‹ Le peuple de Rome vers 1840Chapitre 65 sur 80 · IF, 383 • V · texte numérisé non relu

IF, 383 • V

:' VI, 136. — D'autres mentions : I, 149; II, 196, 203. " I, 69, 77; VI, 115. — Bracco est le braque, chien de chasse ; le chef de ces agents est appelé bariscello (bargello).

7 II, 369; IV, 385; ailleurs ils sont appelés cherubbigneri : [II, 88, 265 : IV, 399; V, 52.

10 r, 198; III, 89.

11 V. 110. — Voyez plus haut l'épithète : bracchi de corte.

ce qu'un cardinal par exemple pourrait fort bien être un voce leur travesti » (IV, 399).

Presque superflu aussi d'ajouter que la police n'ouvre l'œil que pour les méfaits des libéraux ; les malins se tirent d'affaire sans payer trop cher. « L'an dernier, mon patron l'apo- « thicaire reçut du médecin en chef l'avis qu'il viendrait « faire la visite à l'improviste le premier lundi de carnaval. « Mon patron, en homme ponctuel, remplit deux ou trois ce flacons d'acqua fontana et moi je reçus l'ordre de frotter a les petits pots et le mortier. Le lundi matin, voilà le mé- « decin qui arrive. « Tout est en règle? » — « Tout est en « règle, répond l'apothicaire, et voici votre émolument )). ce — « Fort bien ! c'est ainsi que j'entends les choses. » — Ce a disant, il prit son petit paquet, et le soupesa.... » (II, 188).

Bourreau, De tous les souverains d'Europe (exception faite peut- être châtiments, pour l'Espagne), celui quia conservé le plus tard l'attirail des peines du moyen âge, est sans contredit le pape, indigne successeur du doux Sauveur de Galilée. Arrestations et détentions arbitraires, la question, et le dernier supplice, tout cela semble dater d'avant la Révolution. Vers 1840, le Traité des délits et des peines (publié en 1764) portail déjà ses fruits un peu partout, mais il était lettre morte pour les légistes des États pontificaux.

J'ai déjà dit que la prison n'effraie pas beaucoup le Romain ; on y mange, on y trouve des camarades [. on y reçoil des visites édifiantes2; enfin il y a toujours quelque espoir d'en sortir bientôt, à l'occasion d'une amnistie, ou par l'intervention d'une femme ;{.

La prison n'est que la plus légère des peines. Les juges du pape ont à leur disposition une belle collection de sup-

i il 879; m. 390.

le jacobin lonl au iecrel : III, 864.

plices divers; le bourreau es1 le bâton de vieillesse d'un État1.

Er boja.

Er guajo mm è mmica che cquî oggn* anno Ar Governo - aun fiocchino prpscessi :

Li delitti, ppiù o mmeno, so' l'istessi, E, ppe; ggrazzia de Ddio, sempre se fanno.

Ècchelo er punto indove sta er malanno, Che mrrio li ggiacubbini se so' mmessi Drent' a li loro scervellacci fessi Ch' er giustizzià la ggente è da tiranno.

No cch' abbino li preti st' oppiggnone : Sempre pero una massima cattiva, Dajje, dajje, la fa cquarch' impressione .

E accusi, ppe' llassà la ggente viva, S' hmimicheno er boja, ch' è er bastone De la vecchiaja de li Stati. Evviva 3 !

Le bourreau n'est là que pour le menu peuple et non pas pour les grands de ce monde.

La ggiustizzia è pp' er povero, Grestina. Le condanne pe' llui so' ssempre pronte.

1 Le plus célèbre des bourreaux est « mastro Titta ». Giambattista Bugatti [Titta est l'abréviation de Giambattista) remplit les fonctions de bourreau à Rome du 22 mars 1796 au 17 août 1864. Il a laissé, sous le nom de Annotazioni délie Gîustizie un registre de ses exécutions qui sont au nombre de 517. Telle est sa célébrité que même après sa démission son successeur fut appelé, lui aussi, mastro Titta. Voyez la note 8 de II, 390. — Cf. IV, 256; VI, 85.

2 « Governo » signifie ici : palais de justice.

