‹ Le peuple de Rome vers 1840Chapitre 53 sur 80 · VI, L · texte numérisé non relu

VI, L

paix; en soi l'idée est bonne; les minishvs du Ghrisl devraient être partout des messagers de poix ©l de pardon ; niais à Rome, sous le régime temporel, cette Institution est viciée comme tant d'autres ; le curé n'intervient pas comme ami et porteur de la Bonne Nouvelle ; il est la police, l'accusateur et le juge; son autorité est presque sans limites, mais, n'étant pas « morale », elle ne peut porter que de mauvais fruits *.

Le mépris du peuple pour la prêtraille s'exprime de toutes les façons, de l'insulte jusqu'à la fme ironie.

Que signifie la tonsure?

E cche vvô ddi ssott' ar zucchetto nero Cuer tonno voto immezz'a li capelli ?

Vo ddi : cqua cc'è zzero via zzero, zzero.

(II, 263) a.

La plupart des cérémonies de l'Église ne sont, de la part des prêtres, qu'une comédie ; tel cet usage de voiler les crucifix pendant la semaine de la Passion. « Cela prouve qu'ils ne savent pas à quoi penser, si ce n'est à leur ventre »3.

On se moque de leur ambition 4 et de toutes les bassesses de la hiérarchie :

1 JI, 144, 221; V, 179. — Voyez II, 201, le curé qui inflige une amende aux blasphémateurs. — C'est probablement contre les prêtres en général et leurs abus de pouvoir que la mère du condamné s'écrie :

Je voria di : « Sso' ste ggentacce infâme, Che jj'hanno messo quer cortello in mano ».

* Du reste, qui a inventé le costume des prêtres? Adam se couvrait de feuilles ; le Christ, Hérode et d'autres ne portaient pas la soutane. « Dunque chi 11' ha inventato sto lumino ? » (III, 164). — Le lumino est le tricorne des prêtres.

4 Perch' adesso oggn' abbate, appena è abbate, È abbate ippisi-fatto e mmonziggnore ».

ailleurs :

Cqua inzomma, pe' rristriggneve l'affare, Oggnuno penza a ssé, Ddio penza a ttutti.

Vedi : cuer Chiricozzo sciorcinato t Mo bbasciava la man' ar Zagrestano ; Guesto la bbascia mo ar Zotto-curato ; E cquesto mo la va a bbascià ar Piovano -.

Et ainsi de suite jusqu'au prélat et à l'évêque.

E'r Vescovo e'r Prelato è ttal e cquale, Ché ppe' bbascià la mano, curre addietro. Gom' un can da mascello, ar Cardinale.

E a cchi la bbascia sto fijjol d'un mulo ? La bbascia ar Zanto-Padre su a Ssan Pietro. E'r Papa a cchi la bbascia ? a Bbasciaculo.

En temps de carnaval, le port des masques est interdit (( aux moines, prêtres, clercs et p. .., et autres personnes de ce mauvaise vie » 3.

Mais laissons la parole à un « défenseur » : « Je te l'ai « déjà dit hier. A moi, il ne faut pas me dire du mai des « prêtres, à moins de devenir mon ennemi. Qu'ils soient des

« parasites, des enc , des voleurs, des canailles, et tout

« ce que tu veux, soit ; mais silence ! Nous n'avons pas à « pénétrer ces secrets ; et chacun a son métier ici-bas. Nous « devons rester tranquilles, les aimer de leur vivant et les « respecter quand ils sont morts. Quel autre reproche as-tu « à leur faire? Eh bien, s'ils ont le cou tordu 4. c'est qu'ils « ne peuvent pas le porter droit » ( VI, 161)*.

Il y a pourtant quelques pauvres diables de prêtres qui

1 Misérable.

* L6 curé.

' s.- «lit des hypocrites.

