle a le pouvoir de guérir les malades :
lo pero ho ddetto a Nanna : « A ttu' marito Tu lïajje fà 'na bbona confessione, E, in barba de sto medico cojjone, In cuattro fifffiorni te lo do gguarito ».
Péché confessé esl péché pardonné. « Rendons grâce à La a bonté de Dieu, puisqu'il y a un moyen (une ruelle) pour h pécher en toute paix el charité. Il te suffll d'aller de ioni|»s
1 Signo te.
s Signo cruci*.
cotou i h. bambag
nœud de ruban.
« à autre mettre le nez à cette grille-là (du confessionnal), et
« tu aurais le salut même en tuant un roi » (I, 218).
Puisqu'on le sait d'avance, on en profite largement pour satisfaire ses envies et ses passions '. Les églises sont si nombreuses que les occasions de se confesser ne manquent pas; à Saint-Pierre chaque langue d'Europe a son confessionnal 2, el là. pour les péchés véniels, il suffit de se mettre à genoux et de recevoir sur la tête un coup de la longue baguette que tient en main chaque confesseur. Mais l'église la plus pratique c'est encore le Panthéon (la Rotonda, en romain : Uitonna); les gros péchés s'enfuient plus vite par le trou du toit3.
La confession est une arme terrible de l'Église catholique qui pénètre ainsi dans la famille et enserre père, mère et enfants dans les mailles d'un inextricable filet, fait de réciproques dénonciations. C'est la femme surtout que le confesseur sait exploiter, souvent dans un but inavouable4: il arrive aussi qu'en poussant trop loin ses questions indiscrètes le confesseur suggère le péché à quelque innocente jeune fille5. — La plupart des hommes vont à confesse6, mais avec moins de zèle que les femmes, et ils ne se gênent pas de faire leurs critiques 7, souvent risibles et inintelligentes, nous l'avons déjà vu. D'autres meurent sans confession, soit qu'ils soient franchement libres penseurs8, soit qu'ils n'aient pas le temps (selon eux) de chercher parmi tant de prêtres le confesseur ad hoc 9. — Je remarque enfin que, par trois fois, Belli a poussé la hardiesse jusqu'à mettre
4 II, 287 ; III, 50, 102, 277; V, 219, 269; VI, 175. Je reviendrai là-dessus au chap. IV.
8 Comme le célèbre graveur Pineili : IV, 167.
directement en scène le dialogue d'un prêtre avec sa pénitente l ; et avec quel bonheur!
Padre... — Dite il confiteor. — L'ho detto. — L'atto di contrizione? — Ggià l'ho ffatto. — Avanti dunque. — Ho ddetto cazzo-matto A mi' marilo, e jj' ho arzato 2 un grossetto 3. —
Poi? — Pe' una pila* che mme roppe er gatto, Je disse for de me : « Ssi' mmaledetto ». E è ccratùra de Ddio î — G' è altro ? -— Tratto Un giuvenotto * e cce so' ita a lletto. —
E lli ccos' è ssuccesso? — Un po' de tutto. — Gioè? Sempre, m'immagino, pel dritto. — Puro a rriverzo... — Oh che peccato brutto!
Dunque, in causa di questo giovanotto, Tomate, figlia. con cuore trafitto, Domani, a casa mia, verso le otto.
UE-ucha- Ceux-là seulement qui se sont confessés ont le droit de ristie. communier, mais encore à la condition expresse d'être à jeun, car il ne faudrait pas que la sainte hostie allât se mêler à de vulgaires aliments6! C'est que l'absolue transsubstantiation n'est pas mise en doute un seul instant, et Jésus-