‹ Le peuple de Rome vers 1840Chapitre 45 sur 80 · IV, 28S · texte numérisé non relu

IV, 28S

5 Un autre genre d'ironie est celui qui consiste à accabler le pape de louanges et de bons vœux, de façon à attirer quelque malheur sur lui (selon la croyance populaire) :

« Cuanto sta bbene er Papa ! cuant' è bbello!... « Che appitito che ttiè nner rifettorio !... « Ma cche ssalute ha sto papa Grigorio!... « Cuesto campa una bbotte e un sgummarello !

A propos d'un nouvel édit

Bbenedetca la mano che ll'ha scritto, E ppôzzi scrive pe' ttant' anni ancora Pe' cquanti antr' anni campera st' editto.

Un autre excuse le pape en disant : « Toutes les saisons sont détraquées; quand il n'y a plus ni été ni hiver, quand la mère nature elle-même est folle, le gouvernement peut bien, je crois, perdre la tête lui aussi « (IV, 181).

* Le « sgummarello» est un instrument de cuisine, une « poche » en métal. - Et le sens de ce dernier vers est : il vivra longtemps et un peu plus encore.

l'avait contraint a passer les jours de sa vie au fond d'une boutique ou d'un bureau, il eût été un de ces bourgeois ventrus, bilieux, égoïstes, comme on en voit tant. Comme pape, il fut détestable, mettant la puissance matérielle et le prestige moral au service de ses instincts vulgaires. Or, à ce moment précis, l'Europe, fécondée parle sang delà Révolution, sentait s'agiter en elle une vie nouvelle; l'esprit borné de Grégoire ne s'en rendit pas compte; et c'est pourquoi, sans commettre de crimes éclatants, il fit plus de tort à la papauté qu'un Clément V, un Jean XXIII, un Alexandre Borgia, ou un Paul III Farnèse. Il vécut au jour le jour, rapetissant toutes choses à son niveau; « il remédia au mal avec un ce peu d'encre et quatre Ave Maria » * ; au libéralisme il opposa la police et la prison ; à la misère, l'aumône ; quant aux progrès matériels, il les nia tout simplement.

Non, ce bourgeois timoré ne commit point de crimes ; mais il ferma son cœur à l'idéal moderne, et ses yeux à la lumière; il mérita ainsi le mépris et la haine de son peuple et de son siècle 2.

Un de ceux qui vont par les rues en vendant des imagos de saints, crie sur la place de Saint-Pierre : « Scinque Santi a a bbajocco, e'r Papa auffa »3. A l'occasion des cérémonies du Jeudi et du Vendredi de la Semaine-Sainte, un Romain observe : « Les « fonctions » k du pape sont trop pou noiu- « breuses; pour taire les choses en règle, il faudrait, un de « ors deux malins, mettre au pape une canne à la main el

2 il fui considéré comme un Seau de Dieu :

si nnun c'è un vago d'ua, si nnun c*è spiga i>c grano, a un è er Papa che eclopprime : y. la mano <!<• i>ili<> che cce gastiga.

« \ii! s'éorie un autre, si Cola <ii Kienzo pou val I sortir de sa tombe! » IV, ■

tints pour <i<iu\ sous, et le pape gratis : i in. 868. 4 < 'est-à-dire les cérémonies religieuses auxquelles le pape prend part.

c une couronne d'épines au front, puis le fouetter et le con- « damner. « Mais, à Rome, il n'y a pas de Calvaire >>, direzu vous. S'il ne manque que ça, qu'on dresse la croix à Montei Mario; el que chaque année, au temps de Pâques, on y ce cleue un Vicaire du Chris! el deux cardinaux » (IV, 174).

Le risate der Papa.

Er Papa ride? Maie, amicoî È sseggno

Ch' a mmomenti er zu' popolo ha da piaggne.

Le risatine de sto bbon padreggno

Pe' nnoi fijjastri so' ssempre compaggne L

Ste facciacce che pporteno er trireggno S'assomijjeno tutte a le eastaggne :

Bbelle de fora, eppoi, pe' ddio de leggno, Muffe de drento e ppiene de magaggne 2.

Er Papa ghiggna ? Sce so' gguai per aria. : Tanto ppiù cch'er zu' ride, de sti tempi, Nun nie pare una cosa nescessaria.

Fij ji mii cari, state bbene attenti .

Sovrani in alegria so' bbrutti esempi.

CM rride cosa fa? Mmostra li denti.

Le testament de Grégoire, tout en faveur de quelques neveux et de Gaetanino et C% souleva une dernière fois la réprobation générale 3.

Et maintenant qu'il est mort — s'écrie un défenseur —

1 Les rires de ce bon père ont tous le même sens pour nous ses fils. 8 Moisies et pleines de pourriture.

3 Voyez le sonnet fameux qui débute :

Papa Grigorio è stato un po' scontento ; Ma ppe' wiseere poi, ma ppe1 bbon core, Ch' avessi in petto un cor da imperatore, Ce Tha ffatto vedé ccor testamento.

vous voudriez l'oublier, le rayer de l'histoire? ! Heureusement que

pe' ggrazzia de Ddio e der Governo, Ce so' bboni pitaffi cor zu' nome Da ricordallo a ttutti in zempiterno.

Cet homme avait raison et ne se trompait que sur un point : ce ne sont pas les inscriptions pompeuses sur le marbre qui rappelleront Grégoire à la postérité. Non, c'est aux sonnets de Belli qu'il devra le stigmate ineffaçable 4.

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