3 En résumé : « Les procès ne manquent pas ; Dieu merci, il y a des crimes chaque année. Le mal, c'est que les jacobins se sont mis en tête que c'est une tyrannie que de justicier les gens. Les prêtres n'en croient rien ; toutefois, à force de répéter de mauvais principes, ça fait quelque impression; de la sorte, pour sauver la vie des gens, on s'aliène le bourreau qui est le bâton de vieillesse des États. Qu'il vive ! »

Sai la miseria che ttiè scritto in fronte? Questa è ccarne da bboja; e ce' indovina.

« J'en ai vu vingt ou trente aller à la guillotine, à la Place « du Peuple ou au Pont Saint- Ange; mais parmi eux je n'ai (( jamais vu ni chevalier, ni comte, ni monseigneur ! » (IV, 166;.

Le supplice le plus en vogue pour les fautes légères est le cavalletto *. Le coupable est étendu sur un chevalet et reçoit sur le derrière de quinze à trente coups de nerf de bœuf. Ce spectacle édifiant, très goûté du peuple, se donne généralement à la Place Navone.

Cqua ss'arza er cavalletto, che ddispenza Sur culo a cchi le vô ttrenta nerbate, E ccinque poi pe' la Bbonifiscenza.

Le « chevalet » se dresse aussi à la Place du Peuple et plus particulièrement encore à la Via del Babuino, entre la Place d'Espagne et le Vicolo di Alibert 3. — Il n'est du reste qu'une forme adoucie de la corde, supplice que Belli se rappelle avoir vu infliger dans son enfance.

Cqui+, e cquant'è ggranne Borna l'aricorda, Propio in ner mezzo a sta ritiratella, G'era piantato un trave e una ggirella, Dove prima sce daveno la corda.

Stojggiucarello era una lima sorda,

0 fïussi a ttratti oppuro a ccampanella ;;. Ghé cchi ss'è Lntesa ra petto La rotella

1 ><> le spalle, per ddio aun ze ne scorda.

i il, 86, 96, mi ; m, 81, 125; IV, 308, 138; VI, 108, 163.

1 on vii pour La dernière fois le « chevalel » en 1855, à la Place du Peuple ; cf. La note de M. Morandi : n, 86.

• Espace qui aujourd'hui encore s'appelle i Cavalletto» dans le Langage populaire.

' \ L'angle du Corso el de La via délia Pressa.

■ \ L'extrémité d'une corde qui glissai! sur une poulie on suspendait le condamné, par lea mains réunies derrière le dos; Le bourreau, tirant

Sia benedetto sempre er cavaletto î

AnnaiH'o nio tté iT eschi COI] Onofe, El min ce t'ai li cardinal] in petto.

Ghé ffor de quer tantino de bbrusciore,

Un galantomo, senza stacce a lletto,

Pb annà pp' er fatto suo com' un ziggnore.

La mordacchia est un véritable instrument de torture qui, pénétrant dans la bouche, serre violemment la langue, de manière à empêcher les cris et protestations du condamné ; on met la mordacchia aux blasphémateurs qu'on promène par les rues sur un âne, les exposant ainsi à la risée du public2; on la met aussi aux condamnés à mort en les conduisant à l'échafaud. Tout le long des rues où passe le sinistre cortège, le peuple s'entasse, curieux, bavard, le sarcasme à la lèvre. Ces exécutions capitales, dont plusieurs vantent tant les effets « moralisants » ne servent qu'à réveiller au fond des cœurs la cruauté primitive, la soif atavique du sang et de la souffrance d'autrui. Vous croyez que ce spectacle effrayera les méchants? Mais lequel d'entre eux ne se croit pas assez malin pour échapper à la justice? Et même s'il songe un instant au possible lendemain, cette chance à courir ne fait que l'exalter; il se croit un héros, et puisqu'il

l'autre extrémité de la corde, faisait monter et descendre le patient, tantôt lentement (a campanella) et tantôt par secousses violentes (a tratti) de sorte que le malheureux, retombant de tout son poids, croyait sentir ses omoplates dans sa poitrine et ne manquait pas de cracher le sang (far li cardinali in petto). Le cavalletto, par contre, ne laissait qu'une douleur cuisante et ne forçait pas à garder le lit.