Pour compléter ce paragraphe <i<" l'ironie, voyez, encore deui sonneta >wr<i"> prêtres de caractère bilieux : V, 318, 338.— El cet tutre, m, 118: Des tommes courent nu-pieda par les ruée <!»• Rome, en priant i«i Seigneur pour un prêtre malade : un homme se moque d'elles en disant : ■ s'il §'a-

font compassion, ceux-là surtout qui son! en service chez les grands de ce monde ; tel le chapelain de la comtesse :

Questo, p' er taffio e an pavoletto * ar giorno,

La serve da bbuffone e ccappellaiio.

E la diverte co' le carte in mano

Da doppo colazzione a mmezzogoiorno.

Ar toeco in punto ha da passa in cappella. Méttese la pianeta 2 e stà aspettanno Er commido de lei su la pradella ».

Pbi figuratte *, quann' è stato un' ora Morènnose de famé e sbavijjanno, Le segrete ch' afn'bbia a la siggnora s.

ou cet autre portrait suggestif : « Te souviens-tu de ce prêtre « débraillé qui allait par les maisons, donnant des leçons, « avec un gros habit de laine et un rabat sur la poitrine? « Celui qu'on voyait, sur ses échasses, à chaque enterre- <( ment où se distribuaient des cierges 7? Celui qui mangeait « à l'ostérie du Soleil et n'y dépensait jamais vingt sous? <( Eh bien, ils l'ont trouvé hier, pendu par un lacet de son « collet, au clou où il accrochait son crucifix. Et regarde à

gissait d'un père, d'un chef de famille, je dirais : pauvres enfants ! mais un prêtre !

Ma ss'ha da piaggne perché un prête more ? !

Pe mmë', ppozzi mori cchi sse ne pijja, *

E ssii fatta la grolia der Ziggnore.

1 Pour le manger et dix sous par jour.

2 Chasuble.

3 Marchepied de l'autel, gradin, et aussi confessionnal. * Tu peux te figurer.

B « Segrete » sont les prières que le prêtre dit pour lui, à voix basse ; mais ici, par ironie, ce sont les imprécations que le chapelain lance dans son for intérieur contre la grande dame qui le fait attendre.

8 Voyez IV, 216 : le pauvre abbé chargé d'une ambassade désagréable.

7 Le pauvre diable allait les revendre !

* Celui qui s'en préoccupe.

« quel point il en avait l'idée fixe : le jour avant, pour s'en « souvenir, il avait fait un nœud à son mouchoir » (II, 46).

J'ai gardé pour la fin l'importante question de la femme. Il faut insister dès l'abord sur un fait : le Romain est trop réaliste pour exiger de la part d'un prêtre l'observance scrupuleuse du vœu de chasteté. La Réforme allemande a donné au problème une solution énergique et franche, mais trop radicale pour le Romain qui est l'homme des « accommodements ». Qui touche au célibat, touche forcément à d'autres institutions encore; cela entraînerait décidément trop loin... ; contentons-nous donc de fermer les yeux sur certaines contradictions flagrantes de la pratique et de la théorie. Le prêtre satisfera son instinct avec des prostituées; on en sourira. Mais s'il use et abuse de ses fonctions de pasteur pour séduire les filles et les femmes, surtout s'il intervient comme juge et agent de police pour favoriser ses propres vices et encourager quasi officiellement la prostitution, alors les consciences protestent, et l'indignation grandit tellement qu'elle finit par exagérer, par généraliser et par faire de chaque curé un monstre assoiffé des jouissances les plus basses.

Telle est la justice populaire, lente à s'éclairer et à se fixer, peu apte à juger d'un cas particulier, mais infaillible envers les institutions et les corps constitués ; elle finit par condamner, inexorablement, non seulement les fautes flagrantes, mais encore quiconque a encouragé le mal, de près ou de loin, sciemment ou inconsciemment, par la seule complicité du silence. Au point de vue personnel, l'un ou l'autre des condamnés peut criera l'injustice; au point de vue largement humain, il a tort et le peuple a raison. Dans ces taises aiguës, où l'humanité enfante avec douleur un

avenir nouveau, le destin fait éclater presque brutalement la Vérité de cette p;in>!e : « Oui n'est pas avec moi est contre

- moi ».

