‹ Le peuple de Rome vers 1840Chapitre 48 sur 80 · K II · texte numérisé non relu

K II

en caisse de quoi payer le « piatto » ! ; il n'y a rien pour les pauvres.

Gosa fai co' ste suppriche? Propali Tutte le tu' miserie, o ffarze o vvere, Perdi tempo, strapazzi er tu' mestiere, Bbutti via carta, logri scarpe, e ssciali 2.

Oh ffîgurete tu ssi er Tesoriere, Ch' ha da sfamà, ssettanta cardinali.

V6 ddà rretta a li nostri momoriali î Lèvetelo da testa : so' gghimeres.

C'est la gloutonnerie, l'abus du manger et du boire. Le cardinal-vicaire Placido Zurla vidait ses six fiaschi par jour; « s'il avait vécu plus longtemps, tout le vin de ce pays ne « suffisait pas jusqu'à Carnaval » 4. — Un autre a si bon appétit qu'il serait capable d'avaler « le four, le sac de fa- « rine, le mulet et le meunier en croupe » 5. Un serviteur fait le calcul approximatif de ce que son maitre mange en dix ans.

Dunque, l'Eminentissimo s' iggnotte, Drent'à ddiescianni, trentasei vaccine, Quinisci rubbia 6, e cquarantotto bbotte 7.

Un sonnet éminemment suggestif raconte : « Le sous-chef a du marquis m'a dil cfue ce serviteur de Dieu, le cardinal « qui y dînait trente lois par mois el courait à chaque instanl « à l'urinoir, a mangé cinq livres de porc, le jour où il visita

i III, 358.

* Tu jouis ( ironique).

himdres.

1 ni, 117; voyez la série III, 116, 117, lis, 119 et 368. s ni, -JM : cf. ni, 328. -- n est clair qu'un cardinal se dispense «i»1 tenir compte des jours maigres : III, 132.

■ Le i nii»!»io » est uns mesure de blé, ds 640 Livres romaines

■ i..i « botte i «--î un tonneau, mesurant de 500 s 1000 litres.

i les sept églises1. El à minuit il fut saisi d'un malaise, venu u on ne sail d'où. Le malin, deux prêtres firent venir le i Saint-Sacremenl el firent dire des prières dans Ions les u couvents des enviions. A celle nouvelle, |,i marquise, « réveillée de bonne heure vers midi, fut prise de convul- < siens » (II, 52).

A Rome, comme ailleurs, les petits cadeaux entretiennent l'amitié : la veille de Noël, on voit entrer chez les cardinaux une vraie procession de caisses et de barils : pâtisserie, caviar, salé, chapon, poisson, olives, huile, etc., etc., sans ëublier le « vino padronale ». « En somme, jusqu'à la nuit, ^ tu t'apercevras là, ami Eustache, de la grande dévotion du « peuple romain » (II, 178).

Enfin, c'est la femme! Nobles dames de l'aristocratie2, petites bourgeoises, filles du peuple, prostituées..., en amour les cardinaux sont éclectiques ; heureusement ; par la femme, on obtient d'eux des faveurs diverses.

Bisognerebbe mo ttrovà un canale

Pe' avé un' informazzione un po' aggrazziata ;

E ppenzerebbe guasi a Ffurtunata,

Ghe llui a diede pe' mmojje ar zu' curiale.

Poi figura si llei cià cconoscenza,

Ghe llui j'ha ffatto da compare a un lijjo,

Gh' è ttutto spiccicato * Su' Eminenza.

1 Voyez page 193.

* v, 367, II, 287. — « A cinquante ans, la femme est forcément vertueuse ».

E allora er cardinale o er monziggnore Che jj'allissciava er pelo a li cunijji, Comincia a rrescità da confessore.

3 Le cardinal.

4 Tout k fait le portrait de Son Éminence.

5 Cf. II, 233, et V, 33 : « Voilà plus de huit ans que je connais Son Knnnence : il venait toujours chez nous pour faire coudre ses chemises neuves par Victoire. A peine entré, il me disait : « Biaise, tiens, va-t'en au théâtre ». Eh? quel brave homme! Nous ne faisions qu'un en somme. Et

Le condamné aux travaux forcés se console en pensant qu' (( il y a toujours quelque chapeau rouge pour t'ouvrir la « porte du bagne » *. — Un esprit clairvoyant s'étonne de ce que les couvents de nonnes, si hermétiquement fermés, soient ouverts aux cardinaux 2. Certaines Éminences préfèrent les maisons publiques :* et d'autres s'adonnent à la sodomie 4.

Résultat final : les cardinaux n'inspirent plus que le mépris et la haine ; le peuple les salue à peine 5, et accompagne son salut de paroles indécentes 6. La cruauté, la débauche, l'insolence d'un luxe déshonnète ont soulevé une indignation qui ne se contient plus qu'à grand'peine. qui gronde et menace une tempête prochaine.

La porpora.

Ch' edè er colore che sse vede addosso

A ste settanta sscimmie de sovrani ?

Si, 11' addimanno a vvoi : ch' edè cquer rosso f

Sangue de Cristo ? No : dde li cristiani.

È er zangue de noi poveri Romani Ghe jje curre a li piedi coin' un fosso, Guanno sce dànno in gola cor palosso 7 Gome se fa a le pécore e a li cani.

Ner zangue de noi pécore sta a mmollo Guella porpora înfame; e a nnoi sta sorte Tocca, per dio, <Ja presentajje er collo.

même un soir, pour couper court h mes remerciements, il eu! la bonté de Oie mettre a la porte avec un coup de pied au derrière ». - Par contre : IV, 107 : « La « padrona » ne supporte les visites ennuyeuses du cardinal que pour faire une position à son (Ils.

1 lll, 151.

» IV, 159. Voyez au Mi V, 159, i une erreur » : voulant lancer un tronc de chou h un chien, j'ai atteint le derrière d'un cardinal; c*esl un pur accident, h n'y h pas ,u> m:i foute

E pperb l<* patente de sta I lorte

So' ttutte in carta-pecora ' <i ccor )>oll< » :

Ghe pprima bbolla ~ e ]>]><>i condanna a mmorte.

(Il, 368)8.

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