1 Cf. IV, 382; VI, 216.

2 II, 11 ; III, 428. C'est à cette promenade a âne que fait allusion l'expression : « è mmale de somaro e ccavalletto » (IV, 428). Le blasphémateur était parfois mis au pilori, avec la mordacchia, à la porte d'une église. Le supplice de la mordacchia demeura en vigueur à Rome jusque vers 18 10; en d'autres parties des États de l'Église, plus tard encore. — Un autre châtiment qui semble déjà tombé en désuétude aux temps de Belli mais dont il parle encore, est celui du fouet, appliqué aux prostituées qui se masquaient en carnaval, malgré les lois très sévères qui le leur défendaient. Cf. II, 320.

joue tout, puisque sa vie est sans cesse menacée, il veut du moins que le risque soit compensé par la jouissance, par des forfaits toujours renouvelés. Cet homme-là ne manque pas une exécution; il connaît tous les pendus, tous les guillotinés; il apprécie ces morts, courageuses, ou lâches, ou résignées: il goûte ces frissons suprêmes, et ses yeux se repaissent du châtiment sanglant auquel il échappe chaque jour.

Le dilettante du Pont Saint- Ange.

Viengheno : attenti : la funzione è llesta. Ecco cor collo iggnudo e ttrittichente * Er prim' omo dell' opéra, er pazziente, L'asso a cco.ppe, er ziggnore de la festa.

E ecco er prof essore che sse presta A sservi da scirùsico a la ggente Pe' ttre cqaadrini, e a tutti ggentirmente Je cura er maie der dolor de testa 2.

Ma nno a mm au manca, no : lPantro a mman dritta. Quello ar ziconno posto é 11' ajjutante. La proscedenza aspetta a mmastro Titta.

Voleté inzeggnà a mmé cchi fïà la capa? Jo cqua nun manco mai : so' ffreguentante : E er boia 1<> conosco corn' er Papa.

Les pères mènent leurs (ils à ce spectacle édifiant ' et les familiarisent ainsi avec la pire cruauté : relie de voir, sans frémir, répandre le sang humain. Le spectacle est particulièrement intéressant lorsque le condamné s'obstine dans l'impénitence , pour sauver l'àme, le bourreau torture le

1 vacillant

est le bourreau, qui guérit les maux de tète, 4 i, bo. Voyea pa ■•■

corps de son mieux : des soufflets, des charbons ardents, des plaques rougies au feu, de la cire liquéfiée tourmentent cette pauvre chair ; parfois en vain; l'homme se roidil et s'obstine, et le prêtre alors d'un grand geste envoie l'âme en enfer1.

Les exécutions ont lieu généralement au Pont Saint-Ange2 ou à la Place du Peuple 3. Les moyens sont divers : les verges (mazzola) et Técartèlement (squarto) ainsi que la pendaison font place de plus en plus à la guillotine4, mais le souvenir en demeure dans l'expression « assassino de « mazzola e squarto » 5.

Le gibet (força) avait été remplacé lors de la Révolution française par la guillotine ; en 1814 il fut réintégré dans ses droits avec la mazzola et le squarto. Mais en 1816 il céda de nouveau la place (et 'cette fois définitivement) à la guillotine 6. Ici encore le mot dura plus longtemps que la chose ; le Romain dit souvent « impiccato » (pendu) au lieu de « décapité » 7.

Avant de quitter ce domaine des tribunaux et de la jus- Les avocats. tice, il nous faut toucher deux mots des avocats (en it. legulei). Le Romain les appelle curiali, mozzini, mozzorecchi et scortichini 8. Ces mots disent déjà le mépris et la haine du popolino pour ceux qui l'écorchent. •

Les avocats se divisent en trois classes principales : l'ordre le plus élevé est celui du Collège (vingt-quatre); puis viennent les curiali di Rota et enfin les Innoscenziani (du nom

i Voyez le cas du fameux Gammardella : I, 81.— La formule d'usage pour annoncer la condamnation au coupable est : « Il fisco ti [condanna a morte ». I, 69; II, 256; V, 144. Le Romain dit : « Er fischio te condanna a morte ».

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