Les sonnets qui reconnaissent aux prêtres le droit .. d'ai-

mer, sont tous d'une crudité telle, que je me contente d'une seule citation « Tant de bruit parce que, su?' doux prêtres, « il y en a toujours une paire qui fait l'amour1 ! Tant d'im- (( précations à l'égard de ces pauvres tricornes! Si c'est un « vice que de f. .., dites-moi donc l'homme qui ne l'a pas !

Doppo che Iddio lo sa cquanto fatica, Ha dda invidiasse ar prête, poverello, Cuer boccon de conforto d'un' arnica ? !

No : ssi vvoleva Iddio dajje er cappello A lluminetto, e llevajje la fi...,

L'averebbe creato senz' u

Un confesseur modèle dit à une jeune fille : « Ma fille, « entre les œuvres bonnes et les mauvaises, il faut discerner <sr avec soin l'intention, afin de ne pas confondre les unes <r avec les autres. Voici, par exemple, je te donne un baiser; (( si tu le prends pour offenser Dieu, ça, ma fille, c'est un « péché ; et vas-y doucement. Mais si en prenant mon baiser, « tu veux faire un plaisir à Dieu et au père Biaise ton conte fesseur, alors prends-le, ma fille, et fais comme moi » (III, 102).

Un autre fait installer le grillage de son confessionnal de manière à pouvoir l'ouvrir, et quand la pénitente est jolie, elle s'en va « avec du tabac sur les lèvres et les joues » 3.

Ce ne sont là que des préliminaires; les amours plus sérieuses des curés sont pour les femmes mariées 4 (les rela-

1 Façon bien romaine de dire « tous ».

2 Cf. VI, 271, 291; et VI, 227 : « Faites ce que je dis et non pas ce que je fais ». — VI, 203 sur un « chanteur » du pape, et VI, 208 sur les envies d'un prêtre de 80 ans.

4 Naturellement la servante classique ne manque pas : IV, 31: V, 408 ; ni la nonne : V, 375. — Quant aux jeunes filles proprement dites, il en est rarement question : VI, 1 16. — Voyez toutefois la note suivante.

tions, il est vrai, précèdent souvent le mariage)1; le mari peut dormir sur ses deux oreilles, il est le « marito délia « moglie di un prête » 2. — Le curé ou moine dîne à la maison à jour fixe 3? il aide à passer les longues soirées de la mauvaise saison4; on prétend qu'il n'est pas jaloux du tout, ni du mari, ni... des autres5. Nous glissons ainsi à la prostitution, sous sa forme la plus hideuse : hypocritement légalisée par le mariage. Un exemple fera comprendre le système :

Y6i marito? E ttu arzete la vesta, Pijjete in corpo una zeppa-bbrodosa, Eppoi va' ddar curato, e ddijje, Rosa : « Padre, ajjutate una zitella onesta ».

Er prête te dira : « Cche ccos' è stato ? » Tu allora piaggne, e ddijje : « Un traditore De l'innoscenza mia m' ha ingravidato ».

E cqui accusa qualunque che tte cricca 6 ; Ma abbada, pe' rriusscinne con onore, D'accusà ssempre una perzona ricca ».

Fréquentes sont les unions de ce genre, imposées par le curé, de gré ou de force 8; de temps à autre, un brave homme a le courage de refuser les trois cents écus de dot.

1 J'ai parlé de ces mariages forcés au chapitre [•*, page 107.

Me fo sposo, Taddeo. Quer zautarello

Der confessore mio, quer don Cremente,

Me da ppe' mmojje una su' pinitente,

Ch' io min ho vvisto mai ggruggno ppiù bbello.

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